Bienvenue, curieux voyageur

Avant que vous ne commenciez à rentrer dans les arcanes de mes neurones et sauf si vous êtes blindés de verre sécurit, je pense qu'il serait souhaitable de faire un petit détour préalable par le traité établissant la constitution de ce Blog. Pour ce faire, veuillez cliquer là, oui là!

18 juin 2020

410. Interruption de séance


Cette histoire vous est gracieusement offerte sans le soutien financier de  "CALVIN KLEIN"


"...demain vous connaîtrez la peur. Et si vous n'avez jamais rencontré ou connu cette dernière, c'est pas grave. Vous la reconnaîtrez facilement à sa voix. C'est celle qui vous tombera dessus en gueulant le plus fort. Ne l'écoutez pas, soldats ! Je recommande les boules Quiès et les couches-culottes pour ceux que ça effraie."

C'est sur ces dernières et rassurantes recommandations que l'Amiral conclut la remise des insignes de notre promotion de soldats du feu de la prestigieuse Star Trouille Academy.
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L'alarme incendie retentit  dans mes oreillettes tandis que je faisais du gringue à Marylou, hôtesse à la cafétéria. Je sautai fissa de mon tabouret et je cavalai à fond les manettes à travers le grand hall de la station. La courbe des particules aéroportées frisait les nuages sur l'indicateur modulaire fixé à mon poignet, la température bien au dessus de la normale saisonnière et en croissance exponentielle. 

Le Feu !

Les gens s'écartaient sur mon passage. Ça pouvait pas être possible, j'y croyais pas. C'était la première ambassade commerciale des Klikoïdiens dans notre système solaire depuis le premier contact. On n'en avait jamais vu plus qu'un à la fois avant ce jour, et encore, via écrans interposés. Et v'là que leur Ambassadeur, accompagné d'une douzaine de secrétaires, avait pris résidence dans un appart' spécialement  conçu pour eux dans notre station de Titan.

Et leurs quartiers étaient en feu ! 

Je glissai en freinant des deux semelles sur le sol synthétique jusqu'à l'arrêt complet devant l'armoire incendie la plus proche de leur appartement et je sortis un bidon sur roulette de 50 litres d'adjuvant de mousse chimique de son support. Je déroulai une manche incendie et j'enfonçai le tube plongeur de la vanne Venturi dans le bidon. J'appuyai sur la commande de sécurité.  La porte s'ouvrit dans un bruit de succion.

Bon, vous savez déjà ce qui se dit sur leur odeur, hein ? Genre relent de marée mêlé d'un truc...hem, plus sombre. Je sais pas trop. En tous cas, quand la porte s'ouvrit, je reçus cette odeur comme un uppercut dans les fosses marines nasales. 
J'arrivais pas à discerner le mur du fond, l'air était trop épais, empli de tourbillons d'une fumée noire parsemée de volutes et de turbulences vert-fluo, quasi stroboscopiques. Puis y avait ce bruit, comme un bourdonnement de basse qui montait puis qui descendait, comme le bruit d'un tremblement de terre remontant des abysses des fosses marines. 

Ils devaient être tous les treize là-dedans, allongés à même le sol, invisibles à mes yeux, noyés dans la fumée, respirant profondément, grinçant bruyamment, en train de suffoquer probablement sûrement...
Je ne pus pas discerner où se situait le feu avec toute cette fumée, ni vers où il se dirigeait, alors j'ouvris à fond en le poussant vers l'avant le robinet de ma lance-incendie et je me mis à tout asperger et recouvrir de mousse. Puis je pénétrai à l'intérieur, toussant à cause de la fumée âcre, de la mousse jusqu'à mi-cuisses. Nom de Dieu, ça puait là-dedans !

Je fus réellement surpris quand ils se mirent à frémir puis à se relever les uns après les autres, leurs exosquelettes dégoulinant de mousse à base de jus d'os de bœuf, cliquetants tels des langoustes, sur leurs deux pattes de derrière . La fumée commençait à peine à se dissiper.

L'un d'entre eux, le plus grand, s'approcha de moi, il m'dépassait d'au moins trois têtes  et demie, il me fixa dans le blanc des yeux de ses grandes billes noires et brillantes comme de la bakélite, fouettant le sommet de mon crâne tel un tambourin avec le bout de ses deux antennes. "Ça vous écorcherait la gueule de frapper avant d'entrer ?", qu'y me dit d'une voix grinçante et caverneuse, "J'étais en pleine séance copulatoire." Le "oire" final se prolongea comme un écho des cavernes dans les restants de fumée.
C'est là que ses douze femelles, presqu'aussi maousses que lui, se mirent à s'avancer sur moi en craquant et en grinçant, leurs pinces cliquetant en direction de ma tête.
C'est  aussi là, je crois, que je me suis rappelé, mais un peu tard, d'un des trucs dont nous avait parlé l'amiral sur les boules Quiès et un autre truc...

Y avait pas eu de feu du tout, la hausse de température, la fumée, les éclairs verts fluos, tout ça n'avait été que le résultat de la déperdition d'énergie engendrée par leur copulation.
Je crois que ça me prit trois jours et plusieurs paquets de pastilles Valda avant d'arrêter de tousser après ça . Beurk.

Et Marylou les mecs à la buanderie, ils durent faire  six lavages machine dont quatre à la main  avant de réussir à virer les dernières traces de chocolat dans le fond de mon boxer à damier blanc et jaune citron à ceinture noire - marquée Calvin Klein en grosses lettrines turquoise - que j'avais acheté et mis exprès ce jour là sous ma combine pour épater les bonnes grâces à Marylou plus tard dans la soirée. 
Un putain de collector de 2008 que je venais d'étrenner pour la première fois et que j'avais payé vingt fois son putain de prix...

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