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1 oct. 2020

437. Freak Show



Les petits marseillais étaient toujours tout excités au mois d'août. Spécialement à l'approche de la Sainte Marie. Car chaque année, à l'assomption qui était la fête de leur Bonne Mère , le freak-show intergalactique du Professeur Bronstein venait s'installer dans le parc Borelly. L'immense vaisseau spatial argenté poserait ses quatre pattes munies d'amortisseurs hydrauliques sur une grande zone dégagée et stationnerait là pendant toute la durée des 6 heures que durerait l'exposition.
Bien avant le lever du jour, des multitudes de gens s'agglutineraient en trépignant des semelles devant les tourniquets prêts à passer leurs poignets devant les scanners d'entrée afin d'être les premiers à pouvoir venir admirer pour la somme de 15 crédits, l'équivalent de trois journées de salaire moyen, le freak-show intergalactique du Père Bronstein. 
Tous étaient impatients de voir les créatures étranges et fantastiques que le Professeur avait ramenées de l'espace cette année. L'an passé, ils avaient pu admirer des bestioles à trois pattes d'Alpha du Centaure, des quadripèdes bicéphales de Tau Ceti. Et des horreurs serpentines de systèmes stellaires encore plus distants.
Cette année, tandis que l'immense forme ovoïde du vaisseau touchait terre dans l'immense espace en bord de mer, les gamins le regardaient avec émerveillement. Ils virent quatre immense panneaux se relever sur les flancs de l'engin spatial, révélant les cages habituelles munies d'épaisses vitres d'un plexi-glass des plus translucides. À l'intérieur de l'immense cage vitrée de l'attraction principale, une centaine de petites créatures chevalines munies de crinières, de longues queues et de six pattes démunies de sabots cavalaient un peu partout, se courant même les unes par dessus les autres pour s'approcher au plus prés de la vitre translucide et blindée, certaines même galopaient sur les cloisons et au plafond telles des araignées. Et depuis les haut-parleurs intégrés au carénage du vaisseau spatial, on pouvait entendre leurs pépiements aigus.
Les membres d'équipage du Professeur Bronstein déambulaient dans la foule des spectateurs, vendant, aux enfants qui braillaient pour se les arracher, des miniatures et des peluches de ces créatures que leurs parents payaient en passant leurs poignets devants les scanners portables que les vendeurs autour du cou.
Très vite, le Professeur Bronstein lui-même fit son apparition à l'intérieur d'une alvéole qui s'ouvrit au dessus de la cage de l'attraction principale. Il portait une cape multicolore et son haut-de-forme traditionnel.
"Amis marseillais !" clama-t'il dans son micro.
Les bruits se turent dans la foule, et il continua. "Amis marseillais, cette année nous avons une surprise exceptionnelle pour vos 15 petits crédits. Voici devant vos yeux ébahis notre attraction principale, les petits chevaux-araignées de Chbluzz, amenés jusqu'à vous depuis une distance de 17 années-lumière à travers l'espace intersidéral à un coût exorbitant et avec des risques que je ne souhaite à aucun de vous. Approchez mesdames et messieurs, approchez les enfants, approchez pour venir admirer les admirables chevaux-araignées de Chbluzz. 

"Regardez-les bien, observez-les, écoutez-les gazouiller ! Filmez-les et partagez avec tous vos amis ! Mais faîtes vite ! Notre vaisseau n'est là que pour quelques heures."
Et la foule des bourgeois marseillaises et marseillais accompagnés de leurs marmots commença à s'agglutiner en jouant des coudes pour atteindre les premiers rangs du spectacle, fascinée comme horrifiée par ces étranges petites créatures qui ressemblaient à de mini poneys hauts comme des lévriers mais qui couraient aussi sur les cloisons et le plafond de leur cage telles des araignées.
"Peuchère, ça valait le coup de payer 15 crédits pour voir ça," dit un homme du Panier à son voisin, "Je cours chez moi montrer ce que j'ai filmé à ma femme."
Ça dura comme ça toute l'après-midi. Après le comptage final, plus de cinquante mille marseillais purent ainsi approcher les uns après les autres de l'immense baie vitrée qui barrait la cage sur la coque du vaisseau spatial. Puis, lorsqu'une sirène signala la fin des 6 heures d'exposition, le Professeur Bronstein reprit le micro: "Nous devons repartir maintenant, mais nous reviendrons l'an prochain à la même date. Et si vous avez apprécié la ménagerie intergalactique du Professeur Bronstein que nous venons de vous présenter, appelez vite vos connaissances dans les autres métropoles et racontez-leurs ce que vous avez vu. Nous allons visiter Moscou demain, puis Kyoto et Singapour, Sidney et Buenos Aires, New York et Los Angeles la semaine prochaine, avant de repartir pour d'autres mondes."

Il moulina les bras en signe d'adieux, l'alvéole où il se tenait se referma. Et, tandis que le vaisseau décollait dans un imperceptible bourdonnement, les marseillais convinrent que ça avait vraiment été le meilleur show du Professeur Bronstein de ces dix dernières années.
Trois mois et quelques mondes plus tard, le vaisseau argenté du Professeur Bronstein se reposa enfin sur la boule de roche escarpée qu'était la planète Chbluzz. Les chevaux-araignées ne perdirent pas de temps à évacuer leur cage et à se disséminer dans la nature mais pas avant d'avoir entendu les remerciements et les mots d'adieu du Professeur. Puis ces créatures s'éparpillèrent, trop heureuses de refouler enfin leur monde et de retrouver leurs familles et leurs amis, tandis que plusieurs centaines de milliers de leurs congénères se ruaient vers le panneau de plexi-glass, contre la modique somme de 15 crédits, pour admirer une centaine de gluwîls, espèce de macaques à exosquelettes, entrain de faire les pîtres derrière la vitre de l'attraction principale en zieutant cette foule des quatre billes noires qui leurs servaient d'organes visuels.

Elle pépia, en se dressant sur ses pattes arrières, un cri de bienvenue dans l'étrange langage des Chbluzz. Puis elle se jeta dans leurs bras. "Vous êtes partis depuis si longtemps," s'exclama-t'elle, "c'était bien ?"
La créature adulte acquiesça. "C'est surtout les gosses qui ont adoré," répondit-il. "On a visité huit systèmes stellaires et vu plein d'espèces différentes sur plus de cent planètes."
Les petits grimpèrent aux murs de la caverne. " La planète qu'ils appellent Terre est la meilleure. Les créatures y marchent sur deux pattes et se couvrent le corps de tout plein de bouts de chiffons de toutes les couleurs.
- Mais c'était pas trop dangereux ? demanda la femelle.
- Non," répondit le père "il y avait des cloisons de plexi-glass blindé pour nous protéger de toute agression. Nous n'avons jamais quitté le vaisseau. La prochaine fois, tu devrais venir avec nous ! Ça vaut vraiment le coup, même à 20 000 crédits le billet, t'en as vraiment pour ton argent !"
- C'étaient les plus beaux zoos qu'on ait jamais vus !", s'exclama le plus jeune en traversant le plafond, tentant de choper la queue de son frère entre ses dents tandis que leur père, en manque d'affection apparent et prolongé, s'apprêtait à honorer leur mère en lui enfourchant l'échine et l'arrière-train...

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