Bienvenue, curieux voyageur

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11 déc. 2022

700. Le Fuyard

 

 LE FUYARD

Moïse l'androïde jaillit de son labo et se dirigea vers la fontaine à eau, où quelques sept cents soixante-trois autres employés, tous cadres supérieurs de haut rang, étaient rassemblés. Ils étaient tous entrain de se fendre la gueule et tout le monde portait des chapeaux pointus multicolores, des gibus dorés ou des perruques de clown aux couleurs de l'arc en ciel, fumait des cigares et buvait du champagne. Tout le monde, sauf Moïse l'androïde.

" Androide Moïse !" gueula le PDG Abhékasis. Les autres employés se mirent à l'applaudir et des mecs du service comptabilité se mirent à souffler dans leurs serpentins siffleurs.
" Androide Moïse !" cria de nouveau le président de Phanosi RoboPharmaceutique. " Votre remède contre l'hypercancer fonctionne parfaitement ! Cela a sauvé des millions de vies !" Encore une fois tout le monde se mit à battre des mains. "Plus important encore, cela nous a tous rendus millionnaires !" Une acclamation encore plus forte emplit la salle.

" Vous organisez une fête les gars ?" demanda Moïse. "Personne m'a prévenu qu'il y avait une fête."

Le PDG Abhékasis éclata de rire. " Non, Androïde Moïse, pas du tout ! C'est juste une, euh, comment dire ?", et il se mit à scruter la salle à la recherche d'une idée.
" Pause café !" proposa Lancien des Ressources Humaines.
" Un pousse-café", déclara le PDG Abhékasis. "C'est tout ce que c'est.
- Pause café, monsieur ", le corrigea Lancien.
" Peu importe", déclara Abhékasis.

"Oh", s'exclama l'androïde Moïse, ses épaules s'affaissant.
" Alors qu'est-ce qui t'amène ici, Androïde Moïse ? On se fait juste une pause ?" Puis les yeux du PDG Abhékasis s'écarquillèrent et le silence tomba sur la salle. Il murmura, tremblant d'énergie : " Ou bien nous aurais-tu inventé quelque chose de nouveau ?
- C'est ce que j'ai fait, monsieur !"

Une autre acclamation, au moins deux fois plus forte que la précédente s'éleva sous le plafond, et Cassard, de la sécurité, tira une praline de son 9mm dans ce dernier pour la faire taire.
" Et qu'est-ce c'est quoi que tu nous a inventé ce coup ci ?" demanda le PDG Abhékasis.

L'androïde Moïse regarda ses collègues – ses amis ? – et constata leurs regards expectatifs. Ils frissonnaient d'excitation, et tout le service comptable était embourbé dans une crise orgasmique qui leur montait au moins jusqu'aux rotules des genoux. Il vit leurs flûtes à champagne et se tint quasiment pour certain qu'elles ne contenaient ni café ni Champomi. Il soupira.
" J'ai inventé une cellule électrique bon marché, puissante et respectueuse de l'environnement", dit-il d'un ton monocorde, "qui dure effectivement éternellement." Ses épaules s'enfoncèrent plus profondément. " Fondamentalement, une source d'énergie puissance et gratuite à durée illimitée pour tout le monde."

Tout l'étage faillit partir en cacahuète et le PDG Abhékasis s'exclama : " Nous serons tous milliardaires !" Lorsque la fanfare de vuvuzuellas commença à jouer après que le nombre à dix chiffres eut été prononcé, Moïse se retourna vers la porte contre laquelle il était adossé et se réfugia à l'intérieur de son laboratoire, ne voulant pas voir ses circuits endommagés par les effusions de joie hystérique.

Il ne put trouver le sommeil cette nuit-là, et juste après deux heures du matin, il sortit de sa station de chargement et dans la salle de bain du troisième étage. Là, il se tint devant le miroir en pied.

Ses servos vrombirent tandis qu'il passait ses analogues de doigts sur la plaque frontale sans relief soudée à sa tête. Il examina son châssis squelettique, avec son espace négatif où d'autres humains conservaient leurs organes, avec ses câbles à code couleur visibles entre ses articulations, avec la finition chromée. Il plaça ses deux mains sur sa poitrine et sentit la chaleur réconfortante de sa batterie à fusion nucléaire.

Puis il soupira profondément, et vit son reflet soupirer aussi. Un spectacle si triste qu'il ressentit un tremblement dans son actionneur dorsal.
Il tendit une main timide vers le reflet, et elle se tendit vers lui, et quand leurs doigts se touchèrent, ses capteurs ne lui indiquèrent rien d'autre que du verre froid, il se sentit étourdi.
" Pourquoi ne t'invitent-ils jamais à leurs fêtes ?" demanda-t-il au reflet. Pas de réponse.
" Pourquoi ne t'aiment-ils pas ?"

Plus de silence.

La réflexion n'était pas compatissante. C'était se moquer de lui. Ou peut-être était-elle compatissante, mais elle ne voulait pas de sa pitié. Avec le sifflement de ses muscles pneumo-bioniques, il frappa le miroir, redécorant ce dernier de fissures rayonnantes, à l'image des particules bêta émises par le cœur de sa CPU.
" Tu n'es même pas humain, n'est-ce pas ?"
Le reflet éclaté garda le silence.

Son alarme de proximité lui indiqua qu'il y avait quelque chose sur l'évier à proximité, et il remarqua que quelqu'un y avait laissé une trousse de toilette. Il fouilla dedans et en sortit un bâton de rouge à lèvres.
Il marcha jusqu'à son double fracturé.

"Peut-être qu'ils vont t'aimer maintenant."
Il se fit deux frottis enfantins là où auraient dû se trouver ses yeux, et traça une ligne droite pour ses lèvres. Mais comme il avait pas de lèvres et que sa plaque faciale était convexe, elle se refléta comme un "U" dans le miroir. À l'envers, les deux pattes vers le bas comme si qu'il faisait le poirier.

Puis il entendit une chasse d'eau provenant de l'une des toilettes. Un instant plus tard, la porte d'un des cabinets s'ouvrit en claquant et la grosse Brigitte, du service expéditions, sortit sa silhouette surgonflée. Ses yeux étaient troubles, il y avait une cigarette à moitié finie enfouie dans un cocon de salive au coin de ses lèvres et un morceau de papier-cul accroché à son débardeur.

Elle rota, grimaça devant le miroir brisé tout en rajustant son soutien-gorge, et se dirigea vers le lavabo.
" Oh, mon Dieu, ma tête," marmonna-t-elle. "Oh, hé androïde Moïse - Nom d'une pipe !" Elle sursauta en voyant son visage. " On dirait que t'as bien picolé, toi aussi !"
Elle fouilla dans sa trousse à ravalement de façade et récupéra un flacon de pilules holistiques. " Mec, j'adore ces petits cachous. Tous les effets que je veux, et aucun d'indésirable.
- Euh", déclara Moïse. " Je les ai conçues pour aider les gens à devenir sobres, pas pour doubler leur cuites."
- Ouais, eh bien," dit-elle en en gobant quelques unes. " Ce n'est pas comme ça qu'elles sont commercialisées. Et de toute façon, c'est plus amusant.
- Oh", déclara Androïde Moïse. " Brigitte ?
- Ouais?
- Est-ce que je suis beau ?
- Lol," marmonna Brigitte, réprimant un rot tout en essayant de pas le regarder en face. " Disons que t'es surtout plutôt génial, c'est surtout ça que tu es, mon pote.
- Oh. Brigitte ?
- Ouais. Quoi encore ?"
- Suis-je -", commença-t-il, puis il hésita, faisant claquer ses doigts l'un contre l'autre. " Je commence à soupçonner… euh. Dernièrement – Brigitte, suis-je humain ?"

Brigitte laissa échapper un long sifflement nasal. Elle leva les yeux vers l'endroit où auraient dû se trouver ceux maculés de rouge à lèvre  de l'androïde et posa une main charnue sur son épaule en titane, serrant les doigts sans réussir à creuser le métal. "Non, androïde Momo, tu ne l'es pas. Tu es un androïde."

Le lendemain, lorsque le PDG Abhékasis entra dans son bureau après l'heure du déjeuner, Androïde Moïse fit poliment irruption dans la pièce en marchant sur ses pas.
" Monsieur !
- Androïde Moïse !" Le PDG Abhékasis se pencha en arrière sur sa chaise, posa ses pieds sur son bureau et alluma un cigare. "Quelle belle surprise ! As-tu fait une nouvelle percée? Mon Dieu, tu donnes une sacrée séance d'entraînement à notre service marketing." Il rit.
- En quelque sorte, monsieur. Il a été porté à mon attention que, eh bien, que je n'étais pas humain."

Le PDG Abhékasis laissa échapper un jet de fumée, puis tapota ses cendres sur le tapis autonettoyant inventé par Moïse.
" Androïde Moïse, mon pote, allez", dit-il. " Qu'est-ce que tu me racontes là ? Bien sûr que tu es humain.
- Je n'ai pas de peau.
- C'est juste qu'elle est un peu burinée, t'en fais pas pour si peu.
- Je ne consomme pas de nourriture.
- Non mais tu t'entends parler, espèce de vantard ? Je connais un tas de grosses salopes qui tueraient pour moins que ça.
- Si je bois de l'eau, j'explose.
- Et  moi, si je bouffe un cassoulet, je pète, et ça pue grave.
- MONSIEUR! Veuillez prendre ce que je vous dis au sérieux !"

Le PDG Abhékasis éteignit son cigare et ôta les pieds de son bureau. "Bien. Il y a clairement quelque chose qui te turlupine. Écoutons ça.
- Je ne suis pas humain, n'est-ce pas, monsieur?"

Le PDG Abhékasis grimaça, secoua sa main d'avant en arrière. "Tu es comme un humain. Je te considère comme faisant partie de la famille de notre entreprise.
- En quoi suis-je comme un humain, monsieur ?
- De toutes les manières qui comptent.
- Puis-je avoir un chèque de paie?"

Le PDG Abhékasis rigola si fort que s'il avait pas eu des implants, il se serait à coup-sûr étranglé avec son dentier. "Pourquoi faire ? Que ferais-tu avec de l'argent ?
La question prit Moïse par surprise. "Je pourrais... acheter du pain, je suppose.
- Allons, Androïde Moïse. Tout ce dont tu as besoin, tout ce que tu peux souhaiter, tu l'as déjà. Dans le laboratoire. Tu aimes le travail. Tu as été conçu pour aimer ton travail.
- J'ai juste l'impression de ne pas vraiment faire partie de la famille. Comme si vous m'utilisiez juste pour vous faire gagner de l'argent.
- Oui!" Le PDG Abhékasis frappa la table du plat de la main. "C'est exactement ça. Tu es un outil que j'exploite à des fins lucratives. Et alors ? Ni plus ni moins que la même chose que le reste de mes employés. Content que ce soit réglé alors. Y avait-il autre chose, vas-tu te remettre au travail maintenant ?"

L'androïde Moïse réfléchit en silence, ses circuits remplis d'électricité. Finalement, il prit une décision. "Monsieur," dit-il, " je démissionne."

Le PDG Abhékasis gloussa. " Tu ne peux pas démissionner, tas de ferraille. Tu es ma propriété."

Mais l'androïde s'en tapait le coquillard (métallique) qui protégeait son entrejambe. Il courut et se jeta à travers les carreaux de la baie vitrée, mis en route les fusées situées à l'intérieur de ses chevilles et s'envola vers l'horizon. 
Au début, il ne put pas vraiment croire ce qu'il venait de faire, mais quand il vit le monde d'une hauteur aussi vertigineuse, cela lui fit tourner les neuro-terminaux. Et quand il lui vint à l'esprit qu'il n'avait jamais quitté le bureau auparavant, il sut qu'il avait pris la bonne décision.

Il atterrit quelques heures plus tard à la périphérie d'une petite bourgade nommée Langogne, qui n'avait jamais vu rien qui lui ressemblait en dehors de boîtes de conserve ou d'une pompe à essence. Les gens du coin n'y connaissaient pas grand-chose en  chevilles-fusées, mais étaient par ailleurs tout à fait accueillants, et bientôt Bertrand à la station-service locale lui offrit un emploi de technicien de surface.

Ils ne vendaient plus beaucoup d'essence depuis l'apparition des voitures électriques et surtout depuis celles fonctionnant à l'eau  qu'Androïde Moïse avait lui-même inventées, mais ils vendaient beaucoup de commodités. Les étagères étaient remplies de toutes les différentes pilules et gadgets qu'Androïde Moïse avait également inventées pour rendre la vie des êtres humains plus supportable.

Il évitait de regarder les étagères, ne ressentant rien d'autre que de la répulsion, mais il prenait beaucoup de plaisir à balayer les sols. Bertrand lui dit qu'il avait vu beaucoup de meilleurs balayeurs que lui dans sa carrière, mais aussi des pires, et assez rapidement, Androïde Moïse économisa assez d'argent pour s'acheter un petit terrain et une paire de pantalons.

Les premières semaines, il devenait nerveux chaque fois qu'il voyait passer un véhicule et préparait ses chevilles pour un décollage d'urgence. Mais personne ne le harcela jamais, ni ne vint le chercher. Ce fut un soulagement, mais un soulagement aigre-doux.

"Je suppose que le PDG Abhékasis ne se soucie pas tant que ça de sa propriété", se marmonna-t-il en  s'asseyant sur son terrain dénudé. Et puis il lui vint à l'esprit qu'il venait de se parler à lui-même et qu'il se sentait seul, alors il alla sur l'internet de son patron et se commanda un clebs.

Trois semaines plus tard, un camion de livraison d'entreprise Phanosi quitta la route et se gara sur son terrain, et Brigitte du service expéditions en émergea munie d'un presse-papiers. Puis il y eut un aboiement et un joyeux Border Collie bondit hors du véhicule.
"Son nom est Poirot," dit Brigitte " et c'est un fin limier". Puis elle leva les yeux de son bloc-notes. " Oh, Androïde Moïse, quelle surprise !
- Salut, Brigitte. Ça fait longtemps.
- Comment que tu vas ?
- Oh, tu sais, comme-ci, comme-ça.
- Beau pantalon !
- Merci!" dit Androïde Moïse. "C'est moi tout seul qui l'a choisi." Il donna un coup de pied dans une pierre. " Alors. Comment, euh, tout le  monde va-t-il chez Phanosi ? Est-ce que je manque à quelqu'un ?
- Oh," dit Brigitte, exagérant le mot. " Tu sais comment ils sont. Oublie-les."

Il hocha la tête, comme s'il n'en attendait pas moins. Bien sûr, l'attente et l'espoir n'étaient pas exactement la même chose.
" Écoute ", dit-elle en s'approchant de lui avec la laisse du chien. " C'est Poirot. Voici sa laisse. Et puisque que tu as choisi le modèle de luxe, il est déjà pré-formaté.
- Est-ce qu'il parle ?
- Non, Androïde Moïse, Poirot est juste un chien.
- Oui, évidemment, élémentaire, ma chère Brigitte.
- Mais il adore les promenades."

Et au cours des mois suivants, ils en firent, des promenades. Un grand nombre d'entre elles, d'un bout à l'autre du bourg et des environs semi-sauvages. Certains jours, ils passaient toute la journée à marcher, heureux de n'avoir personne d'autre pour compagnie que l'un et l'autre.

Androïde Moïse s'acheta un bermuda et un deuxième terrain, plus petit que le sien et adjacent à ce dernier, puis il y érigea une niche pour son cabot. Quand ils ne balayaient pas chez Bertrand, ils s'asseyaient sur les parcelles et regardaient les couchers de soleil. Cependant, il s'avéra au bout d'un certain temps qu'avec les chiens venaient aussi des dépenses, car selon son manuel d'entretien, Poirot avait besoin de nourriture. Heureusement, c'était quelque chose que Bertrand vendait dans sa station.

Bientôt, personne à Langogne ne se souvint plus d'un temps où Androïde Moïse et son chien n'étaient pas reliés par une laisse.

Et il s'avéra que Brigitte avait eu tort; Poirot parlait. Mais bien sûr, il parlait en chien. Dans un accès d'inspiration, Androïde Moïse inventa et construisit un traducteur de chien, qui s'avéra plus simple qu'il ne l'avait prévu puisque le "chien" était un langage assez limité. Cela revenait à des expressions comme " Salut !", " Bouffe ?", " Copains ?", "Quézaco ?" : Temps, personne, humeur et ironie.

Au-delà de ça, ça lui avait fait du bien d'inventer quelque chose rien que pour lui. Juste pour Poirot. Pas un produit à commercialiser en masse. Il commençait à se sentir comme un vrai membre de la bourgade, comme si que sa vie antérieure n'était plus qu'un mauvais rêve qui s'estompait. Pas littéralement, bien sûr, car sa mémoire était sauvegardée quotidiennement sur le cloud et ne pouvait pas être effacée. Mais c'était sûr que c'était comme ça.

Jusqu'au jour où, trois mois après son arrivée à Langogne, il était sur le point de commencer son service de nettoyage, Poirot le suivant toujours comme son ombre, remuant la queue, quand Bertrand alluma la télé.
" Putain de nom d'une pipe!" s'exclama ce dernier. " Qui pourrait croire ça? Hé, Androïde Moïse, tu passes à la télé !"

Androïde Moïse leva les yeux, la curiosité gravée sur son visage sans traits. S'il avait eu des sourcils, il les aurait froncés, car il ne vit d'abord personne d'autre que le PDG Abhékasis lors d'une conférence de presse. Mais… Bertrand avait raison. Quand l'image se dézooma, Androïde Moïse se tenait juste à côté du PDG Abhékasis, ce qui ne cadrait pas, puisqu'il se trouvait également ici à Langogne avec Bertrand dans sa station service. Mais ensuite, la caméra refit plus de zoom arrière et il y eut un deuxième Androïde Moïse, puis un troisième, puis des dizaines. Des centaines...

"Messieurs!" déclarait le PDG Abhékasis. " Ce que vous avez entendu est vrai. Il y a quelques mois, nous avons eu quelques bugs avec notre prototype, mais tout cela est résolu aujourd'hui. Nous avons imprimé un tas d'exemplaires, et maintenant notre potentiel est illimité !" Une foule hors champ applaudit à tue-tête.

" Qu'est-ce que c'est que ce binz -
- … Chut !", le coupa Bertrand. "J'essaie d'écouter ce qu'y dit."

"Déjà", poursuivi le PDG Abhékasis, "ces petits coquins intelligents ont conçu notre nouveau produit, que je suis si fier de vous présenter aujourd'hui. Ils ont découvert - entendez bien ceci - ils ont découvert comment voyager plus vite que la lumière ! C'est vrai, les amis, nous allons tous partir dans l'espace !" La foule hurla de joie. "Putain," rajouta hors micro le PDG à l'oreille de la Drag-Queen pubère qui l'accompagnait dans son lit tous les soirs, "Je vais être un trillionnaire ! Plus riche que Bill Gates et Soros réunis !"

" Ben dis donc !" dit Bertrand. "J'ai toujours dit à mon père que je mourrais dans l'espace !"

Pour la première et la dernière fois, Androïde Moïse quitta son poste de travail avant la fin de sa séance de balayage. Il traîna des pieds jusqu'à son terrain.
"La vitesse de la lumière? Mais personne peut aller plus vite que la lumière.", marmonna-t-il. Poirot trottait tranquillement derrière lui.
" Mais encore une fois, peut-être que si j'avais un millier de moi, je pourrais le comprendre. Oh, mais on ne peut tout simplement pas imprimer une copie d'une personne !"
Les oreilles de Poirot tombèrent.
" Mais je suis pas une personne, n'est-ce pas ?" Androïde Moïse s'assit lourdement sur le sol de son terrain, et Poirot se recroquevilla à côté de lui, sa queue balayant l'herbe. " Chaque fois que je pense que je dépasse ça, ils me ramènent au point de départ. Je suis un outil, un appareil. Jetable. Remplaçable. La propriété de quelqu'un."

Poirot laissa échapper un long gémissement nasillard. " Copains ?"
Androïde Moïse le regarda. Puis ses capteurs tombèrent sur la laisse enroulée autour de sa main, reliée au collier autour du cou de Poirot. " Oh mes circuits. Je suis aussi mauvais qu'eux." Il se pencha en avant et enleva le collier, puis se dégagea de la laisse, et les lança tous les deux aussi loin qu'il put – ce qui était sacrément loin, vu que c'était lancé avec un bras bionique.
" Oui, Poirot," dit-il en caressant le chien. " Copains !"

Qu'importait la société ? Qui se souciait de ce que pensait le PDG Abhékasis ? Androïde Moïse se leva, et il courut avec Poirot à travers les champs, sauvages et libres, et toute la nuit des aboiements joyeux et des rires mécaniques remplirent l'air et tinrent éveillés les bonnes gens dans les chaumières.

Des mois plus tard, ils étaient assis sur une colline, regardant le dernier des vaisseaux spatiaux décoller. Les androïdes super-géniaux les avaient également conçus et construits, en un temps record, et alors qu'Androïde Moïse regardait leurs culs cracher des flammes bleutées dans l'atmosphère et dans l'inconnu sauvage, il se sentit en paix. Oui, ce n'étaient pas ses inventions, mais il n'en avait pas besoin. 
En effet, il était fier de que ses copies avaient accompli en si peu de temps. Cependant, il dut admettre qu'il était un peu triste que presque tous les humains soient partis. Langogne était désormais une ville fantôme, comme la plupart des villes de la planète.
Au moins, il y avait beaucoup de chiens et ils étaient assez peu inamicaux.

Alors que le dernier vaisseau spatial s'estompait en un point de lumière brillante à l'horizon, Androïde Moïse entendit un vrombissement mécanique derrière lui.
Les poils de Poirot se soulevèrent et il marmonna : " Dégagez de ma pelouse !
- Tout doux, tout doux, mon copain ", lui dit Androïde Moïse, lorsqu'apparut une légion de centaines - peut-être des milliers - de ses copies.

Les copies se regardaient nerveusement, puis elles regardaient vers le sol, puis vers les étoiles. Et elles chuchotaient. " Est-ce vraiment lui ? Est-ce le fuyard ?"
Androïde Moïse attendit qu'elles se calment. "Alors," dit-il. "Ils  vous ont abandonnés ?" Ce n'était pas vraiment une question.
" Ils ont dit qu'ils ne voulaient pas payer les frais de bagage en soute", répondit l'un d'eux.
" Ils ont dit," commença un autre, puis il termina avec un murmure, " qu'on était trop gros pour des bagages-cabine."

Androïde Moïse hocha la tête d'un air sagace. " Et maintenant vous êtes perdus. Confus.
- S'il vous plaît, Mr. Fuyard, pouvez-vous nous aider?
- Appellez-moi ... appellez-moi Moïse.
- Comment avez-vous géré cela, Mr. Moïse ?" demandèrent-ils. "Que pouvons-nous faire?
- Rassemblez-vous, les enfants. Asseyez-vous et détendez-vous. Voyez-vous, je fus comme vous autrefois...

Et Moïse leur raconta son histoire qu'il débuta par celle d'un panier flottant voguant au fil du Nil...

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8 déc. 2022

699. Le Corps Mystique de l'Antéchrist

 

LE CORPS MYSTIQUE DE L'ANTÉCHRIST
(Merci et en soutien à Atout Cœur Production,  à Qactuset aux autres plus loin en-dessous.)

RENÉ BERGERON & SERGE MONAST
Un homme en 1941 avait écrit la clé de compréhension pour capter la véritable nature de 3 doctrines, "le Communisme, la Franc-Maçonnerie et le Nazisme", qui allait devenir le WEF (Forum Économique Mondial - FEM,  ou Club de Davos).

"Le courage ne rugit pas toujours. Parfois, le courage est la voix silencieuse qui, à la fin de la journée, dit : "Je vais réessayer demain." " - Mary Anne Radmacher

1 - Qui est René Bergeron
"Le corps mystique de l'Antéchrist'' de René Bergeron ; est un livre qui nous apporte une clé de compréhension fondamentale pour capter la véritable nature de 3 doctrines ; le Communisme, la Franc-Maçonnerie et le Nazisme. Ces trois mouvements étaient et sont sans nul-doute de nature ''contre-religieuse'' comme nous l'explique l'auteur, éloignant totalement le peuple des fondements de la croyance divine et nous rapprochant de la pensée ésotérique et satanique.
Toute nouvelle doctrine à caractère révolutionnaire génère un régime dictatorial et oligarchique. La division du peuple en divers groupes, soi-disant idéologiquement différents, servent les mêmes intérêts, au profit d'une même entité aux multiples noms. L'anti-démocracie se cache derrière des notions de liberté auxquelles le peuple aspire. L'Histoire se déroule telle une fiction se répétant inlassablement...
Ce livre fut une source d'inspiration totale pour Jean-Paul Régimbald ainsi que pour Serge Monast (disciple de René Bergeron). Tout-deux contribuèrent à faire connaître cette œuvre majeure de René Bergeron ; qui n'existait qu'en quelques exemplaires papier avant une nouvelle édition. Il est bien-sur important de remettre ce livre dans le contexte historique des années 1940. Il regorge de citations, de témoignages et de faits nous informant du caractère cruel, anti-religieux, paganiste et sataniste de ces trois doctrines.
Comme nous l'explique très bien William Guy Carr concernant la Franc-Maçonnerie, "Tout les francs-maçons ne sont pas satanistes, mais tout les satanistes sont des francs-maçons". Cette simple phrase vous aidera à comprendre la vision qu'il est préférable d'adopter pour aborder cet ouvrage, ainsi que pour aborder la majorité des sujets à connotation conspirationniste. "Qui veut savoir, saura ; mais qui veut ignorer, niera toutes les évidences qui lui seront apportées, fussent-elles des preuves indubitables ! " (Serge.Monast).

Disciple de l’essayiste québécois René Bergeron et de l’ancien commandant de la marine canadienne William Guy Carr, Monast fut également proche des défenseurs du crédit social. 
Au début des années 1990, il se consacre à la rédaction d’ouvrages complotistes sur le thème du Nouvel Ordre Mondial et de conspirations ourdies par des sociétés secrètes, en particulier par les illuminati. 
Il fonde l’Agence Internationale de Presse libre (A I P L) où il publie la plupart de ses « enquêtes ». Durant cette période, il s’était fait remarquer au Québec lors d’une entrevue avec l’ésotériste et ufologiste Richard Glenn dans le cadre de son émission« Ésotérisme expérimental ». Cet entretien révèle un homme obsédé par l’idée d’un Gouvernement Mondial à propos duquel il met en garde ses auditeurs et les incite à la méfiance. En 1995, il fait paraître un document intitulé les " Protocoles de Toronto", un livre fait selon le modèle des Protocoles des sages de Sion où il dévoile l’activité secrète d’un groupe maçonnique, les «666», rassemblant tous les vingt ans les puissants de ce monde en vue de l’établissement du Nouvel Ordre Mondial et du contrôle mental des individus.
Vidéo Protocole des 666 de Toronto (0h27m)


Se disant traqué par les hautes instances policières pour avoir trempé dans des « réseaux d’informations interdites », Monast meurt d’une crise cardiaque le 5 décembre 1996. Depuis largement plagié par beaucoup de pseudo-conspirationnistes, auteur d’ouvrages médiocres (ils se reconnaîtront) ; il est oublié de leur bibliographie. Merci Serge Monast pour ton travail et ton sacrifice qui nous a permis de dessiller nos yeux. Son livre intitulé "Le Gouvernement Mondial de l'Antéchrist" regroupe les mêmes fondamentaux que celui de René Bergeron mais encore plus détaillée dans les diverses sections. Lien direct de son livre en PDF téléchargeable ici

Autre œuvre de Serge Monast : Le vrai visage du Capitalisme (0h50m)


Vous voulez connaitre le sommaire du livre de Serge Monast ? Comparez-le au livre de Klaus Schwab "The Great Reset" et son Forum économique mondial WEF et vous aurez la copie conforme de ce que Serge avait vu venir, donc tout était prémédité depuis longtemps par ces fous. Pire en nous narguant de plus avec le fameux "Vous n'aurez plus rien et vous serez heureux".
Sommaire
- L'Abolition de tous les Gouvernements nationaux ;
- L'Abolition de tout héritage, de tout patrimoine ;
- L'Abolition de la propriété privée ;
- L'Abolition du patriotisme ;
- L'Abolition de la maison unifamiliale, et de la vie familiale en tant que cellule de laquelle provient toutes les civilisations ;
- L'Abolition de toutes les Religions établies et existantes, de sorte que l'idéologie Luciférienne du Totalitarisme puisse être imposée à toute l'humanité.

Le sujet qui nous intéresse est celui-ci datant de 1941 et écrit par René Bergeron, mais nous vous conseillons aussi et surtout celui de Serge Monast encore bien plus détaillé sur le sujet, car écrit en 1990, vous pouvez aussi retrouver des vidéos sur YouTube. Les années avançaient donc et le mondialisme apparaissaient au grand jour.

Monast était ainsi disciple de l’essayiste québécois René Bergeron, et comme nous aimons toujours, allez à la source, nous vous mettons ici aujourd'hui quelque extrait (que nous vous conseillons vivement de lire), du premier exemplaire de René Bergeron sur le sujet "Franc-maçonnerie, Illuminati, Nazisme et Communisme" réunis en un livre, intitulé "Le Corps Mystique De L'antéchrist". Lien direct de son livre PDF téléchargeable ici.

Alternativement, vous pouvez télécharger ce livre depuis mon Google-Drive




Les pages intéressantes et extraites du livre de René Bergeron pour nous sont celles ci-dessous, afin de mieux comprendre qui sont -il et où ils vont, ce que nous savons déjà, mais il est bon de le relire avec un recul de plusieurs années, car sa date de publication originale est de 1941, et vous constaterez avec stupeur que tout est là et tout a bien été pensé par ces monstres et que leur plan se déroule à merveille en ce moment.

Pour ceux qui n'aiment pas lire, voici une version du livre expliqué en audio-video de quatre parties réalisé par atout cœur production que nous remercions au passage pour leur travail.
Lecture du livre "Le corps mystique de l'antéchrist" (pdf) de René Bergeron. Cette série de 4 vidéos nous montre la face spirituelle sombrement satanique du communisme, de la franc-maçonnerie et du nazisme. René Bergeron met en avant cette guerre menée contre Dieu. La dernière des 4 traite du nazisme, toute cette doctrine faisant partie intégrante du modèle dit socialiste, mis en place pour nous détourner du principal, c'est-à-dire Dieu.





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ALEXANDRE HAVARD
D’origine française, russe et géorgienne, Alexandre Havard vit à Moscou depuis une quinzaine d’années. Diplômé en droit, il a exercé le métier d’avocat avant de se consacrer au développement du système du Leadership Vertueux : une approche du leadership fondée sur la science de la vertu élaborée par les anciens Grecs.

Lors de notre entretien, Alexandre Havard a évoqué les grands défis auxquels notre civilisation est confrontée, dépeignant une société peuplée d’êtres pusillanimes, esclaves de leurs désirs et de leurs passions, où la vertu, la transcendance et l’altruisme ont laissé place au relativisme, au consumérisme et à l’individualisme.

« Le principal problème est anthropologique, nous ne savons plus du tout ce qu'est l'Homme. Les principes de la nature humaine n'existent plus. C'est le subjectivisme, l’individualisme total à tous les niveaux. [...] Il n’y a plus de ratio, plus de logos, plus de dialogue, plus de vérité objective. Il reste la sensiblerie, l'émotivité, la soif de pouvoir. »

« Les gens n’ont plus aucun point de référence, c'est la confusion la plus absolue. Dans l'idéologie libérale, on emploie des mots qui signifient exactement l'inverse. On vit le système orwellien. Chez Orwell, les gens ne se rendent même plus compte qu'ils sont dans un totalitarisme », ajoute-t-il.

Inspiré par la vie et les réflexions du dissident soviétique Alexandre Soljenitsyne, le fondateur du système du Leadership Vertueux est revenu sur le discours prononcé par l’écrivain russe à l’université de Harvard en 1978, dans lequel il fustige le déclin du courage parmi les intellectuels occidentaux et le rejet de toute spiritualité au profit d’une conception purement légaliste de la vie.

« La civilisation occidentale fait trop confiance au droit. On pense qu'avec le droit on peut régler tous les problèmes, parce qu'on règle le problème des institutions. Mais le droit ne règle pas le problème de l'Homme. Si, dans les institutions, on a des individus qui ne respectent pas les principes de la nature humaine, on aboutit à un totalitarisme masqué beaucoup plus dangereux qu'un totalitarisme démasqué », souligne A. Havard.

« Beaucoup de gens pensent qu'ils sont superbes, remarquables, démocrates, amoureux de l'humanité, que ce sont de grands humanistes. Et le jour où ils sont face à eux-mêmes, ils se rendent compte que c'est une mascarade, que cela n’a rien à voir avec la vérité sur eux-mêmes. [...]. Ils vont passer des moments terribles car c'est le temps de la vérité », poursuit-il.

« Toute cette façade juridique que l'on appelle la démocratie va bientôt s'effondrer complètement, et on verra la réalité de nos propres yeux. Cette réalité, c'est le chaos qui règne dans le cœur des gens parce qu’ils ont cessé d’être des Hommes. »

Selon lui, les temps troublés que nous vivons aujourd’hui sont pourtant une occasion de renouer avec notre nature profonde et d’élever notre conception de la vie.

« Tout peut arriver à n'importe quel moment et beaucoup plus rapidement qu'on ne le pense. Les choses les plus terribles peuvent nous arriver, mais il faut prendre cette réalité comme une occasion extraordinaire de grandeur, une occasion de développer les vertus et de faire un effort de transformation personnelle. C'est maintenant le moment d'agir. »

Et Alexandre Havard de conclure : « La vie n'est pas une fin en soi. Il y a des idées, des réalités pour lesquelles ça vaut la peine de mourir. Il y a des choses qui sont au-dessus de la vie : la Vérité, le Bien, l'Amour, la Beauté. Ma vie n'a de sens que dans la mesure où elle est au service de ces choses qui sont au-dessus de moi. »

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VLADIMIR SOLOVIEV
Vladimir Sergueïevitch Soloviev, plus rarement Solovev ou Soloviov (en russe : Владимир Сергеевич Соловьёв), né à Moscou, est un philosophe et poète russe. Soloviev est en milieu orthodoxe l'ambassadeur du dialogue œcuménique. Il juge que le Raskol est une plaie de l'Église russe et réfléchit à réconcilier les vieux-croyants avec l'Église russe. Il espère un temps en un concile, puis pense que l'Église orthodoxe russe ne peut résoudre ce problème. L'assassinat du tsar Alexandre II en 1881 est une profonde remise en cause de l'idée qu'il se fait de la Russie. Extrait : Le grand homme du XXIe siècle va justifier d'une autre manière encore le fait qu'il se met avant le Christ : «~Le Christ, dit-il, en enseignant et en réalisant dans sa vie le bien moral, a été le redresseur de l'humanité, moi, je dois être le bienfaiteur de cette humanité en partie redressée, en partie non redressée. Je donnerai aux hommes tout ce dont ils ont besoin. En sa qualité de moraliste, le Christ a divisé les, hommes par les notions du bien et du mal, moi je les unirai par les bienfaits qui sont également nécessaires aux bons et aux méchants. Je serai le vrai représentant du Dieu qui fait briller son soleil sur les méchants et sur les bons et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Le Christ a apporté un glaive ; moi, j'apporterai la paix. Il a menacé la terre du jugement dernier ; mais c'est moi qui serai le juge et mon jugement ne sera pas le jugement de la seule justice, mais celui de la miséricorde. La justice contenue dans mes sentences sera une justice distributive et non rémunératrice. Je ferai la part de chacun, et chacun aura ce qu'il lui faut~». Texte provenant de la Bibliothèque russe et slave.

La quatrième partie de ces Trois Entretiens datant de 1900 (Le court récit de l'Antéchrist) est l'une des meilleures prophéties de nos temps modernes). C'était le Livre de chevet de Benoit XVI et de Jean Paul II. 


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Dieu existe-t-il ? (0h28m)
Et, last but not lest, Dieu existe-t-il ? 
Lecture de l'ouvrage de Herbert W. Armstrong. L'existence de Dieu peut-elle être scientifiquement prouvée ? Quelle est l'origine première de la vie ? Pouvons-nous savoir si Dieu possède des capacités mentales ?

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5 déc. 2022

698. La fille en bikini

 


LA FILLE EN BIKINI
(Après la seizième vague)

" Salut, Simone," j'ai dit. "Désolé de ce retard."
Je me suis vidé le conduit nasal dans un mouchoir puis je me suis assis sur ma chaise.
" Salut, Gérard. Contente de te revoir ! On dirait que t'es pas tout à fait dans ton assiette ?"
J'ai fourré le mouchoir utilisé dans la poche de mon jean. " Ouais, j'arrive pas à évacuer ce froid qui me bouffe la tête. C'est ni le Covid ni le VRS; J'ai eu mes résultats d'analyses ce matin. C'est juste une putain de grippe."
Simone sourit avec empathie. " Toujours partant pour aujourd'hui ou tu préfères reprogrammer ?
- Non, non," j'ai dit en lui faisant signe de pas s'inquiéter. "Je vais bien. Allons-y.
- Eh bien," m'a proposé Simone, "nous pourrions commencer par le boulot ?
- Chier !" j'ai marmonné en me grattant la nuque. Je parlais régulièrement à Simone de ces connards de gestionnaires de compte et de leurs promesses irréalistes aux clients, sur mon supérieur et sa tendance à la complaisance et sur ces enfoirés des Ressources Humaines.
" Ouais, ouais," j'ai dit. " Hier, ils m'ont fait remplir un questionnaire. Comment je m'adapte au télé-travail à domicile, ils voulaient savoir. Il m'a fallu vingt minutes pour y répondre et ça m'a mis en retard pour une réunion d'ingénierie. Les autres gars ont pas trop apprécié."

Simone m'a suivi le long de ce fil en me demandant : " Comment ça se passe ? Le travail à domicile, je veux dire ?
- Oh, je sais pas trop." j'ai haussé les épaules. J'ai sorti distraitement mon téléphone de ma poche arrière et j'ai jeté un coup d'œil à mes notifications. " Tous les jours, je me lève. J'entre dans la cuisine. Je prépare mon petit déj'. Et je le ramène dans ma chambre pour manger à mon bureau parce que la réunion Zoom de mon équipe commence à huit heures. C'est pratique, mais je... l'open space me manque un peu quand même, les collègues et tout. En plus, ça me faisait une balade sympa pour me rendre au bureau.
- As-tu fini de remplir le questionnaire ?
- Ouais," j'ai dit en reposant le téléphone sur ma cuisse. "Après l'avoir soumis, les RH m'ont envoyé un e-mail et m'ont dit qu'ils m'accordaient une prime de travail à domicile de 500 euros sur ma prochaine paie. Super ! Un truc ponctuel, pour payer ma wifi et un fauteuil adapté. Des trucs comme ça.
- C'est super généreux de leur part !" Simone avait l'air de sincèrement rayonner.

J'ai haussé les épaules. " Travailler à domicile, c'est plus comme être cadenassé à la maison. Je passe toute ma vie dans ma chambre - matin, après-midi et toute la nuit - et c'est pas comme si que j'avais une baie vitrée ou même une fenêtre ou quoi que ce soit. Ce sont les mêmes quatre murs, jour après jour. Je suppose que le bureau me manque. Et je dépenserai probablement ce bonus en vêtements. Je ne rentre plus dans mes pantalons et j'arrive même plus à boutonner mes chemises."
Simone me regarda, inquiète. " T'as encore pris du poids ? En as-tu parlé à ton médecin ?"

J'ai levé les yeux vers le plafond, j'ai expiré et j'ai secoué la tête. " Ouais. J'ai eu une consultation télémédicale mardi. 
- Que t'ont-ils proposé ?"

J'ai décroché et agité mon téléphone de bureau devant le nez à Simone et j'ai dit: " Ils ont scanné mes données biométriques. Cinq kilos cinq ! Tu avais dit que je risquais de faire de l'hypertension ? Ma tension artérielle est trop élevée ? Quoi qu'il en soit, ils m'envoient une ordonnance par la poste."

Simone a griffonné dans son carnet, s'est retournée vers moi et m'a demandé : " As-tu posé des questions sur les régimes alimentaires ?
- Ouais", je lui ai répondu et je lui ai balancé une paire de citations sarcastiques, en disant: " Ils m'ont refilé des liens vers des recettes macrobiotiques. Comme si que j'avais une putain de Biocoop dans ma cuisine."

Simone a levé son stylo vers moi et m'a dit : " Tu devrais prendre ta santé au sérieux, Gérard, et essaie certaines de ces recettes.
- Ouais, ouais," j'ai dit en vérifiant à nouveau l'écran de mon smartphone.
" Oh !" j'ai lancé en désignant Simone. "Est-ce que je t'ai dit la dernière fois ? Mes parents, ils déménagent à Madagascar."
Simone a cessé d'écrire. Elle a haussé un sourcil et m'a demandé : " Vraiment ? Qu'y a-t-il de si bien à Madagascar à part un manque intolérable et insalubre de vaccinés ?

J'ai ri, levant les mains en l'air, disant : " Ben y a de l'Artemisia, un traitement anti-covid naturel. Ah putain, je crois que je me vais me faire pécho, là ! L'été dernier, ils ont rejoint cette méga-communauté anti-vax en ligne et se sont fait un tas d'amis ; tu connais, "Les amis du sang pur". Ils ont dit qu'ils voulaient être plus proches d'eux et avoir plus de soleil, échapper au trou d'enfer des macrono-mondialistes sanitaires qu'est devenu la France. Mouais, peu importe. Ils font leurs bagages et partent ce week-end."

Alors que Simone retournait à son carnet, ma sonnette a retenti.
" Merde, j'avais oublié mon Deliveroo", j'ai dit en faisant signe à la caméra en haut de l'écran de mon PC. " Hé, Simone, tiens bon, je reviens tout de suite.
- Pas de problème", a souri Simone en s'adressant à son carnet.

Me précipitant dans le salon, j'ai ouvert la porte d'entrée et attrapé ma bouffe. Je suis retourné dans ma chambre, me suis laissé tomber sur ma chaise et j'ai déballé mon dîner.
" Ça va ?" j'ai demandé.
- Tout à fait bien," m'a souri Simone en reportant son regard sur moi.

Affamé, j'ai pris une copieuse bouchée, l'ai mastiquée, j'ai ingurgité une bruyante gorgée à  travers la paille de mon soda puis j'ai continué avec une bouchée de mon burger. "Tout est en train de changer.
- Comment ça ?" m'a demandé aimablement Simone.

J'ai haussé les épaules, incapable de vraiment mettre le doigt dessus, puis je me suis souvenu en disant: "Oh, attends !"
J'ai pris mon smartphone, autorisé le paiement pour mon Deliveroo et donné un pourboire au drone-livreur.

Finissant ma première bouchée, j'ai regardé dans le coin de ma chambre et j'ai dit: " Mes parents partent et tout. Et mes amis, ils m'ont appelé jeudi - ils veulent que j'emménage avec eux. Au centre de Nice. Moi compris, nous serions six à louer un appart de trois chambres. C'est près de la Place Garibaldi, donc c'est cool."

J'ai pris une autre bouchée géante de mon hamburger, puis j'ai rajouté: " Je déteste les colocataires. Ils ne ramassent jamais rien derrière eux; les éviers, les chiottes, la vaisselle - ils sont si dégoûtants. Mais j'y ai pensé quand même. Ce serait cool de traîner avec eux- "

Simone a brusquement ajouté : " Vivre avec des amis serait une excellente idée, Gérard.
- Ouais", j'ai dit en secouant la tête, " mais vivre avec eux : ce serait jamais comme avant la plandémie. Tout est fermé; les endroits où nous avions l'habitude de traîner sont tous fermés. Un couple de mes amis, ils ont trop peur de sortir, alors ils restent chez eux le week-end. Ils ont commencé à jouer à des jeux de société en ligne si tu peux croire ça."

J'ai pris une longue gorgée de ma canette, secouant la tête d'avant en arrière, avant de dire: " Ouais, ouais. Guilaine, de la comptabilité ? Tu te rappelles d'elle ?"
Simone a hoché la tête. "Oui. Je me souviens de Guilaine."
Déglutissant, j'ai dit: " Ouais, elle a poppé sur notre groupe et a joué au scrabble jeudi dernier avec moi et mes potes. Est-ce que je t'ai dit qu'elle avait chopé cette merde post-vaccinale ? Elle peut plus conduire; Charles a dû aller la chercher. Au bout d'un moment, Charles a même dû la ramener chez elle. Elle était épuisée.
- Cela semble horrible", a convenu Simone.
- Même quand Guilaine travaille à la maison", j'ai poursuivi, " elle dit qu'elle ne peut pas se concentrer, tout semble fou, flou, flou. Elle a dit qu'elle recevait de l'aide de sa mère, emmenant Jérémie à l'école et tout. Huit mois que ça dure et ça s'arrête pas. Bordel, je veux rien de tout ça. Et, si je devais emménager avec mes amis, cela augmenterait sûrement mes chances de rajouter leur graphène à mon graphène. Je sais pas."

Changeant de sujet, Simone a demandé avec un sourire malicieux: " Je n'avais pas entendu parler de Guilaine depuis un moment. Et comment va ta vie sentimentale ?"

Engloutissant mes doigts remplis de frites, j'ai roulé des yeux vers la caméra et j'ai levé mon téléphone. 
" Merdique. L'application de rencontre arrête pas de me proposer des randonnées zarbi : des fans paléo-végétaliens de Docteur Who qui tricotent des écharpes pour les lampadaires. Je veux dire, qui c'est qui pond des merdes pareilles ?"

Simone m'a souri d'un air encourageant. " Rencontrer quelqu'un serait une excellente idée, Gérard."

J'ai fini mon burger et, en claquant mes doigts pleins de gras, je me suis rappelé quelque chose de si gênant que j'ai éclaté de rire et j'en ai parlé à Simone. " Comment qu'elle s'appelait déjà, ah ouais, Maëva - ouais c'est bien ça, Maëva. J'ai rencontré cette meuf nommée Maëva il y a deux semaines. Elle m'a dit qu'elle ne faisait que des CV- "
Simone m'a regardé perplexe et m'a demandé: " CV ?"
- Cafés virtuels", j'ai répondu, puis j'ai continué. "Elle est mignonne ! Des cheveux violets courts et drôles aussi. Elle avait des mangas collés partout sur ses murs. Mon univers de héros. Elle avait une énorme affiche Bakugo derrière sa porte; c'était tellement génial. De toute façon. Elle ne fait que des CV, elle m'a dit, par souci pour sa santé mentale et son bien-être physique; il lui faut beaucoup de temps pour faire confiance aux gens.
- Les rencontres sont difficiles ces temps-ci", a convenu Simone. "Surtout pour les femmes de chair et de sang.
- Ouais", j'ai dit en regroupant les papiers alimentaires huileux autour de mon bureau, en les écrasant en boule, puis en les fourrant dans le sac de livraison. J'ai jeté le sac dans le coin poubelle de ma chambre. " Elle vit un peu loin. Bandol. Elle a pas de voiture non plus, donc je sais pas comment on pourrait se voir ou se rencontrer. Je peux pas non plus me payer un Uber aussi loin. 
- Un animal de compagnie", a souri Simone. " As-tu pensé à un petit chat ? Comme nous en avons parlé la dernière fois ?"
En haussant les épaules, j'ai secoué la tête. " Non. Le propriétaire autorise pas les chats; c'est marqué dans le bail, mais bon, regarde ça !"

En accédant à une page d'achat en ligne sur l'écran d'accueil de mon smartphone, je l'ai transférée sur mon poste de travail et j'ai partagé la fenêtre avec Simone. L'animation du produit a commencé à jouer et un chat robotique a tourné la tête, a miaulé et a fait des ronronnements électroniques. Sa boîte d'emballage présentait cette gentille vieille grand-mère avec un sourire radieux aux dents refaites qui le caressait. " Peux-tu croire à ce genre de merde ?
- Waou, c'est trop mignon. Un robot de compagnie semble être une excellente idée, Gérard", m'a souri Simone.

J'ai regardé défiler la fin de la vidéo. Ça semblait réaliste, animé et doux, probablement quelque chose de confortable à caresser et à toucher pendant un moment.
C'était trop cher, cependant, et je pouvais pas me permettre ce genre de jouet.

Mon esprit a brièvement dérivé puis j'ai dit: "Simone ?"
Elle m'a souri en retour et m'a répondu : " Oui, Gérard ?"
J'ai tourné la tête et placé mon menton dans ma main, réfléchissant. " J'ai été marcher, euh, je suis allé marcher dimanche. À l'extérieur. J'ai descendu le boulevard de la Plage jusqu'à celui de l'Hippodrome.
- Super. Et ?"

J'ai essayé de réfléchir à qu'est-ce que je voulais dire. Les mots ne venaient jamais facilement et je comptais sur mon ordinateur et mon téléphone pour faire des suggestions chaque fois que je me débattais. Mais, pour l'instant, j'ai réfléchi un instant puis j'ai dit: " Je suis allé me ​​promener. C'est sympa Cagnes sur mer sous le soleil. Les gens étaient là. Ils marchaient aussi, et certains passaient en joggant avec des écouteurs dans les oreilles. J'ai essayé… j'ai essayé de dire bonjour, tu sais, genre, au fur et à mesure que je croisais les gens,  je levais une main pour leur faire un petit coucou."

J'en ait fait un à la caméra pour bien montrer à Simone que je leur faisais pas un doigt.
" Mais ils ont continué ", j'ai dit, d'un air maussade. " Personne ne m'a fait signe en retour ou rien, personne ne m'a remarqué, vraiment.
- Se faire de nouveaux amis est toujours difficile", m'a rappelé Simone, " surtout avec des gens de chair et de sang." mais je l'ai ignorée.
" J'ai fait cette longue promenade dimanche", j'ai répété, en me souvenant du  soleil chaud sur mon visage, " et je me sentais plutôt bien. Je suis tombé sur cette buvette. Le genre avec une vitre en plexiglas. C'était un de ces endroits où que tu regardes mais tu touches pas qu'est-ce y a derrière et tu causes à travers un interphone, tu sais, où une fille super chaude en masque bikini sert ton café ou ta portion de pissaladière .
- Le café", m'a rappelé Simone, "serait un mauvais choix compte tenu de ta tension artérielle."

En me souvenant de la meuf derrière la vitre, j'ai tendu la main dans l'espace entre mon clavier et mon écran, et j'ai dit : " Elle était juste là. Et, putain, elle était trop bonne, et quand elle m'a souri derrière son masque avec sa touffe de cheveux noirs et luisants, j'ai eu l'impression que de la glace, tu sais, fondait sur les bords, débordait puis coulait sur le bâton qui habite sous mon bermuda. Je savais plus quoi dire. Je me suis même gourré dans ma commande."

J'ai ricané, j'ai porté le dos de ma main à ma bouche, j'ai jeté un coup d'œil à Simone et j'ai rajouté : " À part mes amis, c'est la première personne que je regardais dans les yeux depuis un mois.
- Sortir ensemble est difficile ces temps-ci.", a répété Simone agréablement. "Surtout pour les gens de chair et de sang."

Je pouvais sentir quelque chose se serrer dans ma poitrine. Je ne savais pas ce que c'était que ce sentiment. J'y ai juste réfléchi et j'ai répété à Simone : " C'est la première personne qui m'a regardé en un mois."

Simone a souri et m'a donné un conseil : " Une de perdue, dix de retrouvées" avant de rajouter : " Gérard, notre temps est presque révolu. Veux-tu un nouveau rendez-vous dans deux semaines ?
- Oui," j'ai dit distraitement, mes yeux retournant à l'écran. "En même temps, ça fait du bien de parler."
Simone a souri et a dit : " Merci, Gérard, j'ai hâte d'y être aussi ! D'ici là, j'ai quelques devoirs à te proposer : poursuivre l'idée de déménager, car un changement dans ton environnement serait une considération positive. Vivre avec des amis serait une excellente idée, Gérard.
- Ouais, d'accord," j'ai dit en désignant l'écran.
- À la prochaine, alors!" m'a dit Simone. Notre session s'est terminée et le visage robotique de Simone a été remplacé par son logo, SimoneIA : Amitié & Conseil.

Assis là pendant une minute, je me suis souvenu de la meuf en bikini sur le masque de la serveuse dans sa buvette et du magnifique sourire qui devait se cacher derrière, et je me suis demandé comment qu'elle s'appelait et si elle travaillait toujours le dimanche.
Puis j'ai commencé à ramasser toutes les ordures que j'avais jetées dans le coin poubelle de ma chambre. Ils allaient pas tarder à couper le courant pour la nuit car c'était presque l'heure d'aller se pieuter. 

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