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13 févr. 2026

1153. Epstein: L’île n’était que le décor, l’information valait plus que les gosses


 EPSTEIN : L'ÎLE N'ÉTAIT QUE LE DÉCOR.
L’information valait plus que les gosses

Lorsque le président Trump a signé la loi sur la transparence des dossiers Epstein le 19 novembre 2025 – parce que rien ne dit « retour à la normale » comme un ancien ami de la jet-set qui pousse pour tout déballer –, et que le ministère de la Justice a finalement craché environ 3,5 millions de pages, 180 000 images et 2 000 vidéos (en plusieurs livraisons élégamment espacées, histoire de faire durer le suspense), le public a enfin pu admirer les preuves brutes.  Listes de passagers du Lolita Express. Relevés bancaires qui feraient rougir un trader en burn-out. Résumés de surveillance FBI. Et, cerise sur le gâteau moisi : des milliers de courriels. Des échanges privés reliant le serveur d’un pédophile condamné à la naissance de l’intelligence artificielle commerciale, à la construction de plateformes de surveillance mondiale, à la monétisation des pandémies, à la manipulation des crises de dette souveraine… et à un plan de domination privée centenaire. Pas concocté dans un garage de la Silicon Valley ni autour d’un café à Davos, non : sur une île barrière - Jekyll Island - enveloppée de brouillard au large de la Géorgie en 1910. Parce que les grandes idées, ça se mijote toujours dans le secret et le confort, visiblement.

Tout le monde veut parler de l’île d'Epstein. Évidemment, c’est le décor parfait pour un film Netflix que personne n’osera produire. Jet privé aux sièges en cuir qui sentent encore le champagne millésimé, carnet d’adresses macabre, jeunes filles mineures transportées comme du fret entre villas et rivages caribéens, caméras cachées, système de chantage huilé, rituels d’humiliation derrière des portes en acajou signées par des hommes dont les noms ornent des bibliothèques universitaires et des ailes d’hôpitaux. C’est normal d’en parler : Little Saint James était un théâtre de prédation si méthodique, si superbement protégé par l’opulence, que son existence constitue une accusation non seulement contre les participants, mais contre toutes les institutions qui ont préféré regarder ailleurs pendant des décennies. Bravo pour la vigilance collective.

Mais voici le piège délicieusement pervers : plus on fixe intensément la dépravation avec des jumelles grossissantes, moins on discerne l’architecture qui l’a rendue non seulement possible, mais rentable. Epstein n’était pas, au premier abord, un simple prédateur chanceux avec un bon réseau. Il était un appareil – un intermédiaire financier et de renseignement occupant le point de convergence précis de la politique, de la science, de la banque et de la philanthropie (ah oui, la fameuse philanthropie). Il transformait son accès privilégié en profits faramineux avec la régularité mécanique d’une machine bien huilée. Le trafic n’était pas son activité principale.  Le trafic servait de garantie. L’île n’était pas le produit, mais la police d’assurance un peu glauque. La véritable marchandise – ce qui générait les profits, ce qui faisait tourner les rouages sur des continents durant des décennies – c’était l’information. Une information brute, non traitée, d’une précision chirurgicale. Qui était sur le point de signer quel traité ? Quel plan de sauvetage se négociait à huis clos ? Quelles technologies émergentes pouvaient être monétisées avant que le grand public n’en prenne conscience ? Et surtout : comment agir dessus pendant que le reste du monde lisait encore le journal de la veille. Charmant business model.

Mais même cette analyse, aussi « chirurgicale » soit-elle, ne capture pas toute la saveur. La véritable architecture de l’opération Epstein – la strate qui reste encore un peu trop pudiquement voilée au grand public – ne commence ni avec des fonds spéculatifs ni avec des pièges à miel bas de gamme. Elle débute en 2002, sur une autre île (tiens, le thème des îles est récurrent), lors d’une réunion d’informaticiens dont les travaux allaient gentiment remodeler l’infrastructure cognitive de la civilisation. Et elle implique certains des technologues les plus célèbres de notre époque : Peter Thiel, Elon Musk, Mark Zuckerberg, Larry Page. La naissance de l’IA en tant qu’entreprise commerciale. Et un système de surveillance si sophistiqué que des milliards d’êtres humains l’alimentent volontairement, avec enthousiasme, compulsivement, à chaque instant de leur vie… sans la moindre conscience de ce à quoi ils participent, ni surtout pour qui. Parce que rien ne vaut la liberté de cliquer « accepter les cookies » pour se sentir connecté.

Lorsque Trump a promulgué la loi le 19 novembre 2025, et que le DOJ a ensuite rendu publics ces trésors répartis en douze ensembles de données (parce que pourquoi faire simple quand on peut faire administratif ?), le grand public a eu accès – pour la première fois – aux éléments bruts nécessaires pour appréhender ce système dans toute son ampleur. Listes de passagers. Relevés bancaires. Résumés FBI. Et, plus grave encore, les courriels. Des milliers de correspondances privées entre Epstein et un réseau complexe de politiciens, financiers, chercheurs et intermédiaires – des personnes qui considéraient chaque crise majeure du XXIe siècle non pas comme une catastrophe à éviter, mais comme une stratégie à adopter. Visionnaires, quoi.

Ce qui suit est une tentative d’analyser le contenu réel de ces documents. Pas les détails scabreux – déjà exploités jusqu’à plus soif par les tabloïds et les influenceurs en mal de vues. Mais le business. La stratégie. L’architecture d’extraction qui relie le serveur d’un délinquant sexuel condamné à la naissance de l’IA, aux plateformes de surveillance mondiale, à la monétisation des pandémies, à la manipulation des crises de dette souveraine… et à ce modèle centenaire de domination privée, perfectionné sur l’île brumeuse de Jekyll en 1910. Parce que l’histoire, c’est cyclique, et les cycles sont visiblement très lucratifs.

Les dossiers Epstein sont une ouverture – une fenêtre étroite sur un système qui tournait déjà bien avant la circoncision de Jeffrey Epstein ou qu'il ne pousse son premier cri, et qui continuera de tourner, avec ou sans lui, tant que son architecture restera intacte et que le public restera… disons, distrait par des notifications.

Si vous avez suivi l’affaire des « RKI Files » (les protocoles internes allemands sur la pandémie, d’abord expurgés avec amour par l’ancien ministre de la Santé, puis lâchés par un lanceur d’alerte qui a révélé les coupes les plus compromettantes), vous reconnaissez déjà le scénario. Une masse de documents surgit. Des analystes indépendants se mettent au boulot. La presse institutionnelle, elle, ignore les conclusions ou descend en flammes ceux qui les font. Chorégraphie métronomique.

La même danse s’est répétée avec une précision presque touchante pour les dossiers Epstein. En moins de 72 heures : carrière d’un haut responsable britannique en cendres, le pédophile Jack Lang et sa fille dans le caca, empire philanthropique d’une duchesse qui s’effondre comme un château de cartes mal collé, enquêtes norvégiennes sur un ex-chef de gouvernement. Et le Süddeutsche Zeitung – ce journal qui avait déjà déclaré les RKI Files « sans scandale » – qualifie les documents Epstein de « tas d’ordures ». Difficile de trancher entre incompétence magistrale et démarche plus… sélective.

De l’autre côté, les pros de la désinformation (ou simplement les crédules en roue libre) ont pollué le débat avec des montages grossiers. Une photo truquée montrant Trump dans une situation compromettante avec Epstein ? Les jambes d’Epstein simplement omises – erreur si basique que les indignés l’ont partagée des millions de fois  sans vérifier. La désinformation, volontaire ou par bêtise pure, sert toujours les puissants : elle donne au centre modéré la parfaite excuse pour tout rejeter en bloc. Pratique.

Un mythe édulcoré sur les origines de l’IA moderne commencerait sans doute dans un labo universitaire éclairé au néon : tableau blanc, équations, doctorant aux nouilles instantanées. On n’associerait pas spontanément la généalogie de la cognition machine à une propriété caribéenne appartenant à un délinquant sexuel fiché. Pourtant, au printemps 2002, un groupe d’éminents informaticiens s’est réuni sur la propriété d’Epstein dans les îles Vierges pour un « symposium sur le bon sens ».  Les débats ont été relatés dans AI Magazine en 2003, avec un remerciement officiel au « généreux soutien » d’Epstein. Parmi les stars : Marvin Minsky (MIT AI Lab, légende vivante) et Ken Ford (liens NASA/DARPA). Thème : doter les machines du raisonnement intuitif que les humains font sans réfléchir. Pourquoi ne pas mettre du lait au micro-ondes ? Pourquoi un chien ne se conduit-il pas comme une bagnole ? Reconnaissance de formes vs. compréhension du monde réel. Le fossé a paralysé l’IA pendant quarante ans. Le combler demandait du talent… et des capitaux énormes. Domaine d’expertise d’Epstein, apparemment.

On dit de lui qu’il collectionnait les scientifiques comme d’autres collectionnent les toiles de maître : non pour l’esthétique, mais pour le rendement. Il finançait, offrait l’île et le réseau, recevait en retour des briefings privés sur les techs émergentes – des infos transformables en stratégies d’investissement des mois, voire des années, avant que le marché ne capte. Après 2002 : papiers publiés, générosité notée, bases de Facebook/LinkedIn semées… et le Media Lab du MIT le rebaptise en interne « Voldemort ». Ils savaient. Ils prenaient l’argent quand même. La logique est d’une élégance sinistre : si on cache l’identité du bienfaiteur, la dissimulation est un aveu.

Selon l’enquête interne du MIT, Epstein a versé environ 850 000 $ entre 2002 et 2017 – dont 750 000 après sa condamnation de 2008. Harvard ? 6,5 millions, dont une bonne partie à Martin Nowak et son Programme pour la dynamique évolutive. Epstein y avait un bureau privé, une carte d’accès illimitée, il y est passé plus de quarante fois – post-condamnation comprise. Pas un philanthrope. Un agent intégré.

Avec Epstein logé au PEED (Institut pour l'Ingénierie des ressources électriques) et au MIT, il gagnait une crédibilité dans les deux écosystèmes (énergie et data) les plus chauds pour l’IA et… l’eugénisme appliqué. Nowak, mathématicien, étudiait la coopération évolutive – ou, dit autrement, l’eugénisme en langage respectable. Epstein et lui obsédés par le « darwinisme inversé » : la civilisation fait dégénérer le substrat biologique, les plus faibles se reproduisent plus et plus vite). Pas une idée abstraite : un problème à régler.  
Lors d’un petit-déjeuner dans sa résidence new-yorkaise de 4 645 m², avec ex-chefs d’État, patrons Google et l'ex-Premier ministre israélien Ehud Barack, Epstein exposait les travaux de Nowak. Il comparait l’élimination d’acteurs malveillants (via coupure de liens) à… l’élimination de cellules cancéreuses. Sauf que quand il parlait de « cancer » ou d’organismes « superflus », il ne parlait pas d’oncologie ni de tumeurs malignes. Il parlait d’humains. Subtil.

Un mail de Ghislaine : « Attends, elle est essentielle. Elle détient toutes les données de recherche sur l’ADN. » Epstein obsédé par la cryoconservation de son propre matériel reproductif. L’eugénisme n’était pas un sous-texte. C’était la philosophie affichée d’un homme qui finançait des labos, cultivait les scientifiques et fréquentait des décideurs convaincus que la démocratie était un échec, que l’humanité fonçait vers l’obsolescence, et qu’une super-IA rendrait la plupart d’entre nous… redondants. Et que le « durable » ne nous concernait pas tous. Idées neuves ? Non. Idées recyclées depuis le début du XXe siècle, chaque fois qu’une élite assez riche se persuade que la masse est un problème à gérer plutôt qu’à servir.

Mais l’IA et l’eugénisme chez Epstein n’étaient pas des hobbies parallèles. Des facettes convergentes d’un même projet. Pour connecter ça à l’appareil que vous tenez (celui qui vous lit en ce moment), il faut plonger dans LifeLog (DARPA, 2003) : dossier longitudinal complet sur chaque Américain, agrégé pour couvrir la planète. Scandale public → programme arrêté le 4 février 2004. Le jour même où que  Zuckerberg lance Facebook depuis sa chambre Harvard. Coïncidence exquise.

Thiel injecte 500 000 $ dans un site qui patinait. Pas un investisseur lambda : un recruteur idéologique. Palantir avait besoin de données massives. LifeLog mort ? Les gens donnent leurs données gratos via réseaux sociaux. Poindexter (Total Information Awareness) rencontre Thiel et Karp en 2004. La boucle est bouclée avec élégance.

Cambridge Analytica ? Juste la partie visible : profils psy ultra-fins, activation du Système 1 (émotionnel, rapide), atomisation en silos irréconciliables. Pas pour persuader. Pour fracturer. Pour que votre dîner de famille vire au pugilat algorithmique. Merci les algortymes.

Et dans les mails Epstein ? Mandelson qui balance des infos sur le sauvetage de l’euro 2010 avant l’annonce (enquête, perquisitions, démission en 2026 – oups). Epstein qui voit l’annexion de la Crimée comme « vraiment beaucoup d’opportunités ». Discussions sur les transitions de genre comme abonnement hormonal à vie (dès 3 ans – business model premium). Échanges sur une « préparation pandémique » dès 2009 avec des proches de Gates, zéro médecin à table, juste des financiers et des décideurs.  Pattern limpide : crise = opportunité d’investissement. Philanthropie = levier pour capter les fonds publics (Gates donne 1 $, l’État met 10 $ dans le pot, le tout retombe dans les poches de l'affreux Bill). La recette de Jekyll Island 1910 (Réserve Fédérale née en mode « on protège le peuple, juré ») tourne toujours à plein régime.

Les dossiers Epstein ne sont pas un scandale sexuel avec guests-stars. C’est une fenêtre (étroite, mais réelle) sur une machine centenaire qui transforme guerres, maladies, dettes, data, enfance, génétique… en profit.  Et le plus exquisément absurde ? On continue d’alimenter la bête chaque fois qu’on ouvre ChatGPT, qu’on scrolle LinkedIn ou qu’on partage son brunch géolocalisé.  

Libre à vous de décider si regarder par cette fenêtre change quelque chose… ou si la machine, comme prévu, absorbe la révélation et poursuit son petit bonhomme de chemin, avec un sourire discret.