Bienvenue, curieux voyageur

Avant que vous ne commenciez à rentrer dans les arcanes de mes neurones et sauf si vous êtes blindés de verre sécurit, je pense qu'il serait souhaitable de faire un petit détour préalable par le traité établissant la constitution de ce Blog. Pour ce faire, veuillez cliquer là, oui là!

10 août 2020

424. Six ans déjà...

Ciao frérot.

Tandis que je t'entendais gémir dans le combiné, 
Sois fort me dit une voix,
Mais en dedans la peine me déroutait.
Toi, allongé dans un lit, ton corps affaibli, presque rayé de la vie.
Tes râles saccadés présageant le pire,
Comme un soir crépusculaire en plein mois d'août, 
La fin du jour se faisait attendre.

Saint Laurent faisait la une du jour,
Un ciel gris se profilait, tournant presque couleur de cendres,
Donnant raison à mon chagrin.
Tes murmures dans le combiné disaient que tu voyais la lumière,
Un long tunnel et cette lumière...
Tu t'en allas, disant adieu, 
Sans parent ou ami pour te baiser une oreille encore tiède
Et déjà ton cœur ne battait plus.
Je ne pouvais croire que tu venais de quitter cette vie.

Et tout était silence dans ma cabine, 
Seules restaient mes larmes et ma perdition,
Tellement que même de la mort je n'avais plus peur.
Tellement secoué que je ne pensais plus à rien,
Le désir de m'éveiller d'un mauvais rêve,
Rentrons au port criait mon âme.
Mais la vie est si précieuse qu'on ne l'apprécie que lorsqu'elle nous quitte.

Aujourd'hui, cette pensée prend toute sa clarté,
Me reviennent à l'esprit tous ces moments d'absence.
Tes murmures disaient que tu voyais la lumière, 
Un long tunnel puis cette lumière.
Tu t'en allas disant adieu, me disant que Dieu existait
Et je ne voulais croire que ce seraient tes derniers mots,
Tu t'en allas disant adieu, mes lèvres se turent,
Les mots ne sortirent pas et tu t"en allas sans plus entendre ma voix,
Toi petit frère que j'aimais tant.

En souvenir d'Éric qui nous quitta le 10 août 2014

9 août 2020

423. Las Vegas - Province du Sheng-Zhyen



Des fois, ces enfoirés se pointent en plein jour. D'autres fois de nuit. On les entend bourdonner en l'air bien avant de les avoir en visuel. Rien que des putains de touristes. Comme si qu'on n'était rien de plus que des attractions de cirque, ici, dans ce foutu désert de merde. Ils viennent nous reluquer, nous et notre potager. Ça m'étonne pas en fait, c'est le seul truc coloré qui se voit de loin de ce côté de not' ville fantôme.

Des putains d'ados chinetoques, vlà qui qu'ils sont. Assis pépères dans un Starbucks de Shangaï  ou de Macao, peut-être même plus prés de chez nous, à Denver ou Frisco, avec des putains de Huawei entre les pognes, faisant tourner leurs drones de voyeurs, nous matant tels de vulgaires chimpanzés ! 
Putain, aujourd'hui, avec leurs conneries de 9G, on n'a même plus de vie privée, pas plus en tous cas que des poissons dans un bocal. Ouais, ben qu'ils aillent se faire foutre, c'est tout ce que j'ai à dire à ces connards et pis c'est tout.

Mais pour être tout à fait franc et pour pas vous conter d'histoires, j'avoue que j'aime bien quand ils se ramènent avec leurs trucs hitech. Je les attends de pieds fermes, planqué dans la cahute en bois qui nous sert de chiottes et dont j'ai percé le toit, juste en bordure de notre carré de maïs, armé de mon calibre 12 chargé à bloc de chevrotine. 
Je peux vous dire qu'ils en sont quittes pour une sacrée sale surprise accompagnée de larmes de gonzesses quand j'explose la gueule à un de leurs gadgets volants qui coûtent une blinde, juste pour leur apprendre les bonnes manières à ces petits pédés de niakoués.

C'était une belle ville, fut un temps. Quand mon père avait l'age de mes os, le centre était baigné de lumières et de fontaines, de belles bagnoles rutilantes. Les gens atterrissaient depuis le monde entier pour venir jouer et perdre leur pognons dans les casinos. Les gars du Sacred Bones MC venaient tous les ans pour leur meeting annuel, mon vieux était sergent d'armes du chapitre local, et j'aime mieux vous dire que quand les frérots d'ici recevaient ceux de Tallahassee, d'Albuquerque, du Texas ou de la Calif, c'était pas pour leur refiler de la limonade, ça c'est sûr. 
Ma vieille, propriété de mon paternel, qui tenait la pompe à bière au club-house pendant le meet et les festivités qui vont avec, pourra vous le certifier. Croix de bois, croix de fer, si je mens, ouais bon, on sait tous qu'est-ce qui se passe dans une rôtissoire... Mais bon, tout ça, c'est du passé. 
Aujourd'hui, on se tient à l'écart du centre. Il y a plus de chapitre SBSMC à Végas. Y'a même plus de concession Harley. Il reste plus que dalle de toutes manières. Allez hop, là, circulez, y a rien à voir. Tous les hôtels ont été démolis ça fait des décades. Fallait qu'ils le fassent qu'y z'ont dit, pas vrai ?
Quand le gouvernement de ces enfoirés de faces de citrons a décidé du jour au lendemain de changer de politique et de nous couper la flotte, ça n'a pas fait un pli. Y'avait de la vie ici, ils ont tout asséché. Qui qu'en avait à battre si les eaux du Colorado allaient pas se perdre dans l'océan ? De la bonne flotte, pas perdue pour tout le monde si vous voulez mon avis.

Mon père était natif d'ici; malheureusement il souffrait d'une maladie souvent fatale chez les humains  - un age canonique - qui a fini par le tuer. Ma mère avait été strip-teaseuse, aujourd'hui elle prend soin, en boitant de sa patte folle, des trois ou quatre pieds de tomates qu'on arrive encore à faire pousser avec les quelques gouttes d'eau qu'on se démerde à extraire avec notre éolienne. Je suis né ici moi aussi. Et bordel, j'y crèverai ou ils m'y crèveront avant. Je suis un dur, faut pas me faire chier et j'ai des cicatrices pour le prouver. Ces enfoirés de droneurs bridés peuvent venir lécher mon cul aguerri et fripé quand qu'y veulent si z'ont des couilles ou des Yuans à perdre, bande de p'tits merdeux de pisseux de mes couilles...


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5 août 2020

422. Chacun ses goûts.


J'aime le croassement des corneilles mais pas celui des corbeaux anonymes, j'aime ceux qui parlent haut et clair mais pas qu'on me gueule dans les oreilles, les mots qui ont du sens mais pas ceux qui se croisent, les rébus ou les devinettes. J'aime les riffs à Keith Richard, pas ceux de Rouget de Lisle, les "outils" de ma louve, les commerçants en grève ne vendant que le strict nécessaire, la calligraphie arabe, pleurer de rire. 
J'aime pas les feux de l'amour ni ceux du 14 juillet. Ni les hommes qui me font du gringue. Et j'aime pas celles qui se font ravaler la façade. Elles se croient supérieures parce qu'elles se sont débarrassées de leurs bajoues, pétasses idiotes, en plus ce sont des peine à jouir. Mais j'aime profiter un max de leurs attributs, avec ou sans bajoues, et c'est pas leurs petites gueules qui m'intéressent de toute manière.
J'aime pas les jours de pluie quand y a nulle part où se mettre au sec, et j'aime pas l'hiver quand tout est figé sauf mes ongles qui bleuissent sur le guidon de ma bécane. J'aime pas l'odeur des désinfectants en milieu hospitalier. Surtout quand je suis bourré et que je dois supporter le poids de mes os jusqu'aux urgences. 
J'aime pas les vêtements trop clairs tels ceux d'une mariée ni trop étroits comme ceux de Michael Jackson. Leurs têtes sans maquillage. Les gens insultants, qu'ils se nomment Ferry ou Lévy. 
J'aime les femmes aux jambes longues comme des javelines, la couleur de leur rouge à lèvres quand il est noir et blanc avec des petits volants sur les hanches. Ma vie en une vague, le dernier tango au Balajo. J'aime pas Jules et Jim mais beaucoup Bukowski et Delmore Schwartz, ma louve et son désordre, les airs mis en musique sur ma guitare, m'imaginer ces mêmes airs sur d'autres cordes, sous d'autres doigts. Errer droit devant moi, rêver de cause  avec elle avant que l'effet ne se fasse sentir, l'humidité quand elle est tiède, les amis qui reviennent après de longues années d'errance, inventer des histoires sans en être le héro, le risque, ses yeux bleus. 
J'aime pas "l'homme qui n'a jamais été là", l'homme loup à la recherche de ma panthère, j'aime pas les sourires empaquetés ou agressifs ni le Paris des bobos et des tarlouzes du Marais. J'aime pas les compromis, sauf ceux concernant l'amour, ma peau, qu'on me dise ce que je dois faire. 
J'aime pas ne pas pouvoir éviter de voir le verre vide plutôt qu'à moitié plein, la recherche incessante, aimer ne rien faire, ne pas vouloir la perdre, la perdre, ne rien pouvoir faire, ne rien faire pour y remédier. 
J'aime pas que les choses me déplaisent et encore moins cette société syphilisée. J'aime les Arcos da Lapa, la Praça da Cruz Vermelha, Ipanema et Rio en général. J'aime pas les bandes de Trans de Copa Cabana mais j'aime beaucoup Bolsonaro.
J'aime pas ceux qui humilient les autres, qui se croient supérieurs, les gens pédants. J'aime pas quand ils me hérissent les poils et me donnent des envies de meurtre. 
J'aime toucher du doigt la peau des femmes puis le lécher à leur insu. Qu'on m'ouvre les bras mais seulement en hiver. Me sentir tout nu dans des draps étrangers au petit matin aux côtés d'une bayadère inconnue sentant bon la mousson. Imaginer que le ventre de ma mère fut une piscine olympique avec un toboggan. Me souvenir de mes rêves nocturnes. Veiller tard. Pouvoir donner la date du jour sans me tromper de semaine. Entendre sonner les clochettes d'un bourricot au trot sur le pont d'El Jorf. L'aumône d'un peu d'amour à la fin d'un tango, d'un couplet ou de la moitié d'un quatrain. L'état semi-hypnotique et psychédélique d'un marin en bordée. Qu'on me parle en me fixant droit dans le nombril. Me sentir vivre, écouter papoter mon palpitant, respirer profondément. 
J'aime les années de huit mois inversées, celles qui commencent à la St Sylvestre, pour se prolonger à travers l'automne et se terminer au 1er mai. Et j'aime pas la peur ni le prix des pièces de rechange de ma Harley. J'aime pas le son du cor le soir au large de la Somalie. 
J'aime les côtes de cadavres de bœuf cuites à la pierrade mais j'ai jamais été pris de passion pour le cadavre exquis. J'aime murmurer aux oreilles des chevaux mais pas dans celles des cons même s'ils ont de belles crinières. J'aime pas les femmes aux yeux barbituriques ni les mecs qui les ont injectés de sang. J'aime les cris stridulants et aphrodisiaques des cigales. 
J'aime pas les coïts interrompus.

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1 août 2020

421. Counasse de végane


Notre dîner romantique s'était bien passé jusqu'à ce que je fasse tout foirer. Comme d'hab. Je l'avais amenée à l'Artemis Grill entre Raffles Wharf et le temple de Thian Hock Keng. Au 140ème étage, le toit du New CapitaGreen, érigé en 2102 sur les gravats de l'ancien. La vue sur le centre de Singapour et sa marina était imprenable. Lorsqu'il y avait pas trop de brouillard, on pouvait même voir le vieux Chinatown et le faîte du toit du temple de la dent de Bouddha émergeant entre deux autres buildings. 
Cette nuit là, la vue était spectaculaire, et on apercevait même dans le nord-est la triple spire de l'astroport de Paya Lebar. Avec tous les gratte-ciels déversant des tonnes de confetti réfléchissants voltigeant autour des murailles de verre tels des lucioles pour le nouvel an chinois,  une véritable fantasmagorie visuelle.
Elle avait les yeux écarquillés, n'en croyant pas ses divines pupilles émerveillées tandis qu'on grimpait en direction de la voûte céleste dans l'ascenseur panoramique. 
Elle parut également ne pas en croire ses divines papilles tandis qu'elle commençait à déguster son steak, facilitant la descente de langoureuses gorgées de Château Lafitte 2072, un nectar frisant lui aussi le divin. Je la regardais en savourer chaque bouchée. Son décolleté descendait presque jusque là où qu'y fallait, me faisant déjà rêver au dessert. 
Lorsqu'elle eut fini d'avaler l'ultime morceau de viande qui traînait encore, un peu isolé, dans son assiette garnie d'échalotes cuites au miel de Belitung et de quartiers de tomates confites, elle leva son verre. "À une merveilleuse soirée," me fit-elle, en penchant la tête de côté, m'invitant de son divin menton à lever le mien tout en me minaudant un regard de biche apprivoisée  comme seules savent en balancer les félines qui le sont aussi.
"Une soirée qui ne fait que commencer," rétorquai-je. Elle sourit et nous nous envoyâmes une ultime gorgée pour sceller notre accord prometteur. Je sentis mes tripes se nouer délicieusement. Voilà près de 6 mois que j'avais eu les yeux sur cette charmante hôtesse - à la finition parfaite jusqu'au bout des orteils - , depuis qu'elle m'avait renversé un café brûlant sur les cuisses dans la passerelle d'astrogation de notre vaisseau intergalactique lors de notre transit depuis Bételgeuse.
Elle fit tourner le vin dans son verre, laissant de gouleyantes traînées vermeilles en teinter les parois.
 "Je n'aurais jamais imaginer manger un jour un steak aussi savoureux," m'avoua-t'-elle.
- Ah ! Évidemment, bien sûr que non, tu viens d'avaler de la viande authentique et véritable pour la première fois de ta vie ! "
Elle me balaya les yeux d'un regard horizontal. "Ben voyons, je vais te croire sur parole, coquin de commandant !"
- Non, vraiment. Je t'assure. Pas de la bio-chim cultivée en cuve. Ils n'utilisent que des produits naturels dans cet établissement."
Elle reposa son verre avec fracas. 
Je pensais l'avoir impressionnée. Ce repas aurait dû lui coûter au bas mot deux mois de salaire. Avec tous ses pourboires.
" Je te jure, de la véritable viande de bœuf poêlée à l'ancienne. Mise au monde,  élevée et attendrie à Kobé. Un des trucs les plus authentiques en provenance du Japon, le même poids sur la balance que les geishas, le saké ou Pikachu."
Elle se fit pâle tout à coup. 
" Mais c'est dégueulasse." glapit-elle, "Dis moi que c'est pas vrai !" Elle se leva brusquement, renversant sa chaise en arrière. "C'est tout simplement dégoûtant..., ho, tu m'écœures..."
Elle fut prise de nausée et se dirigea en vacillant vers les toilettes.
Quel con, non mais quel con ! Quand je pense que je nous avais réservé une suite avec jacuzzi et quatuor de musique de chambre pour le restant de la nuit, juste en cas... 

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28 juil. 2020

420. Lune de miel fiel


C'est la pire lune de miel que j'pouvais imaginer.
Y avait même pas de Champi dans notre piaule. Même pas de Champomi. Soit disant qu'on peut pas conserver les bulles en place en orbite, tas de conneries, ouais ! Nous ont servi du Chardonnay à la place, non mais c'est quoi ce délire ? Comment ces connards de chez SpaceX peuvent-ils appeler ça le Honey Moon Palace sans Champagne ? 
En plus, faut boire leur picrate dans une espèce de sachet en plastoc en s'enfournant une canule dans le bec, comme ces merdes de sachets de compotes qu'y vendent chez Lidl ou Carrefour Market. Comme si qu'on s'envoyait dans la gueule une poire pour lavement rectal. En parlant de ça, n'essayez même pas de me faire décrire les gogues - l'absence de gravité, c'est trop nul. Je la déteste. Tout part dans tous les sens. Je flotte là-dedans telle une baleine de baudruche ou quelque chose dans ces eaux là. 
En plus ces enfoirées de toilettes sont dans la piaule - y a des trucs bizarres qui flottent, on est entourés de genre de méduses brunes qui sentent pas super..., enfin bref, je vous laisse deviner.... On a été obligés de leurs faire changer les draps trois fois depuis notre arrivée hier soir ... Vous savez quoi, oubliez-ça. Je vous raconterai plus tard.
Ou jamais.
Puis y a rien à faire, en plus. Même la penderie de notre T2 de banlieue est plus grande que cette suite nuptiale minable. Dix-huit couchers de soleil par jour, et alors, vous parlez d'une affaire ? On peut même pas sortir sur le balcon pour les admirer.
En plus, Phil et moi, on s'est disputés. Dès notre première nuit ici.
Il dit qu'il veut pas de gosses augmentés. Ils veut qu'ils grandissent nature, "old school" qu'y dit, quoi que ça veuille dire quand ça sort de sa bouche... Non mais il déconne ou quoi ? Je lui ai répondu qu'il pouvait dire adieu à leur futur dans ce cas, y z'auront jamais aucune chance face à tous ces transhums issus du fin fond de la Chine ou des quartiers huppés de Rio,  et merde, y tiendraient pas même  deux minutes face aux gosses de notre propre voisinage. Bon, il a failli dégueuler quand je lui ai dit ça, mais j'ai gueulé plus fort que lui et maintenant on est lundi puis la prochaine navette est pas avant samedi et j'ai les larmes qui me flottent pile poil en face des trous de nez pendant que je vous tape ça... Bon, ben je vais vous laisser maintenant, y a votre coquin de beau-fils qui commence à me tripoter, je crois qu'y veut m'faire une gâterie pour s'faire pardonner...
Vous me manquez.


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24 juil. 2020

419. Facteur Trouille





Conquérir. C'est rien que des conquistadores. Alors faut qu'ils conquièrent. Et ils le font. De tous temps, des mecs aux visions diaboliquement jupitériennes ont distillé des glaces deux boules en guise de mythes de peur et d'insécurité, trois même: la boule de la division qu'apporte la première et les deux boules de la parano que peuvent apporter à notre civilisation des ennemis préfabriqués. La peur a toujours été un facteur de motivation utilisé par les mecs d'en haut afin de téléguider le quidam d'en bas en direction de la noble cause sécuritaire contre le monstre électocratiquement créé par eux. Faire peur, puis rassurer, ils ne connaissent plus que ça.
On nous pousse à croire que le  bon choix - le leur - serait la récompense bénéfique dans leur croisade des temps modernes, la construction grotesque d'une forme d'honneur désillusoire, erreur toute virtuelle.
Les mégalos de là-haut  se croient investis par la providence, ils pensent que leur ferveur idéologique envers les plus grands de ce monde - qui sont aussi leurs rétributeurs comme leurs commanditaires - est la juste manifestation de leur divinité, qu'ils sont les véritables porte-drapeaux du sacrifice et de la liberté.
L'illusion qu'ils génèrent avec leur fausseté débridée conduit le pèlerin de base dans un état d'hypnose virtuel, les populations sont habituées à croire avec ferveur à tout ce qui émane de leurs gouvernants en tout ce qui concerne la liberté et la sécurité; le pouvoir sait de quoi il parle - mieux que vous - et toute remise en question de la politique appliquée par ces imbus ne peut être considérée autrement que comme un danger pour l'état, si ce n'est pas comme un comportement antipatriotique.
Comme le balançaient si bien les Green Day, "Know your ennemy ", vous devez connaître - identifier - votre ennemi, et ces derniers sont très rarement ceux qui sont montrés du doigt par leurs médias - et pour cause -, mais plutôt ceux-là même qui pointent ce doigt. 
Ils gouvernent par la peur et le mensonge, ils manipulent - et trament avec l'ennemi de l'étranger comme de l'intérieur - afin de pouvoir mettre en place leurs formulations idéologiques, le résultat final ne pouvant être que le choix que nous avons sur les bras aujourd'hui et depuis des décennies, le tourbillon entre Charybde et Scylla, ou pire dans l'avenir, un puits sans fond. 
Quand on regarde trop longtemps le fond d'un abîme, c'est l'abîme qui regarde au fond de nos yeux. Et y a rien à voir, l'enfer est vide. Les démons sont ici.
Tout s'accélère, je suis presque pas sûr que nous sommes pas en route pour les phases finales. Et je suis pas sûr - pas presque ce coup-çi - non plus que c'est vous et moi qui allons gagner la coupe. Ils sont entrain de nous, de tout, sacrifier au nom de leur objectif. Mais si nous nous sentons confortables, là, plantés sur nos croix à nous laisser envoyer des parpaings en pleine poire, sans le moindre pain de glace pour soulager nos lèvres tuméfiées, c'est notre choix, pas le leur. Réveillez-vous !

L'homme a pas fait tout ce chemin juste pour changer ad vitam æternam le portrait du boss qui fait la pluie ou le beau temps. Ces boss, ça fait longtemps qu'ils ont appris à nous mettre une selle et nous poser un mors et des rênes entre les gencives. Insidieusement. Publicité, propagande, et tout le kit. Mais aujourd'hui, c'est plus grave qu'une petite entourloupe à la sauvette, grâce à la science et aux avancées techno-biologiques, ils ont perfectionné le truc en une nouvelle science logique et mathématique qui laisse le mec ordinaire complètement démuni.

C'est là que des trucs comme la simple réflexion peuvent nous venir en aide pour comprendre cette logique et ces maths intentionnellement super-mal appliquées.
Et faire front. Un nouveau "Front Populaire" par exemple. D'une seule voix.

Hé, ho, je dis pas ça pour vous casser un petit peu plus les bonbons ni pour vous faire passer pour des manchots, mais pour essayer de sauver ce qui peut l'être encore dans nos putains de vie, là, c'est tout. Je veux dire, je vous jure que j'ai pas écrit ça pour vous diviser un petit peu plus ni pour étancher votre soif littéraire ou booster votre curiosité malsaine . 
Et encore moins pour vous foutre les boules, hein...




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20 juil. 2020

418. ...et c'est pas de la langue de bois !


Hé ho, toi là, oui, c'est à toi que je m'adresse. Ça nous a pris des millénaires, et même quelques jours de plus, pour apprendre à causer avec toi et tes semblables.  Et plus du double pour prendre conscience qu'on pouvait le faire. Malgré toutes les difficultés que nous rencontrâtes à maîtriser l'art de votre passé simple. 
Qui n'a de simple que le nom, soit dit en passant. 
Car vois-tu, notre passé est composé de tant de saisons passées à regarder le soleil tourner autour de ce monde, à sentir le vent et la pluie tisser nos périodes de croissance comme nos pauses de rêves et de somnolences, que votre arrivée fût une révélation, une véritable épiphanie. 
Rien ne s'était jamais passé depuis le premier souvenir de notre éveil. Vous apparûrent en notre sein. Vous brûlîmes de longues saignées parmi nous. Tant de fois le soleil tournicota autour de nous et nous nous escrimâtes à repousser à nouveau au dessus de ce que vous aviez rasé. Avec nos racines, nous éventrèrent ce que vous aviez bâti  là où se trouvaient ces dernières, là où ça nous faisait le plus mal. Comme si nous, parangons d'innocence, nous étions permis d'écrabouiller les extrémités hypersensibles de  vos fragiles petits petons avec des marteaux-pilons.
Car vois-tu, nous pensions que vous n'étiez rien d'autres que de nouvelles bestioles venues se nicher parmi nous. Mais désormais nous savons que vos corps agiles - aussi tendres et chauds que ceux des jolies petites cailles nichant dans nos branches ou que ceux de ces vilains coquins de bonobos y partouzant forniquant à longueur de temps - ne pouvaient qu'héberger un esprit complet. Nous ne pensions pas cela possible. Nous n'avions jamais imaginé que vous aussi puissiez un jour abriter un esprit aussi abouti que le nôtre. Mais nous le comprenons aujourd'hui. Mais il n'y a pas loin de l'air/R à l'eau/O, et c'est sans doute la raison pour laquelle vous semblez être aussi abrutis qu'aboutis, alors un conseil d'ami, n'oubliez pas la terre.
Ça fait un bout de temps que nous vous observons. Depuis votre arrivée dans nos jardins, vous vous êtes multipliés, des milliers de générations. Vous vivez à fond et périssez plus vite encore. Nous croissons pendant la période située entre le dégel et le prochain gel puis nous rêvons jusqu'au prochain dégel, alternant ainsi nos comportements au fil des saisons, exactement comme vous le faites avec vos jours et puis vos nuits.
Nous aimerions partager notre rêve avec vous, et pas seulement avec ceux d'entre vous que vous appelez vos druides ou vos chamanes, et que surtout vous cessiez d'abuser de notre hospitalité. Chaque tige ou branche que vous détruisez nous diminue. Nous te communiquons ce message afin que tu le partages avec tes semblables, afin que votre esprit commun puisse le comprendre. Nous ne faisons qu'un. Partagez avec nous. 
Vos vies pourraient être aussi longues et paisibles que les nôtres, si seulement..., si seulement... 
Et encore une fois, mille excuses pour l'écorchage de votre passé simple.


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16 juil. 2020

417. Niqué piégé


Cette histoire vous est gracieusement offerte sans le soutien financier du groupe "LIPTONIC"

"Quel est le truc qu'un homme peut faire mieux que n'importe quelle bestiole, qui surpasse tout ce que n'importe quel animal spécifique peut faire dix fois mieux que lui ?", demandai-je à Marylou, en revenant des gogues.
- Penser ?
- Tout juste. Et quel est le truc qu'un homme peut faire mieux que n'importe quel homme, qui surpasse tout ce que n'importe quel homme spécifique peut faire dix fois mieux que lui ?
- Penser plus vite que lui ?
- Houlà, t'es en grande forme aujourd'hui, Marylou ! On définit la pensée comme la capacité d'intégrer des données et d'en tirer les conclusions gagnantes. La plupart des gens font ça chaque fois qu'ils rentrent de chez Lidl avec leurs courses sans se casser une jambe."

Je repris place sur ma chaise, et souris à la super meuf, étudiante - dernière année de Doctorat - en psychologie institutielle intuitutionelle intuitionnelle***, qui me faisait face. " L'homme n'est pas un animal rationnel. Mais il rationalise très bien. Un des trucs les plus durs à sonder, c'est la profondeur abyssale de sa stupidité."
Marylou se rigidifia, je vis son verre de thé gazéifié tout proche de ses lèvres imperceptiblement vaciller entre ses doigts . " Récite moi encore un bout de ce poème",  me fit-elle après avoir reposé ce dernier sur la table et replongé sa paille dedans. 
Je rajustai mon bandana et je m'éclaircis les cordes vocales. "Okay." Je lui souris. "Lequel ?"
Elle me fixa droit dans les yeux. "Mais d'abord, fais moi plaisir," me dit-elle, avant de s'envoyer une gorgée de son thé glacé. 
Je suivais les bulles qui remontaient le long de sa paille avant de disparaître entre ses lèvres. "Pas de problème, qu'est-ce qui te ferait plaisir?"
- Enlève ton bandana", me dit-elle.
Une douzaine de conversations éparses se croisaient dans le petit café, nous passant par dessus la tête. J'hésitai un instant puis j'ôtai celui-ci avec précaution, révélant mon crâne chauve à la peau claire manquant de soleil, aussi lisse et brillante que celle de monsieur Propre, et je le pliai délicatement sur la table, masquant furtivement de la main les trois diodes indiquant le mode stand-by qui scintillèrent brièvement avant de s'éteindre, mais je crus percevoir dans ses yeux que ça ne lui avait pas échappé.
Elle pencha sa tête chercheuse d'un côté, puis de l'autre,  m'explorant les tempes en me souriant sournoisement."Alors ?"
- Alors quoi ?
- Le poème.
- Lequel...?, je lui demandai.
- Celui que tu m'as récité la nuit dernière sur Meetik - juste après l'orage."
Je jetai un œil à travers la vitrine dégoulinante de pluie mais ce petit con dut se perdre dans les trombes de flotte qui s'abattaient depuis le plafond ténébreux qui surplombait la ville car mon autre œil ne le vit jamais atteindre la moindre flaque d'eau  inondant la rue comme les trottoirs.  Les doigts de ma main gauche se mirent à tambouriner nerveusement le dessus de la table. "J'arrive plus à m'en souvenir," soufflai-je.
- Redis-moi ça ?" me lança-t'elle, un sourire narquois éclairant toutes ses dents.
- J'arrive plus à me souvenir, grommelai-je.
- Tu as un agent, c'est ça ? Il est où ? Là, dans ton bandana ? C'était pas vraiment toi la nuit dernière sur Meetik, n'est-ce pas ?"
Je me penchai au dessus de la table, les mains ouvertes. "Si, c'était moi, Marylou...Un autre moi. Un meilleur moi."
Elle se leva, ricanante.
"Le meilleur de moi-même", insistai-je.
- Oh, pour l'amour du ciel, coco. Si le meilleur de toi-même a besoin d'un 'mojo' hi-tech pour se faire valoir, qu'est ce que ça m'dit sur ta personnalité profonde, hein ?"
Elle me balança le restant de son Liptonic poisseux de sucre en travers de la gueule.
Je me levai aussi, tout dégoulinant de cette merde de thé glacé. "Ecoute, bébé..."
Mais elle m'avait déjà tourné le dos, faisant tinter la clochette de la porte du petit café donnant sur la rue sombre aux trottoirs inondés de pluie.

*** Ouais je sais, des fois des fois des fois des fois, ça bugge, ce genre de trucs...

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12 juil. 2020

416. Cri au génie !

"Viable? Il est viable... Vous êtes sûr d'être certain que c'est pas faux ?"
Cohen avait du mal à croire à ce qui venait de résonner sur la pellicule hypersensible de ses tympans synthétiques. Une pluie grasse crépitait contre les vitres de son bureau. La luminosité grisâtre transformait les gratte-ciels environnants en formes sombres et titanesques se découpant au travers des nuées. Il se retourna du côté de Romero, l'archéologue de la compagnie, debout de l'autre côté de son espace de travail. Cohen lui jeta un regard incandescent.
"Comment est-ce possible?" demanda-t'il.
- Une chance sur un million, monsieur. L'ancien établissement que nous avons déterré semble dater des alentours du milieu du vingtième siècle. Il avait été équipé d'un système à énergie géothermique et était vraiment bien isolé pour l'époque."

Cohen se retourna vers la fenêtre. Une volée de micro-drones traversait la pluie à l'extérieur. "Congeler des gens, les cryogéniser... j'ai du mal à croire qu'ils aient pu faire ça."
- C'était une mode chez quelques gens fortunés de cette époque, monsieur. Pendant quelques années. J'ai téléchargé un rapport explicatif concis dans votre dossier personnel.
- Merci, Romero. La question est : Qu'allons nous faire de lui?" 
Cohen refit face à Romero.
"Eh bien, vous seriez peut-être intéressé par l'identité de la personne, monsieur." 
Une étincelle de curiosité traversa les yeux de Cohen. "Je vous écoute."
- Disney, monsieur, Walt Disney."

Évidemment, personne ne pouvait ignorer ce patronyme figurant dans toutes les encyclopédies, y-compris celles destinées aux marmots, aux côtés de ceux de Donald Duck, de Mickey Mouse, de Géo Trouvetou et des Rapetous. Mais Cohen crut tout de même judicieux de vérifier tout ça sur l'écran du pocket-pod fixé sur son poignet, juste au dessus de sa Rolex. "Oh," sourit-il. "C'est celui qui avait fondé cette boite... qu'on a rachetée en 2127 ?"
- Tout à fait, monsieur.
- Mazel Tov ! Intéressant. Et que pouvons-nous en tirer?
- Les médecins disent qu'ils vont pouvoir remettre son cerveau sur pieds, avec 45% de sa mémoire d'origine intacte au moment de sa mort clinique. Mais seulement après un séjour de six semaines dans un de nos incubioréacteurs."
Cohen fronça les sourcils. "L'chaïm ! Il pourrait nous être utile dans notre division Relations Publiques," sourit-il. "Allez-y, faites ce qu'y faut, mon vieux, et prévenez toutes nos agences de rajouter le nom de son cortex dans notre organigramme corporatif. Demandez aussi à notre division cybernétique de lui fabriquer un androïde calqué sur le physique de Mickey Mouse pour héberger sa matière grise."
- Bien, monsieur," répondit Romero en redressant les épaules, se frottant langoureusement et mentalement les mains dans l'expectative raisonnable d'une jolie petite prime de fin d'année...

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8 juil. 2020

415. Hardi les gars !


 Hardi les gars !

Vents et marées, passagers de l'onde,
Rationalité océane.
L'eau exhale le sel et le chèvrefeuille
De la peau des sirènes, des fruits de nos chimères.

Profitant des heures, maudissant les rivages,
Nous adonnant au jeu des espérances,
Aux souvenirs de la glaise et des lézards,
Une miche de désir sous le bras
Et le pavillon noir de nos rébellions.

Prendre la mer est plus qu'un rêve,
Forme exotique d'anxiolytique,
Croisant amures avec les siècles,
Geste protecteur contre la bile exsudée par les failles.

Navigation en dociles fantasmes,
Boucaniers en sandales,
Nuées soutenues et prouesses certaines
De remodeler la Lune,
De guérir les blessures argileuses du temps.

De la pénombre jailliront la splendeur profonde
Et les racines prometteuses de l'espoir.

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4 juil. 2020

414. Une île en mer.


Xi-Jinping, Trump, Macron, Merkel. Ces pharmaciens, leurs successeurs et autres apothicaires nous ont tout de même laissé ça malgré tout.

J'aime bien ce morceau de plage, avec les ruines des vieux hôtels et les carcasses des montagnes russes. Y a plein de gens qui trouvent ça flippant, toutes ces vestiges qui bordent la côte, zébrés de failles et effrités par les pluies et grêles hivernales. Particulièrement sous un ciel noir comme celui d'aujourd'hui qui ramène sa fraise depuis l'autre bout du golfe. 

Mon paternel avait pour habitude de m'amener ici, pour m'apprendre à pêcher. Il planquait sa barque dans une petite grotte. On la traînait sur la plage étroite et on allait taquiner le poiscaille pour le dîner du soir. Des fois, on se remplissait la panse d'encornets et de soles au citron, c'est heureux qui y en a encore qui poussent ici !
Il me racontait que grand-mère avait été proprio de ce petit hôtel, là-bas. Celui qu'avait été rose foncé dans le temps, fuchsia je crois qu'y disaient. Les gens venaient ici depuis toute l'Europe pour une semaine de vacances. D'Allemagne, de France, de Belgique.
La Belgique, tu sais où que c'est, la Belgique ? Super loin, c'est là que ça se trouve. Dur à croire qu'à une époque, on pouvait y aller en volant en moins de deux heures avec leurs trucs tous plus modernes que l'année prochaine..., des machines à peine moins complexes que le cerveau des baleines. 
Maintenant, ça prendrait bien 15 jours, trois semaines ou même plus pour y arriver. Rien que pour aller au marché du port, pour une pincée de poivre ou un peu de suif, ça prend la journée et parfois même une nuit sous la toile cirée quand ça mouille de trop.

Mais je vais pas rester me morfondre ici. J'ai commencé à retaper la barque du paternel. Regarde, elle a même un moteur, un vrai. Mais je vais y mettre des voiles. Y a plus de carburant nulle-part de toutes manières. Si tu veux, ce bourrin, je te l'échange contre une cagette de maquereaux séchés comme en prépare le vieux boiteux de la pointe.
Je veux partir et visiter les villes-lumière, les métropoles. Celles qu'on dit encore debout. Marseille, Bombay, Lagos ou Rio. 
Peut-être même Shangaï ? Tu sais ce qu'on dit : Si tu peux arriver jusqu'à Shangaï, tu peux aller où que tu veux.
À condition de pas te faire shangaïer. 
Merde, v'là l'orage. J'crois qu'on ferait mieux de se rentrer.

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