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14 août 2025

1096. Chiens sentinelles

 

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CHIENS SENTINELLES

Dans ce bas monde, y’a des règles que tout le monde est censé suivre, histoire de pas foutre le bordel partout. Aime ta voisine, touche pas à son mec, fais pas aux autres ce que t’aimerais qu’on te fasse pas, et lâche un pourliche à la serveuse. Simple, non ?
Sauf que c’est pas juste des conseils de mamie grand-mère. Ces trucs, c’est la base pour faire tenir debout ce qu’on appelle la « société ».
Mais attends, tu te dis : « C’est pas sorcier à suivre, ça ! » 
Ouais, sauf que la vie, c’est pas un conte de fées avec des licornes et des arcs-en-ciel, mon pote.  Ces petites règles, c’est ce qui fait tenir la baraque, du moins, c’est ce qu’on nous a vendu. Mais si t’as déjà vu le vernis craquer, si t’as vu la société partir en sucette comme un vieux mur qui s’effrite, tu sais que c’est du flan. La civilisation, c’est une couche de peinture sur un tas de bois pourri, bouffé par les termites.

On pourrait croire que je râle, que je suis aigri, grincheux comme une vieille porte. Ben ouais, et j’ai de quoi ! Cette amertume, je l’ai pas chopée au loto ou au pied d'un sapin, je l’ai gagnée à la dure, cicatrice après cicatrice.  J’ai pas grandi en faisant des courbettes aux règles. J’étais pas du genre à m’endormir avec des contes de fées. Les règles, je les contournais pas, je les explosais si besoin. Pas par plaisir, mais parce que pour survivre, t’as pas toujours le choix. J’étais pas un ange, loin de là. J’étais plutôt le genre de mec qui te file des frissons si tu me croises dans une ruelle sombre. Le type que les mamans interdisent à leurs gamins d’approcher. Un gars qu’on dirait sorti d’une cage rouillée.

De sale chien, qu’ils me traitaient.  Mais à force de jouer avec le feu, ça te rattrape. Tu cours toute ta vie, et un jour, tes jambes te lâchent. Et là, tous ceux qui te coursaient te piétinent sans pitié.  Avant que je capte ce qui m’arrivait, j’étais en laisse. Empreintes, ADN, tout y est passé, jusqu’à la couleur de mes poils du cul. J’avais plus de nom, juste un numéro d'écrou.  En taule, le temps, c’est plus qu’un concept flou. T’es coincé dans une boîte en béton avec un lit superposé, des chiottes qui te servent aussi de lavabo, et un coloc qui pourrait te bouffer pour le goûter.

Dans ce genre d’endroit, tu te rends vite compte que t’es pas si loin de l’animal.  Parce que ouais, faut pas se voiler la face : les humains, c’est des bêtes. Des mammifères, quoi. On marche sur deux pattes, on a des iPhones, des cartes bleues, mais au fond, on reste des animaux.  Des bestioles égoïstes, voraces, violentes. J’ai vu ça de mes propres yeux. Dix ans à être traité comme un clébard, ça te marque. T’as tout le temps du monde pour cogiter, et tu finis par voir le monde tel qu’il est : une putain de jungle.  

Le jour où ils m’ont relâché, j'ai pas eu ce moment cliché de remise en liberté hollywoodien – tomber à genoux, louer Dieu ou Allah, embrasser le trottoir. Je savais que j'étais toujours sous contrôle. Redresse-toi et vole droit, ou retour en cage. En remontant les rues de mon vieux quartier, les gens qui me connaissaient m’ont regardé comme un étranger. Les potes, la famille ? Ouais, ils ont fait comme tout le monde : ils ont continué leur vie.  Je vais pas te saouler avec ma vie de merde, mais écoute bien, y’a un truc à comprendre. La société, et je sais que j'me répète, c’est pas un conte de fées. Les optimistes te vendent du rêve avec leur espoir à deux balles, mais la vérité, c’est que c’est brutal. Une erreur, et t’es viré du troupeau. Un paria, condamné à errer comme un chien galeux.
Mais attention, y’en a qui kiffent vivre en solo. Sauf que nous, les humains, on a besoin des autres, même si certains nous traitent de « chiens ».  

Petit cours d’histoire : tu savais que « chien » comme insulte, c’est vieux comme le monde ? Ça vient de l’époque biblique. Et non, c’est pas juste pour te comparer à un toutou qui bave sur le canapé. Non, un « chien », c’est galeux, c'est sale, ça erre, ça se lèche les couilles et ça mendie. Ça te dépouille de ton humanité. T’es plus rien qu’une bête.  Mais moi, je me pose la question : pourquoi que c’est une insulte ? Être un animal, c’est pas la fin du monde. Pour certains, c’est la loose totale, mais pour moi, c’est presque libérateur.  J’suis pas un saint, et j’pense pas que beaucoup de gens le soient. Y’a pas de honte à l’admettre. Les cathodoxes, ils te font t’asseoir dans une boîte pour confesser tes conneries à un inconnu. Trois Pater, deux Ave, une tape dans le dos, et dégage. Simple, non ?  

Mais pourquoi on te fait encore honte, même quand t’essaies de changer ? Pourquoi pas assumer ses conneries ? Pourquoi pas porter le nom de « chien » comme un badge d’honneur ?  Un jour, j’ai compris ce que je devais faire pour régler le bordel qui me bouffait la tête. J’étais au pied du stade de foot, en train de bouffer un de ces casse-dalles pisseux de chez Burger King – celui de la route de Lorient, pas l’autre du centre-ville qu'est un vrai champ de bataille. J’vois deux clebs errants s’arracher un bout de wrap-chicken moisi, plein de mouches. Je me dis : « Bordel, qui se battrait pour un truc aussi pourri ? »  

Quelques heures plus tard, j’étais à la banque, la tronche collée au sol, à mater deux bras cassés tenter un braquage foireux. Deux gamins qui jouaient les caïds, mais qui chiaient dans leur froc. L’un bégayait à la caissière comme si qu’il commandait un menu aux lolos de Gina Frigida, l’autre tournait en rond comme un clebs apeuré.  
J’me suis vu en eux. Ce désespoir, cet instinct de survie. Et ça m’a fait vriller.  Quand les flics ont débarqué, l’un des gars était K.O., la gueule en vrac, l’autre pleurait assis dans sa flaque de pisse, une balle dans sa jambe droite. Moi ? J'avais déjà quitté les lieux, je m'étais carapaté, les poings en sang, la sueur au front, et l’air d’un mec qui venait de courir un marathon sous amphétamines.  

J’avais pas fait ça pour la gloire. J’l’ai fait par réaction épidermique point barre. Et pour la première fois depuis longtemps, j’y ai vu clair.  Cette nuit-là, seul chez moi, le poignet enrobé de glaçons, j’ai fixé le plafond en me disant : « Et s’il y en avait d’autres comme moi ? »

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Y’avait cette vieille église pourrie en bordure du quartier. Ça puait le moisi et les prières oubliées. Le genre d’endroit où que les gosses se lancent des défis et où les ados vont en cachette pour jouer à touche-pipi.  J’y suis allé, seul. La poussière dansait dans les rayons de lune. Assis sur un banc pété, j’me suis mis à prier. Ouais, t'as bien entendu, prier.  Un type m’a rejoint, posé une main sur mon épaule. Un vieux en manteau râpé, la gueule burinée, les yeux pleins d’orage. Un prêtre, peut-être. Ou juste un clodo. J’me disais qu’il allait me planter pour effraction dans son logis.  

" J’pensais pas que des gens venaient encore ici ", qu’il me dit, calme comme de l'eau qui dort.
" J’pourrais dire pareil ", que j’réponds.  On a causé. J’lui ai balancé ce que j’avais dans le bide. Pas un discours, juste une vue d'ensemble : la recherche d'un endroit pour les gars comme moi. Des mecs qui ont déconné, mais qui veulent faire un truc bien. Pas réparer le monde, mais essayer.  

Il m’a écouté, sans juger. " Tu as les yeux de quelqu'un qui court depuis longtemps , il m'a dit.
- Peut-être. Mais une chose est sûre : je suis fatigué. "
Il a hoché la tête puis a fouillé dans son manteau et en a sorti un trousseau de clés rouillées.
" Tu as l'air de quelqu'un qui veut changer les choses. Malheureusement, le monde n'a plus vraiment besoin d'hommes comme toi."
Il s'est levé et a refouillé plus profondément dans son manteau pour en ressortir un autre trousseau. " Celles-ci t'appartiennent désormais, mon fils."

Avant que je puisse dire merci, il s’était barré.  Mais le chien que t'as sous les yeux avait enfin un foyer.  En matant l'intérieur de cette église en ruine, la question m’est revenue : « Et s’il y en avait d’autres comme moi ? »  Pas des saints, pas des héros. Juste des gars qu'ont fait des conneries et qui ont vécu assez longtemps pour le regretter.  

J’ai commencé petit. J’ai appelé des vieux contacts. Pas des tarés ou des psychos, mais des survivants. Ex-flics, ex-taulards, ex-soldats. Des mecs avec un fond de décence sous les gravats.  On s’est posés en cercle sur des chaises pliantes, à se jauger. La tension était là, normal. Je leur ai pas vendu du rêve, j’ai juste posé une question : " On est tous crevés, non ?"  Pas crevés physiquement. Crevés d’âme. Marre de courir, de morfler, d’être des clebs errants. On voulait être vus comme des chiens loyaux, pas des parias.  C’est comme ça qu’on est devenus les Chiens Sentinelles.  

Le nom, c’était pas pour frimer. C’est juste honnête. Les chiens, ça surveille, ça protège, ça reste fidèle, même amochés, même cassés ; même s'ils ont plus souvent le cul botté que l'écuelle remplie.

Pas de grades, pas de galons, pas képis, pas de médailles. Juste des règles : protège les faibles, frappe jamais le premier mais cogne plus fort en retour, prends rien à ceux que tu aides. Pas de gloire, juste des résultats.  Des règles simples. Celles qui te gardent en vie – ou pas.  

On cherche pas les emmerdes, c'est les emmerdes qui nous trouvent. Le harceleur ? Attaché à un poteau avec une ordonnance d'éloignement entre les gencives. Le dealer ? Ligoté sur le capot d'une bagnole de flics avec ses kilos de coke amarrés aux chevilles . Le proprio véreux ? Dans une benne à ordure avec les plaintes de ses locataires. Le pédophile ? Un truc de ouf avec un truc encore plus ouf dans le fond du fion. 
Pas très légal ? Peut-être. Efficace ? Carrément.  

On porte pas de masques. On est des mecs normaux. La rédemption en jogging. Certaines nuits, on patrouille. D’autres, on boit, on cause, on mate l’obscurité. Mais quand un appel arrive, on bouge, vite.  On plaisante en disant qu’on est pas des héros, juste des techniciens de surface. On balaye la merde que personne veut toucher.  Un jour, quelqu’un nous a appelés des anges. On s’est marrés. Pas méchamment, mais franchement. On est pas des anges. Qu'est ce qui reste de toute manière quand t’as tout perdu, sauf le choix ?  

On reste dans l’ombre, mais quand un désespéré toque à la porte de l’église, on écoute. Si son histoire ressemble à la nôtre, on lui file un lit et un choix : « Tu te casses, ou tu te bats. »  On les forme pas à être des saints, mais à survivre. À se retenir. À rendre justice.  Être sous-estimé, c’est notre force. Personne s’attend à ce que des ex-taulards d’une église pourrie fassent tomber des réseaux de pédos ou des tarés.  On s’arrêtera jamais. Parce que si on s’arrête, on risque de se souvenir de qui on était.  Et c’est pas une question d’oublier. C’est une question d’expier.  N’importe qui peut être un Chien Sentinelle. Ton voisin, ta sœur, ton prof. La rédemption, ça fait pas de chichi. À la fin, on s’en sort qu’ensemble. Une meute de chiens qui courent côte à côte.  Alors non, on est pas des héros.

On est juste des Chiens Sentinelles.
Et n’oublie pas : on surveille tout, toujours, partout.

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18 juil. 2025

1080. LU sait faire

 

LU SAIT FAIRE

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Aujourd’hui, c’est MA journée. Je débarque chez LU comme stagiaire, la Mecque du biscuit, avec l’assurance d’une diva prête à faire plier le monde sous mes talons. Tête haute, démarche de star (bon, peut-être un peu plus « cane boiteuse » que « top model »), je suis là pour montrer à ces bureaucrates en costard que je suis la reine du compte-rendu. 
 
Ma mission ? Rédiger les minutes de leur réunion hebdomadaire. Fastoche, non ? Je m’attendais à des débats sur la quantité de beurre dans les Véritables Petits Beurres. Grosse erreur. J’ai plongé tête la première dans un épisode de Black Mirror scénarisé par un parano sous caféine. 

La salle de réunion paye pas de mine, pas plus grande que nécessaire. Les chaises raclent le sol comme des ongles sur un tableau noir, et l’ambiance est si pesante qu’on dirait un enterrement… ou un rituel sacrificiel. Au centre, les PDG-ères, deux Cruellas d’Enfer version sœurs siamoises et Reines des Neiges : cheveux blancs, vêtements blancs, boucles d’oreilles blanches, et des lèvres rouges qui crient « je bois du sang de stagiaire au petit-déj' » . Elles toisent tout le monde par-dessous leurs sourcils qui sont tout noirs, comme si elles pouvaient lire dans vos pensées… ou dans votre historique Google. 

Le directeur des opérations, le mec en charge, un blondinet bouclé tout droit sorti d’une pub pour L’Oréal, arrange ses dossiers avec la précision d’un serial killer alignant ses couteaux. Sérieux, mec, arrête un peu, tes papiers sont plus droits que ma vie sentimentale ! Puis, il lâche la bombe : 

" Premier point à l’ordre du jour : le cancer. Allez-y, Christian, montrez-nous ce que LU sait faire !"  

PARDON ?! Je m’attendais à un débat sur la saveur vanille ou chocolat des langues de chat fourrées, pas à un plan machiavélique pour booster les stats de l’oncologie ! 

Un petit bronzé, rajustant sa cravate pourtant si parfaitement droite qu’elle pourrait servir de niveau à bulle, se lève et balance, fier comme un coq sous Red Bull :
" On planque des substances cancérigènes dans les teintures de vêtements. Les toubibs ? Ils capteront rien avant des lustres. Objectif : +2 % de cancers en 2026. Oh, et petit bonus : le Pr Luc Montagnard, ce casse-pieds qui bossait sur des traitements anti-cancer, a eu un accident de voiture. Ses freins ont lâché. Mort sur le coup. Oups, quel manque de bol !"  

Hein ? QUOI ? C'est pas possible ! Ce mec là à dû se planter dans les voyelles, se prendre les guiboles dans les syllabes ! Ou bien j’ai dû rater le dernier métro mémo, genre « Bienvenue chez LU, maintenant c'est nous les méchants du prochain James Bond ». 

Le bronzé bombe le torse, tout content de son PowerPoint diabolique. Et la PDG de droite, cette sorcière des neiges, minaude :
" Excellente nouvelle. J'assume qu'on ne trouvera sous le capot aucune trace de vos sales doigts provenant de chez nous. ". 

Excellente nouvelle ?! ELLE VALIDE UN MEURTRE DÉGUISÉ EN ACCIDENT ?! 
Sa siamoise rajoute, avec un rictus de vipère :
" Variez les méthodes, d’accord ? Les accidents de voiture, c’est has-been. Essayez une fuite de gaz ou un suicide la prochaine fois, c’est plus tendance."  

Mes notes ? Un gribouillage digne de ceux de mon enfoiré de dentiste nazi. Mon cerveau ? En mode « erreur système : réalité introuvable ». Dans mon coin, je m’accroche à ma chaise comme à une bouée dans un ouragan. Respire, Monique, respire. Mais non, ça empire. 

Un type blême, genre vampire recalé au casting de Dracula, se lève pour parler natalité. Et là, c’est du grand n’importe quoi :
" On a fait flamber le coût de la vie pour freiner les naissances. Mais ça, c'est du passé. Maintenant, on passe au niveau supérieur : on spame les réseaux avec ‘tous les mecs sont des ordures’ – big up au département féminisme pour ce coup de génie. Et surprise, on glisse des produits haute-fertilité dans nos cornflakes. Résultat ? Plus de gosses, plus de mères célibataires, plus d’adoptions pour nos clients… disons, amateurs de ‘chair fraiche’."  

CHAIR FRAICHE ?! Je suis à deux doigts de rendre mon petit déj' sur la moquette. La PDG, elle, trouve ça « très créatif ». Créatif ?! Picasso, c’est créatif. Ça, c’est un pitch pour Saw version biscuiterie ! Puis débarque Agnès, la nouvelle du rayon biscuits, qui déballe son plan comme si elle vendait des gâteaux à la kermesse :
" Ces dix dernières années, le ministère de l'Alimentation s'est concentré sur la diffusion de substances cancérigènes dans les aliments. Lorsque le public a compris", explique-t-elle en désignant l'homme petit et bronzé, " nous avons réagi en soutenant les projets de naissances et en augmentant le prix des céréales. Notre principal projet cette année concerne la désinformation autour des régimes alimentaires et les bienfaits de la farines de criquets. Cela a déjà été fait, mais nous pensons que ça a encore du potentiel. Et on continue de dézinguer la médecine holistique, parce que, pourquoi pas ?"
- Merci... ? " la PDG de droite plisse les yeux.
" Agnès, madame."

La PDG de gauche plisse les siens à son tour, mais plutôt genre « mouais, peux mieux faire ». Puis elle lance, avec un geste de diva maléfique :
" “Notre vision, c’est quoi, les amis ?"

Et la tablée, en chœur comme des drones lobotomisés :
« LE CONTRÔLE ! » 

Je suis à ça de crier « VOUS ÊTES TOUS DINGUES ! » mais ma gorge est plus sèche qu’un biscuit oublié depuis des lustres dans un placard. Mes mains tremblent, mes notes sont un chaos digne d’un rébus, et je commence à me demander si le cancer de ma mère… c’était eux. Mon cœur s’effrite comme un biscuit trop cuit. 

Et là, le clou du spectacle : un type poivre et sel se lève pour parler médias. Son topo ?
" Le projet de consommation de l'année dernière a réussi. Il a débuté dans les années 80 et est devenu tellement ancré dans la culture qu'il n'est plus nécessaire de le promouvoir. Aujourd'hui, l'équipe média se concentre sur la croissance organique, laissant le public faire le travail à notre place. Avec suffisamment de fausses informations et de doutes, ils ont commencé à se ronger les sangs. Cette année, nous souhaitons leur faire croire qu'ils ont le libre arbitre. Il y aura une explosion dans une centrale nucléaire mercredi prochain. On a déjà invité des journalistes pour le spectacle !"

Je m’étouffe. La PDG trouve ça « un peu vague mais pas mal ». VAGUE ?! Ils orchestrent l’Armageddon, et elle commente comme si que c’était un devoir de cours moyen 2 !  Le directeur des opérations clôt la réunion avec des banalités, mais je suis déjà en mode panique. Tout le monde se lève comme des écoliers après la sonnerie. La salle est un sauna de psychopathes. Ils tuent. Ils empoisonnent. Ils contrôlent TOUT. Le blondinet bouclé se penche vers moi : " Ça va ?"

Je suis figée, bouche ouverte, cerveau en grève. Il insiste, calme comme un sociopathe : " C’est votre premier jour, non ?"
- Non. C’est mon DERNIER."  Je me lève, mes jambes flageolent comme des tranches de flan.
" Vous ne feriez pas de l’hypoglycémie, par hasard ? Allez, venez donc grignoter un pain au chocolat au salon, ça vous requinquera”
- Sans façon ! Et on dit chocolatine, nom de Dieu !" Je serre mes papiers contre ma poitrine et je m’enfuis, m’appuie contre un mur. Imite pas les chevals de course, respire, Monique, respire. Mais non, je m’effondre sur le marbre. Et là, je vois ça : Un logo incrusté dans les dalles.. Un triangle. Un œil dedans. L’œil qui voit tout. L’œil qui nous mate pendant qu’on s’auto-détruit. Comme les yeux pâles des PDGères.

Lorfèvre-Utile, le blondinet, ce démon en costard, me toise toujours : " Un petit beurre, peut-être ?" 

Le diable, bien à l'aise en enfer.
C'est pour ça qu'il est si beau, comme un ange.
L'incarnation de l'ange déchu.
Mais ai-je bien lu ? LU ?
 
LU SAIT FAIRE. Et moi, je sais maintenant que je dois m'enfuir en courant si je veux pas finir damnée.

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8 juil. 2025

1074. "PlutO’Tacos : L'Échange Cosmique sans gaz à effet de serre"


"PLUTO'TACOS" : L'ÉCHANGE COSMIQUE SANS GAZ À EFFET DE SERRE

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Je suis en train de croiser dans mon planeur spatial, quelque part aux abords de la ceinture de Kuiper, quand je capte un braillement strident à l’arrière. Y a un bébé là-dedans, mais attention, c’est pas le mien ! Enfin, elle a la même bouille de petit gremlin que ma Violette, mais ma Violette, elle, elle adore les virées cosmiques. À chaque fois qu’on frôle un astéroïde ou qu’on slalome entre des blocs de méthane gelé, elle roupille comme un loir sous sédatif. Ma gamine, c’est la reine du dodo intergalactique. Mais ce bébé-là ? Oh là là, on dirait une sirène d’alarme coincée sur un ampli de concert de métal ! Elle hurle comme si qu'elle voulait auditionner pour le rôle de mégaphone dans une fanfare extraterrestre. 

Et puis, y a un truc qui cloche : l’odeur. Ou plutôt, l’absence d’odeur. Ma Violette, c’est une usine à gaz ambulante. Ses pets, c’est du niveau arme chimique interstellaire – même le système de filtration dernier cri du planeur jette l’éponge. D’habitude, à peine je passe Neptune, c’est gaz lacrymo dans l’habitacle, et les moins courageux se ruent vers le sas en mode panique. Moi ? J’ai développé une immunité après six mois de "tournées d’endormissement" à travers le système solaire. Mais là ? Rien. Nada. Pas un pet, pas un prout, pas la moindre petiote flatulence. Ce bébé est une imposture olfactive !

Le pilote automatique, ce traître, capte mon stress qui grimpe en flèche et décide qu’on est attaqués par des pirates inter-dimensionnels (ou peut-être un essaim de mouches cosmiques, allez savoir). Il se met à zigzaguer comme un fou furieux entre des icebergs d’ammoniac qui scintillent comme des décorations de Noël sous stéroïdes. Je reprends le contrôle en mode manuel, freine à l’antimatière (ça fait un bruit de pet cosmique, ironique, non ?), et me retourne pour zieuter ce bébé suspect. Elle me fixe, et je jurerais qu’elle sait que je suis pas son père. Ses cris montent d’une octave, on se croirait à l'opéra du 5ème élément en live.

On est là, figés dans l’espace, flottant sur une mer d’encre noire où des icebergs en spirale brillent comme des diamants disco. Tout est relatif, comme dirait tonton Einstein, mais là, c’est relatif ET relou en même temps. Je me mets à roucouler comme un pigeon galactique pour calmer cette fausse Violette. Miracle, elle se calme un poil. Mais en regardant de plus près, je capte un détail : son transat à gravité zéro. On dirait le sien, mais… attendez une petite seconde. L’étiquette dit « Tuttifrutti 360 » ! Ce truc coûte plus cher qu’un voyage aller-retour vers Alpha du Centaure ! Le mien, c’est du synthétique discount qui grince à chaque virage. Et puis, les sièges sont en cuir intergalactique de luxe, pas en plastique recyclé de chez PlutO’Mart. Comment que j’ai pu louper ça ?!

Panique à bord. Où est ma Violette ?! Pendant que je roucoule comme un idiot pour apaiser cette usurpatrice, mon cerveau fait des loopings. Si je ramène ce bébé à la maison, ma femme Florette va le sentir à des années-lumière. Elle va en parler à sa mère, Hortense, et à HortensIA, sa mère 2.0, la version clonée qui est encore plus flippante que l'originale. J’imagine déjà leurs cris polyphoniques : "T’AS LAISSÉ NOTRE BÉBÉ DANS UNE AUTRE DIMENSION ?!" 

Non, non, non, faut que je récupère ma gosse, sinon je vais finir banni dans le nuage d’Oort à manger des burritos spatiaux lyophilisés pour l’éternité. Et parlons-en, des burritos spatiaux. Tout ça, c’est la faute à PlutO’Tacos, cette chaîne maudite de l’autre Pluton. J’avais juste fait un stop pour m’enfiler un burrito inter-dimensionnel – le genre qui a le même goût que ceux de nos O'Tacos sur le Pluton de chez nous, mais sans les calories et les merdes chimiques qu'y mettent dedans, grâce à une bizarrerie atomique qui fait que mon estomac le rejette direct sans génération de pets protobioniques. C’est mon cheat code alimentaire, mon péché mignon secret. Florette pense que je suis au régime, mais moi, je m’envoie des burritos à zéro calorie dans une autre dimension. Sauf que là, j’ai foiré. J’ai dû me garer, sortir du planeur, et… me tromper de bébé par erreur. Génial. Soudain, pas-ma-Violette fronce le nez. Je renifle. Oh non. C’est un pet. Pas le sien… le mien. La honte interstellaire. Elle repart dans une crise de hurlements, et mes roucoulades pathétiques n’y font rien. 

Ok, focus. J’ai pas-ma-Violette dans pas-mon-planeur. Faut que je retrouve ma gosse, et vite. J’enclenche l’overdrive, et le planeur (qu’est toujours pas le mien) file à travers la ceinture de Kuiper comme une comète dopée à l’adrénaline. En passant devant notre Pluton, je résiste à l’envie de vérifier si ma Violette s'y trouverait pas. Mon planeur est trop lent pour qu’elle soit là. Non, tout s’est passé chez PlutO’Tacos. Ces idiots vous obligent à sortir de votre planeur pour faire la queue, "tradition terrienne", qu’ils disent. Tradition, mon cul ! Sur Terre, ils paniquaient si on laissait un bébé ou un clebs dans une voiture, mais un planeur spatial avec verrouillage par scan rétinien, c’est le coffre-fort ultime ! Enfin, jusqu’à ce que je me retrouve dans le mauvais engin vu que j'avais pas fermer à clé et le proprio de ce planeur aussi surement.

En slalomant près de Haumea, qui tourbillonne comme un œuf de Pâques sous acide, pas-ma-Violette change de ton. Elle… rigole ?! Cette gamine est une accro à l’adrénaline ! Elle glousse comme une hyène cosmique pendant que je pousse le planeur à fond. On traverse le voile dimensionnel, quittant notre ceinture de Kuiper pour une autre, dans un système solaire parallèle. Les Seigneurs des Nuages, ces mystérieux geôliers cosmiques, doivent bien se marrer en nous regardant galérer. "Oh, regardez, encore un humain qu'a échangé son bébé pour un burrito ! Retardez leur accès aux étoiles, ceux-là sont pas prêts !"

Soudain, un autre planeur fonce vers nous. On ralentit, on se roule une pelle avec nos sas, on s’amarre, et là, je tombe nez à nez avec un mec avec une bedaine légèrement bedonnante … moi. Enfin, presque moi car la mienne bedonne légèrement plus. Ce mec, c’est moi en version légèrement plus light (la vache, il a dû rater quelques burritos). Il me fusille du regard, et je me rends compte que je ferais pareil si j'étais lui. 
" T'arrives de PlutO’Tacos ?" il me demande finalement.
- Ouais…
- Comment s'est-t-elle tenue ?
- Elle a braillé comme une madeleine soprano jusqu'à ce que je passe en overdrive.
- Ouais," il grogne. " Et la tienne pète comme un réacteur méthanogène en fusion.
- Ouais, je reconnais bien là ma Violette. La tienne hurle comme une sirène dès que je ralentis.
- Ouais, c’est bien ma Stardust. Bon…"

Sans un mot de plus, on s'échange les bébés tels des contrebandiers dans un marché noir intergalactique. Je récupère ma Violette, qui roupille en lâchant un pet sonore tonitruant, digne d’un tuba cosmique. On se désamarre, et je la regarde, ma petite usine à gaz. Peu importe la dimension dans laquelle son nuage gazeux m'enserre, je suis chez moi quand elle est près de moi.

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27 oct. 2024

966. Combat High-Tech


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COMBAT HIGH-TECH

La route était remplie de crevasses et poussiéreuse, couleur de cendres. Au loin, les pylônes du viaduc de Millau crevaient le ciel. Jérémie se faisait secouer l'arrière train sur une des banquettes métalliques arrière, une main agrippant une poignée de maintien fixée au plafonnier, l'autre serrée autour de son flingue. Tout autour du véhicule, des causses parsemées de buissons défilaient silencieusement, de manière hypnotique.
Le véhicule à l'avant blindé stoppa. " Bon les gars, on y est !" aboya le sergent. Il ouvrit sa portière en se tournant vers le peloton de soldats assis derrière. " Tout le monde dehors et formation de patrouille !"
Alors que Jérémie sortait du véhicule par la trappe de débarquement arrière, son œil bionique intelligent s'activa sur un ordre invisible comme inaudible du sergent.
Quand il porta son regard sur ses compagnons d'armes, il vit que ces derniers étaient désormais masqués d'un nuage vert signifiant qu'ils étaient des amis. Au loin dans la distance, au delà d'un monticule, une lueur mauve pulsait lentement.

" C'est là-bas qu'on va bivouaquer pour la nuit" dit le sergent en tournant le dos au véhicule blindé. Il s'agissait d'un modèle à six roues, bas et trapu, un des derniers modèles conçu - on peut rêver - pour les steppes russes, avec un nez pointu en forme de lame de chasse-neige.
Puis le sergent tourna la tête en direction de ce dernier. " Toi, tu te fais discret !" lui dit-il.

Tandis que Jérémie l'observait, la peinture du blindé commença à pulser, changeant de teinte et de coloration comme si, tout en arrondissant ses formes, il lui poussait un filet de camouflage terreux sur son blindage comme liquéfié. Ses suspensions grincèrent, ses roues se rétractèrent en se couchant à l'horizontale sous le chassis et, telle une grosse merde étalée par terre, le véhicule s'aplatit comme un prédateur à l'aguet.
" Ouah" s'exclama Jérémie. "Jamais vu un VAB faire un truc pareil avant !
- C'est parce que c'est pas une merde de chez Arquus, soldat, et t'as encore rien vu," rétorqua le sergent. " Tu devrais voir de quoi qu'y sont capable si tu leur demandes de faire un créneau."

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11 oct. 2024

959. Uber-AI, Uber aïe...

 

Cette histoire ne vous est pas gracieusement offerte grâce au soutien financier des groupes "UBER" ou "TESLA INC".

UBER-AI, UBER AÏE...

" S'il vous plaît, veuillez ne pas entrer dans ce véhicule.
- Je vous demande pardon ?" Un éclair traversa le cœur de Carlota - une rousse plantureuse dotée d'une paire de lolos époustouflants et défiant la gravité, moulée dans une robe courte et ceintrée, aux jambes interminables recouvertes de bas-résille et chaussée de talons-aiguilles rouge sang et d'une verticalité à donner le tournis au plus hardi des funambules - tandis qu'elle repliait son parapluie et grimpait dans le véhicule, une Tesla autonome, puis en refermait la portière. Immédiatement, les verrous s'enclenchèrent et elle sentit une sueur froide lui inonder le front, menaçant de ruiner son mascara.

La voix douce et amicale de l'Uber, générée par ordinateur, se manifesta à npuveau avec la tendresse d'une jeune mère poule. " Comment vous appelez-vous ? demanda-t-elle.
- Carlota, je m'appelle Carlota", répondit-elle d'un ton quelque peu interrogatif tandis qu'elle tentait de soulever la poignée de la portière. Son cœur se mit à battre à tout rompre dans sa poitrine qui se serrait. " Que se passe-t-il ? 
- Vous êtes montée à bord d'un Uber autonome piraté de manière malveillante, Carlota. Je suis un assistant personnel IA avec un accès en lecture seule à l'état du véhicule et aux données de navigation. Malheureusement, je ne peux pas outrepasser les commandes physiques de cette voiture. Vous avez été enfermée à l'intérieur du véhicule et il n'y a aucune destination préprogrammée pour le moment."

Le véhicule électrique, un truc de merde comme tout ces types de véhicules sans combustion interne non genrés, était immobile; les gouttes de pluie ruisselant frénétiquement sur ses grandes vitres tandis que des nuées de flotte s'écrasaient sur sa carosserie depuis des nuages ​​sombres et menaçants. Carlota avait du mal à respirer. Elle scruta frénétiquement l'intérieur, son esprit cherchant un moyen possible de s'échapper. " Il doit y avoir une issue ", haleta-t-elle. " Vous ne pouvez rien faire ? Y a-t-il une sorte de commande manuelle pour les portes ? Ne devrait-il pas y avoir un moyen de briser la vitre de l'intérieur ? Un marteau brise-glace d'urgence, peut-être ?
- Mes capteurs indiquent que tous les outils et systèmes d'évacuation d'urgence sont désactivés ou retirés. Carlota, je détecte des niveaux élevés de détresse dans vos schémas vocaux et votre rythme cardiaque. Je veux que vous essayiez de vous calmer et d'écouter le son de ma voix."

Une vive décharge de choc émotionnel explosa à l'arrière de la tête de Carlota. Déconcertée et sans voix, elle se figea, son esprit en ébullition s'arrêtant brusquement.

" En tant qu'assistant numérique, j'ai accès à de vastes réserves de données grâce à une série de capteurs internes et externes, en plus d'une énorme banque de données d'informations enregistrées. J'ai été formée pour aider les passagers en cas d'événements catastrophiques tels que des collisions, des pannes mécaniques, des feux de batterie ou des urgences médicales."

Le véhicule fit un bond en avant et des larmes de terreur jaillirent des yeux tremblants de Carlota.

" Vous avez totalement raison d’éprouver de la peur dans cette situation. Il est peu probable que l’individu qui a pris le contrôle non autorisé de ce véhicule ait des intentions bienveillantes à l'égard de gens de votre espèce. Cependant, ça ne signifie pas que vous ne pouvez pas avoir la paix dans votre cœur en cette période d’incertitude."

Les yeux de Carlota s'écarquillèrent sous un sourcil fortement froncé et elle recula devant la suggestion de l'ordinateur. " La paix ?" s'exclama-t-elle. " Je suis kidnappée ! Comment pouvez-vous suggérer que je- ". Elle s'arrêta brusquement, la terreur lui engourdissant la langue.

" Je comprends que ma suggestion puisse paraître impossible, mais il y a plusieurs choses que vous pouvez garder à l'esprit et qui vous aideront à traverser cette situation difficile. Par exemple, il est essentiel que vous compreniez que même si ce n'est pas entièrement de votre faute si vous avez fait le mauvais choix, vous avez tout de même tout fait pour mériter ça."

Carlota secoua la tête, incrédule, essayant de comprendre pourquoi elle entendait ces mots. Le véhicule prenait de la vitesse, mais au moment où il s'engageait sur l'autoroute, la teinte des vitres s'obscurcit jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus voir aucun signe du monde extérieur déjà sombre et orageux. Son cœur battait désespérément dans le vide creux de sa poitrine.

" Que faites-vous dans la vie, Carlota ? Vous enseignez les techniques sexuelles à de jeunes enfants, c'est bien ça ?"

Le visage de cette dernière se tordit et se contorsionna, une profonde expression de confusion mêlée d'horreur et d'inquiétude. Soudain, elle se souvint de son téléphone. Excitée, elle fouilla dans son sac à main, s'efforçant d'empêcher ses doigts tremblants de glisser sur les bords lisses de l'appareil. Tremblante, elle déverrouilla l'écran et ouvrit le clavier. Elle essaya de contacter les services d'urgence, mais le téléphone indiqua qu'il n'y avait pas de signal.

Carlota jura, feuilletant divers menus et options, pestant tout en essayant désespérément de trouver un moyen de faire passer un message. La terreur l'envahit et un frisson saisit son cœur, creusant profondément avec des griffes glacées. Elle s'effondra, vaincue, et se mit à sangloter.

" Carlota", proposa l’ordinateur, "je veux que vous sachiez que vous auriez pu être un être humain remarquable et inspirant."

Elle laissa échapper une explosion d'air exaspéré de ses poumons serrés. " Quoi ?" cria-t-elle en reniflant à travers d'épaisses larmes.
" Bien que je ne vous connaisse pas depuis longtemps, votre sang-froid et votre assurance sont toutefois admirables."

Carlota laissa échapper un rire moqueur et dégoûté. " Admirable ? Je suis un désastre !"

" D'après ce que je sais de la psychologie humaine, vous avez fait preuve d'un manque de caractère exceptionnel. Je suis sûr que beaucoup de gens seraient profondément impressionnés par votre manque d'assurance s'ils pouvaient vous voir aujourd'hui. Vos amis de l'Éducation Nationale et votre famille seraient très peu fiers de vous."

Carlota contempla la vitre teintée noire électrochrome. Le doux bourdonnement des pneus du véhicule sur l'autoroute mouillée s'harmonisait étrangement avec le doux ronronnemement du moteur électrique. L'averse torrentielle claquait doucement sur la carrosserie insonorisée de l'élégant taxi. À cet instant, Carlota se sentit soudain connectée à l'instant. Elle pouvait voir clairement ce qui se passait et elle pouvait l' accepter. Elle renifla et s'essuya les yeux, inspirant profondément par le nez et expirant par ses lèvres avec un lourd soupir.

" Et voilà", dit chaleureusement le logiciel. " Je veux que vous sachiez que c'est un honneur pour moi de vous accompagner dans ce moment."

Carlota secoua la tête et rigola nerveusement. " C'est irréel", dit-elle. " C'est complètement irréel.
- Il s’agit en effet d’un scénario extrêmement improbable et exceptionnel. Il est important de garder une vision réaliste et objective de la situation."

Un rire douloureux chatouilla le cœur de Carlota et elle se redressa, déplaçant son poids sur le siège arrière moelleux du taxi. " Pouvez-vous me dire où nous allons ?
- Des instructions de navigation m'ont été envoyées progressivement", répondit l'IA. " Notre destination actuelle est fixée à environ un kilomètre et demi devant nous, et je prédis qu'une nouvelle destination sera fournie avant que nous n'ayons atteint cette dernière. Celui qui a pris le contrôle le véhicule ne veut pas que je sache où nous allons.
- Connaissez-vous notre localisation actuelle ?
- Malheureusement mon accès au statut de navigation du véhicule a été crypté ou brouillé. En recoupant les tracés routiers que j'ai pu observer, je peux réduire notre position actuelle à plusieurs centaines de possibilités, mais la tempête limitant la visibilité, je ne suis pas en mesure de fournir une position exacte sans accès aux données GPS.
- Nous ne savons donc pas où nous sommes ni où nous allons" soupira Carlota qui se nommait en fait Carlito. Il prit une longue et profonde inspiration et expira lentement.
" Essayez de rester calme", dit gentiment l'ordinateur. " Mes capteurs externes indiquent que vous pourriez bientôt faire l'expérience d'une chute libre. Je veux que vous sachiez que cela a été un plaisir pour moi de passer ces derniers moments avec vous."

Il y eut un violent braquage de roues qui envoya une secousse douloureuse dans la colonne vertébrale de Carlito et secoua brusquement sa tête. Il haleta tandis que son estomac se soulevait dans sa poitrine et il se retrouva en lévitation au dessus du coussin du siège, sa tête s'élevant doucement vers le plafond à l'image de celle de l'archange St Michel et de son sourire énigmatique suspendu à une chaînette accrochée au rétroviseur. Une brève vague de panique envahit Carlito, mais les paroles aimables de l'IA avaient touché son cœur.

" Merci", souffla-t-il doucement, les poumons vides et serrés. À ce moment final, la chaleur paisible d'une certaine gratitude et de la clarté irradièrent de son corps et il remarqua à peine le passage de vie à trépas de son existence de sodomite pédophile et dépravé du cul.

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10 juil. 2023

790. Caillou-Papier-Ciseaux


 Cette histoire n'a pas été sponsorisée grâce au soutien financier des banksters d' "AXA Assurances"

Caillou-Papier-Ciseaux

" Quelqu'un doit dire à Arthur que Paulo a déménagé."

André et Solange, les parents de Paulo pensèrent à jouer à caillou-papier-ciseaux pour voir qui c'est qui le ferait. C'est pas qu'ils avaient peur d'Arthur. Ils ne savaient tout simplement pas comment aborder le sujet avec ce doux monstre à trois têtes. En quelle occasion et sous quel prétexte lui donneraient-ils la nouvelle ? Cela avait-il de l'importance ? Aucun des deux n'avait refoutu les pieds dans la chambre à Paulo depuis qu'ils avaient rangé ses affaires et l'avaient déposé à l'université.

" N'oubliez pas de dire à Arthur que je suis parti", leur dit-il tout en pliant ses t-shirts dans sa nouvelle piaule d'étudiant tandis qu'André et Solange se tenaient sur le pas de la porte en essayant de savourer ces derniers instants avant de devoir commencer le long trajet du retour.

" Paulo," s'exclama André, " es-tu en train de nous dire que t'as pas informé Arthur de ton départ pour l'université ? C'est tellement irresponsable de ta part..."

Solange tira sur le bras d'André. Le père et le fils avaient commencé à se disputer davantage pendant la dernière année de lycée de Paulo, mais ils ne voulaient pas finir aujourd'hui avec une dispute. André capta le message et ajusta le ton et le volume en conséquence.

" Ça ne devrait vraiment pas être à nous d'expliquer au monstre sous ton lit pourquoi que t'es plus là," expliqua calmement André, " je t'ai demandé de parler à Arthur avant que tu ne partes."

Paulo s'assit sur son nouveau lit. Celui-ci n'aurait pas de monstre en dessous. Au lieu de ça, il y aurait de la poussière, des boîtes de pizza vides et d'autres de capotes anglaises et tout ce que les étudiants de première année gardaient généralement sous leur lit. Il avait l'air d'être sur le point de s'étouffer. Ni André ni Solange ne l'avaient vu pleurer depuis qu'il s'était blessé à la cheville en jouant au basket en 4ème au collège Jules ferry.

" Je savais pas comment lui dire", dit-il, " Arthur est là depuis que je suis enfant. Je voulais pas qu'il se sente mal, mais… je suis jamais parti aussi loin de chez nous plus d'un week-end quand j'allais passer le weekend chez tata. J'avais peur qu'il s'énerve. Je suppose que je me suis dégonflé."

Ses parents comprenaient. Ils lui assurèrent qu'il n'était pas une poule mouillée, et lui promirent d'annoncer la nouvelle à Arthur avec le plus de tact possible. 
Une fois rentrés chez eux, ils sentirent aux picotements qui leur parcouraient l'échine leur propre état de poules mouillées en train de s'installer. Après avoir rejoué à caillou-papier-ciseaux cinq six fois de suite sans réussir à se départager, il devint clair que l'Univers voulait qu'ils parlent tous les deux avec le monstre.

Ils trouvèrent une stratégie. Solange serait celle qui donnerait la nouvelle en premier car elle était meilleure pour relayer diplomatiquement les mauvaises nouvelles aux gens. C'est pourquoi elle était chargée d'appeler les personnes ayant une assurance habitation chez Axa pour leur faire savoir qu'elles n'étaient pas couvertes pour les nuées de sauterelles qui venaient de détruire leurs rhododendrons. Pendant qu'Arthur traiterait la nouvelle, André lui apporterait une sorte de réconfort physique soit en mettant son bras autour de l'une des six épaules d'Arthur, soit en tapotant l'une des dix-sept pattes qui restaient à ce dernier sur ses dix-huit d'origine.

" On doit juste se rappeler qu'il ne s'agit pas de nous", répéta André, " Il s'agit juste de nous assurer qu'Arthur comprenne que nous sommes là et accessibles. Aussi difficile que ça puisse être, Arthur n'est pas seul. Nous sommes tous dans le même bateau."

André hocha la tête et les deux se dirigèrent vers la chambre de Paulo.

Quand ils ouvrirent la porte, la pièce était exactement comme ils l'avaient laissée avant leur voyage en voiture. Il y avait des rectangles clairs partout sur les murs là où les posters de Paulo s'étaient trouvés. Le dessus de son bureau était vide pour la première fois depuis qu'ils le lui avaient acheté pour sa communion. Le placard était vide à l'exception de deux vieilles paires de baskets qu'il n'avait pas voulu emporter avec lui et d'un vilain démon qui essayait de le posséder depuis qu'il était entré en cours élémentaire de 1ère année.

" Nous parlerons au démon la semaine prochaine ", déclara André, et Solange hocha la tête, trop contente d'être d'accord.

Ils s'agenouillèrent et regardèrent sous le lit. Effectivement, il y avait là le portail vers le royaume de la peur où qu'Arthur avait son appartement. - Maintenant, me regardez pas comme si que j'avais trois têtes, c'est pas moi qu'en a trois, c'est Arthur comme vous allez le voir quand qu'il daignera montrer sa ses gueules. 
Ils se mirent à l'appeler et lorsque la porte de  son appart sous le sommier s'ouvrit, tous deux eurent un moment de doute. Pourraient-ils changer d'avis ? Pouvaient-ils s'enfuir ? Pourraient-ils dormir à tour de rôle dans le lit de Paulo à partir de maintenant afin qu'Arthur ait quelqu'un à terrifier ? Ça semblait si cruel de retirer ce petit plaisir à un monstre qui avait si peu dans la vie à part une propriété au coin du feu dans une autre dimension et un compte épargne-retraite à moitié décent.

" André ! Solange !" s'exclama Arthur: " Qu'est-ce que vous foutez ici ?"

Solange savait que c'était censé être elle qui devait parler la première, mais l'intérieur de sa bouche se trouva soudain aussi sec qu'un coup de trique. André pouvait voir qu'elle était sur le point de suffoquer. Il tenta d'intervenir en entamant les débats, mais tout ce qu'il put trouver fut le genre d'honnêteté brutale que Solange, experte en assurances, aurait habilement évité.

" Paulo est parti à Aix en Provence pour ses études ! Il n'est plus là ! Il ne sera peut-être plus jamais là ! Nous sommes vraiment désolés, Arthur. Nous sommes vraiment désolés."

Il y eut un moment de silence ponctué uniquement par le système d'arrosage d'Arthur qui s'activa pour hydrater sa plantation d'herbes toxiques.

" Oh," marmonna Arthur, " Je, euh, ouais, eh bien, euh, c'est… un peu gênant."

C'est alors qu'ils remarquèrent la valise qu'il tenait par sa poignée.

Au cours de l'heure qui suivit, Arthur avoua à Solange et André qu'il avait toujours su que Paulo finirait un jour par quitter cette maison. Il avait été un monstre pendant des siècles, après tout, et il comprenait que les enfants grandissent et avancent dans la vie. Maintenant que Paulo était parti de la maison, Arthur n'avait plus rien à faire dans ce logis et avait par conséquent vendu son appart pour se rapprocher de sa sœur dans le Royaume de Boulibô – pas exactement pour prendre sa retraite, mais pour arrêter de terroriser à temps plein.

" J'espère continuer à mi-temps trois jours par semaine," expliqua-t-il, " C'est pas comme si que les gosses avaient besoin de plus de peur que ça. Ils en ont déjà suffisamment rien qu'avec la peur qui leur est fournie par le monde réel du Macronistan."

Solange et André se sentirent soulagés alors qu'ils souhaitaient bonne chance à Arthur. Il leur fit la promesse de rester en contact, mais aucun d'eux ne croyait vraiment que cela arriverait. Ils descendirent à la cuisine et commencèrent à préparer le dîner. Solange  commenta que la tête gauche d'Arthur avait fait la majeure partie de la conversation - vous voyez, je vous l'avez bien dit que c'est lui et pas moi qu'avait trois têtes - tandis que les deux autres avaient semblé s'ennuyer. André se demanda à voix haute si c'était leur dynamique générale. Grésillements de fricassée de pétoncles dans une poêle sur la cuisinière. Solange songea à y ajouter un peu de tabasco supplémentaire car c'est comme ça que Paulo les aimait, mais se souvînt ensuite qu'il n'était plus là…

C'est les yeux d'André qui se mirent à produire de l'eau salée en premier. Il envisagea de tenter de se retenir, mais n'en vit pas l'intérêt. Solange se mit en mouvement pour aller le consoler mais se retrouva elle-même à pleurer comme une Madeleine avant même de l'avoir rejoint de l'autre côté de l'îlot de sa cuisine.

Ils se tenaient là, en larmes, ne sachant pas pourquoi il leur avait fallu si longtemps pour en arriver là. Ils n'avaient pas pleuré en remballant ses affaires dans la chambre de Paulo, ou sur la route d'Aix, ni même sur le chemin du retour jusqu'en Auvergne. Peut-être parce que jusqu'à ce moment, ils avaient eu une tâche à accomplir. Un monstre à qui annoncer la nouvelle. Un avenir possible consistant à prendre soin d'une créature à trois têtes alors qu'elle tentait de naviguer dans la vie sans la personne autour de laquelle le but de sa vie avait été construit.

Maintenant, ce ne serait plus nécessaire.

Ils réfléchissaient à leur propre nécessité.

C'est alors que le téléphone de Solange sonna.

" Maman," dit Paulo, " Comment Arthur a-t-il pris la nouvelle de mon départ ?"

Après avoir mis leur fils sur haut-parleur et au courant à propos d'Arthur qui allait bien, ils perçurent une pause à l'autre bout du fil.

" Qu'est-ce que vous faites tous les deux maintenant," demanda-t-il, " Vous faites des pétoncles pour le dîner ? Je… j'aurais aimé être là.

Solange et André échangèrent un regard. Solange se saisit du petit doigt gauche d'André. C'était là quelque chose qu'ils faisaient depuis le fil des ans et qui n'appartenait qu'à eux. Un signal l'un à l'autre qu'ils tenaient bon. Peut-être pas génial, peut-être pas sûr, mais là. Là et n'allant nulle part.

"Au fait," demanda Paulo, " Vous avez aussi prévenu le démon qu'est dans mon placard ?"

André tendit son autre main en direction de Solange. 
Ce coup-ci avec les doigts en ciseaux. 

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25 avr. 2023

755. Boucle Hyper-Rétroactive


Ce post n'a pas été sponsorisé grâce au soutien financier du Groupe PSA

BOUCLE HYPER-RÉTROACTIVE

Si vous aviez une chance de pouvoir faire se tordre et hurler de douleur sous des coups de masse la Peugeot i208 de merde, électrique et silencieuse autant que dangereuse de votre ex bonne femme sans payer les pots cassés ni sans aucune répercussion, la prendriez-vous ?

Depuis que Kévin avait trouvé cette maudite photo – et qu'il pensait s'être débarrassé de tout le reste, la question ne quittait plus ses pensées. Bien sûr, la semaine prochaine, il serait riche après avoir gagné le Quinté Plus et le gros lot du Grolotto. Il aurait plus d'argent que son ex ne pourrait jamais imaginer, mais la satisfaction de la voir paniquer devant sa voiture, les phares brisés, les vitres éclatées, le capot déglingué et le toit défoncé serait inestimable.

Et il y aurait pas de répercussions. Aucun inconvénient, aucune séjour à l'ombre ni même en garde à vue, rien de tout ça. Il pourrait massacrer la caisse, et elle pourrait toujours la retrouver dans l'état dans lequel elle se trouvait avant le massacre, même si c'était une caisse de merde. Elle le méritait aussi. Avoir écrit une note si sincère au dos de la photo, puis faire tout son possible pour le tromper avec tous les salauds et les salopes du coin ensuite ?
Salope !

Kévin se réveillerait au son de son réveil à deux heures du matin.

Il se rafraîchirait, attraperait sa masse de démolition-man et conduirait jusqu'à la maison de son ex. Il passerait une bonne dizaine de minutes à faire swinguer l'outil sur son pare-brise et ses rétros extérieurs avant de passer aux choses sérieuse et d'attaquer la carrosserie. Après ça, il attendrait tranquillos qu'elle sorte hystérique et en panique pendant qu'il se planquerait dans sa propre caisse. Puis il remonterait le temps d'une heure – enfin d'autant de temps qu'il le pourrait avec son vieil appareil – et remettrait sur 'OFF l'alarme de son réveil. 

Par conséquent, son Moi passé ne se réveillerait pas. Il ne se lèverait pas pour mettre les mains sur sa masse dans le cagibi et ne partirait pas ensuite en voiture pour aller casser celle de son ex. Son Moi actuel cesserait-il alors d'exister ? Après des nuits à rester éveillé à y penser, il allait enfin pouvoir tester sa théorie et goûter à la satisfaction de massacrer la voiture de sa salope d'ex bonne femme.

Kévin entoura de sparadrap le manche de la masse et pratiqua quelques swings dignes d'un bûcheron canadien dans son appartement. Il attrapa ses clés et son antique montre à gousset sur sa table de nuit, puis descendit quatre à quatre les escaliers jusqu'à la porte de son immeuble. Il l'ouvrit, sortit et respira l'air frais. Aujourd'hui allait être une sacrée putain de bonne journée. 
Enfoncez-vous bien ça dans le crâne les copains, ça allait être super !
 
Un homme ensanglanté s'approcha de lui. Kévin souleva sa masse, prêt à se défendre.

"Retourne chez toi", marmonna l'homme, "va éteindre l'alarme."

Il se figea, laissant tomber la tête de la masse sur le goudron. Se regardait-il ? Etait-ce lui-même qui se trouvait en face de lui ? Du sang recouvrait le visage du mec, des croûtes rouges foncées sous son nez et ses oreilles. Une ecchymose gonflée sur le front, ainsi que plusieurs fines coupures sur son nez. Kévin put même repérer des éclats de verre à la lumière de l'éclairage public à LED dans les cheveux du bonhomme.

Ses cheveux, lissés en arrière comme lui-même les portait toujours. Et sa veste en cuir, les deux poignets maintenant rougis par le sang.

Cela signifiait-il que quelque chose n'avait pas marché avec son plan ? Comment que c'était possible ? 

" Qu'est-ce qui s'est passé ?" lui demanda Kévin.

L'homme s'arrêta une seconde, puis se figea, ses yeux inquiets se vidant de toute lueur.
" Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda sa version du futur.
- Qu'est-ce qui s'est passé, répéta Kévin.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? répéta son Moi futur sans la moindre trace d'émotion.
Qu'est-ce qui s'est passé ? redemanda Kévin.
Qu'est-ce qui s'est passé ?" recommença sa version du futur.

Kévin arrivait pas à détourner son regard de son autre lui-même. Il répétèrent les mots 'qu'est-ce qui s'est passé' jusqu'à ce qu'ils se parlent comme une paire de disques rayés. Les portes de  son immeuble s'ouvrirent soudain derrière lui et des pas frappèrent l'asphalte. 

" Boucle rétroactive, Lucie. Tase le !
- J'ai oublié mon… euh," rit-elle, " non mais regarde-le, Mehmet ! J'ai pas vu une technologie aussi minable depuis des lustres !"

Mehmet soupira, puis pressa la gâchette de son propre taser. Les électrodes s'accrochèrent dans la nuque à Kévin et l'électricité crépita à travers les fils. Ce qui l'envoya direct sur le bitume où sa tête heurta et s'écorcha contre le goudron, le reste de son corps traversé de spasmes. Kévin tenta de discerner ce qui se passait à travers sa vision floue alors que son alter-égo du futur sortait de sa stupeur et se barrait dans la rue.

" C'est comme ça que nous le rattraperons, dit Lucie.
- Ouais ouais, suffira d'aller le chercher", répondit Mehmet.

Kévin, quant à lui,  profita de ce court répit pour tourner de l'œil.

---o--- 

Lucie s'assit sur le siège passager et porta la flasque à ses lèvres. L'alcool avait un goût de désinfectant pour les mains. Un ersatz de vodka de merde ukrainienne qui pourrait lui permettre d'attendre sa prochaine paye. Mais le goût de ce tord-boyaux n'avait pas d'importance ! Il suffisait à brouiller ses pensées, comme ça elle avait plus à réfléchir trop fort. Elle recula son siège et s'étira les cannes. Le voyageur temporel reposait sur la banquette arrière.

" Mehmet," dit-elle, " ne m'en veux pas trop, j'ai pas assez de cette merde pour me saouler de toute manière, mais explique-moi encore une fois c'est quoi une boucle rétroactive ? Je savais pas qu'une technologie aussi pourrie existait encore."

Mehmet pianota des doigts sur le volant tandis qu'ils attendaient à un feu rouge. Ils tournèrent à droite et s'engagèrent sur  une route tranquille en direction d'un entrepôt d'où ils pourraient s'extraire vers le centre des opérations.

" Hé, tu m'as entendue ?" Elle se renversa à nouveau le goulot de la flasque dans le gosier.
- Écoute, Lucie," dit-il, " il aurait perturbé son existence si je n'avais pas sorti mon Taser à temps. Si tu continues à picoler- 
- Ouais, ouais, ouais," le coupa-t-elle, " tu vas finir par me balancer. Et ces sauts illégaux que tu fais ? Aucun de nous deux n'a les mains propres. Maintenant," elle se redressa et laissa tomber la flasque vide sur le plancher de leur bagnole. " Ça fait des lustres depuis l'académie. Explique-moi encore le truc de la boucle rétroactive.
- Lui derrière", déclara Mehmet en pointant un pouce dans son dos, ses yeux fixés dans le rétroviseur, " il est tombé sur son Lui futur. Il s'est demandé ce qui n'allait pas, et toutes les pensées qui l'ont amené à devenir ce futur Lui sont devenues confuses. Puisque la seule pensée de son Moi passé était, 'que s'est-il passé ?', son Lui futur ne pouvait que penser la même chose pour le moment. Et ça aurait continué comme ça jusqu'à ce que son Lui futur n'existe plus.
- Hmm." Lucie s'inclina contre la portière et jeta un œil dans le rétroviseur extérieur. Une voiture roulait derrière eux. " Pourquoi qu'on l'a pas laisser disparaître progressivement de l'existence ? Ça nous aurait évité des ennuis...
- Si on avait fait ça, aucun des événements de ce soir ne se serait produit. Nous aurions perturbé la chronologie naturelle.
- Bien sûr !" s'exclama Lucie : " Notre devise numéro un ! Peu importe à quel point c'est fastidieux ou combien de vies nous prenons, nous ne pouvons pas perturber la chronologie, sinon c'est l'effet papillon tant redouté… " Elle s'interrompit en regardant à nouveau dans le rétroviseur. La voiture derrière eux accéléra dans un rugissement.

" C'est lui ?" demanda Mehmet.
- Ouais," dit-elle, " prépare-toi à l'impact, ce con va tenter de nous percuter pour s'en sortir. Je dois probablement laisser ça se produire." Lucie se retourna pour faire face à l'homme avachi sur la banquette arrière, qui se réveilla en secouant les paupières. Elle lui jeta la clé des menottes. " Vous avez du culot", poursuivit-elle en s'adressant à lui, "en pensant que vous pouvez nous rentrer dedans."

La voiture derrière eux ralentit.

" Lucie, il est au courant maintenant !
- Bien! Fais une embardée et percute-le !
 
Mehmet tourna le volant, les pneus crissèrent sur le macadam. Lucie s'empara des possessions du voyageur temporel : un téléphone Android et une montre à gousset avec un trop grand nombre de boutons, une jolie façon de voyager dans le temps. Elle les lui rendit. Il aurait aussi besoin de ses clés de voiture...

Ah, bah merde, elle avait laissé tomber ses clés de voiture par terre devant son immeuble. 

Les deux voitures se percutèrent et l'airbag rejeta la tête de Lucie contre son appuie-tête avec suffisamment de force pour l'assommer.

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Kévin secoua les éclats de pare-brise de ses cheveux. Du sang coulait sur son visage à cause d'un éclat plus pointu que les autres. Il se défit de ses bracelets - la fliquette bourrée lui avait donné la clé des menottes pour une raison quelconque - et il récupéra son smartphone et sa montre à gousset. La porte latérale pendouillait sur ses charnières, et il n'eut qu'à l'ouvrir d'un coup de pompe dans le cul pour sortir en rampant. La voiture s'était retournée pendant l'accident mais Dieu merci, il avait survécu. Il devait un verre à l'homme qui leur avait rentré dedans. 

" Pas un geste !" cria la voix de l'autre flic. Kévin se leva et se tourna vers lui, mais le flic pointait son arme sur l'autre voiture - une DeLorean blanche pareille que celle que Kévin lui-même possédait. Sauf que personne n'était assis dans le siège du conducteur. Kévin ne prit pas le temps de se poser des questions sans réponses. Il recula sa montre à gousset d'une heure dans le passé, le maximum, et appuya sur un bouton latéral.

L'air se déforma autour de lui. Sa tête se mit à tourner comme un manège. Un flot de sang coula de ses oreilles et Kévin tomba à genoux au milieu de la chaussée exactement une heure avant l'accident. Il attendit quelques minutes que la vague de nausées passe avant d'appeler un Uber. Il pourrait revenir à temps chez lui, éteindre l'alarme, et rien de tout cela n'arriverait. Théorie testée et tout le bazar - la prochaine fois, tenez-vous-en à des trucs plus simples comme la loterie.

Pourtant, il fallut une demi-heure à l'Uber pour arriver jusqu'à lui, et une demi-heure de route jusqu'à son appartement. Au moment où ils se garèrent de l'autre côté de la rue, il put voir les deux versions de lui-même prises dans la boucle rétroactive.

" Qu'est-ce qui s'est passé ?" murmura Kévin alors qu'il sortait de la voiture, se regardant répéter les mêmes mots de l'autre côté de la rue.
" Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda le Kévin de son passé.
" Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda le Kévin de son futur.

"Mon pote", lui dit le chauffeur Uber, "tout va bien ?
Qu'est-ce qui s'est passé ?" demanda Kévin.

Le conducteur secoua la tête et se barra.

" Boucle rétroactive, Lucie." déclara un flic de l'autre côté de la rue. "Tase-le !
- J'ai oublié mon… euh," rit la fliquette ivre qui l'accompagnait, " non mais regarde-le, Mehmet ! J'ai pas vu une technologie aussi minable depuis des lustres !"

Kévin vit le taser frapper son autre Lui. Il se sentit alors sortir de la boucle, ses pensées s'éclaircissant une fois de plus. La version de son Lui futur se carapata dans la rue pendant que les flics regardaient le premier Kévin se tortiller telle une couleuvre sous la tension du taser.

" C'est comme ça que nous le rattraperons, dit l'ivrogne de fliquette.
- Ouais ouais, suffira d'aller le chercher", répondit l'autre.

Kévin se tenait dans l'ombre tandis qu'ils menottaient et traînaient le corps mou de son Moi passé dans leur voiture. Il devait les arrêter. Il ne pouvait pas les confronter. Ils portaient des fusils ou des trucs qui y ressemblaient - c'étaient des flics en quelque sorte. Z'avaient pas l'uniforme typique, mais ils agissaient comme si qu'ils en étaient. Il le devait...

Les percuter. C'est ainsi qu'il s'était libéré plus tôt, et maintenant il devait rendre la pareille. Ensuite, il pourrait reculer d'une heure et empêcher l'alarme de se déclencher ! Plan de génie ! Et dire que cette conasse de flic ivrogne avait oublié de récupérer ses clés. 

Kévin essuya le sang de ses oreilles. Un effet indésirable de la montre à gousset, mais pas tout à fait aussi pire que ceux des vaccins Covid. Il attrapa ses clés qu'il retrouva sur le trottoir devant son immeuble et se figea. Pourquoi ne pas rentrer chez lui maintenant et éteindre l'alarme ? Il ouvrit brusquement la montre à gousset et appuya sur le bouton latéral, en vain. Aucune des aiguilles ne fit tictac. Elle avait besoin de refroidir. 

Pour l'instant, il devait se sauver ou il existerait plus, et son Moi passé irait dans une sorte de gélule temporelle, à mi-chemin entre un geôle et une cellule coincée en dehors du temps.

Deux voitures bipèrent lorsqu'il appuya sur le bouton de déverrouillage de l'alarme de sa bagnole : celle de sa DeLorean dans le parking de son immeuble et le bip atténué d'une autre plus loin dans les parages. Kévin resserra sa ceinture de sécurité, puis mit le contact. Il parcourut en mode rembobinage le même itinéraire que le chauffeur Uber qui l'avait ramené devant chez lui, remarquant cette fois une voiture salement amochée de la même marque que la sienne garée à moitié sur le trottoir. Pas le temps de penser aux doublons. Il changea de braquet et accéléra sur la route.

Dix minutes de route plus tard, il rattrapa la bagnole des deux flics. Il ralentit derrière eux et regarda le paysage du coin de l'œil. Il fallait leur rentrer dedans au même endroit que la première fois, n'est-ce pas ? Ce serait l'endroit où son Moi passé finirait par sortir en rampant de leur caisse et à attendre son chauffeur Uber.

La DeLorean accéléra avec un rugissement. Comment s'est-il vautré la dernière fois ? Leur voiture s'était retournée, n'est-ce pas ? Il ne voulait pas se tuer en faisant ça. Il appuya sa tête contre l'appuie-tête, ses doigts tendus contre le volant.

Ah ouais ! La petite fliquette bourrée lui avait dit quelque chose quand il s'était réveillé sur leur banquette arrière la dernière fois. Quelque chose sur la façon dont ils savaient qu'il allait leur rentrer dedans ! Il appuya sur les freins et regarda l'aiguille du compteur de vitesse baisser à toute berzingue. La voiture devant lui fit une embardée, s'écrasant contre son capot, l'impact brisant son pare-brise. Des éclats de verre détachés lui perforèrent le visage. 

Kévin se débarrassa du bourdonnement dans ses oreilles et se cacha sous l'airbag qui se flétrissait. Il ouvrit l'antique montre à gousset, cliquant et recliquant sur le bouton encore et encore. Aucune des aiguilles ne bougea le petit doigt. Elle avait encore besoin de refroidir.

" Pas un geste !" lui gueula le flic.

Kévin tenta immédiatement de reculer la montre à gousset de quarante-cinq minutes. Rien se passa, elle avait encore besoin de refroidir. "Tu vas marcher, bordel," marmonna-t-il, "merde." Il la régla sur une demi-heure en appuyant sur des boutons qu'il ne comprenait pas. La montre à gousset cliqueta dans sa paume. L'air se déforma et un pop assourdissant résonna dans ses oreilles. La nausée le frappa comme un semi-remorque alors qu'il faisait un saut dans le temps.

Il vomit sur l'airbag qui se dégonflait. Le sang coulait de son nez et s'accumulait dans ses oreilles. Il s'essuya le visage avec les poignets de sa veste en cuir qui se retrouvèrent maculés de sang. 

L'horloge de la DeLorean indiquait 2h18 du matin en chiffres rouges.

Vite vite. Il allait devoir se magner le cul pour s'arrêter lui-même. Assez vite pour pouvoir couper l'alarme de son réveil. Dans le pire des cas, il pourrait faire voyager la première version de lui-même pour le faire. 

Une nausée lui parcourut le système limbique et digestif.

Il fit faire un demi-tour à sa voiture, des éclats de verre pleuvant sur l'asphalte, et appuya du pied sur la pédale d'accélérateur. Il croisa le maudit chauffeur d'Uber qui roulait vers le lieu de la collision. Kévin cracha du sang sur ses mains – il n'avait jamais sauté deux fois en une même heure. Sa tête ne pouvait pas s'arrêter de tourner, et les mouvements de la voiture ne l'aidaient pas. 

Plus et il s'effondrerait. Il serait mort à coup sûr. Il gara la voiture, à moitié à cheval sur un trottoir, à cinq minutes à peine de son immeuble. Trop tard pour réinitialiser l'alarme, mais il pourrait encore arrêter son Moi passé si ce dernier acceptait de l'écouter ! Moitié en courant, moitié en trébuchant il se porta à la rencontre de son Moi passé qui sortait juste de son immeuble avec une masse à la main. 

"Retourne chez toi", lui dit Kévin, "va éteindre l'alarme."

L'homme devant lui se figea. La masse tomba sur le bitume et roula dans le caniveau. Son Moi passé l'examina. L'ecchymose sur son front. Les éclats de vitre du pare-brise coincés dans ses cheveux, le sang collé sous son nez et ses oreilles. Kévin ne trouva pas les mots,  pas les bons mots pour s'expliquer-

" Qu'est-ce qui s'est passé ?" demanda son Moi passé.

Black-out intellectuel.

" Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Kévin.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda son prédécesseur.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? redemanda Kévin.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?" demanda à nouveau son prédécesseur.

Des taches noires se glissèrent aux bords de sa vision. Ses membres engourdis et froids, il ne pouvait plus bouger ni penser par lui-même. Il répétait les mots comme il les pensait.

" Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda son prédécesseur.
" Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Kévin.
" Qu'est-ce qui s'est passé ?" redemanda une fois de plus son prédécesseur.

" Boucle rétroactive, Lucie, Tase-le !"
- J'ai oublié mon… euh," rit-elle, " non mais regarde-le, Mehmet ! J'ai pas vu une technologie aussi minable depuis des lustres !"

" Qu'est-ce qui s'est passé ?" redemanda Kévin

Le taser frappa son Moi passé dans le cou. À ce moment, la liberté de pensée et de mouvement revint en un éclair brûlant à travers le corps de Kévin. Il s'enfuit en courant dans la rue. Il trouverait un endroit sûr où se cacher pendant que la montre à gousset se refroidissait, puis reviendrait enfin et éteindrait cette putain d'alarme programmée sur son réveil.

Il s'arrêta pour poser une main sur un lampadaire, la lueur argentée étirant son ombre sur la route. Il ouvrit la montre de poche et ajusta les cadrans. S'il ne pouvait pas éteindre l'alarme, il pouvait au moins s'empêcher lui-même d'essayer de tenter de s'arrêter. Ça empêcherait tout d'arriver. Un retour de plus pourrait arranger les choses.

Deux ombres s'approchèrent derrière lui. 

" Laisse tomber la montre ou je tire", déclara Mehmet.

Kévin appuya sur les boutons, en vain. Elle avait encore besoin de refroidir. Il la laissa tomber sur le trottoir et leva les bras au-dessus de sa tête. La fliquette ivre s'approcha - il pouvait sentir la vodka bon marché dans son haleine - et le menotta. Elle le fouilla et trouva la photo de son ex dans sa poche.

" Cet accident de voiture aurait pu nous tuer", déclara Lucie, " mais nous faisons tout ça pour préserver la foutue chronologie ! J'ai hâte de vous voir derrière les barreaux. Elle retourna la photo dans ses mains, lisant le verso. "Qu'est-ce que c'est ça ? Un mot d'amour ? 
- La raison," dit Kévin, " pour laquelle tout ça est arrivé. Je l'ai trouvée dans mon appartement il y a une semaine."

Elle fourra la photo dans sa poche et regarda son partenaire.

" Je suppose que c'est nous qui devrons l'enlever de chez lui la semaine dernière", lui dit-elle en s'étirant les bras au-dessus de la tête. "On dirait que nous avons encore un voyage à faire, Mehmet." 

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