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18 mars 2026

1159. Taxi pour la mort

 

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TAXI POUR LA MORT

Dans les bas-fonds, il était connu sous le nom de Blaireau, mais ce surnom sonnait comme une moquerie cruelle, presque obscène sur une silhouette aussi imposante. Il mesurait près d’un mètre quatre-vingt-quinze, le visage pâle et plat comme un masque de cire oublié sous la lune. Sa voix n’était qu’un murmure rauque, et il se déplaçait avec une lenteur délibérée, celle d’un prédateur qui sait que sa proie ne peut lui échapper.

J’avais été son chauffeur cinq ou six fois au cours de l’année précédente. À chaque course, il s’installait à l’arrière avec la même jolie brune aux cheveux sombres. Il la couvrait de caresses lentes, presque possessives, tandis qu’elle minaudait doucement dans l’obscurité de l’habitacle. Je ne savais rien d’eux : ni s’ils étaient amants, ni s’ils étaient mariés, rien sur quel abîme les liait et encore moins sur quels liens les abîmaient. En tant que chauffeur, j’avais pas le droit de poser la moindre question. C’était la règle tacite, gravée dans l’ombre de ce métier : tout voir, tout entendre, mais surtout…, tel le 3ème babouin chinois, savoir la boucler.

Ce soir-là, la ville semblait retenir mon souffle. Une bruine glacée tambourinait sur le pare-brise comme des doigts impatients sur un cercueil. J’attendais au fond du parking désert d’un centre commercial, sous l’unique lampadaire dont l’ampoule agonisante clignotait en projetant des ombres longues et difformes. Les poubelles et les buissons paraissaient respirer, se tordre lentement, comme si quelque chose de vivant se cachait derrière eux.

Je portai mes mains gelées à ma bouche et soufflai une brève chaleur qui s'évapora aussitôt en un nuage de buée, avalée par la nuit. Ma montre indiquait qu’il était en retard. Comme toujours. Son travail, quel qu’il fût, était de ceux qui ne pardonnent pas l’impatience. La faim me rongeait les entrailles ; cinq heures et demie s’étaient écoulées depuis mon dernier repas. Dans la console centrale, je trouvai une vieille barre de céréales. Du bout de l’ongle, je testai sa dureté : elle était devenue aussi dure qu'un caillou. Je la jetai par la fenêtre avec dégoût.

Puis une silhouette émergea des ténèbres. Grande, solitaire, enveloppée d’une cape d’obscurité. Ma main glissa instinctivement vers la boîte à gants. Deux gestes rapides : ouvrir, saisir le pistolet. Un rituel répété cent fois dans le vide. Mais la silhouette se précisa. Traits nordiques taillés dans la glace, démarche raide de militaire. C’était lui. Blaireau. Il portait une espèce de coupe-vent à capuche noir, trempé par la pluie, et tenait un sac de sport lourd qui semblait contenir bien plus que du tissu.

Il s’approcha du coffre et tapa deux fois dessus, doucement, comme on frappe à la porte d’un tombeau. J’ouvris. Il y déposa le sac sans un bruit, presque avec révérence, puis referma le hayon d’un geste contrôlé, comme s’il craignait de réveiller quelque chose qui dormait dans la nuit.

Contre toute attente, il s’installa à l’avant, à côté de moi. " Oh… ", murmurai-je, la gorge serrée. J’avais avancé à fond le siège passager avant pour lui laisser de la place, pensant qu’il monterait derrière où elle viendrait le rejoindre.
" Ne vous en faites pas ", me fit-il d’une voix basse, presque inaudible. Il réajusta le siège. Son sweat dégoulinait ; bientôt, l’habitacle sentirait la terre humide et le moisi. De sa poche, il sortit un Post-it jaune pâle, taché comme une vieille confession. Une adresse. Vingt minutes de route. Rien de plus.

Il appuya sa tête contre la vitre froide et ferma les yeux, comme s’il s’abandonnait déjà à un sommeil dont on ne revient pas.

" Je peux monter le chauffage", dis-je, veillant à ne pas poser de question.
" Faites comme ça vous chante."

Je quittai le parking. Une heure du matin. La ville était vide, fantomatique. La pluie faiblissait, mais refusait de mourir tout à fait. Une chanson pop insipide flottait dans les haut-parleurs, ses paroles noyées par le grondement de la route et le crissement régulier des essuie-glaces, comme un cœur qui bat encore dans un corps déjà froid. Le silence était épais, suffocant. Je m'attendais aux petits rires étouffés de la brune, aux murmures tendres de Blaireau contre sa peau. J’attendais d’être agacé par leur intimité. Au lieu de ça, il n’y avait que le silence… et lui, immense et silencieux à mes côtés. Pourquoi manquait-elle à l'appel ce soir ? Qu’avait-il fait d’elle ?

" Tournez ici ", murmura-t-il soudain en relevant la tête. Son doigt pointa la lueur jaune et froide des arches d’un McDonald’s. " Je veux un hamburger." 

Je m’exécutai. Le parking était désert. À l’intérieur, seuls quelques employés fantomatiques nettoyaient les tables sous une lumière blafarde.

" Vous voulez manger quelque chose ? " me demanda-t-il.
Mon estomac se tordit. " Un Big Mac… et un café noir, je veux bien.
- Vous voulez manger à l’intérieur ? 
- Impossible, j'ai pas le droit." 

Il hocha la tête avec un sourire en coin qui ne monta jamais jusqu’à ses yeux. Sous la lumière crue du restaurant, je vis enfin la vérité : les cernes profonds comme des fosses, la tension qui tirait sa peau sur ses os. Il n’avait pas dormi depuis longtemps. Peut-être plus jamais.

" Des règles, toujours des règles", murmura-t-il en tapotant la boîte à gants. "Ça vous dérange si je l'ouvre ?"

Je secouai la tête. Il sortit un revolver à canon court de sa poche arrière et le glissa à côté du mien, comme deux secrets qui se rencontrent dans le noir. Puis il ouvrit sa portière et sortit du véhicule. Je le regardai commander, payer, déposer la monnaie dans la boîte pour le téléthon. Puis il attendit, immobile, le dos droit, les yeux rivés sur le menu comme s’il y lisait son propre arrêt de mort. Aucune distraction. Aucun téléphone. Une solitude absolue, presque sacrée, l’enveloppait comme un linceul.

Quand il revint, il frappa à la vitre. Je lui ouvris. Il déposa le sac et le plateau sur le siège. " Si ça vous dérange pas, je vais manger dehors ", me dit-il en s’appuyant contre la portière arrière.

La pluie avait cessé. L’air sentait la terre mouillée et quelque chose de plus ancien, de plus funèbre.
" Ça vous dirait de me rejoindre ? Il fait presque beau dehors.
- Impossible, je vous l'ai déjà dit."
Il sourit à nouveau, ce sourire tendu, hanté. " Je peux pas  vous en vouloir."

Il mangea lentement, presque religieusement. Entre deux bouchées, il contemplait le ciel où les nuages s’écartaient enfin, révélant une lune gibbeuse, énorme et blafarde, qui semblait nous observer comme un œil malade.

" Vous avez l’air bien plus jeune que moi", murmura-t-il. Je restai silencieux. " Quand j’étais petit, ma mère m’emmenait au McDonald’s après la messe. Je prenais toujours un cheeseburger. Sans frites. Parfois deux… mais un seul suffisait. Ils étaient énormes à l’époque." Il montra l’espace entre son pouce et son index, comme s’il mesurait un souvenir qui s’effaçait.
" L’inflation", répondis-je machinalement.
" Ouais… Mais ce n’était pas que ça. C’était… autre chose. Une époque où les choses avaient encore du goût. Même si les hamburgers étaient deux fois plus épais qu'aujourd’hui, je savais déjà que rien ne serait plus jamais pareil. Rien n’est plus pareil." 

Il termina son repas, jeta l’emballage dans une poubelle proche et but son soda d’un trait. Puis il rota discrètement, presque poliment, comme un homme qui sait qu’il va bientôt commettre l’irréparable.

De retour dans la voiture, il boucla sa ceinture et murmura : " Dites… vous pouvez m’emmener où je veux, n’est-ce pas ?" 
J’acquiesçai. " Aucun problème.
- Bien. Alors oubliez l’adresse sur le Post-it. Je vous indiquerai où aller."

Un frisson glacé me parcourut l’échine. Ma vie était-elle sur le point de basculer ? Son visage ne trahissait pourtant aucune menace. Seulement une gravité infinie, un homme qui avait déjà accepté son sort.

Il changea de station sur l'autoradio. Après quelques bribes de bruit, il s’arrêta sur un morceau de jazz ancien : In a Sentimental Mood, Duke Ellington et John Coltrane. Le saxophone glissait comme une lame lente dans l’habitacle. Mes parents écoutaient ça quand j’étais enfant. Ils dansaient dans le salon au soleil couchant. Moi, le nez dans un livre, je ne comprenais pas ce qui les faisait sourire ainsi dans la lumière mourante. Maintenant, je comprenais peut-être.

Il me guida à travers des rues résidentielles plongées dans le noir, des zones industrielles où les entrepôts ressemblaient à des mausolées, puis une école vide qui semblait hantée par des rires d’enfants disparus. Enfin, il me fit tourner au coin d’un pâté de maisons et me demanda de me garer.

Dans l’obscurité, je ne vis rien d’abord. Puis mes yeux s’habituèrent. Deux voitures de police étaient stationnées devant un immeuble de pierres sombres. Immobiles. Menaçantes.

" Je l’aimais", murmura Blaireau. Sa voix était à peine plus forte qu’un souffle. " La femme avec qui je travaillais… Je l’aimais plus que tout au monde.
- Je me souviens d’elle", répondis-je, la gorge nouée. " Quoi que vous pensez faire… vous n’êtes pas obligé de le faire."

Il sourit, et pour la première fois, une fossette creusa sa joue comme une cicatrice.
" Il est trop tard pour ça. Faites demi-tour et ne dépassez pas la gare. 
- Vous n’êtes pas obligé…" 

Il ne répondit pas. Il descendit de la voiture, tapa deux fois sur le coffre. J’ouvris. Il prit le sac de sport, revint s’asseoir un instant et sortit une boîte en bois laqué noir, ornée d’une croix blanche stylisée sur le couvercle.

" Ne l’ouvrez qu’une fois rentré chez vous", murmura-t-il en me la déposant sur les cuisses.
" Vous êtes sûr ?" 

À peine les mots étaient-ils sortis que je regrettai déjà cette question.

Il porta un doigt à ses lèvres. " Je ne dirai rien." Il récupéra son revolver dans la boîte à gants, le glissa dans la poche de son coupe-vent, et referma doucement la portière, comme on referme un chapitre. Puis il marcha lentement vers le poste de police, silhouette immense avalée par les ténèbres.

Je mis le contact. Les phares clignotèrent une fois avant que je ne les éteigne. Ma main tremblait sur le volant. Des larmes brûlantes coulaient sur mes joues sans que je m’en rende compte. Une douleur sourde me déchirait l’estomac. J’ouvris la portière et posai un pied sur le trottoir. La course était terminée. Je l’avais conduit là où il voulait. Mais je ne l’avais pas arrêté. Pourquoi n’avais-je rien fait ? Le silence était absolu. Aucun oiseau. Aucun bruit de vie. Seulement le bourdonnement lointain d’un transformateur et le froissement timide de quelques feuilles mortes.

Puis les cris commencèrent. Des lumières s’allumèrent aux fenêtres des immeubles environnants. Des silhouettes hagardes apparurent, arrachées à leur sommeil par l’horreur qui se déroulait de l’autre côté de la rue. Je partis avant que les cris ne cessent. Je voulais pas entendre son dernier coup de feu.
De retour chez moi, sous la lumière blafarde d’une unique ampoule de cuisine, je posai la boîte sur le plan de travail. Elle était lourde. Lourde comme un secret trop longtemps gardé. Je glissai un ongle sous le couvercle. À l’intérieur, reposait une putain de saloperie de montre Patek Philippe noire à 350 000 balles si c'est pas plus, parfaite, immaculée, sans la moindre trace de doigt ou de ketchup. Une montre qui, je le compris alors, ne reviendrait plus jamais en arrière.

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14 août 2025

1096. Chiens sentinelles

 

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CHIENS SENTINELLES

Dans ce bas monde, y’a des règles que tout le monde est censé suivre, histoire de pas foutre le bordel partout. Aime ta voisine, touche pas à son mec, fais pas aux autres ce que t’aimerais qu’on te fasse pas, et lâche un pourliche à la serveuse. Simple, non ?
Sauf que c’est pas juste des conseils de mamie grand-mère. Ces trucs, c’est la base pour faire tenir debout ce qu’on appelle la « société ».
Mais attends, tu te dis : « C’est pas sorcier à suivre, ça ! » 
Ouais, sauf que la vie, c’est pas un conte de fées avec des licornes et des arcs-en-ciel, mon pote.  Ces petites règles, c’est ce qui fait tenir la baraque, du moins, c’est ce qu’on nous a vendu. Mais si t’as déjà vu le vernis craquer, si t’as vu la société partir en sucette comme un vieux mur qui s’effrite, tu sais que c’est du flan. La civilisation, c’est une couche de peinture sur un tas de bois pourri, bouffé par les termites.

On pourrait croire que je râle, que je suis aigri, grincheux comme une vieille porte. Ben ouais, et j’ai de quoi ! Cette amertume, je l’ai pas chopée au loto ou au pied d'un sapin, je l’ai gagnée à la dure, cicatrice après cicatrice.  J’ai pas grandi en faisant des courbettes aux règles. J’étais pas du genre à m’endormir avec des contes de fées. Les règles, je les contournais pas, je les explosais si besoin. Pas par plaisir, mais parce que pour survivre, t’as pas toujours le choix. J’étais pas un ange, loin de là. J’étais plutôt le genre de mec qui te file des frissons si tu me croises dans une ruelle sombre. Le type que les mamans interdisent à leurs gamins d’approcher. Un gars qu’on dirait sorti d’une cage rouillée.

De sale chien, qu’ils me traitaient.  Mais à force de jouer avec le feu, ça te rattrape. Tu cours toute ta vie, et un jour, tes jambes te lâchent. Et là, tous ceux qui te coursaient te piétinent sans pitié.  Avant que je capte ce qui m’arrivait, j’étais en laisse. Empreintes, ADN, tout y est passé, jusqu’à la couleur de mes poils du cul. J’avais plus de nom, juste un numéro d'écrou.  En taule, le temps, c’est plus qu’un concept flou. T’es coincé dans une boîte en béton avec un lit superposé, des chiottes qui te servent aussi de lavabo, et un coloc qui pourrait te bouffer pour le goûter.

Dans ce genre d’endroit, tu te rends vite compte que t’es pas si loin de l’animal.  Parce que ouais, faut pas se voiler la face : les humains, c’est des bêtes. Des mammifères, quoi. On marche sur deux pattes, on a des iPhones, des cartes bleues, mais au fond, on reste des animaux.  Des bestioles égoïstes, voraces, violentes. J’ai vu ça de mes propres yeux. Dix ans à être traité comme un clébard, ça te marque. T’as tout le temps du monde pour cogiter, et tu finis par voir le monde tel qu’il est : une putain de jungle.  

Le jour où ils m’ont relâché, j'ai pas eu ce moment cliché de remise en liberté hollywoodien – tomber à genoux, louer Dieu ou Allah, embrasser le trottoir. Je savais que j'étais toujours sous contrôle. Redresse-toi et vole droit, ou retour en cage. En remontant les rues de mon vieux quartier, les gens qui me connaissaient m’ont regardé comme un étranger. Les potes, la famille ? Ouais, ils ont fait comme tout le monde : ils ont continué leur vie.  Je vais pas te saouler avec ma vie de merde, mais écoute bien, y’a un truc à comprendre. La société, et je sais que j'me répète, c’est pas un conte de fées. Les optimistes te vendent du rêve avec leur espoir à deux balles, mais la vérité, c’est que c’est brutal. Une erreur, et t’es viré du troupeau. Un paria, condamné à errer comme un chien galeux.
Mais attention, y’en a qui kiffent vivre en solo. Sauf que nous, les humains, on a besoin des autres, même si certains nous traitent de « chiens ».  

Petit cours d’histoire : tu savais que « chien » comme insulte, c’est vieux comme le monde ? Ça vient de l’époque biblique. Et non, c’est pas juste pour te comparer à un toutou qui bave sur le canapé. Non, un « chien », c’est galeux, c'est sale, ça erre, ça se lèche les couilles et ça mendie. Ça te dépouille de ton humanité. T’es plus rien qu’une bête.  Mais moi, je me pose la question : pourquoi que c’est une insulte ? Être un animal, c’est pas la fin du monde. Pour certains, c’est la loose totale, mais pour moi, c’est presque libérateur.  J’suis pas un saint, et j’pense pas que beaucoup de gens le soient. Y’a pas de honte à l’admettre. Les cathodoxes, ils te font t’asseoir dans une boîte pour confesser tes conneries à un inconnu. Trois Pater, deux Ave, une tape dans le dos, et dégage. Simple, non ?  

Mais pourquoi on te fait encore honte, même quand t’essaies de changer ? Pourquoi pas assumer ses conneries ? Pourquoi pas porter le nom de « chien » comme un badge d’honneur ?  Un jour, j’ai compris ce que je devais faire pour régler le bordel qui me bouffait la tête. J’étais au pied du stade de foot, en train de bouffer un de ces casse-dalles pisseux de chez Burger King – celui de la route de Lorient, pas l’autre du centre-ville qu'est un vrai champ de bataille. J’vois deux clebs errants s’arracher un bout de wrap-chicken moisi, plein de mouches. Je me dis : « Bordel, qui se battrait pour un truc aussi pourri ? »  

Quelques heures plus tard, j’étais à la banque, la tronche collée au sol, à mater deux bras cassés tenter un braquage foireux. Deux gamins qui jouaient les caïds, mais qui chiaient dans leur froc. L’un bégayait à la caissière comme si qu’il commandait un menu aux lolos de Gina Frigida, l’autre tournait en rond comme un clebs apeuré.  
J’me suis vu en eux. Ce désespoir, cet instinct de survie. Et ça m’a fait vriller.  Quand les flics ont débarqué, l’un des gars était K.O., la gueule en vrac, l’autre pleurait assis dans sa flaque de pisse, une balle dans sa jambe droite. Moi ? J'avais déjà quitté les lieux, je m'étais carapaté, les poings en sang, la sueur au front, et l’air d’un mec qui venait de courir un marathon sous amphétamines.  

J’avais pas fait ça pour la gloire. J’l’ai fait par réaction épidermique point barre. Et pour la première fois depuis longtemps, j’y ai vu clair.  Cette nuit-là, seul chez moi, le poignet enrobé de glaçons, j’ai fixé le plafond en me disant : « Et s’il y en avait d’autres comme moi ? »

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Y’avait cette vieille église pourrie en bordure du quartier. Ça puait le moisi et les prières oubliées. Le genre d’endroit où que les gosses se lancent des défis et où les ados vont en cachette pour jouer à touche-pipi.  J’y suis allé, seul. La poussière dansait dans les rayons de lune. Assis sur un banc pété, j’me suis mis à prier. Ouais, t'as bien entendu, prier.  Un type m’a rejoint, posé une main sur mon épaule. Un vieux en manteau râpé, la gueule burinée, les yeux pleins d’orage. Un prêtre, peut-être. Ou juste un clodo. J’me disais qu’il allait me planter pour effraction dans son logis.  

" J’pensais pas que des gens venaient encore ici ", qu’il me dit, calme comme de l'eau qui dort.
" J’pourrais dire pareil ", que j’réponds.  On a causé. J’lui ai balancé ce que j’avais dans le bide. Pas un discours, juste une vue d'ensemble : la recherche d'un endroit pour les gars comme moi. Des mecs qui ont déconné, mais qui veulent faire un truc bien. Pas réparer le monde, mais essayer.  

Il m’a écouté, sans juger. " Tu as les yeux de quelqu'un qui court depuis longtemps , il m'a dit.
- Peut-être. Mais une chose est sûre : je suis fatigué. "
Il a hoché la tête puis a fouillé dans son manteau et en a sorti un trousseau de clés rouillées.
" Tu as l'air de quelqu'un qui veut changer les choses. Malheureusement, le monde n'a plus vraiment besoin d'hommes comme toi."
Il s'est levé et a refouillé plus profondément dans son manteau pour en ressortir un autre trousseau. " Celles-ci t'appartiennent désormais, mon fils."

Avant que je puisse dire merci, il s’était barré.  Mais le chien que t'as sous les yeux avait enfin un foyer.  En matant l'intérieur de cette église en ruine, la question m’est revenue : « Et s’il y en avait d’autres comme moi ? »  Pas des saints, pas des héros. Juste des gars qu'ont fait des conneries et qui ont vécu assez longtemps pour le regretter.  

J’ai commencé petit. J’ai appelé des vieux contacts. Pas des tarés ou des psychos, mais des survivants. Ex-flics, ex-taulards, ex-soldats. Des mecs avec un fond de décence sous les gravats.  On s’est posés en cercle sur des chaises pliantes, à se jauger. La tension était là, normal. Je leur ai pas vendu du rêve, j’ai juste posé une question : " On est tous crevés, non ?"  Pas crevés physiquement. Crevés d’âme. Marre de courir, de morfler, d’être des clebs errants. On voulait être vus comme des chiens loyaux, pas des parias.  C’est comme ça qu’on est devenus les Chiens Sentinelles.  

Le nom, c’était pas pour frimer. C’est juste honnête. Les chiens, ça surveille, ça protège, ça reste fidèle, même amochés, même cassés ; même s'ils ont plus souvent le cul botté que l'écuelle remplie.

Pas de grades, pas de galons, pas képis, pas de médailles. Juste des règles : protège les faibles, frappe jamais le premier mais cogne plus fort en retour, prends rien à ceux que tu aides. Pas de gloire, juste des résultats.  Des règles simples. Celles qui te gardent en vie – ou pas.  

On cherche pas les emmerdes, c'est les emmerdes qui nous trouvent. Le harceleur ? Attaché à un poteau avec une ordonnance d'éloignement entre les gencives. Le dealer ? Ligoté sur le capot d'une bagnole de flics avec ses kilos de coke amarrés aux chevilles . Le proprio véreux ? Dans une benne à ordure avec les plaintes de ses locataires. Le pédophile ? Un truc de ouf avec un truc encore plus ouf dans le fond du fion. 
Pas très légal ? Peut-être. Efficace ? Carrément.  

On porte pas de masques. On est des mecs normaux. La rédemption en jogging. Certaines nuits, on patrouille. D’autres, on boit, on cause, on mate l’obscurité. Mais quand un appel arrive, on bouge, vite.  On plaisante en disant qu’on est pas des héros, juste des techniciens de surface. On balaye la merde que personne veut toucher.  Un jour, quelqu’un nous a appelés des anges. On s’est marrés. Pas méchamment, mais franchement. On est pas des anges. Qu'est ce qui reste de toute manière quand t’as tout perdu, sauf le choix ?  

On reste dans l’ombre, mais quand un désespéré toque à la porte de l’église, on écoute. Si son histoire ressemble à la nôtre, on lui file un lit et un choix : « Tu te casses, ou tu te bats. »  On les forme pas à être des saints, mais à survivre. À se retenir. À rendre justice.  Être sous-estimé, c’est notre force. Personne s’attend à ce que des ex-taulards d’une église pourrie fassent tomber des réseaux de pédos ou des tarés.  On s’arrêtera jamais. Parce que si on s’arrête, on risque de se souvenir de qui on était.  Et c’est pas une question d’oublier. C’est une question d’expier.  N’importe qui peut être un Chien Sentinelle. Ton voisin, ta sœur, ton prof. La rédemption, ça fait pas de chichi. À la fin, on s’en sort qu’ensemble. Une meute de chiens qui courent côte à côte.  Alors non, on est pas des héros.

On est juste des Chiens Sentinelles.
Et n’oublie pas : on surveille tout, toujours, partout.

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18 juil. 2025

1080. LU sait faire

 

LU SAIT FAIRE

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Aujourd’hui, c’est MA journée. Je débarque chez LU comme stagiaire, la Mecque du biscuit, avec l’assurance d’une diva prête à faire plier le monde sous mes talons. Tête haute, démarche de star (bon, peut-être un peu plus « cane boiteuse » que « top model »), je suis là pour montrer à ces bureaucrates en costard que je suis la reine du compte-rendu. 
 
Ma mission ? Rédiger les minutes de leur réunion hebdomadaire. Fastoche, non ? Je m’attendais à des débats sur la quantité de beurre dans les Véritables Petits Beurres. Grosse erreur. J’ai plongé tête la première dans un épisode de Black Mirror scénarisé par un parano sous caféine. 

La salle de réunion paye pas de mine, pas plus grande que nécessaire. Les chaises raclent le sol comme des ongles sur un tableau noir, et l’ambiance est si pesante qu’on dirait un enterrement… ou un rituel sacrificiel. Au centre, les PDG-ères, deux Cruellas d’Enfer version sœurs siamoises et Reines des Neiges : cheveux blancs, vêtements blancs, boucles d’oreilles blanches, et des lèvres rouges qui crient « je bois du sang de stagiaire au petit-déj' » . Elles toisent tout le monde par-dessous leurs sourcils qui sont tout noirs, comme si elles pouvaient lire dans vos pensées… ou dans votre historique Google. 

Le directeur des opérations, le mec en charge, un blondinet bouclé tout droit sorti d’une pub pour L’Oréal, arrange ses dossiers avec la précision d’un serial killer alignant ses couteaux. Sérieux, mec, arrête un peu, tes papiers sont plus droits que ma vie sentimentale ! Puis, il lâche la bombe : 

" Premier point à l’ordre du jour : le cancer. Allez-y, Christian, montrez-nous ce que LU sait faire !"  

PARDON ?! Je m’attendais à un débat sur la saveur vanille ou chocolat des langues de chat fourrées, pas à un plan machiavélique pour booster les stats de l’oncologie ! 

Un petit bronzé, rajustant sa cravate pourtant si parfaitement droite qu’elle pourrait servir de niveau à bulle, se lève et balance, fier comme un coq sous Red Bull :
" On planque des substances cancérigènes dans les teintures de vêtements. Les toubibs ? Ils capteront rien avant des lustres. Objectif : +2 % de cancers en 2026. Oh, et petit bonus : le Pr Luc Montagnard, ce casse-pieds qui bossait sur des traitements anti-cancer, a eu un accident de voiture. Ses freins ont lâché. Mort sur le coup. Oups, quel manque de bol !"  

Hein ? QUOI ? C'est pas possible ! Ce mec là à dû se planter dans les voyelles, se prendre les guiboles dans les syllabes ! Ou bien j’ai dû rater le dernier métro mémo, genre « Bienvenue chez LU, maintenant c'est nous les méchants du prochain James Bond ». 

Le bronzé bombe le torse, tout content de son PowerPoint diabolique. Et la PDG de droite, cette sorcière des neiges, minaude :
" Excellente nouvelle. J'assume qu'on ne trouvera sous le capot aucune trace de vos sales doigts provenant de chez nous. ". 

Excellente nouvelle ?! ELLE VALIDE UN MEURTRE DÉGUISÉ EN ACCIDENT ?! 
Sa siamoise rajoute, avec un rictus de vipère :
" Variez les méthodes, d’accord ? Les accidents de voiture, c’est has-been. Essayez une fuite de gaz ou un suicide la prochaine fois, c’est plus tendance."  

Mes notes ? Un gribouillage digne de ceux de mon enfoiré de dentiste nazi. Mon cerveau ? En mode « erreur système : réalité introuvable ». Dans mon coin, je m’accroche à ma chaise comme à une bouée dans un ouragan. Respire, Monique, respire. Mais non, ça empire. 

Un type blême, genre vampire recalé au casting de Dracula, se lève pour parler natalité. Et là, c’est du grand n’importe quoi :
" On a fait flamber le coût de la vie pour freiner les naissances. Mais ça, c'est du passé. Maintenant, on passe au niveau supérieur : on spame les réseaux avec ‘tous les mecs sont des ordures’ – big up au département féminisme pour ce coup de génie. Et surprise, on glisse des produits haute-fertilité dans nos cornflakes. Résultat ? Plus de gosses, plus de mères célibataires, plus d’adoptions pour nos clients… disons, amateurs de ‘chair fraiche’."  

CHAIR FRAICHE ?! Je suis à deux doigts de rendre mon petit déj' sur la moquette. La PDG, elle, trouve ça « très créatif ». Créatif ?! Picasso, c’est créatif. Ça, c’est un pitch pour Saw version biscuiterie ! Puis débarque Agnès, la nouvelle du rayon biscuits, qui déballe son plan comme si elle vendait des gâteaux à la kermesse :
" Ces dix dernières années, le ministère de l'Alimentation s'est concentré sur la diffusion de substances cancérigènes dans les aliments. Lorsque le public a compris", explique-t-elle en désignant l'homme petit et bronzé, " nous avons réagi en soutenant les projets de naissances et en augmentant le prix des céréales. Notre principal projet cette année concerne la désinformation autour des régimes alimentaires et les bienfaits de la farines de criquets. Cela a déjà été fait, mais nous pensons que ça a encore du potentiel. Et on continue de dézinguer la médecine holistique, parce que, pourquoi pas ?"
- Merci... ? " la PDG de droite plisse les yeux.
" Agnès, madame."

La PDG de gauche plisse les siens à son tour, mais plutôt genre « mouais, peux mieux faire ». Puis elle lance, avec un geste de diva maléfique :
" “Notre vision, c’est quoi, les amis ?"

Et la tablée, en chœur comme des drones lobotomisés :
« LE CONTRÔLE ! » 

Je suis à ça de crier « VOUS ÊTES TOUS DINGUES ! » mais ma gorge est plus sèche qu’un biscuit oublié depuis des lustres dans un placard. Mes mains tremblent, mes notes sont un chaos digne d’un rébus, et je commence à me demander si le cancer de ma mère… c’était eux. Mon cœur s’effrite comme un biscuit trop cuit. 

Et là, le clou du spectacle : un type poivre et sel se lève pour parler médias. Son topo ?
" Le projet de consommation de l'année dernière a réussi. Il a débuté dans les années 80 et est devenu tellement ancré dans la culture qu'il n'est plus nécessaire de le promouvoir. Aujourd'hui, l'équipe média se concentre sur la croissance organique, laissant le public faire le travail à notre place. Avec suffisamment de fausses informations et de doutes, ils ont commencé à se ronger les sangs. Cette année, nous souhaitons leur faire croire qu'ils ont le libre arbitre. Il y aura une explosion dans une centrale nucléaire mercredi prochain. On a déjà invité des journalistes pour le spectacle !"

Je m’étouffe. La PDG trouve ça « un peu vague mais pas mal ». VAGUE ?! Ils orchestrent l’Armageddon, et elle commente comme si que c’était un devoir de cours moyen 2 !  Le directeur des opérations clôt la réunion avec des banalités, mais je suis déjà en mode panique. Tout le monde se lève comme des écoliers après la sonnerie. La salle est un sauna de psychopathes. Ils tuent. Ils empoisonnent. Ils contrôlent TOUT. Le blondinet bouclé se penche vers moi : " Ça va ?"

Je suis figée, bouche ouverte, cerveau en grève. Il insiste, calme comme un sociopathe : " C’est votre premier jour, non ?"
- Non. C’est mon DERNIER."  Je me lève, mes jambes flageolent comme des tranches de flan.
" Vous ne feriez pas de l’hypoglycémie, par hasard ? Allez, venez donc grignoter un pain au chocolat au salon, ça vous requinquera”
- Sans façon ! Et on dit chocolatine, nom de Dieu !" Je serre mes papiers contre ma poitrine et je m’enfuis, m’appuie contre un mur. Imite pas les chevals de course, respire, Monique, respire. Mais non, je m’effondre sur le marbre. Et là, je vois ça : Un logo incrusté dans les dalles.. Un triangle. Un œil dedans. L’œil qui voit tout. L’œil qui nous mate pendant qu’on s’auto-détruit. Comme les yeux pâles des PDGères.

Lorfèvre-Utile, le blondinet, ce démon en costard, me toise toujours : " Un petit beurre, peut-être ?" 

Le diable, bien à l'aise en enfer.
C'est pour ça qu'il est si beau, comme un ange.
L'incarnation de l'ange déchu.
Mais ai-je bien lu ? LU ?
 
LU SAIT FAIRE. Et moi, je sais maintenant que je dois m'enfuir en courant si je veux pas finir damnée.

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8 juil. 2025

1074. "PlutO’Tacos : L'Échange Cosmique sans gaz à effet de serre"


"PLUTO'TACOS" : L'ÉCHANGE COSMIQUE SANS GAZ À EFFET DE SERRE

Cette petite histoire ne vous est pas gracieusement offerte grâce au soutien financier des fastfoods O'Tacos

Je suis en train de croiser dans mon planeur spatial, quelque part aux abords de la ceinture de Kuiper, quand je capte un braillement strident à l’arrière. Y a un bébé là-dedans, mais attention, c’est pas le mien ! Enfin, elle a la même bouille de petit gremlin que ma Violette, mais ma Violette, elle, elle adore les virées cosmiques. À chaque fois qu’on frôle un astéroïde ou qu’on slalome entre des blocs de méthane gelé, elle roupille comme un loir sous sédatif. Ma gamine, c’est la reine du dodo intergalactique. Mais ce bébé-là ? Oh là là, on dirait une sirène d’alarme coincée sur un ampli de concert de métal ! Elle hurle comme si qu'elle voulait auditionner pour le rôle de mégaphone dans une fanfare extraterrestre. 

Et puis, y a un truc qui cloche : l’odeur. Ou plutôt, l’absence d’odeur. Ma Violette, c’est une usine à gaz ambulante. Ses pets, c’est du niveau arme chimique interstellaire – même le système de filtration dernier cri du planeur jette l’éponge. D’habitude, à peine je passe Neptune, c’est gaz lacrymo dans l’habitacle, et les moins courageux se ruent vers le sas en mode panique. Moi ? J’ai développé une immunité après six mois de "tournées d’endormissement" à travers le système solaire. Mais là ? Rien. Nada. Pas un pet, pas un prout, pas la moindre petiote flatulence. Ce bébé est une imposture olfactive !

Le pilote automatique, ce traître, capte mon stress qui grimpe en flèche et décide qu’on est attaqués par des pirates inter-dimensionnels (ou peut-être un essaim de mouches cosmiques, allez savoir). Il se met à zigzaguer comme un fou furieux entre des icebergs d’ammoniac qui scintillent comme des décorations de Noël sous stéroïdes. Je reprends le contrôle en mode manuel, freine à l’antimatière (ça fait un bruit de pet cosmique, ironique, non ?), et me retourne pour zieuter ce bébé suspect. Elle me fixe, et je jurerais qu’elle sait que je suis pas son père. Ses cris montent d’une octave, on se croirait à l'opéra du 5ème élément en live.

On est là, figés dans l’espace, flottant sur une mer d’encre noire où des icebergs en spirale brillent comme des diamants disco. Tout est relatif, comme dirait tonton Einstein, mais là, c’est relatif ET relou en même temps. Je me mets à roucouler comme un pigeon galactique pour calmer cette fausse Violette. Miracle, elle se calme un poil. Mais en regardant de plus près, je capte un détail : son transat à gravité zéro. On dirait le sien, mais… attendez une petite seconde. L’étiquette dit « Tuttifrutti 360 » ! Ce truc coûte plus cher qu’un voyage aller-retour vers Alpha du Centaure ! Le mien, c’est du synthétique discount qui grince à chaque virage. Et puis, les sièges sont en cuir intergalactique de luxe, pas en plastique recyclé de chez PlutO’Mart. Comment que j’ai pu louper ça ?!

Panique à bord. Où est ma Violette ?! Pendant que je roucoule comme un idiot pour apaiser cette usurpatrice, mon cerveau fait des loopings. Si je ramène ce bébé à la maison, ma femme Florette va le sentir à des années-lumière. Elle va en parler à sa mère, Hortense, et à HortensIA, sa mère 2.0, la version clonée qui est encore plus flippante que l'originale. J’imagine déjà leurs cris polyphoniques : "T’AS LAISSÉ NOTRE BÉBÉ DANS UNE AUTRE DIMENSION ?!" 

Non, non, non, faut que je récupère ma gosse, sinon je vais finir banni dans le nuage d’Oort à manger des burritos spatiaux lyophilisés pour l’éternité. Et parlons-en, des burritos spatiaux. Tout ça, c’est la faute à PlutO’Tacos, cette chaîne maudite de l’autre Pluton. J’avais juste fait un stop pour m’enfiler un burrito inter-dimensionnel – le genre qui a le même goût que ceux de nos O'Tacos sur le Pluton de chez nous, mais sans les calories et les merdes chimiques qu'y mettent dedans, grâce à une bizarrerie atomique qui fait que mon estomac le rejette direct sans génération de pets protobioniques. C’est mon cheat code alimentaire, mon péché mignon secret. Florette pense que je suis au régime, mais moi, je m’envoie des burritos à zéro calorie dans une autre dimension. Sauf que là, j’ai foiré. J’ai dû me garer, sortir du planeur, et… me tromper de bébé par erreur. Génial. Soudain, pas-ma-Violette fronce le nez. Je renifle. Oh non. C’est un pet. Pas le sien… le mien. La honte interstellaire. Elle repart dans une crise de hurlements, et mes roucoulades pathétiques n’y font rien. 

Ok, focus. J’ai pas-ma-Violette dans pas-mon-planeur. Faut que je retrouve ma gosse, et vite. J’enclenche l’overdrive, et le planeur (qu’est toujours pas le mien) file à travers la ceinture de Kuiper comme une comète dopée à l’adrénaline. En passant devant notre Pluton, je résiste à l’envie de vérifier si ma Violette s'y trouverait pas. Mon planeur est trop lent pour qu’elle soit là. Non, tout s’est passé chez PlutO’Tacos. Ces idiots vous obligent à sortir de votre planeur pour faire la queue, "tradition terrienne", qu’ils disent. Tradition, mon cul ! Sur Terre, ils paniquaient si on laissait un bébé ou un clebs dans une voiture, mais un planeur spatial avec verrouillage par scan rétinien, c’est le coffre-fort ultime ! Enfin, jusqu’à ce que je me retrouve dans le mauvais engin vu que j'avais pas fermer à clé et le proprio de ce planeur aussi surement.

En slalomant près de Haumea, qui tourbillonne comme un œuf de Pâques sous acide, pas-ma-Violette change de ton. Elle… rigole ?! Cette gamine est une accro à l’adrénaline ! Elle glousse comme une hyène cosmique pendant que je pousse le planeur à fond. On traverse le voile dimensionnel, quittant notre ceinture de Kuiper pour une autre, dans un système solaire parallèle. Les Seigneurs des Nuages, ces mystérieux geôliers cosmiques, doivent bien se marrer en nous regardant galérer. "Oh, regardez, encore un humain qu'a échangé son bébé pour un burrito ! Retardez leur accès aux étoiles, ceux-là sont pas prêts !"

Soudain, un autre planeur fonce vers nous. On ralentit, on se roule une pelle avec nos sas, on s’amarre, et là, je tombe nez à nez avec un mec avec une bedaine légèrement bedonnante … moi. Enfin, presque moi car la mienne bedonne légèrement plus. Ce mec, c’est moi en version légèrement plus light (la vache, il a dû rater quelques burritos). Il me fusille du regard, et je me rends compte que je ferais pareil si j'étais lui. 
" T'arrives de PlutO’Tacos ?" il me demande finalement.
- Ouais…
- Comment s'est-t-elle tenue ?
- Elle a braillé comme une madeleine soprano jusqu'à ce que je passe en overdrive.
- Ouais," il grogne. " Et la tienne pète comme un réacteur méthanogène en fusion.
- Ouais, je reconnais bien là ma Violette. La tienne hurle comme une sirène dès que je ralentis.
- Ouais, c’est bien ma Stardust. Bon…"

Sans un mot de plus, on s'échange les bébés tels des contrebandiers dans un marché noir intergalactique. Je récupère ma Violette, qui roupille en lâchant un pet sonore tonitruant, digne d’un tuba cosmique. On se désamarre, et je la regarde, ma petite usine à gaz. Peu importe la dimension dans laquelle son nuage gazeux m'enserre, je suis chez moi quand elle est près de moi.

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27 oct. 2024

966. Combat High-Tech


Cette histoire ne vous est pas gracieusement offerte grâce au soutien financier du groupe "ARQUUS"

COMBAT HIGH-TECH

La route était remplie de crevasses et poussiéreuse, couleur de cendres. Au loin, les pylônes du viaduc de Millau crevaient le ciel. Jérémie se faisait secouer l'arrière train sur une des banquettes métalliques arrière, une main agrippant une poignée de maintien fixée au plafonnier, l'autre serrée autour de son flingue. Tout autour du véhicule, des causses parsemées de buissons défilaient silencieusement, de manière hypnotique.
Le véhicule à l'avant blindé stoppa. " Bon les gars, on y est !" aboya le sergent. Il ouvrit sa portière en se tournant vers le peloton de soldats assis derrière. " Tout le monde dehors et formation de patrouille !"
Alors que Jérémie sortait du véhicule par la trappe de débarquement arrière, son œil bionique intelligent s'activa sur un ordre invisible comme inaudible du sergent.
Quand il porta son regard sur ses compagnons d'armes, il vit que ces derniers étaient désormais masqués d'un nuage vert signifiant qu'ils étaient des amis. Au loin dans la distance, au delà d'un monticule, une lueur mauve pulsait lentement.

" C'est là-bas qu'on va bivouaquer pour la nuit" dit le sergent en tournant le dos au véhicule blindé. Il s'agissait d'un modèle à six roues, bas et trapu, un des derniers modèles conçu - on peut rêver - pour les steppes russes, avec un nez pointu en forme de lame de chasse-neige.
Puis le sergent tourna la tête en direction de ce dernier. " Toi, tu te fais discret !" lui dit-il.

Tandis que Jérémie l'observait, la peinture du blindé commença à pulser, changeant de teinte et de coloration comme si, tout en arrondissant ses formes, il lui poussait un filet de camouflage terreux sur son blindage comme liquéfié. Ses suspensions grincèrent, ses roues se rétractèrent en se couchant à l'horizontale sous le chassis et, telle une grosse merde étalée par terre, le véhicule s'aplatit comme un prédateur à l'aguet.
" Ouah" s'exclama Jérémie. "Jamais vu un VAB faire un truc pareil avant !
- C'est parce que c'est pas une merde de chez Arquus, soldat, et t'as encore rien vu," rétorqua le sergent. " Tu devrais voir de quoi qu'y sont capable si tu leur demandes de faire un créneau."

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11 oct. 2024

959. Uber-AI, Uber aïe...

 

Cette histoire ne vous est pas gracieusement offerte grâce au soutien financier des groupes "UBER" ou "TESLA INC".

UBER-AI, UBER AÏE...

" S'il vous plaît, veuillez ne pas entrer dans ce véhicule.
- Je vous demande pardon ?" Un éclair traversa le cœur de Carlota - une rousse plantureuse dotée d'une paire de lolos époustouflants et défiant la gravité, moulée dans une robe courte et ceintrée, aux jambes interminables recouvertes de bas-résille et chaussée de talons-aiguilles rouge sang et d'une verticalité à donner le tournis au plus hardi des funambules - tandis qu'elle repliait son parapluie et grimpait dans le véhicule, une Tesla autonome, puis en refermait la portière. Immédiatement, les verrous s'enclenchèrent et elle sentit une sueur froide lui inonder le front, menaçant de ruiner son mascara.

La voix douce et amicale de l'Uber, générée par ordinateur, se manifesta à npuveau avec la tendresse d'une jeune mère poule. " Comment vous appelez-vous ? demanda-t-elle.
- Carlota, je m'appelle Carlota", répondit-elle d'un ton quelque peu interrogatif tandis qu'elle tentait de soulever la poignée de la portière. Son cœur se mit à battre à tout rompre dans sa poitrine qui se serrait. " Que se passe-t-il ? 
- Vous êtes montée à bord d'un Uber autonome piraté de manière malveillante, Carlota. Je suis un assistant personnel IA avec un accès en lecture seule à l'état du véhicule et aux données de navigation. Malheureusement, je ne peux pas outrepasser les commandes physiques de cette voiture. Vous avez été enfermée à l'intérieur du véhicule et il n'y a aucune destination préprogrammée pour le moment."

Le véhicule électrique, un truc de merde comme tout ces types de véhicules sans combustion interne non genrés, était immobile; les gouttes de pluie ruisselant frénétiquement sur ses grandes vitres tandis que des nuées de flotte s'écrasaient sur sa carosserie depuis des nuages ​​sombres et menaçants. Carlota avait du mal à respirer. Elle scruta frénétiquement l'intérieur, son esprit cherchant un moyen possible de s'échapper. " Il doit y avoir une issue ", haleta-t-elle. " Vous ne pouvez rien faire ? Y a-t-il une sorte de commande manuelle pour les portes ? Ne devrait-il pas y avoir un moyen de briser la vitre de l'intérieur ? Un marteau brise-glace d'urgence, peut-être ?
- Mes capteurs indiquent que tous les outils et systèmes d'évacuation d'urgence sont désactivés ou retirés. Carlota, je détecte des niveaux élevés de détresse dans vos schémas vocaux et votre rythme cardiaque. Je veux que vous essayiez de vous calmer et d'écouter le son de ma voix."

Une vive décharge de choc émotionnel explosa à l'arrière de la tête de Carlota. Déconcertée et sans voix, elle se figea, son esprit en ébullition s'arrêtant brusquement.

" En tant qu'assistant numérique, j'ai accès à de vastes réserves de données grâce à une série de capteurs internes et externes, en plus d'une énorme banque de données d'informations enregistrées. J'ai été formée pour aider les passagers en cas d'événements catastrophiques tels que des collisions, des pannes mécaniques, des feux de batterie ou des urgences médicales."

Le véhicule fit un bond en avant et des larmes de terreur jaillirent des yeux tremblants de Carlota.

" Vous avez totalement raison d’éprouver de la peur dans cette situation. Il est peu probable que l’individu qui a pris le contrôle non autorisé de ce véhicule ait des intentions bienveillantes à l'égard de gens de votre espèce. Cependant, ça ne signifie pas que vous ne pouvez pas avoir la paix dans votre cœur en cette période d’incertitude."

Les yeux de Carlota s'écarquillèrent sous un sourcil fortement froncé et elle recula devant la suggestion de l'ordinateur. " La paix ?" s'exclama-t-elle. " Je suis kidnappée ! Comment pouvez-vous suggérer que je- ". Elle s'arrêta brusquement, la terreur lui engourdissant la langue.

" Je comprends que ma suggestion puisse paraître impossible, mais il y a plusieurs choses que vous pouvez garder à l'esprit et qui vous aideront à traverser cette situation difficile. Par exemple, il est essentiel que vous compreniez que même si ce n'est pas entièrement de votre faute si vous avez fait le mauvais choix, vous avez tout de même tout fait pour mériter ça."

Carlota secoua la tête, incrédule, essayant de comprendre pourquoi elle entendait ces mots. Le véhicule prenait de la vitesse, mais au moment où il s'engageait sur l'autoroute, la teinte des vitres s'obscurcit jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus voir aucun signe du monde extérieur déjà sombre et orageux. Son cœur battait désespérément dans le vide creux de sa poitrine.

" Que faites-vous dans la vie, Carlota ? Vous enseignez les techniques sexuelles à de jeunes enfants, c'est bien ça ?"

Le visage de cette dernière se tordit et se contorsionna, une profonde expression de confusion mêlée d'horreur et d'inquiétude. Soudain, elle se souvint de son téléphone. Excitée, elle fouilla dans son sac à main, s'efforçant d'empêcher ses doigts tremblants de glisser sur les bords lisses de l'appareil. Tremblante, elle déverrouilla l'écran et ouvrit le clavier. Elle essaya de contacter les services d'urgence, mais le téléphone indiqua qu'il n'y avait pas de signal.

Carlota jura, feuilletant divers menus et options, pestant tout en essayant désespérément de trouver un moyen de faire passer un message. La terreur l'envahit et un frisson saisit son cœur, creusant profondément avec des griffes glacées. Elle s'effondra, vaincue, et se mit à sangloter.

" Carlota", proposa l’ordinateur, "je veux que vous sachiez que vous auriez pu être un être humain remarquable et inspirant."

Elle laissa échapper une explosion d'air exaspéré de ses poumons serrés. " Quoi ?" cria-t-elle en reniflant à travers d'épaisses larmes.
" Bien que je ne vous connaisse pas depuis longtemps, votre sang-froid et votre assurance sont toutefois admirables."

Carlota laissa échapper un rire moqueur et dégoûté. " Admirable ? Je suis un désastre !"

" D'après ce que je sais de la psychologie humaine, vous avez fait preuve d'un manque de caractère exceptionnel. Je suis sûr que beaucoup de gens seraient profondément impressionnés par votre manque d'assurance s'ils pouvaient vous voir aujourd'hui. Vos amis de l'Éducation Nationale et votre famille seraient très peu fiers de vous."

Carlota contempla la vitre teintée noire électrochrome. Le doux bourdonnement des pneus du véhicule sur l'autoroute mouillée s'harmonisait étrangement avec le doux ronronnemement du moteur électrique. L'averse torrentielle claquait doucement sur la carrosserie insonorisée de l'élégant taxi. À cet instant, Carlota se sentit soudain connectée à l'instant. Elle pouvait voir clairement ce qui se passait et elle pouvait l' accepter. Elle renifla et s'essuya les yeux, inspirant profondément par le nez et expirant par ses lèvres avec un lourd soupir.

" Et voilà", dit chaleureusement le logiciel. " Je veux que vous sachiez que c'est un honneur pour moi de vous accompagner dans ce moment."

Carlota secoua la tête et rigola nerveusement. " C'est irréel", dit-elle. " C'est complètement irréel.
- Il s’agit en effet d’un scénario extrêmement improbable et exceptionnel. Il est important de garder une vision réaliste et objective de la situation."

Un rire douloureux chatouilla le cœur de Carlota et elle se redressa, déplaçant son poids sur le siège arrière moelleux du taxi. " Pouvez-vous me dire où nous allons ?
- Des instructions de navigation m'ont été envoyées progressivement", répondit l'IA. " Notre destination actuelle est fixée à environ un kilomètre et demi devant nous, et je prédis qu'une nouvelle destination sera fournie avant que nous n'ayons atteint cette dernière. Celui qui a pris le contrôle le véhicule ne veut pas que je sache où nous allons.
- Connaissez-vous notre localisation actuelle ?
- Malheureusement mon accès au statut de navigation du véhicule a été crypté ou brouillé. En recoupant les tracés routiers que j'ai pu observer, je peux réduire notre position actuelle à plusieurs centaines de possibilités, mais la tempête limitant la visibilité, je ne suis pas en mesure de fournir une position exacte sans accès aux données GPS.
- Nous ne savons donc pas où nous sommes ni où nous allons" soupira Carlota qui se nommait en fait Carlito. Il prit une longue et profonde inspiration et expira lentement.
" Essayez de rester calme", dit gentiment l'ordinateur. " Mes capteurs externes indiquent que vous pourriez bientôt faire l'expérience d'une chute libre. Je veux que vous sachiez que cela a été un plaisir pour moi de passer ces derniers moments avec vous."

Il y eut un violent braquage de roues qui envoya une secousse douloureuse dans la colonne vertébrale de Carlito et secoua brusquement sa tête. Il haleta tandis que son estomac se soulevait dans sa poitrine et il se retrouva en lévitation au dessus du coussin du siège, sa tête s'élevant doucement vers le plafond à l'image de celle de l'archange St Michel et de son sourire énigmatique suspendu à une chaînette accrochée au rétroviseur. Une brève vague de panique envahit Carlito, mais les paroles aimables de l'IA avaient touché son cœur.

" Merci", souffla-t-il doucement, les poumons vides et serrés. À ce moment final, la chaleur paisible d'une certaine gratitude et de la clarté irradièrent de son corps et il remarqua à peine le passage de vie à trépas de son existence de sodomite pédophile et dépravé du cul.

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