Bienvenue, curieux voyageur

Avant que vous ne commenciez à rentrer dans les arcanes de mes neurones et sauf si vous êtes blindés de verre sécurit, je pense qu'il serait souhaitable de faire un petit détour préalable par le traité établissant la constitution de ce Blog. Pour ce faire, veuillez cliquer là, oui là!

23 déc. 2021

569. Réflexions sur la nuit de Noël


En excluant les enfants de religions non affiliées, ainsi que ceux qui vivent dans des zones qui ne sont pas incluses dans l'itinéraire parce qu'elles sont trop pauvres, le Père Noël doit visiter, la nuit de Noël, seulement 300 millions des plus de 2 milliards d'enfants qui se trouvent sur Terre. Avec une moyenne de 3 enfants par foyer, l'itinéraire se réduit à quelques 100 millions d'adresses de livraison.

Lorsque les Coréens se sont libérés du joug chinetoque, leurs dirigeants ont estimé qu'ils devaient se débarrasser de toute influence culturelle du grand empire. Ils ont alors créé un nouvel alphabet de toutes pièces et une nouvelle écriture pour leur langue, la seule écriture née de manière totalement préméditée et rationnelle, et qui prévaut à ce jour.

Si on répartit les 100 millions de foyers à livrer sur une ligne hypothétique et continue entourant la terre, le traîneau du Père Noël doit voyager à une vitesse mille fois plus rapide que celle du son des missiles russes hypersoniques ou de ces missiles tout court, et s'arrêter tous les 1,4 millième de seconde pour déposer les cadeaux dans un foyer. Amazon et Alibaba peuvent toujours tenter de s'accrocher...
Le drame de notre temps, c'est que même celui qui n'a rien est convaincu qu'il a beaucoup à perdre.

Pour atteindre la vitesse requise, le traîneau du Père Noël doit utilser la puissance motrice de 250 000 chevaux rennes-vapeur les plus rapides qui soient.

En République centrafricaine, les indigènes n'ont pas le droit de posséder une entreprise et personne, indigène ou étranger, n'a le droit de prendre des photos.

La chaleur produite par le frottement de l'air à une vitesse si élevée est si grande qu'elle brûlerait les 250 000 rennes tirant le traîneau du Père Noël en 4 millisecondes.

Le bonheur de l'homme n'est pas possible sans la langue allemande. Malheureusement, celui-ci est voué à disparaître; que ce soit de l'homme ou du bonheur que je cause, c'est vous qui voyez.

Comme le traîneau du Père Noël s'arrête tous les 1,4 millième de seconde, seul environ un tiers des rennes est brûlé à chaque conduit de cheminée. Une partie du travail à faire, pendant que le Père Noël descend par la cheminée, dépose les cadeaux, mange les bonbons laissés par les enfants et remonte le conduit, consiste à remplacer les quelques 80 000 rennes carbonisés par des rennes vivants. Sortis de sa hotte, je suppose. Sûrement.

Celui qui vit dans une petite communauté vit aussi dans un monde beaucoup plus grand que cette dernière. Il en sait beaucoup plus sur les différences farouches et les divergences inébranlables de ses semblables... Dans une société élargie, on peut choisir ses amis, même si on ne choisit pas sa famille. Dans une petite communauté, ces derniers sont choisis pour nous, ils nous sont imposés...
Ainsi, dans toutes les sociétés au sens large et hautement civilisées, se forment des groupes fondés sur la sympathie qui excluent le monde réel plus nettement qu'une porte de prison ou que l'entrecuisse d'un monastère de carmélites. Y'a rien de vraiment étroit dans le clan. La seule chose vraiment étroite, c'est la clique. 

Mais il est tard, bonnes gens, il est grand temps d'aller saluer et poivrer la dinde, qui, vu l'état infarpait de sa conscience de la date, ne nous laisse présager que très peu de chances de la voir se plumer et s'auto-farcir toute seule. Joyeux Noêl.

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20 déc. 2021

568. Zombidoum


J'ai joué la bête pendant vingt ans et j'en aurais joué une centaine de plus si on me l'avait permis. J' écrase la cigarette qui couve dans le cendrier et je regarde les braises orange allumées se refroidir en attendant dans ma loge.

"N'avez-vous jamais souhaité pouvoir tenir le rôle du héros ?" n'ont jamais manqué de me demander les journalistes il y a bien longtemps de ça au cours des rares interviews qu'ils m'avaient alors accordé l'honneur de m'accorder.
"Jamais de la vie." leur avais-je toujours répondu.

J'admets qu'il y a un certain niveau d'anonymat dans le fait de jouer un rôle où que je dois porter un masque. Personne ne m'acclame jamais comme ils acclament les héros. Pourquoi le feraient-ils ? Je suis une métaphore pour les parties d'eux-mêmes qui manquent de conscience de soi. Les instincts de peur et d'agression qu'ils pensent avoir vaincus. 
La partie non civilisée d'eux-mêmes qui passe à la violence au moment où leurs croyances sont remises en question. Les comportements animaux qu'ils pensent surpasser, mais qui bouillonnent sous la surface comme ces bulles de gaz de souffre remontant de la vase dans un marais, la luxure, la colère, la jalousie… 
Après le spectacle, ils peuvent en rire et se dire qu'ils n'ont jamais vraiment eu peur, ils savent que ce n'était qu'un spectacle, ils savent que le héros va se pointer, mais avec leurs mains pressées contre leurs cœurs battant la chamade, ils savent que ce sera moi qui hanterai leurs rêves cette nuit-là. Je suis celui avec qui ils s'identifient, celui qui vit dans leur psyché, pas le héros…

Soir après soir, je monte sur scène sachant qu'au moment où que je mets les pieds sous les projos, le public s'attend à ma chute. Aspirant au moment où le héros enfoncera son épée dans mon cœur ou mes entrailles, la façon dont ils souhaitent eux-même pouvoir enfoncer cette épée projette les parties d'eux-mêmes qui sont sujettes à des désirs sauvages. À chaque pas exagéré, à chaque recoin derrière lequel je me cache - à l'insu du héros -, le public halète et pousse des cris d'horreur ravis. Le théâtre crépite de tension et de peur, électrisant mes sens jusqu'à ce que je devienne la bête et que la bête soit en moi.

Le héros a peut-être son affection, mais je suis né des parties sombres du cœur de mon public.
J'ai de la sympathie pour la bête, et tout ce que je représente en portant ce masque. C'est là tout le secret de ma performance: sur la scène, j'ai de la compassion pour le monstre.
La bête est tout ce que nous ne pouvons pas contrôler à l'intérieur de nous-mêmes, la partie qui s'en prend à nos proches à cause de notre propre ego et de notre droiture animale. Même si le seul vrai crime de la bête est d'être un animal dans un monde fait pour les hum-

Un coup fort et abrupt à la porte vient briser le fil de mes pensées et un machiniste m'appelle : " Vous entrez dans trois minutes ! "
Je prends une profonde inspiration, mon cœur se serre de tristesse et de chagrin.
Ce soir va être ma dernière apparition sur scène. Je suis devenu trop vieux pour le show business, ou du moins c'est ce qu'ils m'ont dit. J'ai fait une longue carrière, il est temps que du sang neuf prenne ma place.
Quand le rideau se fermera ce soir, tous mes rêves prendront fin. Ce soir, je vais dire adieu à la bête.

Bang! Bang! Bang!
Trois autres coups frappés à ma porte me tirent une nouvelle fois de ma rêverie, faisant craquer mon cœur et sursauter ma cage thoracique. Cela ne peut pas encore être mon appel sur scène, n'est-ce pas ? J'ai toujours eu le don de savoir intuitivement quand il était temps pour moi d'y aller. Peut-être que je vieillis, je songe, en vérifiant ma montre à gousset… mais non, c'est pas encore le moment. Deux minutes seulement se sont écoulées. Les trois coups retentissent à nouveau, cette fois avec une telle force qu'ils secouent mon miroir, le verre délicat entouré d'ampoules claque contre le mur.
Mes oreilles rougissent de rage. Pendant vingt ans j'ai servi cette production, comment osent-ils frapper à ma porte avec un tel manque de respect ?! Je suis toujours indispensable. Je suis toujours ce qu'y a de plus proche d'une star. Je suis personne jusqu'à ce que le rideau final tombe. J'ouvre la porte avec indignation, prêt à frapper le machiniste, le journaliste ou le réalisateur… ce soir je m'en fiche, ce soir je n'ai plus rien à perdre et j'en ai rien à secouer de qui c'est qui qui va se prendre ma main en travers de la gueule.
 
Un homme avec des yeux au blanc d'un jaune horrible, des yeux comme de la bile épaisse, se tient devant la porte, immobile, et sa couleur surnaturelle me déconcerte, déracinant mon appel à la violence.
"De sacrés contacts que vous devez avoir à l'entrée des artistes." je lui dis en lui faisant un clin d'oeil.  Je ris timidement, une maigre tentative pour cacher mon malaise.
L'homme est vêtu d'un costume si noir et si élégant que c'est comme si qu'il avait commandé à l'obscurité de la nuit de l'habiller, les ombres elles-mêmes glissant et s'enveloppant avec amour autour de sa silhouette. Du noir sur du noir enrobé de noir avec des gemmes vert-émeraude incrustées sur ses boutons de manchette.
"Oui. De très bons contacts." confirme-t'il d'un ton catégorique, et, après une longue pause, il cligne des yeux; le clignement est maladroit et contre nature, comme un acteur qui oublie momentanément sa mise en scène.
" Y a-t-il une raison pour laquelle vous venez de frapper à ma porte ? Je joue un rôle important ici, vous savez. Mon temps est précieux." Je fais de mon mieux pour afficher un léger mépris envers l'homme étrange avec toute la dignité et l'importance que je peux rassembler.

L'homme me fixe avec un niveau alarmant de vide dans son expression. Pas une seule émotion ne traverse les pupilles au centre de ses yeux jaunes et caillés, et cela fait se dresser les poils de mes avant-bras comme de la chair de poule. Mes pieds traînent le reste de ma personne d'un pas en arrière, les muscles se déplaçant à leur propre discrétion. L'adrénaline s'est précipitée dans mon corps à la demande d'une ancienne alarme primitive sonnant à l'intérieur de moi, me pressant : "Cours !", me crie-t'elle, "Sauve ta peau, cours !"

Je cloue cette envie comme un Jésus de plâtre sur son crucifix, exigeant sa soumission et refusant d'être intimidé par ce personnage étrange.
L'homme s'avance, comblant le vide entre nous : " Oui, la bête. Je connais très bien votre travail. Ce soir, c'est votre dernière représentation. Dites-moi, n'êtes-vous pas un peu triste de devoir quitter ce théâtre ?" Sa voix s'attarde sur les 's' telle un sifflement de vipère, sa question montant avec raideur dans la pire performance de curiosité que j'aie jamais vue.
"Oui.", je lui réponds en tremblant, une sueur nerveuse me perlant le front: "Oui, j'aime beaucoup ce rôle."
-  Et dites-moi, monsieur Mougeon, qu'est-ce qui vous rend si friand d'une bête ? D'un méchant ?" me demande-t-il encore avec cette même fausse cadence creuse de fausse intrigue.

J'ai honte de vous avouer que je lui ai répondu à peine un léger ton au-dessus de celui d'une voix d'enfant asthmatique : " La bête n'a rien fait de mal, c'est juste un animal, soumis à sa propre nature. N'importe lequel d'entre nous pourrait devenir la bête dans le mauvais cadre social.
- Vous sentez-vous souvent bestial, monsieur Mougeon ? " s'enquit encore l'homme aux yeux jaunes en haussant les sourcils.
J'ai reculé, repoussé par une question si intime, "Je suis désolé, qui avez-vous dit que vous êtiez déjà?"
- Véreux. Olivier Véreux. Je suis ici pour vous faire une proposition." me rétorque le quidam en s'avançant d'un pas, même s'il s'était déjà tenu assez près de moi pour que je sente son souffle chaud sur ma joue, même s'il s'était déjà tenu trop près pour mes narines sensibles. "Qu'est ce que vous allez obtenir? Une fête d'adieu terne et un licenciement. Je pense que vous méritez mieux que ça. N'est-ce pas, Mr. Mougeon ?"

J'ai vécu assez longtemps pour savoir reconnaître et discerner le baratin d'un commercial quand j'en entendais un. " Ouais… " murmuré-je avec méfiance, " Mais qu'y a-t-il à faire à ce sujet ? C'est juste la façon dont ces choses se passent.
- Je suis content que vous ayez posé la question, Mr. Mougeon. Je voudrais  vous immortaliser." Il sort une seringue, un stylo noir et du papier de son manteau : " Tout ce dont j'ai besoin, c'est que vous preniez cette injection et que vous signiez sur la ligne pointillée, et le rêve que vous portez dans votre cœur deviendra réalité. Personne ne pourra vous éclipser ou vous renvoyer à nouveau. Le rôle de la bête vous appartiendra, de manière unique, indéfiniment."
Je lui souris, "Ça ne marche pas exactement comme ça d'habitude, Mr. Véreux. Si c'était le cas, je signerais ce document autant de fois que vous le voulez"
L'homme sourit aussi, "Alors vous ne devriez avoir aucun problème à le signer cette première fois."
Il me montre le papier et y lit une seule ligne : « Moi, Damien Mougeon, je consens à ce que les rêves de mon cœur deviennent réalité. » Suivie d'une ligne pour ma signature.
Je rigole : " Vous devez être une sorte d'acteur vous aussi. J'ai eu un peu peur pendant un moment. Je signerai ça n'importe quel jour de la semaine."

J'ai signé mon nom sur la ligne pointillée et en dessous j'ai écrit une courte note le remerciant d'être un fan. Il roula le document, me fit la piqûre, puis remisa le document et la seringue dans son manteau et s'inclina légèrement : "Ce fut un plaisir de faire affaire avec vous, Mr. Mougeon J'ai hâte de voir votre performance vraiment impressionnante en tant que Bête."

J'enfile mes gants, chaque doigt est muni de griffes scintillantes en cristal taillé, toutes de cinq centimètres de long et assez grandes pour scintiller sur place. Je ramasse la tête de mon costume. C'est un morceau de vie, semé de vrais cheveux, noirs et duveteux. Je prends soin de brosser ma tête bestiale tous les soirs après chaque représentation, la toilettant juste comme il faut. Elle est équipée d'un long museau hargneux et de dents blanches et luisantes. L'artiste qui l'a créée a vraiment pris un soin tout particulier à ce que chaque détail soit parfait. Je tire le masque au-dessus de ma tête, l'ajustant soigneusement pour que je puisse voir à travers les œillères. Je me regarde un instant dans le miroir, nageant dans la gloire, et m'adresse à mon reflet : "Ce soir est notre dernière nuit ensemble, mon vieil ami. Donnons-leur un spectacle pour lequel il vaille la peine de mourir."

J'ouvre la porte de ma loge, où une machiniste, le poing dressé, se tenait prête à frapper encore. C'est une jeune fille que je n'avais encore jamais remarquée. Elle crie en sautant de surprise et laisse tomber son bloc-notes : " Oh, Mr. Mougeon ! Ouahou ! . Vous êtes vraiment une terreur quand on vous regarde  de près. Comment que vous faites pour que vos yeux brillent comme ça ? "
Sous mon masque, je lui souris, "Tout fait partie du rôle de la Bête, jeune padawan."

Je suis la vedette du premier acte, le premier aperçu de l'histoire pour le public. L'histoire d'un monstre qui vit dans la forêt, jusqu'au jour où qu'il ne mord pas la bonne paluche. Je hausse les épaules pendant que ma co-vedette plante le décor. Elle joue le rôle d'une jeune fille qui s'est perdue dans les bois en fuyant sa famille pour échapper à un mariage imposé ou arrangé avec un vieux de mon espèce. 
Elle est la première à être tuée par la bête. Je peux entendre la foule parsemée des spectateurs, tous munis de passes vaccinaux, rire de ses singeries enfantines, tandis qu'elle se lamente sur l'injustice de la vie. L'injustice que je ressens au plus profond de moi, et je voudrais gémir avec elle, mais à la place je grogne et je rugis, un véritable animal en chasse.

Finalement, c'est mon tour et je fais mon entrée sur scène, grognant pour l'effet. La foule halète devant mon apparence horrible et cela me donne des ailes. Je peux sentir leur horreur dans mes os, le sang qui bat dans mes veines. Je suis la bête, je suis le chasseur, je suis le-

Quelque part le long de ma colonne vertébrale, un os se rompt et je me cambre, haletant de douleur. Mon épaule craque comme du verre brisé et mon corps se contorsionne, se tordant d'agonie, un grognement sur mes lèvres.
La foule adore ça. La foule pense que ça fait partie de l'acte, ma dernière performance d'adieu, un homme devenu fou.
Je pleure alors que mes os se brisent. Hurlant comme un animal blessé, mon crâne même éclatant, serrant mes globes oculaires jusqu'à ce que je pense qu'ils vont sûrement jaillir de mes orbites. Ma vue rougit à cause du tourment. Ma mâchoire se décroche et j'agrippe mon masque, mon masque bien-aimé, l'arrachant de mon visage. L'actrice me regarde avec un halètement, la terreur dans ses yeux redouble et je respire son délicieux et succulent parfum .

…Je suis la bête…

Je m'avance vers elle, mes chaussures de costume se déchirent et tombent pour révéler de grandes pattes bestiales.

… Je suis le monstre qui vit à l'intérieur de tout…

Ma proie tremble devant moi. Je la renifle, mon museau tremblant sous l'excitation de la prise. Je peux sentir toutes les effluves de sa peur animale.

… Je suis la partie de vous qui ne connaît pas mieux…, je suis l'Alpha, le Delta et l'Omicron...

Le trou vide de la faim grogne en moi, et je grogne avec elle. Boum boum boum, fait le pouls dans le cou de cette délicieuse créature. Quelques spectateurs affamés nous rejoignent sur scène.

… Je suis la partie de vous qui ne peut pas voir ce qui ne va pas…

L'animale toute pâle devant moi se met à crier, me faisant mal aux tympans, un son de défi, une menace contre moi-même !

…Je suis la violence qui se révèle lorsque vos croyances sont remises en question…

Je me précipite en claquant les dents et les mâchoires, repoussant les autres spectateurs affamés qui s'agglutinent les crocs à l'affût, mes mâchoires se refermèrent autour de son tendre cou. Une saveur juteuse remplit ma bouche et les spectateurs animaux qui m'entourent éclatent dans une frénésie de soif d'hémoglobine, l'odeur du sang épais dans l'air.

Quelque part dans le public, un homme aux yeux jaunes est assis, calmement en train de regarder le spectacle et je peux sentir errer son regard, d'un prédateur à l'autre, pendant que je me régale des entrailles de ma proie.
Je suis tout ce qui ne peut pas être contrôlé à l'intérieur de vous. Mais je ne serai jamais, jamais aimé comme un héros...

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18 déc. 2021

567. Une araignée dans le plafond


Lors de sa visite chez moi hier soir, l'araignée que j'ai dans le plafond m'a conté une histoire: Une de ses amies et un mille-pattes se rencontrent. L'araignée, surprise de voir autant de pieds, demande : "Mais comment marchez-vous avec autant de jambes ? Je n'en ai que huit et j'arrive à peine à coordonner ma démarche." 
Le mille-pattes réfléchit un peu et hausse les épaules - au fait, combien d'épaules a un mille-pattes ? -. L'araignée se barre enfin, laissant son partenaire s'interroger sur cette question existentielle. 
Lorsque le mille-pattes décide enfin de reprendre son chemin, la conscience de toutes ses pattes lui tombe brusquement sur le coin de la gueule et l'empêche d'avancer d'un centimètre de plus. 

L'araignée qui me squatte le plafond me dit que quelque chose de similaire se produit lorsqu'on tente d'écrire tout un texte préconçu. Il faut juste laisser courir sa plume, oublier un peu ce que l'on est en train d'écrire. "Ne prends donc pas tout tant au sérieux" qu'elle m'glisse à l'oreille. La comparaison avec le mille-pattes n'est peut-être pas fortuite, si l'on tient compte du fait qu'il a fallu huit ans à celle-ci pour me tisser sa putain de toile dans la caboche.
Un roman que, s'il faut en croire Martin Filipovitch, les Martiens ont trouvé parmi les ruines d'un monde post-apocalyptique, sans savoir s'il s'agissait d'une boîte à musique, d'une maison miniature ou d'une horloge en bois. 

Nous n'avons jamais su quel Martien divulguait ces informations à Martin, mais nous n'en n'avions rien à secouer de ce variant, car nous étions trop heureux de célébrer qu'enfin, après tant d'absence, il soit revenu sur ses terres. 
Bienvenue Martin ! Une maison miniature ou une horloge en frêne. Nous n'avons jamais su quel Martien divulguait ces informations à Martin, mais nous nous battions les couilles de ce Delta, car nous étions trop heureux de célébrer qu'enfin, après tant d'absence, il soit revenu sur ses terres. 
Bienvenue Martin ! Une maison miniature ou une horloge en chêne. Nous n'avons jamais su quel Martien divulguait ces informations à Martin, mais nous nous balançions les glaouis de cet Omicron, car nous étions trop heureux de célébrer qu'enfin, après tant d'absence, il soit revenu sur ses terres.
Bienvenue Martin ! Une maison miniature ou une horloge en teck. Nous n'avons jamais su quel Martien divulguait ces informations à Martin, mais nous nous tamponnions le coquillard de ce 38ème variant, car nous étions trop heureux de célébrer qu'enfin, après tant d'absence et six thromboses, treize AVC et dix-huit enterrements rien que dans sa rue, il se soit enfin sorti la tête du cul.
Bienvenue Martin !

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16 déc. 2021

566. Le mal du temps ou vice-versa.


Le temps est malade, il a de la fièvre. Et je parle pas ici de la météo.  Pour tenter de le guérir, l'Homme lui injectera une petite seconde par voie intraveineuse à minuit pile le 31 décembre. Et le fait est que le temps, comme tout le reste, change aussi. En voie d'extinction, la Terre fait aussi son travail et d'année en année la durée de son mouvement de rotation varie presque imperceptiblement. Autrement dit, chaque année dure un peu plus longtemps que la précédente.

Cependant, j'ai l'impression que les choses se passent pas exactement comme c'est prévu ou gravé dans le papier des éphémérides, pire même, elles ont même l'air d'aller complètement dans l'autre sens. Au fil des décennies les années durent de moins en moins longtemps, comme les machines à laver ou les voitures, les frigos ou les  putains de smartphones. Mais ceux-ci ont au moins l'avantage d'être de moins en moins chers, du moins en apparence, alors que les années sont de plus en plus difficiles à vivre. Tout ça montre bien que l'époque, malgré l'excellente campagne publicitaire qu'Einstein a pu lui donner, n'a pas appris à être référencée dans notre société de consommation et s'est démontrée, année après année, de plus en plus chère et dégradée.

Soit le temps est un grand idiot comme l'autre grand corps malade de mes deux, tout fier sur sa paire de béquilles à faire la promo de la campagne de vaxsassination, soit il est un grand altermondialiste. Après tout, c'est pas comme si que les lycéens du lycée Henry IV manifestaient contre l'impérialisme économique américain devant le kiosque à journaux de l'Abbaye Sainte Geneviève. Le temps est influent. Ses crises de colère contre le marché libre se font sentir dans le monde entier.

Cependant, avec l'affirmation que le temps est malade,  je peux pas m'empêcher d'être d'accord. Sinon comment expliquer autrement que ce que je viens de vivre hier, je m'en souvienne comme si que ça s'était passé il y a des mois ? Comment expliquer le retard, parfois des journées entières, de l'esprit par rapport au corps sur un long trajet à plus de 800 kilomètres à l'heure entre les deux rives de l'Atlantique ? 
Sinon, comment accepter que le temps injecté dans nos vies par un rêve court et intense nous vieillisse plus que des semaines entières de vie réelle ?

Le temps boite. Il a une patte folle, un pied qui traîne. Il est en retard sur la vie. Une petite seconde, disent les experts. Une toute petite seconde, insignifiante pour tout ce qui n'est pas régi par une technologie de pointe, incompréhensible et mondialisée. 
Injectons-le alors, c'est pas les produits qui vont manquer, merci à la giga-commande passée par cette putasse de Van der Leyen. Tant d'entre nous ont d'ores et déjà appris à supporter la mort grâce aux injections. Même si nous finirons tous par reprendre le même rythme lent et maladroit, même si nous vivrons encore désespérément à la traîne du temps, toujours à lui cavaler au cul...

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11 déc. 2021

565. Zik pour tout l'monde!



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3 déc. 2021

564. L'homme invisible


Marius était invisible. Et pour le prouver, pour la cinquième fois ce jour là, quelqu'un lui rentra encore dans le chou par inadvertance. Il n'était pas rare de rentrer en collision dans les passages étroits de la station de la colonie de Thèbe. Ce qui était inhabituel, c'était que la personne s'arrête pour s'excuser.
"Je suis désolée, je n'ai pas fait attention et je vous avais pas vu là", lui déclara-t'elle.
Marius se leva de sa position accroupie et se tourna vers sa tamponeuse. C'était Marylou.
" Pas de problème, ma-dame... "

Sa langue avait failli fourcher. Changer le nom de Marylou en "madame" aussi rapidement qu'il le pouvait avait frisé l'exploit. Marylou se remit de sa surprise pour se donner un air perplexe. Il l'avait observée lors de plusieurs de ses promenades dans les tunnels cachés, mais bien sûr, elle n'était pas au courant. Marius n'était même pas sûr de connaître vraiment son nom. Il prit les devants de l'échange de civilités pour couvrir son erreur.
" Bah, vous savez, petits couloirs étroits  et tout. C'est pas de votre faute si je me fond dans le décor."

Marylou esquissa un sourire et se remit de sa surprise tandis qu'elle continuait dans la coursive. Il se passait trop de choses dans sa vie pour avoir une pensée pour cet agent d'entretien sans nom et ses bizarreries. Mais... ce n'était pas juste de la part de Marius, Marylou faisait partie des gens bien. Elle n'était pas du genre à errer dans les couloirs, ignorant ceux qui l'entouraient. Alors qu'il la regardait s'éloigner, Marius sentit que quelque chose n'allait pas. Il avait observé Marylou assez longtemps pour percevoir des changements subtils dans son comportement.

Il se pencha et termina de remettre en place le couvercle du recycleur d'air aussi vite qu'il le put. Il savait comment régler ça. Il rassembla ses outils et enfila la coursive jusqu'à ce qu'il atteigne une ramification du couloir principal. Ce passage sans issue était aussi indescriptible qu'un labyrinthe. La même tôle lisse le recouvrait tout comme la coursive principale, sa surface n'étant brisée que par ce qui semblait être un minuscule conduit de ventilation. Marius l'ouvrit pour révéler un clavier. Une fois qu'il eut entré son code d'accès, tout la cloison de l'impasse glissa, devenant un trou noir dans l'apparence grise et terne du hall par ailleurs. Il s'avança dans l'obscurité, loin de l'examen minutieux des lumières.

À un certain niveau instinctif, les gens avaient dû se rendre compte qu'il y avait plus à bord de Thèbe que ces salles grises et élégantes. Mais personne ne semblait savoir qu'il y avait des tunnels cachés. Chaque partie de la station était reliée à ce que les ingénieurs de l'installation avaient appelé "travées de maintenance". Ces petits couloirs aidaient à isoler les habitants de la station des dangers de l'espace. Comme les coupe-feux dans les zones boisées du côté d'Arcachon, ces travées d'entretien étaient capable d'arrêter la propagation de toute force destructrice. Cette zone abritait également tous les tuyaux, évents, puits et systèmes de support qui rendaient supportable la vie à l'intérieur de la station.

Alors que la porte cachée se refermait, l'anxiété de Marius s'estompa avec la lumière supplémentaire. Il resta une minute à respirer l'huile, la poussière et la crasse qui remplissaient ces sanctuaires intérieurs. Au fur et à mesure que sa poitrine se dilatait, il se redressa un peu, ne se sentant plus confiné.

Marius aimait être invisible. C'était son super pouvoir. Dans les couloirs de la station, cela lui permettait d'entendre des choses qu'il ne devrait pas. En fait, il pouvait souvent se rendre dans des endroits où il n'avait normalement rien à faire. Personne n'avait jamais interrogé l'agent anonyme qu'il était. Pendant ses heures de maintenance, personne même ne pouvait le voir. Ces tunnels bruts et non polis dépouillaient toute la splendeur apparente de Thèbe. Ici, Marius pouvait voir la vraie nature de la station.

Une fois ses yeux ajustés, il se dirigea vers l'unité d'habitation de Marylou. Il se doutait qu'il y trouverait la source de la détresse de la jeune femme.
Alors que Marius se déplaçait le long de son tunnel caché, il passait devant la vitre sans vie de chaque unité de logement. Ces vitres étaient une mer de verre noir et lisse comme celles qu'on voit sur les smartphones. Chacune encadrée par un enchevêtrement compliqué d'engrenages, de fils et de tuyauterie. Ils agissaient comme des miroirs sans tain dans l'unité. Marius était à peu près sûr d'être certain que c'était censé être une fonction restreinte. D'autant plus qu'une fois qu'on avait entré le bon code, on pouvait ouvrir le volet sans problème pour accéder directement dans l'unité.

Il atteignit l'unité de Marylou et entra son mot de passe dans le clavier à côté du volet de visualisation. Il prit vie avec une douce lueur lorsque la fenêtre noire se débarrassa de sa noirceur pour révéler le contenu de l'unité.
Les logements étaient assez petits et tous avaient le même plan d'étage. Du là où se touvait Marius, le côté gauche contenait un lit et une petite cloison qui masquait la salle de bain. Le côté opposé de la pièce était meublé d'un petit bureau métalique et d'une petite télé murale.

Jason, le petit ami de Marylou, était seul dans la pièce, sa taille et ses larges épaules soulignant à quel point ces pièces étaient exiguës. Il se tenait à l'avant de l'unité, dos à Marius, tenant une bouteille de whisky. Jason était un ivrogne. Pas du genre amusant non plus, plutôt du genre à se faire virer du bar ou se voir menotter par les flics après un bon coup de bombe à poivre.
"Salope" grommela Jason.
Puis, plus fort, " Tu penses vraiment que que tu peux me laisser tomber comme une vieille chaussette ? "
Jason continua à marmonner des insultes que Marius ne pouvait comprendre tandis qu'il jetait la bouteille contre la porte. La gravité sur Thèbe était suffisamment inférieure à celle de la Terre pour que la bouteille reste intacte, heurtant la porte avec un bruit sourd.
Les épaules de Jason se tendirent. Il se précipita vers la bouteille, l'arracha du sol et commença à la frapper contre la porte. Quelques coups sourds plus tard, Jason jeta les restes brisés de la partie encore intacte de la bouteille sur le bureau.

Marius soupira et éteignit le volet de visualisation. Son intuition le confirma. Il avait déjà vu ce film. Lorsque Marylou allait réintégrer ses pénates, elle allait subir une autre raclée. Et Marius ferait ce qu'il avait toujours fait : regarder en silence sa douleur. Il actionna un interrupteur au-dessus du clavier qui activa l'alarme d'entrée. Une lumière verte au-dessus de la vitre brilla dans l'obscurité relative.

Marylou se rendait généralement au marché lorsqu'elle essayait d'éviter Jason. C'était le seul espace public sur la station lui garantissant la protection rassurante des gens qui l'entouraient. 
Au lieu d'attendre ici que l'alarme d'entrée ne passe au rouge, Marius se dirigea lui aussi vers le marché.
Au bout d'un certain temps, les vitres cessèrent de ponctuer l'enchevêtrement des machines, qui s'organisèrent davantage. La tuyauterie s'allongeait à angle droit dans le hall tandis que Marius atteignait une autre impasse. Les tuyaux et les conduits de ventilation de chaque côté de lui disparurent dans une cloison lisse qui contenait encore un panneau de visualisation et un clavier. Dans le coin de cette alcôve, une serpillière et un seau qu'il avait laissés dans ce secteur montaient la garde. Les produits de nettoyage lui fournissaient une excuse commode pour être présent parmi les colons. Il entra son code et glissa rapidement le seau et la vadrouille dans la lumière aveuglante du marché.

Le marché était moins claustrophobique que le secteur des habitations. Chaque magasin avait deux étages, même si le deuxième était inaccessible depuis le marché. Le plan du secteur formait une grande croix, chaque bras de cette dernière longeait une longue rue bordée de ces immeubles à deux étages. Le long de chaque voie, au-dessus des têtes, se trouvait une bande de faux ciel bleu qui cachait les lampes UV.
Marius se tenait là dans une petite ruelle, partant de la rue principale. Sa prise se resserra de peur autour de son balais-brosse alors qu'il essayait de comprendre sa stupidité. Dans sa précipitation, il n'avait pas vérifié la vitre avant de quitter la sécurité de ses tunnels. Sous ses yeux, deux adolescents se tenaient à plus de deux mètres de lui. Ces ados debout étaient entrain de distribuer une rafale de coups de poings et de coups de pieds alors qu'ils frappaient un troisième, allongé et recroquevillé au sol, impuissant, en position fœtale. Ils étaient tellement occupés et absorbés par leur tabassage qu'aucun des deux ne remarqua Marius.

Alors qu'il se demandait quoi faire ensuite, ses options lui furent confisquées lorsque le garçon au sweat à capuche vert arrêta ses coups furieux pour s'essuyer le front et aperçut Marius dans sa vision périphérique. Avant que le garçon ne puisse se tourner pour lui faire face, Marius sortit sa serpillière de son seau et commença à nettoyer un endroit au hasard sur le sol. Il était trop tard cependant ; il avait été vu,  son pouvoir disparaissait avec son anonymat.

Le garçon ouvrit la bouche, probablement pour répondre à l'apparition soudaine de Marius, mais fut coupé dans son élan alors qu'il était tiré en arrière par sa capuche. Les deux agresseurs furent arrachés à leur proie et poussés contre le mur opposé.
Marylou se tenait entre eux et le garçon au sol, un masque de fureur inondant ses traits.
"Qu'est-ce que vous pensez que vous faites, tous les deux ? " leur cria-t'elle.
- Rien m'dame, on était juste entrain de jouer." dit le garçon au sweat vert. Il se tourna pour jeter un coup d'œil à Marius, le pointant du doigt.
"Vous voyez ce type là-bas, il sait tout. Il a tout vu."
Marylou jeta un coup d'œil dans sa direction, cherchant une réponse. Marius ne put que lui répondre par le silence.
Les deux adolescents saisirent l'occasion et se précipitèrent dans la ruelle avant que Marylou n'ait pu les arrêter. Le troisième ado se leva, tenant son épaule.
"Merci", fit-il, avant de retourner en courant se perdre dans la foule du marché.
Marylou soutint toujours le regard de Marius.
"Vous savez ce que ça fait de vous, si vous restez là, à ne rien dire, à ne rien faire ? " lui dit-elle.
Marius tressaillit et baissa les yeux. Il s'assit là dans la colère tranquille de sa déception, travaillant le courage d'une réponse. Il était hors de son élément maintenant.
"Désolé madame. Nous ne sommes pas tous des guerriers."
Il leva les yeux et Marylou regardait dans sa direction, distraite. Elle établit à nouveau le contact visuel.
"C'est pas faux. Mais nous devrions l'être." Avec un hochement de tête déterminé, elle sortit de la ruelle.

Secoué par la rencontre, Marius décida de réintégrer la zone de confort de ses tâches de maintenance pour le reste de la nuit. Il vaqua à ses occupations. Vérification des filtres à air, des niveaux de liquide de refroidissement et des compteurs de consommation d'énergie sur chaque unité du secteur de Marylou. Allumant de temps en temps une vitre pour voir ce que faisaient ses collègues colons.

Une certaine Yvanne, telle la mère Michel qui a perdu le sien, cherchait encore son chat. Les miettes de thon étaient toujours à côté dans l'unité de son voisin George. Une fois par mois, ce dernier attirait le chat. Puis, après quelques jours, George " retrouvait " le chat perdu et devenait ainsi le héros d'Yvanne. Marius n'avait jamais su dire si George était un farceur invétéré ou s'il était amoureux de sa voisine.

Alors qu'Yvanne vérifiait pour la troisième fois sous le lit si son chat y était, la lumière ambiante dans la travée d'entretien changea. Perdu dans ses pensées, Marius mit une minute à remarquer une lueur rouge au loin. Une alarme d'entrée ? Le souffle de Marius se coupa. Il avait oublié ce qui l'avait poussé au marché.

Il arriva à l'unité de Marylou, essoufflé. Se recomposant, il saisit son code d'accès et la vitre s'anima lorsque la tête de Marylou s'écrasa contre cette dernière. Elle se poussait contre le mur quand Jason attrapa ses deux poignets et la força à s'y remettre. Son visage apparut à côté du sien.

"Tu penses que tu peux juste me laisser ? " hurla Jason.
Marylou, calme comme Marius ne l'avait jamais vue, rétorqua : " Oui, je le pense. J'en ai marre de prétendre que je ne vois pas ce que tu es.
- Très bien, Marylou, arrêtons de faire semblant."
Jason ricana en tordant sa prise sur le poignet de Marylou. La panique envahit son visage alors qu'elle tentait de s'en libérer.
" Arrête ça, Jason. Stop -”

Bruit de bois cassé.
Toute la couleur quitta le visage de Marylou. L'incontournable claquement humide de son poignet se brisant s'attarda dans l'unité désormais silencieuse. Marius, regardant avec horreur, sentit tout changer.
Ce craquement effaça toute ligne que Marius s'était juré de ne jamais franchir.

Marylou criait toujours pendant que Jason l'éloignait de la vitre et la jetait aussi fort qu'il le pouvait contre la porte de l'unité. Marylou glissa à travers la pièce, heurtant la porte avec un faible bruit sourd alors qu'elle tombait au sol. Les épaules de Jason se tendirent.

Marius jeta un coup d'œil au reste brisé de la bouteille de whisky sur le bureau; ne tenant plus que par son goulot et prit une décision. Pour la deuxième fois ce soir là, Marius se glissa dans une pièce sans se faire remarquer.

Il sauta.
Aidé par la faible gravité, Marius atterrit sur le dos de Jason, les bras autour de son cou. Les pieds de Marius touchèrent le sol et il serra aussi fort qu'il le pouvait. Jason, se penchant légèrement en arrière, grogna de surprise et commença à secouer les épaules afin de se libérer de la prise de Marius.
Une fois la surprise dissipée, Jason se concentra davantage sur sa libération. Marius pouvait déjà sentir sa détermination se desserrer avec son emprise.

Un choc.
Marius sentit tout ce qui avait impacté Jason résonner dans son propre corps. Juste comme ça, la marée s'inversa. Marylou avait dû le frapper ou quelque chose du genre, mais quoi qu'elle ait fait, Jason perdit pied et donna à Marius l'effet de levier dont il avait besoin pour renforcer son emprise. Lentement, mais plus rapidement qu'il ne l'aurait pensé, les protestations de Jason s'affaiblirent jusqu'à ce qu'ils soient tous les deux au sol.
C'est à ce moment-là que Marius remarqua le goulot de la bouteille de whisky qui dépassait de l'abdomen de Jason.

Pour la première fois depuis qu'il était entré dans la pièce, il regarda Marylou. Elle se tenait devant eux, les mains collées à la poitrine. Elle regarda Jason avec horreur alors que Marius se relevait et commençait à traîner son corps jusqu'à la travée de maintenance. Alors qu'il atteignait le bord de l'unité, elle regarda Marius et lui dit " Marius, je - 
- Je n'ai rien vu", compléta-t'elle.
La bouche entrouverte, ses yeux rencontrèrent ceux de Marius, son choc initial remplacé par une interrogation.
"Et moi non plus", la rassura Marius.

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