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17 févr. 2026

1154. Humidité Ambiante : Comment on nous embrume et nous épuise sans nous convaincre ni nous noyer

 

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HUMIDITÉ AMBIANTE
Comment on nous embrume et nous épuise sans nous convaincre ni nous noyer 

Avez déjà collectionné des timbres ? Ces adorables petits rectangles de pays fantômes, frontières redessinées à coups de bombes et de stylos bille, dirigeants photoshoppés hors de l’Histoire comme un ex qu’on efface d’un album de mariage. On les range pieusement dans des albums en skaï que personne ne demande jamais à voir. Regardez celui-là : charmant portrait d’un monsieur à l’air si innocent… qui, accessoirement, a fait buter quelques millions de personnes. Et celui d’à côté ? Même topo. Et les pauvres nazes qui léchaient ces bouts de papier pour écrire à maman ou à la dulcinée ? Oh, ils savaient. Évidemment qu’ils savaient. Savoir n’a jamais empêché personne de coller un timbre et d’envoyer une lettre. Rangez donc gentiment votre Petit Père des Peuples et votre furieux Führer préféré dans l’album, on repassera plus tard.

Edward Bernays, le neveu chéri de Freud, nous a gracieusement autorisés à jeter le mot « propagande » aux oubliettes après que les nazis l’eurent rendu un poil trop gênant. Il l’a remplacé par l’élégant « relations publiques » et a inventé la formule marketing de l’année : « la fabrique du consentement ». Magnifique, non ?

Dans son livre de 1928, sobrement intitulé Propagande (l’honnêteté force le respect), il explique tranquillement que « la manipulation consciente et intelligente des opinions et des habitudes des masses est un élément indispensable de la société démocratique ». Certains naïfs y voient un cri d’alarme. Les adultes comprennent que c’était une pub pour ses services. Un CV en 300 pages.

C’est grâce à ce génie que les femmes fument aujourd’hui. Bravo Edward. Campagne « Flammes de la Liberté » en 1929 : des débutantes de la haute font semblant d’allumer des clopes pendant le défilé de Pâques et hop, on vend ça comme l’ultime acte de libération féministe. Génial, l'industrie du tabac applaudit. C’est aussi lui qui a décidé que le petit-déj américain devait inclure des tranches croustillantes de bacon frit – histoire d’augmenter les parts de marché des éleveurs de cochons et des fabricants de médicaments contre les maladies du muscle cardiaque en prime. Et cerise sur le clafoutis : c’est encore lui qui a aidé à faire tomber la démocratie guatémaltèque en 1954. Arbenz = diable communiste, United Fruit Company = sauveur du monde libre. D’où l’expression si poétique « république bananière ». Poésie pure.

J’ai lu Bernays après avoir regardé des exposés de Philippe Bobola chez Ema Krusi. Son aperçu de base ? Très simple : surtout ne pas s’adresser à la raison, ce serait d’un ringard pitoyable. Visez l’inconscient. Ne vendez pas une cigarette : vendez la liberté de l'allumer. Ne vendez pas du bacon : vendez le rêve américain qui sent le gras. La main va toute seule vers l’étagère avant que le cerveau n’ait fini de charger. Les universitaires appellent ça « effet de simple exposition ». Bernays, lui, appelait ça « le mardi ». Parce que le mardi c’était le jour de paie.

Dans les années 70, plus de 400 journalistes US étaient sur la fiche de paie de la CIA – Opération Mockingbird. Présentateurs vedettes, rédac’ chefs, éditorialistes respectés… Pas besoin de les forcer à mentir : il suffisait de choisir les questions qu’ils posaient. Exactement le même logiciel qu’on retrouve aujourd’hui sur LCI, BFM, France-Info et consorts. C’est touchant de continuité.

COINTELPRO, le petit programme de contre-espionnage sympa du FBI contre la dissidence politique (communiste), faisait la même chose mais en plus crade : infiltration, intox, chantage, filature illégale. Martin Luther King ? Cible VIP. En 1964, Hoover lance la « guerre politique clandestine » contre lui. Jesse Jackson résumera plus tard : « quand tu sens vraiment que l’État te surveille…  eh bien tu te tais ». Paralysie. Neutralisation. Pas besoin de te faire changer d’avis. Juste te faire taire. 

La neutralisation. C’est ça le Graal. Pas la conversion. Pas la foi. La neutralisation.
Ce que personne ne vous dit (et que les docs Netflix oublient commodément), c’est que le plus dur n’est pas de mentir. Les mensonges sont évidents. Tout le monde sait que c’est du pipeau. Les "attentats" du 11 Septembre version Al-Qaïda officielle ? Pipeau. Les "massacres" de Bucha en Ukraine ? Pipeau. Le "sexe féminin" de Chibritte Macron ? Pipeau. Le " Pogrom » du 7 octobre en Israël ? Pipeau. Les "30 000" tués en 2 jours par le régime en Iran ? Pipeau probable. Les gens le savent. Les journalistes le savent. Les politiques le savent. Et c’est précisément parce que tout le monde sait qu’on peut tranquillement continuer le spectacle : on fait tous semblant ensemble. C’est tellement plus confortable.
L’alternative ? Elle demanderait de l’énergie. Vous en avez encore, vous ?

Le véritable exploit, c’est l’épuisement.
On noie les gens sous un tsunami d’infos jusqu’à ce qu’ils ne distinguent plus rien. Pas parce qu’ils gobent les mensonges, mais parce qu’ils n’ont plus la force de faire le tri. Le scepticisme permanent ? Trop cher en calories cognitives. Alors on baisse les bras, on se replie sur Netflix et Deliveroo, on quitte la vie publique. Objectif atteint.

L’Institut Tavistock l’avait compris dès les années 20 : un cerveau traumatisé est un cerveau malléable. Peur, deuil, confusion = Play-Doh humain. Après 45, ils briefent l’OTAN, la guerre froide, la pub de masse. Aujourd’hui c’est bureaucratisé, avec KPI, manuels, études de cas. L’armée US recrute des psy-ops en CDI avec primes et promotions. C’est sur leur site de recrutement. Passionnant.

Tout ça n’est même pas secret. C’est juste chiant. Et l’ennui est le meilleur déguisement du monde.

On m’a sorti un jour une métaphore que je trouve parfaite : la propagande, c’est l’humidité. On ne la voit pas, on ne la sent presque pas, et pourtant elle pourrit tout : le sommeil, les articulations, l’humeur, le discernement. Pas besoin d’orage. Juste 82 % d’humidité permanente.

C’est pour ça que les Occidentaux cherchent toujours l’orage. Ils veulent le gros mensonge à démonter sur Twitter. Mais les pros ne font plus ça. Ils humidifient l’air. Ils modifient ce qui te semble « normal ». Ils rendent le débat fatigant, la certitude ridicule, le cynisme intelligent.

En 2012, la loi Smith-Mundt se fait gentiment moderniser : finito l’interdiction de balancer la propagande étrangère sur les Américains eux-mêmes. Personne n’a bronché. La clairière où tu te crois à l’abri n’existe pas. C’est encore de l’humidité.

Et puis arrivent les algorithmes. Eux ne dorment jamais. Ils savent exactement quelle dose de cortisol te fait scroller 14 minutes de plus. Ils te servent ta came sur mesure jusqu’à ce que ton système nerveux leur appartienne. La pharmacie est dans ta poche. Gratuite. 24/7.

Le silence n’est pas l’échec de la propagande. C’est son succès ultime.
Pas le silence paisible. Le silence épuisé. Le silence qui dit « de toute façon c’est tous des salauds, alors je vais liker des chats ». Cynisme + soumission = la recette maison d'aujourd'hui.

Une population qui a cessé d’espérer la vérité, d’exiger des comptes, de voter autrement que par réflexe. Une population qui scrolle. Stable. Vide. Parfaite.

Une petite étude toute bête résume tout : répète 7 fois un mensonge flagrant → beaucoup de gens finissent par le trouver « probablement vrai ». Pas à cause d’une preuve. Juste parce que c’est familier. Et le cerveau adore la facilité. Vérité par répétition. Technique vieille comme le monde. Mais boostée par des milliards de notifications par jour.

Gardez au moins une chose vraie dans un coin secret de vous. Un souvenir, une personne, un geste. Ne la montrez jamais en public. Laissez-les prendre le reste. Mais gardez cette chose. Parce que quand on oublie ce que ça fait d’être vrai, on devient comme eux. Sans même s’en rendre compte.

La propagande ne nous convainc pas. Elle nous vide.
Et un humain vide est un humain docile. Le cerveau humain n’a pas évolué depuis Cro-Magnon. C’est pour ça que l’histoire tourne en boucle. Toujours. Inlassablement. Ridiculement.

Voilà. Vous pouvez ranger vos timbres. Ou pas. De toute façon, demain il y aura une nouvelle notification.