Bienvenue, curieux voyageur

Avant que vous ne commenciez à rentrer dans les arcanes de mes neurones et sauf si vous êtes blindés de verre sécurit, je pense qu'il serait souhaitable de faire un petit détour préalable par le traité établissant la constitution de ce Blog. Pour ce faire, veuillez cliquer là, oui là!

29 août 2006

197. Visite de famille

Ce post ne vous est pas gracieusement offert grâce au soutien financier des papiers toilette "SCOTTEX"

Il est de notoriété familiale (du côté de mon défunt paternel) que notre illustre famille partage sa souche ADN avec celle de San Vicente de Calders, saint catalan qui ne fit pas de passage en Bretagne au moyen age car c'était un va-nu-pieds complètement sot et illettré, et qui, de plus, était simple d'esprit. Mais il se trouve que la Cathédrale Saint Pierre qui abrite les reliques de Saint Vincent Ferrier soit celle qui domine de son clocher majestueux la bonne ville de Gwened où je vis aujourd’hui. Je décidai donc de payer une petite visite à cet homonyme à mon cousin pour lui demander quelques petits conseils concernant une affaire pressante et privée. Ouais, ben apparemment, il en avait rien à secouer de mes petits problèmes car voici en quelques lignes la teneur de ses propos:


Saint vincent : « Voyons, je me résume. Je ne suis pas une véritable personne. Je ne suis que la représentation artistique d’un saint médiéval sculpté dans de la pierre et exposée dans une cathédrale bretonne. Au moins, j’ai du boulot et c’est pas un CPE.
Donc, je suis constitué de pierre, de granit je crois. Et qu’est ce que ça signifie ? Eh bien ça signifie que je ne serai jamais capable de me déplacer, même pas un petit chouïa, peu importe combien je le veuille. En d’autres termes, j’ai perdu mon temps depuis des siècles à essayer de bouger ma main pour me gratter ce cul qui me démange depuis la fin de la sainte Inquisition. Alors je vais devoir supporter cette démangeaison rectale pour le reste de mon existence, c’est ça ? »

M56 : « Eh ouais, tonton, t’as tout compris. »
Saint Vincent : « Ben Merde ! Alors, si je suis espagnol, dis moi pourquoi je porte ce putain de sombrero ! Quoi ? C’est pas un sombrero ? C’est une auréole ? Vraiment ? Putain, que je sois damné et qu’on me vole mes sandales ! Combien ça fait maintenant, 6 siècles ? Six siècles que je me prends pour le mexicain le plus mal fagoté de Bretagne alors que je serais pas mexicain ? Pas étonnant que j’entrave rien à ce que me racontent les touristes et les pèlerins galiciens… Eh, dis moi, ça fait mouiller les gonzesses, les mecs avec une auréole ? Je veux dire, intellectuellement, je suis au courant du truc du célibat dans cette bicoque ringarde, mais c’est seulement quand on est de service, non ? Après le taf, on peut toujours aller au bordel sans offenser l'Autre Enfoiré , hein ? HeiN ? Puis arrête de m'appeler Tonton, tu fais erreur sur la personne. »
M56 : « Non, je suis désolé, pseudo-tonton, et t’as même pas le droit de te tripoter avec les doigts. »
Saint Vincent : « Miieerdaa, je rêve ! Et comment ça se fait que je peux plus bouger mes doigts depuis tous ces siècles ? Je sais que j’ai des problèmes de canal carpien à la main droite mais c’est celle que j’appelle affectueusement ma ‘masseuse personnelle’ si tu vois ce que je veux dire. Juste 5 petites minutes tu veux bien, ce serait pas trop te demander ? »
M56 : « Désolé encore, faux-tonton, mais je me suis pas laver les paluches. »
Saint Vincent : « Bâtard ! Bien, cierto cierto, je suis de pierre, je comprends, je dois m’y faire. Je suis un saint et je ne connaîtrai plus jamais les plaisirs de la chair ni le plaisir de me gratter la rondelle. Bien. Parfait. Pas de problème. Mais avant de partir muchacho, pourrais-tu répondre à une dernière question? »
M56 : ..
Saint Vincent : Si je suis si saint que ça, dans un lieu apparemment consacré lui aussi, comment ça se fait que suis entouré de bougies en formes de bites en érection ? Comment un saint peut-il demeurer contemplatif devant la vie, la parole de dieu et toute cette sainte merde quand il est entouré de bites en érection toute la journée. Je veux dire, honnêtement, ils me prennent pour qui ? Une femmelette ? Sainte Bite?
M56 : Un putain de dégénéré, je crois.
Saint Vincent : Quoi? Fils de pute! D’abord je suis pas ton ancêtre, hijo de puta, moi, c’est Saint Vincent Ferrier, cabron del cingaro !

Du coup, wallou pour la réponse que j'étais venu chercher. Réponse à haute valeur philosophique comme vous allez le comprendre bien vite. Mais je vous explique.
Alors disons que vous êtes aux toilettes entrain de faire votre petite affaire. Quand vous en avez terminé, vous vous essuyez. Consciencieusement. Avec application. Si bien en fait, que le prochain coup où vous y retournez, ce qui comme par hasard arrive juste après avoir becqueté un couscous épicé de harissa protobionique, vous vous rendez compte qu’un petit bout de papier hygiénique Scottex qui colle bien est resté scotché depuis votre dernière séance à votre rondelle d’une façon si hermétique que vous ne pouvez tout simplement pas refaire de nouveau une petite affaire sans avoir préalablement ôté ce petit bout de papier hygiénique squattant la buse d’évacuation. Imaginons en plus que ce petit bout de papier hygiénique récalcitrant s’est en même temps accroché à 98 pour cents des filaments capillaires de la sous région comme si sa vie en dépendait.
Et juste pour ajouter un peu de piment, ajoutons que vous avez vraiment une grOOOsse envie.
Maintenant, tout en gardant à l’esprit qu’évidemment rien de tout cela ne m’est arrivé personnellement, il se trouve que, pour des raisons qui n’ont rien d’autre qu’un intérêt purement scientifique, je suis vivement intéressé par les procédures pratiques utilisables pour se débarrasser d’un tel squatteur anal hypothétique, ceci le moins douloureusement possible évidemment et avant que le sphincter n’explose sous l’accumulation de la pression induite par le couscous protobionique de tout à l’heure.
Pensez-y. Peut-être que, dans votre irrésistible désir d’aller jusqu’au bout de vos soins hygiéniques la dernière fois que vous avez été faire un petit détour dans vos lieux d’aisance en vous torchant vigoureusement, ce petit bout de papier Scottex théorique a-t-il fusionné avec les poils de votre cul. L’arrachage s’étant déjà avéré trop douloureux, vous en êtes rendu à interroger un saint et à contempler une chirurgie sous anesthésie pour libérer votre conduit.
Alors, hypothétiquement parlant chers lecteurs, que feriez vous exactement pour libérer le passage ?

Et s’il vous plaît, répondez moi vite. J’ai un truc urgent en qui presse…

Si vous avez la bonne réponse, je promets de plus rien écrire d'aussi crû à l'avenir, du moins rien de plus pire que ce que vous venez de lire.

28 août 2006

196. Les hydres de l'esprit



« Tu veux sortir ? On pourrait aller se voir un film, ensuite on pourrait aller bouffer… »
« Non. Je préfère rester à la maison. Je vais nous préparer un petit quelque chose, ensuite on fera l’amour… »
« Ouah ! Ça a l’air de vachement bien te réussir, le Prozac ! »
Woody Allen et Charlotte Rampling dans un des films à Woody. (Stardust memories - 1980)

Le Prozac est un médicament pour traiter la dépression. À ce qu’il paraît, il agit en rétablissant les niveaux de sérotonine disponible dans le cerveau. Le Prozac empêche la réabsorption de la sérotonine par les neurones, en élevant ainsi artificiellement la quantité. La sérotonine est un neuro transmetteur qui met en communication diverses cellules dans notre cerveau.
Mais le Prozac ne guérit pas la dépression en soi, il en adoucit seulement les symptômes - le patient se sent mieux, se sent plus fort afin d’entamer sa propre récupération. 
Je vous donne un exemple tiré d'une blague croate: Mouyo, cueilleur d'olives, va chez le médecin du village, car chaque fois qu'il monte dans un olivier pour la cueillette, il est pris de peur et de vertiges à tel point qu'à chaque fois, il fait dans sa culotte. Le toubib lui prescrit du Prozac et lui demande de repasser dans un mois pour faire le point. Un mois plus tard, Mouyo retourne chez le toubib:
- Alors, Mr. Mouyo, comment ça se passe ?
- Bah, je fais toujours dans ma culotte en grimpant dans le branches, mais je m'en tape !

Un fait primordial – le traitement aux anti dépresseurs s’améliore énormément s’il s’accompagne d’exercices physiques – la danse, le vélo, la marche, le jogging, la nage, le sexe, une activité physique quotidienne de 30 à 60 minutes est cruciale dans la réussite du traitement.
La dépression puise ses forces dans les frustrations. Les frustrations ne sont pas seulement coupables des dépressions, mais encore de nombres de violences dans notre monde. Une des forces les plus destructrices pouvant émerger d’un organisme est la force négative de la frustration. Il n'y a qu'à regarder tous ces politiciens qui nous encadrent.
Il y a des moteurs biologiques internes qui entraînent les organismes à réagir. Ce sont des moteurs génétiques, élaborés depuis des millions d’années d’évolution et chargés de la saine maintenance de l’organisme.
On les nomme ‘pulsions’ ou ‘dynamiques’. Ils sont en général fort simples – la pulsion de la soif, de la faim, du sexe, du jeu, de l’exploration, de l’expérimentation… etc.
Chaque pulsion possède son propre mécanisme de contrôle - nous pouvons les contrôler mais fatalement nous devrons suivre leurs ordres à un moment ou à un autre. Réprimer ces pulsions internes trop longtemps et tôt ou tard nous atteignons cet état : soit la violence soit la dépression. Parfois, les deux ensembles.
Une grande quantité de déchets culturels nous conduit à réprimer nos pulsions les plus élémentaires. Et ces répressions fonctionnent aussi bien au niveau individuel que social.
Les religions et leurs mécanismes d’accusation ‘divine’ par exemple [le remord du pécheur ou de la pécheresse] ont transformé nombres de ces pulsions naturelles, saines et normales, en motifs de peur et de repentir. Questionnées socialement et jusqu’à l’auto condamnation.
Une grande quantité de philosophies, de choix politiques et même d’effets de mode vont aussi dans ce sens.
Nous sommes incapables de couper les branches de notre arbre génétique. Nous ne pouvons nier notre essence biologique. Nous sommes des animaux, pas des petits saints, ni des anges. Des animaux – quand nous commencerons à reconnaître sans honte notre véritable nature et que nous nous libérerons des mythes que nous avons créé sur l’origine divine de notre existence, à la recherche de buts eux aussi ‘divins’ ou ‘paradisiaques’ – nous aurons entamé notre parcours vers la guérison de nombre de dépressions chez l’homme.
Et de nombre de violences.
Et de nombres d’autres maux de l’Humanité.

27 août 2006

195. Brokeback Mountain

Ce film a sûrement fait monté le nombre de blagues homophobiques, miroir d’une certaine nervosité nationale sur le sujet, surtout quand il s’applique à ces mâles légendaires que sont les cowboys. Même si ces cowboys là conduisent pas de vaches - cows en anglais - mais des moutons.
Ironiquement, c’est pas une surprise si le monde dominant des machos – les militaires, la curaille, le ministère de l’intérieur - a la chocotte devant l’homosexualité. Mais là n’est pas le point de « Brokeback Mountain » qui n’est pas plus un film sur les homos que « Les dents de la mer » n’est un film sur la pêche.
Brokeback Mountain est une histoire d’amour, d’amours interdites je le concède. Comme dans « Légendes d’automne », le véritable héros, c’est les grands espaces, Ang Lee nous balance une vision idyllique de l’ouest américain qui semble briller de pureté et de splendeur.
Gyllenhaal, superbe acteur dont le nom est difficile à épeler, est brillant et beaucoup plus crédible dans ce rôle que Steevie de chez Ruquier. Leurs femmes sont pas mal non plus comme Alma « de la mer », aussi blessée et silencieuse que son mari.
Anne Hathaway - l’équipement lourd du Texas - joue à la perfection, elle a une rudesse tout à fait crédible dans le sud des states.
Tout ce qui a pu se dire sur ce film dans la grande presse était inévitable - on sait à qui elle appartient –
Mais les spectateurs qui sont capables de mettre leur homophobie de côté pour quelques heures seront capable de découvrir un film prodigieux sur deux humains tentant de trouver l’amour dans un monde parfaitement formaté pour leur en interdire l’accés. D’où que vous veniez, souvenez vous que les cœurs brisés n’ont pas de patrie.
Dans le monde de marins et de pêcheurs auquel j’appartiens, fait pas beau discuter de l’homosexualité quand elle se révèle et vous fait hérisser les poils du cul. On m’a même dit « T’as été voir Brokeback Mountain, ça se voit ! », pourtant je croyais m’être rasé le crâne.
Alors moi, je porte moins d’intérêt au film lui même qu’aux questions qu’il soulève. Ce film a plus à dire sur la masculinité et sur les hommes, la fluidité de l’attraction, et la pauvreté du beauf moyen.
Puis, pour terminer, c’est pas parce qu’on s’appelle Ang Lee et qu’on a fait dans le passé des films aussi oniriques que Héros qu’il faut nous prendre pour de gros nazes de tête-en-l'air:
Quand Jack Twist casse du bois avec sa hache, juste avant que Joe Aguire arrive à cheval, il dépose un rondin pour le trancher. Jack cause avec Joe et quand la caméra revient sur lui prêt à faire la fête à ce bout de bois, celui-ci a disparu comme par enchantement !!!

26 août 2006

194. L'histoire hyper chiadée de l'île de Pâques

Nombreux sont ceux qui considèrent le sort de l’île de Pâques comme une mise en garde pour le reste de la planète. Si une société dépense sans compter ses ressources naturelles, cette société est vouée à l’échec.
Je veux pas faire le malin ou jouer l'oiseau de mauvaise augure ou quoi que ce soit mais il est sûr qu’un enseignement écologiste peut être tiré de cette île perdue dans le Pacifique. Et d’autres phénomènes sociaux survinrent au cours de la civilisation de cette île qui peuvent nous en apprendre beaucoup sur l’humanité dans son ensemble.
Les premiers colons polynésiens atteignirent ses rivages vers 500 avant J.C. Cette île est fabuleusement isolée et surgît des eaux de manière très abrupte. Pour cette raison, elle est dépourvue des récifs coralliens qui auraient pu permettre le développement et le prélèvement de ressources halieutiques.
Située à plusieurs milliers de milles marins de toute autre terre, sa population dût se résoudre à survivre avec ce qui se trouvait ou poussait sur cette île et sur rien d’autre. Par bonheur, à leur arrivée, les premiers colons découvrirent une île densément boisée et peuplée d’une faune luxuriante.

Au début, ses habitants se développèrent donc et on estime que leur population dépassa les 20 000 âmes. Après la déforestation de l’île et l’extinction de la faune, cette population s’abaissa. On ne pouvait plus y construire de navires ou de pirogues, la population s’y trouvait donc prisonnière.
Lorsqu’ils furent découverts par les européens au début du 18ème siècle, ils n’étaient plus que quelques 1200 individus squelettiques et dociles. La leçon écologique est évidente.Mais il y a aussi une longue histoire sociale. Des changements culturels succédèrent aux changements économiques.

En même temps que croissait la population croissait le nombre de Moaïs. Les premières grosses têtes furent érigées vers l’an 1100 et les dernières vers l’an 1600. Des tribus rivales, voulant s’imposer, construisaient des têtes de plus en plus balèzes.
Puis, suite à leur désastre écologique, ils arrêtèrent de le faire. Plutôt que de construire, ce qu’ils ne pouvaient plus faire par manque de bras et de nourriture, ces mêmes tribus se mirent à détruire, se renversant mutuellement leurs têtes respectives. Cette pratique stoppa éventuellement lorsque les ressources furent taries.

Tandis que la société et l’environnement s’écroulaient, la population se mit à manger de moins en moins de viande d’origine domestique. Elle se mit à chasser les oiseaux de mer, amenant ceux ci à l’extinction totale avant de s’attaquer aux rats.

Comme disait Churchill, entre la démocratie et la barbarie, il y a que cinq repas et que deux alternatives: s'entr'aimer en s'entraidant, s'entre-haïr en s'entre-tuant.
À un certain point, ils tombèrent dans le cannibalisme. Leur société récupéra légèrement – ne me mé-comprenez pas, je veux pas dire par là que la viande humaine éleva leur niveau de conscience – et suite à la baisse drastique de population, le cannibalisme cessa aussi peu de temps avant l’arrivée des premiers européens. Mais leur société mentionnait alors toujours le cannibalisme par euphémisme.

Les habitants de l’île de Pâques passèrent d’une ère constructive en temps d’opulence à une ère de destruction en temps de disette. Éventuellement toutefois, sans espoir de compétition et dotés du seul instinct de survie, l’apathie culturelle prit les rênes.
Je me demande si le reste de l’humanité suit le même cheminement au niveau personnel. Nous semblons également traverser des périodes constructives, destructives et apathiques. Ne seraient-ce que les réponses à nos pertes et profits ?

Ça a pris un bon bout de temps pour que se forment des pratiques culturelles et ça en prendra beaucoup pour les effacer. Elles ont suivi des tendances économiques, mais il y a eu des périodes stables.
Les pratiques culturelles peuvent s’ancrer dans le temps lorsqu’il existe une incitation économique – l’emploi des femmes, l’émigration / immigration, etc – et elles prennent du temps à disparaître lorsque les barrières économiques sont abattues.

La culture ne consiste t’elle qu’en des pratiques et des arrêts induits par l’économie?
Rétrospectivement, l’île de Pâques n’aurait pas dû consommer si rapidement ses ressources, mais si elle ne l’avait pas fait, elle n’aurait pas vu s’élever ces grosses têtes et ne serait pas tombé dans l’anthropophagie. Ces hauts et ces bas les rendit intéressantes et fameuses. D’un autre côté, on se souviendra de ses habitants comme de gros glands de trous du cul sur lesquels ont pris modèle les peuplades actuelles vivant en milieu développé.

25 août 2006

193. Passez votre chemin, y a rien à voir...


Je peux pas dire que j’aime vraiment les gens (en général).
On a tellement écrit sur la bonté inhérente à l’homme que même le plus cynique d’entre eux doit y réfléchir à deux fois avant de se souvenir que tous ces arguments euphoriques prennent racine dans la notion que l’homme, en tant que créature intrinsèquement mauvaise, est une apparition trop terrible à contempler.

De l’humanité sont sortis tant de déchets : religions, amour, culpabilité, conscience, moralité – tous dédiés à prouver que l’homme représente vraiment le gratin de l’ordre animal, en quête de perfection immaculée ; toutes choses réfutées par un tour de passe passe philosophique aussi exaspérément simple qu’un geste gratuit, par lequel il est impossible de montrer que tout au long de notre courte histoire, pas un seul homme n’a été spontanément poussé à faire le bien pour son voisin.
Alors c’est vrai, je peux pas dire que j’aime les gens et je vais vous dire pourquoi. C’est principalement à cause de leur manque d’intelligence ! Je déteste la stupidité. Je pense que la plupart des gens sont stupides. De plus, j’aime pas l’hypocrisie, la prétention. Et j’aime pas non plus l’insécurité ni l’enrobage dans lequel les gens s’enveloppent. L’insensibilité – le manque de reconnaissance de l’autre. La cruauté. Les idéaux superficiels, les buts bidons. La malhonnêteté – envers soi-même comme envers les autres.

Le monde est malhonnête. Mais ce que j’aime le moins, c’est le manque d’intelligence. Je peux tout pardonner, mais pas le manque d’intelligence.
Vous me direz que c’est peut-être pas la faute des gens ? Soit, incluez y la paresse dans ce cas. Manque d’effort pour diminuer leur stupidité, manque d’effort pour essayer de penser par eux-mêmes.
Ou incapacité à percevoir puis à articuler leurs impressions abstraites.

24 août 2006

192. ParanoRmal?


Je ne me considère pas vraiment comme un parano , enfin si, mais rien qu’un tout petit peu. Je ne pense pas qu’une cinquième colonne secrète soit à mes trousses ou que le danger me guette à chaque coin de rue. Et je n’entend pas de voix fantoches ou ne suis victime d’hallucinations.

Eh vous, ça vous gênerez d’arrêter de me dévisager comme ça ?


En tous cas, je m’en fais pas de trop. Mais un truc m’a traversé l’esprit avant-hier, tandis que je descendais l’escalier du premier étage au rez-de-chaussée de ma maison avec un panier de linge sale à destination de notre machine à laver : Je dois avouer qu’il m’est arrivé plus d’une fois de frémir à l’idée d’avoir à le descendre façon Alberto Tomba ‘la bomba’. Mais sur le cul et sans parachute.
Et c’est assez traumatisant, je dois l’avouer.
J’ai appris à considérer cette probabilité d’un œil objectif et c’est exact - un jour ou l’autre, tôt ou tard, il m’arrivera de me ramasser la gueule dans cette maudite cage d’escalier. J’ai pris en considération l’état relativement glissant des marches et le fait que j’ai souvent les bras surchargés de linge sale me bloquant la vue quand je descends. Et finalement, j’ai accepté le fait que je me trouvais souvent en équilibre instable durant le processus. Alors j’en suis certain, un jour je vais boum-badaboum-badaboumer jusqu’en bas, c’est inévitable.

Et le pire, c’est que ce jour là, j’aurai complètement oublié la révélation que je viens de vous faire. Car voyez vous, aussi longtemps que je me souviendrai que la mort peut m’attendre en bas de ce putain d’escalier, je ferai attention.
Mais je suis tellement distrait parfois – alors j’imagine tout à fait ce qui va se passer. Un jour, je vais enfourner cet escalier pour descendre un paquet de linge sale, ou pour aller chercher un tournevis dans mon garage, ou peut-être encore pour rendre visite au bar secret que je planque en bas, et j’oublierai combien glissants et étroits sont ces escaliers, et ce sera la fin. La mienne. Quand je me réveillerai, je serai vautré en bas au pied de la première marche, couvert de toiles d’araignées, de torchons et de culottes sales. Si je me réveille.
Immédiatement, tout ceci me parut comme une excuse raisonnable pour ne plus jamais avoir à m’occuper de la lessive. Pas que je veuille ne plus avoir à m’en occuper, comprenons-nous bien - tu me suis bien, ma louve ?- C’est seulement que je pourrais mourir en le faisant, et je peux tout simplement pas imaginer causer le veuvage prématuré de Marylou d’une façon aussi lamentable.
Dans un bateau qui coule : sûrement - mais n’en parlez pas à mon armateur -, dans un combat aérien contre la grippe aviaire, passe encore, poussé par la fenêtre par ma tendre épouse, ça demeure plausible et envisageable - ce n’est peut-être d’ailleurs plus qu’une question de temps - J’ai même envisagé un scénario un chouïa plus compliqué où je mourais étouffé sous une pile de star’acatéticiennes dévergondées. Mais en descendant la putain de lessive ? Nan nan nan. C’est pas le genre de mort qui me fera gagner le Walhalla dont je rêve depuis mes 12 ans, entouré de toutes les Walkyries du Nibbelingen. Pas pour moi, merci.
Marylou, bien sûr, n’avale pas ni arguments ni mes couleuvres. Elle ne perçoit pas le danger imminent qui me guette - en plus, elle est pas trop chaude pour mettre sa propre vie en danger en descendant le linge sale à ma place. (Ce à quoi je lui réponds ‘Bravo !’. Elle est sûrement pas aussi stupide que je pouvais le penser et n’est certainement pas aussi maladroite et distraite que moi.)
Il y a beaucoup moins de chances de la voir se ramasser un gadin dans les escaliers que de la voir mourir d’anorexie à cause de sa surconsommation de concombres à la crème. Elle pourrait faire des claquettes ou du tap-dancing en descendant cet escalier, la cocotte, en variant de rythme à chaque marche même, et s’en sortir avec vos applaudissements. Mais moi, je n’aurais qu’à éternuer, et PAF- me retrouver en bas à vérifier si tous mes os sont encore bien fixés aux bons endroits. C’est pas juste. Merde !

Alors voilà, statu quo : à ce jour, c’est encore à moi qu’il revient de descendre le linge sale. Ensuite ma calamiteuse descendra pour le sortir de la machine, le mettre à sécher puis le remontera plus tard pour le repasser, le plier et ranger tout ça dans les armoires et placards appropriés. Remarquez, le système fonctionne bien, partage des tâches équilibré et tout le tsointsoin – sauf pour cette putain d’épée de Damoclès qui me pend au nez.
Qu’y a-t-il de juste dans tout ça, je vous le demande ? Et est-ce que des bras et jambes disloqués valent vraiment le luxe de se sécher avec des serviettes moelleuses et de porter des jeans propres ? Je ne pense pas. Je suis parfaitement content de vivre dans une crasse sordide si ça peut me sauver la vie.
Vous pouvez me traitez de parano. Mais c’est ce que j’en pense. Point barre et pis c’est tout.

23 août 2006

191. L'age des Ploutocrates


Je vous ai bien eu. Ouais je vous ai bien eu car j'ai en fait utilisé ce titre racoleur pour vous parler des bureaucrates.
La recherche du pouvoir a toujours fait partie de l’humanité. Nietzsche disait que l’amour du pouvoir faisait partie de la nature fondamentale de l’homme. Les hédonistes diraient que le pouvoir est un outil permettant de s’approprier le plaisir. Qu’ils se manifestent sous forme de fric, de muscle ou de notoriété, le pouvoir et le contrôle sont omniprésents et mènent clairement les voies de l’homme.

Le pouvoir de l’homme venait auparavant de l’utilisation de la force brute. Il y a 100 000 ans, le plus fort s’accaparait la nourriture, les femmes et le respect de la tribu. Les choses n’ont pas tellement changé depuis.
Il y a 1000 ans en Scandinavie, les Vikings croyaient que les plus grands guerriers vivraient pour l’éternité dans les couloirs du Valhalla afin de préparer l’épique bataille de Ragnarock. Les Romains payaient pour regarder les gladiateurs se battre à mort dans des duels fantastiques.
Il y a moins de 800 ans, le courage au combat sans peur de la mort était perçu comme le plus grand des honneurs. Les chevaliers d’Europe, guerroyant les Huns d’Asie centrale et les Samouraïs japonais avaient la même doctrine en ce qui concernait le combat. Et aujourd’hui, que ce soit pour Dieu ou la Patrie, les hommes se battent toujours au sein d’armées ou au sein de groupes de libération ou de terroristes.
Il y a pourtant un changement notoire dans les trophées du combat. Avec le temps, les récompenses sont passées des biens matériels (nourriture, terres, femmes et autres) à des récompenses abstraites (code, honneur national, faveur des Dieux). Est-ce parce que le combat est passé à un stade supérieur ? Vraisemblablement pas.
En fait, les récompenses abstraites existaient déjà bien avant les méfaits du pillage. Non, le seul changement dans la nature du combat réside dans le fait que les éléments tangibles du combat ont été accaparés par un nouveau groupe – les bureaucrates.

Le mot Bureaucrate vient du grec ancien et signifie pouvoir du bureau. J’utilise le terme élastiquement pour décrire toute activité où l’on peut accumuler du pouvoir au travers d’un système. Créer de la richesse par la spéculation ? Par des consultations ? Par analyses ? Ceci n’est possible que dans un monde doté de systèmes bureaucratiques complexes.
Mais c’est comme cela qu’on accède au pouvoir aujourd’hui.
Et ce n’est pas un concept nouveau. De nombreux auteurs se sont penchés sur le transfert de la Bushido (La voie et la motivation du guerrier) vers la classe mercantile. Il faut aujourd’hui connaître les méandres légaux de la société et les caractéristiques du marché pour gagner argent et pouvoir.
Même de grands combattants, comme par exemple Jean Claude Van Damme ou Mike Tyson, n’atteindront jamais le succès par leurs exploits seulement. Non, ils auront toujours besoin d’agents et de conseillers fiscaux.

Maintenant aujourd’hui, dans notre monde industrialisé civilisé, nos grands héros sont des bureaucrates. Les politiciens sont au pinacle. On s’arrache les magasines pipole. La voie du guerrier conduit à la paupérisation et celle du bureaucrate à la richesse.

Il reste à l’industrie du cinéma et aux doctrines religieuses à se mettre à la page. Les batailles épiques y sont encore livrées à coup de poings et d’épées. En présumant que les religions aient raison - grande supposition - , il serait plus que probable que les grandes armées de Satan et de Jésus soient constituées d’avocats et de comptables. Les guerriers du Valhalla auraient l’air de trouducs dans cette glorieuse baston.

Et regardez moi embourbé dans ce système. Je me sens comme si j’étais armé d’un trident et d’un bout de chalut face à une armée de Mister Smith comme dans Matrix. Dommage que les résultats ne soient pas à la hauteur du film.

22 août 2006

190. À tout jamais ou pour toujours?


Que signifie "Toujours"? Dans une relation entre égaux, à qui revient cette promesse? "Toujours" existe t-il ou n'est-ce rien de plus que de la poésie? Un mot sacré que le cerveau affamé d'un pauvre Verlaine a choisi parmi d'autres mots intangibles pour idolâtrer et romanciser l'amour jusqu'à la mort?

Comment peut-il donc y avoir des "Toujours" faciles, quand tous les lendemains sont emplis d'incertitudes imprévisibles? Et en plus, les "Toujours" qu'on peut entendre, sentir ou voir sont plus que souvent frivoles. Comme de l'eau jaillissant d'un robinet, les mots qui coulent de nos bouches ou du bout de nos doigts sur un clavier ne peuvent plus être effacés.

De même, folle est l'assomption de croire qu'on puisse retirer ses paroles aussi facilement qu'on les a prononcées dans des moments chargés d'émotion ou de larmes. Les mots prononcés ou écrits consciemment mènent à des lendemains meilleurs ... ou vers de futurs regrets.
Des mots utilisés sans conséquences volontaires. Il existe des mots dans la vie qui ne peuvent être subtilisés du vocabulaire disponible sans discrimination. 

Le cours du choix est plus grand dans le désespoir et dans l'abondance de la jeunesse, ce sont des décisions qui peuvent hanter longtemps après nous avoir quittés. Savoir et comprendre ceci rend les "Toujours" plus faciles à supporter comme les amis à conserver. Il est des trésors dans la vie qui n'appartiennent à personne et qu'il ne nous appartient pas de donner. "Toujours" en fait partie. 

Et je suis toujours à me demander pourquoi j'utilise toujours ce mot là comme je le fais depuis toujours...

21 août 2006

189.Les portes du CHI


Avez-vous des difficultés pour gérer vos colères ?
Vous arrive-t-il parfois de vous laisser entraîner dans des joutes verbales, voire physiques, avec des gens qui contestent votre supériorité intellectuelle évidente ou vos principes moraux fondamentaux ?
Est-ce que la seule écoute de la phrase « Vous avez tort » entraîne le déploiement en position verticale du majeur de votre main droite (les gauchers, changez de doigt).
Vos amis prennent ils un plaisir évident à attirer la discussion sur un sujet politique ou religieux quand vous êtes dans le coin à seule fin d’engager des paris sur la date et l’heure à laquelle cette veine qui bat la chamade sur votre tempe gauche va enfin exploser ?
Haïssez vous ces mêmes amis ?

Ah, sacrés veinards que vous êtes ! Ici, aux labos de M56, nous venons de découvrir la meilleure méthode de relaxation de tout le monde entier et de la plupart de ses satellites. Nous l’avons baptisée M56 pour Mantra 56.
Cette méthode vous garantit un retour au calme absolu chaque fois que vous contemplerez le meurtre de quelqu’un qui aura eu l’audace, le malheur, l’impétuosité ou la témérité de vous contredire sur un salon AOL.
Aucune participation à un séminaire n’est exigée, aucun produit ou tisane à acheter et nous ne vous demanderons pas d’argent – quoique si vous ne savez quoi en faire, nous nous ferons un plaisir de vous en débarrasser gracieusement. Tout ce que ce dont vous avez besoin, c’est de trouver un endroit où vous asseoir et de 10 petites minutes pour lire les instructions ci-dessous.
Prêts ? A vos marques ? C’est parti !

La première chose que vous devez faire, c’est de vous asseoir. N’importe où, mais de préférence au sol et sur vos fesses sur un espace libre où vous avez la place de vous mettre dans la position classique de méditation communément appelée celle du Lotus. Si vous n’y arrivez pas, qu’à cela ne tienne, imitez la au moins un petit peu. Du moment que vous êtes confortables, tout se passera bien.
Bien, maintenant que vous êtes bien installés, placez le dos de vos mains sur vos genoux, paumes tournées vers le ciel, et commencez à respirer lentement. 7 secondes d’inspiration suivies de 7 secondes d’expiration.
Vous respirez ? Parfait.
Maintenant, à votre seconde expiration, vous devrez chanter la première partie de notre Chant Grégorien - sur l’air de Chaussée aux Moines, la publicité pour les fromages – dont vous trouverez les paroles un peu plus bas. Le chant doit être exprimé d’une voix monotone et durer les 7 secondes entières que dure l’expiration. N’oubliez pas d’inspirer pendant 7 secondes après avoir chanté le premier mot.

Le premier mot est Djeunheuss
Allez y, dîtes le mot maintenant ; ça vous aidera à le mémoriser pour le futur. Après avoir chanté cette phrase musicale cinq fois – Djeu/eu/eu/eu/nheuss – (notez les cinq notes de la ligne musicale grégorienne) en prenant bien soin de chanter ce mot en utilisant les 7 secondes nécessaires à chaque fois, il est temps de passer au mot suivant.

Whikhumb
Vous devez aussi chanter ce mot cinq fois sur le même principe que le mot précédent, - Whi/hi/hi/hi/khumb - en n’omettant surtout pas d’inspirer 7 secondes entre chaque répétition. Quand vous aurez terminé, vous pourez attaquer le troisième et dernier mot de notre Chant Grégorien.

Layrhô
Comme vous l’aurez compris, une fois de plus, vous devez chanter ce mot en respirant correctement – Lay/ay/ay/ay/rhô. Notez que la grecque finale (rhô) a été intentionnellement utilisée à la fin de ce chant afin d’extirper les dernières velléités colériques de votre esprit en voie de guérison. Vous devez dès à présent vous sentir un peu plus relaxés qu’au début et prêts à débuter l’étape suivante et finale de notre méditation.

Nous allons maintenant commencer à utiliser les trois sésames d’une traite en un Chant Grégorien complet de relaxation dynamique. Répétez le premier mot en une inspiration de 7 secondes, inspirez 7 secondes, second mot, inspirez 7 secondes, dernier mot. 7 en expirant, 7 en inspirant.
Souvenez vous : 7 est la clef, 7 est le chiffre magique.

Quand vous aurez répété ce chant un certain nombre de fois, je suis certain que vous commencerez à percevoir la Lumière, et non seulement vous serez vous calmés, mais peut-être même aurez-vous envie de rire, ce qui n’a pas l’air de vous arriver tous les jours sur le café Philo. Si vous trouvez que ce Chant Grégorien n’a aucun effet sur vous, c’est que vous avez un problème de Shakras di-hydratés, ce qui est extrêmement rare ; dans ce cas, veuillez recommencer toute la Mantra en utilisant des rythmes de 5 secondes au lieu des 7 prévues dans le programme. Faites nous confiance, la Mantra 56 n’a encore jamais failli.

Djeuneus whikhumb layrhô
Notez que la contemplation d'une kyil-khor (Mandala thibétain) pourra aider les plus coriaces d'entre vous à atteindre plus sereinement l'état de grâce vers lequel nous nous efforçons de vous ramener.
Shilom.

20 août 2006

188. Un de ces jours...


Pas le temps de vous divertir aujourd'hui. Voyez vous, je rentre juste de longues semaines de mer et j'ai des affaires qui pressent.
Mais un de ces jours je trouverai le temps. Caché dans un coin sombre sous mon plumard comme un vieux stylo que j’aimais bien pour faire mes mots croisés mais que j’ai remisé sous mon oreiller sans y prendre garde le jour où la réserve d'encre s’était tarie. Un de ces jours, le temps sera là quand j’aurai besoin de lui et pas à faire des galipettes comme un célibataire insouciant dans le continuum espace truc tandis que je reste prostré chez moi me demandant si il passera un jour me voir.

Un jour, je trouverai le temps et, comme de vieux amis se rencontrant par hasard dans le hall d’un aéroport, nous nous embrasserons et causerons de notre passé devant une tasse de chocolat fumant.
Un jour, le temps me regardera depuis l’autre côté de la pièce et il me sourira, et il me donnera assez de lui-même pour que je puisse faire tout ce qui doit l’être. Un jour, je trouverai le temps et le temps me laissera travailler, jouer, écrire, lire, méditer, manger, baiser, dormir et sauver le monde de tous les extra terrestres mutants sans disparaître quand j’en ai le plus besoin comme la rosée du matin par une chaude journée d’été.
Un jour, je garderai le temps dans ma poche comme de la menue monnaie et je le chouchouterai afin de pouvoir faire ce que j’aime tellement faire. Un jour, le temps m’allouera une petite portion de lui-même afin que je puisse écrire plus qu’un simple petit hommage au temps que j’aimerais avoir mais que je n’ai pas.
Un de ces jours.

Mais pas aujourd’hui, car voyez vous, ma louve est sous la couette et elle m'attend..., et j'ai du retard à rattrapper, et elle me l'a fait savoir ... et elle a mis de la lingerie fine et... je vous raconterai ça quand j'aurai le temps...

30 juil. 2006

187. Francopholie

Alors voilà, j’ai un nouveau mot favori. Et ce mot n’est ni oui, ni non ni peut-être. Mais vous le trouverez quand même dans le dictionnaire. Mon nouveau mot favori est ‘néanmoins’.
Pourquoi ‘néanmoins’ me direz-vous ? Eh bien parce que ce mot est plein de ressources. Quel que soit le sujet de discussion, un ‘néanmoins’ proprement balancé signifie :
« Je vous entends bien. Votre argument est cohérent, intelligent et politiquement correct. Votre logique est sans faille. Mais franchement, je n’en ai rien à foutre de ce que vous pouvez bien me sortir pour essayer de me prouver que j’ai tort. »
C’est spectaculaire. Inarrêtable. [celui là n’est pas dans le Dico]. C’est l’équivalent en un seul mot de « Cause toujours, tu m’intéresses ! » du Médef, ou de « Parle à mon cul, ma tête est malade » de Patrick Sébastien ou du célèbre « Nanananananana ! » de cette pétasse de Florence Stirbois. Et utilisé à bon escient, c’est le dernier mot d’un argument. Mais permettez moi de vous le démontrer.

Disons que vous êtes délégué syndical et que vous ayez une suggestion à faire à votre patron afin d’améliorer les conditions de travail et le moral au bureau. Mais une fois de plus celui-ci vous envoie sur les roses, et pas de la façon comique à laquelle vous vous attendiez. Imaginons la conversation :
Vous : Mais qu’y a-t-il de mal à ce que nos secrétaires nous fassent des massages relaxants en milieu de semaine ? Dîtes moi une seule raison qui s’y oppose ?
Votre patron : Ecoutez, ce serait sexiste. Et de fort mauvais goût. Les féministes nous boycotteraient. Puis il y a l’aspect juridique. Nos secrétaires ne sont ni formées ni expertes. Et… si je lis bien vos propositions… en particulier celles faisant allusion aux parties de vos anatomies plus spécifiquement tripotées lors de ces massages, [ou massées lors de ces tripotages ?], tout cela me parait loin, très très loin d’être hygiénique. Et très possiblement illégal…
Vous : Néanmoins ?

Ou encore : Disons par exemple que vous faites partie de la ligue des Droits de l’homme et que vous ayez une suggestion à faire au Président de la République de votre pays pour boycotter tout ce qui vient ou tout ce qui est en partance pour Israël, l’état Sioniste et raciste installé en Palestine entrain en ce moment même de massacrer des populations civiles dans le sud Liban. - Putain, mais c'est à croire que les soldats de Tsahal sont côtés en bourse ou quoi, je croyais que la loi du Talion c'était œil pour œil et dent pour dent??? Là c'est plus de 25 dentiers par ratiche si je suis bien... - Mais celui ci se montre un peu tiède sur ce sujet épineux pour lequel il conserve un silence assourdissant et essaie de vous faire perdre vos moyens. Imaginons la conversation lors d’un talk-show télévisé :
Vous : Mais qu’y a-t-il de mal à exercer ce genre de pressions sur la Knesset, on l’a bien fait pour pour le régime d’Aparheid en Afrique du sud ?
Votre président : Hem, eh bien, réfléchissez, mon cher concitoyen ! Haïfa est un lieu de villégiature fort apprécié de nombre de nos compatriotes, tout comme l’est Bethléem pour de nombreux chrétiens surtout à l’époque, comme vous ne l’ignorez pas, de la Nativité. Les gens voulant s’y rendre déserteraient à leur détriment professionnel et économique nos compagnies aériennes ainsi que nos aéroports nationaux en faveur de compagnies et aéroports étrangers disons, heu… plus conciliants.
Vous : Néanmoins ! Mais qu’y aurait-t-il de préjudiciable à boycotter les oranges de Jaffa et autres produits importés de ce pays ? Ou encore à boycotter la présence d’Israël aux JO de 2008. Donnez moi une bonne raison de ne pas le faire ?
Votre président : Argh, hem… aucune assurément. Toutefois, hem… ce pourrait être considéré comme, euh… un acte hostile par une partie non négligeable d'une certaine communauté et de certaines institutions présentes sur notre sol et vous n’êtes pas sans ignorer l’impact important que…euh,… hem, ces dernières peuvent avoir sur le, hem… résultat des élections à venir…
Vous : Patate hyper chaude, si je comprends bien, hein prézident? Néanmoins ?

Vous voyez ? C’est tout ce que vous avez à dire. On ne peut rien rétorquer à un ‘néanmoins’ bien placé. Que pourrait-on d’ailleurs y opposer de pire que le déroulement des élections à venir ? C’est comme un accusé de réception à tout ce qui vient d’être dit tout en le renvoyant au point de départ. C’est génial.

Encore un peu sceptiques ? Je vais vous montrer comment j’ai utilisé mon nouveau jouet avec ma femme - Eh, espèces de pervers, je parle de ‘néanmoins’ dans ce post, pas de sexe à pile. Alors virez moi ces regard lubriques de vos faces baveuses, espèces de dépravés! - pas plus tard qu’il y a deux mois un soir qu'elle rentrait du boulot après s'être tapé deux heures supplémentaires à cause d'une erreur de caisse - c'est que ça rigole pas à la Poste!

Marylou : C’est pas vrai ! Dis moi pas que t’es encore resté vautré dans le canapé à fumer la moquette toute la journée ?
M56 : Euh… hein ? euh si, mmmf, woao, je crois bien…
Marylou : T’es vraiment lamentable. Fainéant! T’as donc rien d’autre à foutre? Je me demande vraiment comment t’as réussi à me convaincre de me marier avec toi.
M56 : Moi non plus ...néanmoins !
Marylou : RhoooO mon chat, embrasse moi, je t’adore !

Et voilà le travail. Un tout petit mot et vous sauvez votre mariage. C’est gratuit, les mecs. N’hésitez pas à l’utiliser. C’est aussi bon pour vous les filles, d’ailleurs. Vous aurez toujours le dernier mot. C’est super. C’est génial. Plus même, c’est inoui. Mais ça va, vous me remercierez plus tard.

Une façon encore meilleure d’utiliser le mot ‘néanmoins’ pour clore une dispute ou un conflit, c’est de l’utiliser judicieusement et en coupant sans parcimonie votre opposant encore dans le processus d’étayer ses arguments. Là, ça devient tout simplement jouissif. Imaginez vous l’utiliser …disons au tribunal. Peut-être même durant votre propre procès.
Le juge: Monsieur, vous avez exposé sur internet un tas d’ordures sublimes à l’origine de troubles psycho-socio-émotionnels dans une frange non négligeable de la population. Une tendance très claire à un manque flagrant de respect envers le consensus établi …
Vous : Néanmoins !
Le juge : …euh… et je ne vois que trop, hem… aucune raison de ne pas vous inculper dans cette affaire…
Vous : Néanmoins ?
Le juge : …hem…, euh… et de vous condamner à la peine maximale prévue par la loi compte tenu du mépris dont vous avez fait preuve envers nos représentants élus et notre système de cast..., de crass…, de c…
Vous : Néanmoins ?
Le juge : Je… euh, eh merde ! Hors de ma vue, monsieur! Affaire suivante !

Vous voyez ? Gardez toujours quelques petits ‘néanmoins’ dans votre porte monnaie et vous ne serez plus jamais pris en défaut. On pourra vous dédaigner, on pourra vous poursuivre en justice, vous pourrez passer une nuit ou deux en garde à vue. Mais on ne prouvera plus jamais que vous ayez pu avoir tort.
Quoi ? Encore sceptiques ? Néanmoins!
Ouais, enfoirés. C’est bien ce que je pensais.

26 juil. 2006

186.Sanitaire associal


Vous est-il déjà arrivé de vous viander la tronche en prenant votre douche matinale? Non ? 
Heureux veinards que vous êtes!

Ben moi si, figurez vous. Si vous êtes un adepte de ce blog, vous aurez deviné depuis longtemps – ou lu – que je suis capitaine de marine marchande et que de ce fait, je passe pour ainsi dire un peu plus de la moitié de ma chienne de vie à bord de navires en maraudes.

Eh bien savez vous que les déviants qui ont construit le nouveau navire au nom d’emplumé sur lequel je navigue aujourd’hui (un Salvage Tug construit par les Cantiere Navale Ferrari de La Spezia en Italie) n’ont pas trouvé mieux que d’installer une véritable baignoire au lieu d’un carré de douche dans la salle de bain de ma cabine. Baignoire au fond arrondi pour le plus grand confort des postérieurs successifs des commandatore précédents – à l’origine probablement italiens (quoique je les suppose plutôt italiennes) - de ce navire.

L’inconvénient , c’est qu’en principe un navire c’est conçu pour tanguer mais aussi pour rouler, si bien qu’en plus de l’équivalent d’un mini-tsunami déferlant dans votre salle de bain dû au clapot dans votre baignoire, vous avez droit en prime à un massage revigorifiant du fondement. Bref, je prends pas de bains dans mon rafiot mais des douches, les pieds en position instable sur le fond incurvé de cette chienne de faïence.

Et ce qui devait arriver m’arriva, sur un coup de roulis imprévu par mes micro-processeurs, j’ai fait la culbute par-dessus le parapet émaillé en arrachant au passage le rideau de bain et c’est tel un cadavre recouvert d’un suaire polyuréthane que je me suis rattrapé de tout mon poids et in extremis sur mes deux mains au beau milieu du carrelage de ma salle de bain juste avant que votre disque dur préféré ne s’en aille caresser de plein fouet le bidet posé à côté des chiottes, évitant de peu la perte par fragmentation de six à sept cents grammes de neurones des plus précieux de ce côté-ci du méridien de Greenwich et de l'équateur.

Pourquoi un bidet dans la cabine commandant d’un Salvage Tug, je le saurai jamais. Maintenant j’ai une bosse sur le front mais plus grave, j’ai une douleur lancinante dans l’épaule droite car en atterrissant sur mes deux mains, la tête supérieure de l’humérus de mon bras droit a agi comme un piston pour venir me buriner l’intérieur de la clavicule et j’arrive plus à trouver le sommeil vu que c’est mon côté de prédilection quand je rêve du bas ventre de ma louve ou des seins de Dame Cristalle (Cristalle B36 pour ses fans).

Même l’aspirine me fait mal, c’est vous dire. C’est à se demander si c’est pas dangereux de bouffer des cachetons inventés par de parfaits inconnus notoirement connus pour avoir voulu soigner des maux dont ils ne soupçonnaient même pas l’origine. - Et voyez où ça me mène quand je me mets à me barrer en couilles comme un Rital (en diagonale je veux dire).

Putain, je vais avoir l’air malin quand je vais présenter la note pour ma radio de l’épaule accompagnée du rapport d’accident à mon armateur… Mais tout bien réfléchi, je ferais peut-être mieux de lui demander une soubrette et/ou une infirmière vu que ma salle de bain flottante est équipée et qu’une main droite en état de marche ne serait pas de trop pour m’aider à retrouver le sommeil des justes.


15 juil. 2006

185. La raison de mes déraisons

D'abord, j'voudrais m'excuser sur la longueur de mes absences depuis quelques semaines: ceci est dû au fait que je suis en ce moment sur un navire baptisé d'un nom d'emplumé dont je vous tairai le nom pour l'instant, eut égard à certains camoristes qui sont en ce moment même à mes trousses pour me faire la peau. Ceci étant dit et mes excuses acceptées à l'unanimité - c'est Pierrot la Pleine Lune qui me l'a dit - passons tout de suite au sujet qui vous préoccupe tous.

Nombre de mes relations me demandent où se trouve mon intérêt à entretenir un Blog. La vérité, c’est que c’est une véritable vocation chez un mec comme moi. Mais pour vraiment apprécier toute la logique et prendre toute la mesure de ce que je viens de vous dévoiler, vous devez d’abord savoir à quel type de mec vous avez à faire.

Alors réjouissez vous, tas de curieux impatients car je vais vous affranchir de ce pas:

Je suis un mec compliqué, doté de toutes les qualités requises pour cracher son venin en ligne.
Mais approfondissons un peu - je suis pas miraud et je vois bien que ma petite explication n'a pas soulevé vos palpitants.

Pour commencer, je dois donc vous parler de mon incommensurable fainéantise. Et même si ce type particulier de fainéantise peut s’avérer nuisible - ou même débilitant – dans de nombreux corps de métier en dehors de la fonction publique, il n’empêche pas de s’exprimer. Je ne suis qu’un débutant là-dedans, mais d’après ma courte expérience, un bon écrivain peut passer 90% de son temps à ne rien écrire.

C’est super quand vous y pensez bien.

Est-ce qu’un politicien pourrait passer 90% de son temps sans nous prendre pour des cons ? Est-ce qu’un chauffeur de bus marseillais pourrait passer 90% de son temps ailleurs qu’au piquet de grève ?


Le fait est que dans la plupart des corps de métier, vous devez vraiment faire quelque chose au moins sept heures par jour pour faire chier le monde. Mais pas pour écrire. Une nuit fiévreuse à écrire des stupidités de temps en temps peut vous laisser tout le temps libre que vous méritez pour quelques semaines et même des mois. Et sans pression extérieure.
L’écriture offre aussi une myriade d’opportunités pour accoucher de vos atermoiements. Et sans avoir à respecter de délais. C’est pourquoi les aiguilleurs du ciel et les chauffeurs d’ambulance ne se recrutent pas chez les blogueurs.

Une autre qualité non nécessairement requise chez les blogueurs, c’est la qualité des détails. Encore un plus pour moi - la plupart du temps, je serais incapable de vous dire si j’ai enfilé mon string léopard à l’endroit ou à l’envers. Le pointage des i et le barrage des t ne sont pas mes points forts. Et pourquoi le seraient-ils ? Mon traitement de texte le fait tout seul. De plus, c’est pas vraiment la cata si un blogueur omet certains détails. Si un architecte oublie une poutre ici ou une arche là, son bâtiment peut s’écrouler ou un viaduc s’effondrer sur Millau. Une faute d’inattention du chirurgien et vous rentrez à la maison avec un forceps dans la cavité abdominale. Mais si un blogueur fait une faute de frappe ou mé-positionne une virgule, c’est pas la mer à boire. Puis comme je l'ai déjà dit plus haut, il y a les vérificateurs d’orthographe de votre traitement de texte, non ? Puis enfin quoi, on retape pas le code pénal dans son Blog, enfin pas dans ma nébuleuse…

Finalement, je crois pas que j’écrive pour exercer mon imagination. Non, l’imagination ne rentre en jeu que lorsque je me pose le genre de questions suivantes : Me ferai-je un jour de l’argent à écrire toutes ces conneries ? Combien de poursuites judiciaires vais-je me prendre sur la gueule pour intox, désinformation et/ou diffamation, informations et vérités ? Et d’où viennent les trémas ? Voici toutes les questions auxquelles j’aimerais pouvoir répondre un jour ; alors pour le moment, je me contente de bloguer. Et de rêver.


2 juil. 2006

184.Coup de cafard... et ça n'a rien a voir avec Sar.. berk..ko...

Code ISPS (International Ships & Ports Security System) : Halte aux clandestins!
Je m’étais endormi sur ma feuille d’impôts et m’étais laissé entraîner au pays des songes :

Il faisait au moins la taille de mon gros orteil.

J’étais sur ce navire depuis près d’un an et demi. Deux mois à bord, deux mois de congés. Et je n’en avais encore jamais vus. Enfin pas sur ce bateau là. Pas une seule fois mon beau navire que je chouchoutais tant n’avait été sali par la présence de ces sales bâtards rampants. Je suis assez fanatique en ce qui concerne l’hygiène sur mon navire et je ne regarde pas sur les factures que je présente à mes armateurs pour lutter contre leurs intrusions. Posez leur la question, vous verrez.

Et pourtant, il était là.

Il était là, à quelques centimètres d’une cloison de ma cabine, attendant patiemment qu’on lui prête attention. Il n’essayait pas de se cacher, l’animal, il n’a pas essayé de s’enfuir à mon approche et il n’avait sûrement pas l’air d’avoir peur de moi. En fait, si j’en croyai bien mes yeux et son attitude, il était appuyé contre la cloison et il fumait une clope en lisant un minuscule bouquin de cul.

D’habitude, quand on rentre dans une pièce sombre et qu’on allume la lumière, tous ces petits enculés se précipitent dans les coins sombres comme une bande de crèves la faim sur des sacs de riz en Somalie. Mais pas CET enculé. Il abaissa tout simplement son magazine, avala une taffe de sa clope et me fit signe d’aller me faire mettre d'un doigt tendu.

J’étais choqué. Pétrifié !

« Eh ! », je lui dis, « Vous êtes pas supposés avoir peur de moi ? »
« Va te faire mettre. »
« Quoi ???? »
« J’ai dit, ‘Va te faire mettre’, connard. T’as des problèmes d’audition ? »
« Putain, j’y crois pas. Un cafard qui parle ! »
« Crois-y, hombre. Maintenant écrase et écoute moi, parce que je vais le dire qu’une fois. J’ai la dalle. J’ai fait au moins vingt fois le tour de ce putain de rafiot depuis quatre heures et j’ai rien trouvé à bouffer. Je suis sûr qu’il doit y avoir de la bouffe dans le coin et c’est toi qui vas me la donner. Sinon… »

Le dernier mots prononcés avec une voix me rappelant étrangement celle de Charles Pasqua, un soupçon de menace dans l’intonation.

« Sinon, quoi ? »
« Sinon moi et mes gars viendront te rendre visite. La nuit. Toutes les nuits. Dans ton lit. »
« Est-ce que vous me menacez ? »
« Essaie de pas prendre ça comme une menace. Vois plutôt ça comme une gentille persuasion. »
« Persuasion ? Eh, mais vous vous exprimez comme la Caffora ! »
« Caffora ? Caffora ? Qui a parlé de Caffora ? Est-ce que j’ai dit ça? M’as tu entendu mentionner une organisation fictive de cafards ayant le pouvoir et la capacité d’obtenir ce qu’ils veulent par la force, la peur ou la coercition? M’as-tu entendu prononcer ce mot là ? »
« Euh… »
« Eh ! Regarde moi bien. Je t’ai posé une question. Est-ce que tu m’as entendu parler de Caffora ? »
« Euh, non. Non m’sieur. Vous avez jamais parlé de Caffora. »
« Tout à fait exact. Je l’ai jamais fait. Et tu ferais bien de jamais plus re-prononcer ce mot en ma présence, t’as bien saisi? »
« Oui, m’sieur. »
« Bien. Maintenant, il est où, ce caviar que t’a mis de côté pour moi ? »

Cogitant rapidement, je balayai ma cabine du regard aussi attentivement et discrètement que faire se peut et je réalisai qu’il n’y avait pas d’autres cafards en évidence. Ce bâtard agissait seul. J’avais jamais eu de cafards avant celui-ci – enfin pas de si gros et pas sur ce navire – et je me doutais que mon armateur allait pas me garder vu les factures que je lui présentais pour enrayer la propagation de cette engeance de merde. D'ici quinze jours, je serais plus là. Qui saurait jamais ce qui s’était vraiment passé ? Et d’ici à ce que le reste de la bande à c’t’affranchi comprenne le scénario, je serais en sécurité sur un nouveau rafiot de l’autre côté de la grande mare. Ils me retrouveraient jamais.

« Euh, t'as faim, msieur ? »
« T’as tout compris, ducon. Mon caviar, et fissa. »
« C’est votre jour de chance, monsieur. Il se trouve que j’en ai du bon, ici même, du pur Béluga. De Novossibirsk. »
« Où ? »
« Là, monsieur, sous ma godasse. »
« Vraiment ? Eh bien qu’est ce que t’attend, connard, approche et fais voir que je le renifle ! »
« Tout de suite, msieur. »

Plus tard, tandis que je nettoyais ses tripes de cafard de mon parquet, je me jouai et je me rejouai dans la tête le bruit que ça avait fait quand je l’avais écrabouillé à mort. Pour une raison qui m’échappe, j’adore vraiment le bruit que font les cafards quand on les écrabouille entre deux surfaces dures. C’est comme… tiens, vous vous êtes jamais amusés à crever les bulles sur ces plastiques d’emballage ? Si ? Ben c’est exactement le bruit que ça a fait quand j’ai écrasé cette pourriture avec mes pompes de sécu de 40 et que j’ai étalé ses fluides et ses viscères sur le parquet de ma cabine.

Putain, j’adore le papier à bulles. Pas vous ?