Bienvenue, curieux voyageur

Avant que vous ne commenciez à rentrer dans les arcanes de mes neurones et sauf si vous êtes blindés de verre sécurit, je pense qu'il serait souhaitable de faire un petit détour préalable par le traité établissant la constitution de ce Blog. Pour ce faire, veuillez cliquer là, oui là!

26 mars 2025

1032. Renaissance - Le Grand Coup de balais


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RENAISSANCE
Le Grand Coup de Balais 

" Lopez !" je gueule en tapant comme un bourrin sur la porte de la plateforme d’observation. " Y’a un gros bordel avec Kobayashi, Lopez, ouvre, putain !" Je pousse sur la lourde comme un malade, mais cette saleté est bloquée de l’autre côté. Ça fait combien de temps que Lopez squatte là-dedans tel un ermite ? Trois mois ? Trois ans ? Je sais plus, le temps dans ce vaisseau, c’est comme une chanterelle de violon élastique.
" Lopez, bordel !" je braille une dernière fois avant de lâcher l’affaire. Ce vaisseau, c’est un asile qui part en sucette. Quatre piges dans l’espace, et j’suis le seul glandu qui essaie de pas tout laisser couler. Je me casse vers la salle de navigation, et là, jackpot : Kobayashi, complètement perché, assis en boule comme un gosse qui a trop sniffé de colle. Il tourne entre les écrans, et ces saloperies diffusent en boucle les pires trucs de l’histoire : bombes qui pètent, mecs qui se font trouer, émeutes de tarés, vaccinodromes engorgés, un pot-pourri, le florilège, le grand best-of de la connerie humaine, en stéréo sur tous les panneaux. " Kobayashi !" je hurle par-dessus le boucan, et ce con se retourne avec ses yeux bridés et un sourire de gamin qui vient de trouver un Pokémon dans le caniveau. Il appuie sur un bouton, et paf, tout s’arrête, les écrans deviennent noirs comme mon humeur. " J’me demandais quand que t’allais ramener ta fraise, qu’il me sort, l’air content de lui. - Mais qu’est-ce que tu fous, mec ? je lui balance, à deux doigts de péter un câble. - J’me cultive sur les chefs-d’œuvre de la débilité humaine. T’as déjà maté un lance-flammes ? Trop d’la balle ! Ou une guillotine, cric-crac, les boules qui roulent ! Ou une grenade, boum, ça fait d’la purée ! Avant, on savait faire des feux d’artifice avec du style, mon pote ! - Mais pourquoi tu t’emmerdes avec ça ? C’est d’la préhistoire, tout ce merdier ! - Oh, tu connais le dicton : oublie le passé, et sois condamné à le répéter. Mais moi, j’me dis : si t'as du goût pour le passé, t’as toutes les meilleures recettes. Pourquoi pas remettre le couvert, hein ?". J’suis paumé. On dirait que Kobayashi nous fait une crise de speed. " T’as dormi quand pour la dernière fois ? J’vais te choper un calmant, t’es en train de vriller. - Non, pas question !" qu’il gueule en sautant comme un cabri pendant que je me dirige vers le réfectoire. " On a reçu un message !" qu’il me lâche, tout nerveux, comme si qu’il avait craché le morceau sans faire gaffe. " Ça vient de la Terre !" Je pile net et me retourne. " Et pourquoi j’suis pas au jus, connard ? - J’ai bidouillé l’ordi central. Tous les messages, c’est pour ma pomme maintenant," qu’il m’explique avec une pause, pendant que j’tire une tronche de mec qui capte rien. Puis il se marre, genre il m’a bien niqué. " Comment que t’as réussi à pirater l’ordi central, toi ?" je lui demande. Toutes les zones chaudes du vaisseau – l’ordi, le Biocoffre, la nurserie – faut être au moins deux sur trois pour y entrer. Chaque porte a deux serrures biométriques, histoire qu’un taré fasse pas n’importe quoi tout seul. Kobayashi me fait un sourire de Pikachu pris la main dans le pot de Nutella. " Lopez t’a refilé un coup de main, hein, c'est ça ?" je balance, plus comme un constat qu’une question, et son sourire s’étire jusqu’aux oreilles. " Lopez, il est pas si naze que ça. Tu lui refiles ton dessert en échange de sa purée de broccoli et il te suit comme un toutou." J’commence à bouillir, mais je me calme. " OK, et il dit quoi ce message ? - Voilà qu'est mieux," qu’il me répond en se rasseyant pour taper sur une console. Les murs s’allument avec une vidéo d’un bunker vide. Tony Cuttita, le big boss du programme spatial-Gesara de l'Alliance Humaine débarque, s’assoit, et tire une gueule d’enterrement. " Messieurs… J’dois vous annoncer que c’est sûrement ma dernière transmission… J’vais faire vite… L’alliance a pété, les bombes nucléaires vont tout ravager… TOUT… C’est le pire scénario qu'on avait pas prévu… Je me suis dit que c’était mon devoir de vous prévenir... [blablabla] ...et surtout, surtout, surtout, soyez heur- " Un flash orange pète à l’écran, puis plus rien, les panneaux s’éteignent. Je reste scotché comme un con, la bouche ouverte, pendant que Kobayashi se tortille comme une gondole. " C’est la fin du monde, mec !" qu’il m'annonce. " Le spectromètre a capté les explosions pile quand le message a coupé." Je ravale la gerbe qui me remonte du gosier. Faut que je me contienne, parce que Kobayashi a clairement pété les plombs. " Ça change rien," je lui rétorque en essayant de jouer les chefs sérieux. " Ah ouais ?" Je me tourne vers lui, et là, j’pète une durite. " Bien sûr que non, abruti, c’est pour ça qu’on est là ! Trouver une nouvelle planète, tout y reconstruire, ça te rappelle quelque chose ?" Il ouvre la bouche pour répondre, mais je le coupe direct et je me casse. J’ai pas la patience pour ses conneries. " Tu vas voir ta meuf ?" qu’il me lance pendant que je m'éloigne. Y’a un truc louche dans sa voix, mais je refuse de rentrer dans son jeu. Je fonce au Biocoffre. Je peux pas y entrer avec mes seules empreintes, mais je colle mon front contre la petite fenêtre et je mate ma femme, congelée dans son cryopode, à moitié visible à travers la vitre dépolie. J’avoue, je fais ça de plus en plus souvent, des fois pendant des jours. La solitude de l’espace, ça te rend aussi cinglé qu’un rat dans un labo. Le Biocoffre, c’est une grande salle avec une rangée de cryopodes à droite, et en face, des capsules d’incubation qui ressemblent à des œufs en métal, pleins de tubes et de bordel pour les maintenir en vie. Les cryopodes, c’est les derniers restes de l’humanité, des volontaires triés sur le volet, comme ma femme, avec leurs cerveaux de génies. Les capsules, c’est des clones en train de pousser. À l’arrivée à destination finale, ils seront adultes mais avec des cerveaux de chérubins. Ils ont parié sur les deux options, histoire de pas mettre tous les œufs dans le même panier. Y’a trois cryopodes vides, au cas où. Je me dis que Kobayashi mériterait bien d’y pioncer un coup. Et Lopez aussi, pourquoi pas. Mais c’est pas pour eux que je reviens ici, c’est pour elle. " J’ai une sale nouvelle," je dis à ma chérie, même si elle est dans un coma glacé. " La Terre s’est enfin niquée toute seule. On se doutait que ça finirait comme ça avant de nous barrer… Merde, c’est pour ça qu’on a galéré à partir… mais y’avait encore un peu d’espoir…" Les larmes me montent aux yeux, le choc me tabasse. " J’suis tellement désolé," je m'exclame, pour elle, pour moi. Je me laisse glisser devant la porte comme une serpillère. J’sais pas combien de temps j’ai chialé ou zoné là, mais je finis par m’endormir. Quand j’me réveille, j’ai la gorge sèche et la tronche pleine de morve. Je dis un p’tit « ciao » à ma femme et je retourne à la salle de navigation. Faut que je vérifie que Kobayashi a pas fait encore des siennes. La pièce est vide, comme le réfectoire et le dortoir. Je me demande s’il est encore en train de comploter avec Lopez sur la plateforme quand je vois la porte de l’ordi central entrouverte. Lopez l’a encore aidé, ou elle est restée ouverte depuis tout à l’heure ? Je me traite de con de pas avoir vérifié avant. Je me faufile dedans et je trouve Kobayashi en train de pianoter comme un dingue sur le clavier de contrôle. Je mate par-dessus son épaule : des lignes de code défilent, et à côté, un historique montre qu’il supprime des fichiers des archives historiques – vidéos, journaux, bouquins, manuels – un par un, remplacés par « FICHIER PURGÉ ». " T’es pas sérieux, là ?" j’halète en le chopant par le colbac pour l’écarter. Je tape une commande rapide, et l’écran confirme : 1 % des archives ont disparu. 1 % de l’histoire de la Terre, des trucs qu’on doit garder pour tout pouvoir reconstruire, partis en fumée. Je me retourne vers Kobayashi, choqué. " J’peux t’expliquer, qu’il me dit, calme comme un bénédictin, et c’est ça qui me fout le plus en rogne. - Dégage ! je lui balance en le poussant hors de la pièce. - Faut que ce soit fait, qu’il me dit en levant les mains tel un innocent. - Tu sabotes tout, connard !" Je pense à lui coller une droite, et il s'écarte, genre il a peut-être lu dans mes pensées. " T’as vu ce qui s’est passé," qu’il insiste. " La Terre s’est flinguée toute seule. - Ça t’donne pas l’droit… - Pourquoi s’accrocher à ça ? Pourquoi vouloir tout refaire pareil ?" J’bégaye. De quoi il parle, ce taré ? Kobayashi enchaîne, débitant comme une mitraillette : " C’est notre chance de repartir de zéro. Effacer le passé. Tout reprendre. L’humanité s’est déjà niquée une fois. Si on garde les archives, on va juste refaire les mêmes conneries. Mais si on rase tout… pas d’histoire, pas de merde. Un véritable nouveau départ ! - Et on survit comment sans les archives ? L’agriculture, les machines, la techno ? On va tous crever ! - Mais non !" qu’il s’excite. " On l’a déjà fait y’a des millions d’années sans tout cette science. On peut recommencer. La renaissance, mec !" J’en peux plus. Faut que j’me barre avant de lui éclater sa tronche. Je retourne à la plateforme d’observation. " Lopez !" je gueule en tapant sur la porte. " Fais plus rien avec Kobayashi, c’est un ordre ! Je m’en fous de ce qu’il te refile ! Tu m’entends ?" Pas un bruit. Je retape encore un coup pour la forme. " Si je te chope avec lui, je vous fous tous les deux dans les cryopodes !" Je retourne au Biocoffre. Je suis tendu comme le string à Madonna, faut que je parle à quelqu’un de fiable. " Il va tout niquer. Notre futur avec," je dis à ma femme. Son sommeil glacé m’apaise un peu. Je fais les cent pas. " Le cryopode, ce serait peut-pas pas con pour Kobayashi. Il serait en sécurité. Nous aussi." Plus j’y pense, plus ça m’botte. Faut que je le fasse, je décide. Le plan est trop classe pour ce taré. J'injecte trois cc de sédatifs dans sa poche de bouffe et j’attends qu’il tombe dans les vapes. Je le traîne au Biocoffre, je le hisse sur mon dos, et je plaque une de ses mains sur une serrure biométrique pendant que je plaque la mienne sur l'autre. Clic, la porte s’ouvre, et je le balourde dans un cryopode. J’hésite une seconde devant Kobayashi qui gèle, puis je me tourne vers ma femme. Elle est si près… plus près que ces quatre dernières années. Je la mate tel un amoureux voyeur, redécouvrant son visage, ses seins – elle a changé dans mes souvenirs. Je devrais dire merci à Kobayashi pour ce petit moment d'intimité, je suppose. D’un coup, les lumières virent au rouge, une sirène hurle : « Attention… Biocontaminant détecté.» " Ouais, ouais," je grogne en quittant la salle. La porte se referme derrière moi, et le bordel s’arrête. Je suis crevé, je me couche et j’pionce direct. Je rêve de ma brune, de notre vie future – jamais du passé – jusqu’à ce que la putain de voix mécanique me réveille : « Attention… Biocontaminant détecté. » Je me redresse d’un bond. Les lumières rouges clignotent, et j’entends des bruits sourds derrière la porte. Je regarde : Kobayashi, sorti comme par magie de son cryopode, défonce un tube à coups de latte. Après quelques ratés, ça pète. " Kobayashi !" je gueule. Il me jette un regard sérieux, puis passe au suivant et l'explose aussi. " Tu es entrain de les tuer, enfoiré !" Mais il m’ignore. La renaissance de l'humanité, qu’il disait. Il va niquer tous les cryopodes jusqu’à ce qu’il reste plus que les clones. Plus rien de la Terre. Il avait dû capter que je le foutrais dans un pode. Avec Lopez, il ont bidouillé l’ordi central pour pouvoir se libérer. Lopez. Le seul qui peut m’aider. Je fonce à la plateforme, je défonce la porte : " Lopez !" Elle pète enfin. Il est là, à poil, maigre comme un clou, les cheveux en mode nid de piaf. " Tu viens avec moi !" je lui ordonne en le chopant par la tignasse. Il pue la mort, mais je le traîne jusqu'au Biocoffre. Je lui colle la main sur un un lecteur d'empreinte, je tape la mienne sur l'autre, la porte s’ouvre. Kobayashi est devant le cryopode de ma femme. Sans un regard, il explose le tube d’un coup de latte. Je regarde, impuissant, le corps gelé de ma brune se ratatiner, la glace craquer, ses yeux s’ouvrir, sa peau blanchir, son sang se barrer. Sans respirateur, elle crève en direct. " Et Dieu vit que la méchanceté des hommes était grande, murmure Kobayashi. - T’es pas Dieu, connard !" je gueule en le plaquant au sol, mes mains sur sa gorge. "T’es fou à lier ! - Alors… toi… aussi…" qu’il râle en se débattant. " Tu crois… que c’est ta femme… " Je serre encore plus fort. " Si c’est… ta femme… comment qu'elle s'appelle ?" Là je bloque. " Quoi ? Son nom ?" Je comprends qu’il a raison… Je m'en souviens plus. Pourquoi je m'en souviens plus ? Kobayashi ricane entre deux souffles. " Elle n'est… ta femme… que dans ta tête." J’enfonce mes doigts dans sa gorge. " Lopez… il sait", continue-t-il en roulant des yeux qui s'exorbitent. Je regarde Lopez, recroquevillé près de la porte, qui me fixe, terrifié, mais il hoche la tête. Kobayashi dit vrai. " T’es aussi cinglé… que nous" qu’il s’étouffe. Je sens les cartilages de sa gorge céder, mais je continue. Ses yeux se figent, puis se renversent, et c’est fini. Je me relève, les mains en compote. Je quitte la pièce, les lumières rouges, la voix robotique, le corps de Kobayashi par terre, Lopez qui chiale dans son coin. Pendant des jours, peut-être même des semaines, je zone dans le vaisseau comme un zombie. Je bouffe plus que dalle, je dors à peine. Lopez doit être planqué sur la plateforme, et je m’en fous. Je passe des heures à glander dans la salle de navigation, à mater les écrans vides. Je pense à lancer une vidéo des archives, mais je trouve rien à regarder. Un jour, je me retrouve au Biocoffre. La porte est toujours ouverte, les lumières clignotent, la voix répète son alarme de merde. Je rentre dans la salle, mais je ressens rien. Tout est comme avant : Kobayashi mort, la femme dont je connais pas le nom crevée dans son cryopode éclaté. Elle me semble étrangère. C’était qui ? Je vire le corps de Kobayashi par le sas, dans l’espace. Je croyais que ça me ferait du bien de m'en débarrasser, mais je regrette direct. En sortant, je passe devant l’ordi central, toujours allumé. Je m’assois et tape un truc par curiosité : combien de temps pour niquer le reste des archives ? L’écran calcule : 117 jours pour tout purger, au rythme de Kobayashi. 117 jours pour effacer la Terre. Peut-être qu’il avait raison. J’ouvre un fichier au pif : un bouquin sur la fin de l'Empire Romain. J’appuie sur « Supprimer ». Renaissance, nous voilà !

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24 mars 2025

1031. Sept voiles..., une claque !

 

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SEPT VOILES..., UNE CLAQUE !
Dans un monde voilé par des filtres, la clarté est synonyme de rébellion.
Suivi du texte d'Albert Jay Nock: Notre Ennemi, l'État.

Tout au long de la grande aventure pour essayer de piger le monde, certains on dû se battre contre un tas d’idées bancales et les virer une par une. Chaque fois, c’était une tentative foireuse pour répondre à une question qui en turlupine plus d'un : pourquoi les gens galèrent-ils dans leur vie sans jamais capter des trucs tellement clairs qu’ils pourraient éclairer les coins les plus obscurs ?

Nous, les 10 à 15% qui avons grillé le pot aux roses et qui gueulons haut et fort qu’il y a un complot, on se retrouve souvent à causer entre nous, bien vénères. On se demande pourquoi les autres, les gens "normés" les pilules bleues ou appelez-les comme ça vous chante, refusent de voir les preuves qui crèvent les yeux, celles qui montrent qu’ils sont esclaves sans même le savoir. La réponse classique – « ils préfèrent rester dans le noir » – ça sonne comme une excuse bidon, un peu trop gentille, comme si que c’était une qualité de pas vouloir affronter la réalité en face. La rédaction de ce blog pense que c’est juste de la trouille déguisée.

Mais regardez un peu les vrais responsables de ce cirque : une bande de gros bonnets qui se prennent pour des boss et qui ont monté un système tellement blindé de fric et de confort que les gens ne pensent même pas à lever la tête de leur assiette pour voir qui qui leur sert leur soupe à la grimace. Imaginez un gros mensonge bien ficelé – une vie qu’on nous vend comme parfaite, mais pas pour nous faire kiffer, juste pour nous endormir. 

Ces tordus ont convaincu tout le monde que la liberté, c’est avoir un compte en banque qui pèse ou des jouets qui brillent, tout en leur collant des chaînes avec un petit sourire en coin. Le pire, c’est que leur piège est tellement bien foutu que si on essaie de le démonter, on a l’air de se battre contre du vent comme Don Quichotte – c’est chiant et presque risible.

Mais ça fait encore plus mal quand que ces mêmes clampins "normés", gavés des conneries qu’on leur a servies, se foutent de nous et nous traitent de cinglés. Nous, les gens qui voyons clair derrière leur rideau bien propre, on se prend des « théoriciens du complot » dans la tronche, comme si que chercher la vérité derrière leur petite vie dorée était une tare. Peut-être que c’est pas de la folie, mais juste le cran de dire non à leur sirop soporifique, pendant qu’eux s’y accrochent en fonçant droit dans le mur.

Et c'est là que ça fait tilt : c’est pas juste qu’ils refusent de voir qu’ils perdent leur liberté sous les ordres d’une poignée d'oligarques qui bouffent tout. Non, ils peuvent carrément pas les voir. On leur a collé un bandeau sur les yeux avec des illusions bien torchées par des gros poissons et des marionnettistes qui tirent les ficelles. Du coup, l’idée de se révolter, pour eux, c’est comme les mot d’un jargon patchoune qu’ils connaissent pas.

C’est là que ça devient encore plus moche : cette domination, elle est maquillée en progrès. Ces oligo-mecs ont dressé les gens comme des chiens à courir après des miettes, sans qu’ils captent les chaînes qui les tiennent. Entendez-bien, la vie de la plupart des gens, c’est une épreuve de ouf – un test qui sépare les durs à cuire de ceux qui se laissent marcher dessus. Imaginez une grosse carrière pleine de cailloux : le temps passe, tout s’use, et la plupart finissent en poussière pour servir de base au truc des autres. Y’a que quelques rares qui sortent du lot, des pépites qui brillent au milieu des gravats.
Maintenant, regardez l’humanité : plus de huit milliards de gus qui s’agitent sur cette planète. La plupart bossent comme des machines, scotchés à leur prochaine bouffe, leur prochaine corvée, leur prochaine respiration, leur prochain petit kiff. Réfléchir ? Se rebeller ? C’est pas pour eux, ils en ont ni le temps ni l’envie.

Tout ce cerveau collectif, c’est du gâchis total. Huit milliards de cerveaux qui pourraient être de super ordis, mais qui tournent à fond pour gérer un bordel de conneries : 600 onglets ouverts, du scroll sur du porno, des virées shopping qui te filent un shot de dopamine, et une tonne de vidéos YouTube qui braillent en même temps – « musique relax pour bosser », « 10 astuces pour être un boss », « bruits de pluie pour se concentrer » – tout ça qui se bat pour capter leur attention dans un gros bordel de distractions. C’est une explosion de neurones à l’échelle galactique, un feu d’artifice de potentiel qui finit écrasé par les trucs les plus basiques : la baise, le fric, et le petit plaisir rapide. Pendant ce temps, la planète crève dans un coin, et ils s’en tapent. Ils sont pas débiles, ils sont juste coincés dans un cycle infernal qu’ils se coltinent pour pas péter un câble, sans jamais se demander pourquoi ils nagent dans cette merde.

Et là, y’a un truc encore plus gros : ce merdier, c’est peut-être pas juste un défaut des humains, mais un test de l’univers – un truc qu’on appelle le Grand Filtre, qui décide si une civilisation passe au niveau supérieur ou se plante. Peut-être qu’on est bloqués parce qu’on préfère le confort à la bagarre, et que toutes les espèces avant nous ont trébuché sur le même piège : un système tellement cool qu’elles ont oublié de le péter. On est des exceptions, ou juste une bande de nazes de plus qui captent rien ?

Ces "élites", c’est pas juste des profiteurs qui sucent le sang du système. Ce sont les mecs qui tiennent les clés de notre fin, en fabriquant un piège tellement attirant que les gens s’y jettent sans même s’en rendre compte. Pendant qu’on se prend la tête pour des broutilles, l’univers reste muet – peut-être parce que tous les cerveaux avant nous ont craqué face à un piège aussi bien tendu : une cage dorée tellement classe qu’ils ont oublié d’en sortir. On est différents, ou on est juste trop cons pour s’échapper ?

Passé le premier filtre : y’a qu’un mec sur dix qui va capter le premier truc et commencer à bouger dans le game politique. Là, on vote, on gueule, on donne son avis – des idées qu’on a chopées en vivant des trucs concrets, où on a tendance à prendre les paroles des chefs, des journaleux ou des influenceurs pour des vérités absolues. Mais même là-dedans, neuf sur dix vont rester toute leur vie sans aller plus loin, contents de barboter dans des vérités toutes faites et aussi douces et proprettes que le doudou de votre dernier né.

Passé le deuxième filtre : sur ceux qui on passé le premier, y’en a qu’un sur dix qui va creuser plus loin, qui va se plonger dans l’histoire, les deals entre les puissants et les gens, et les bases de la liberté qu’on trouve dans les lois ou les vieilles coutumes. Ils vont cogiter sur qui tient vraiment les rênes et pourquoi ça coince. Mais même là, neuf sur dix vont lâcher avant de tenter d'aller voir plus loin, trop contents de rester dans le confort de leurs vieilles habitudes, de leurs vieux tics et de leurs nouveaux tocs.

Passé le troisième filtre : une poignée de ceux qui restent vont franchir encore une étape, et là, ils vont voir le bordel caché sous la surface : un système énorme d’algorithmes et de machines qui surveillent tout, monté par des gros groupes et des chefs bien planqués, qui dirigent les gens avec une précision qui réduit la liberté à un mot vide et creux. C’est des trucs qui devinent ce que vous pensez avant vous, des espions qui tracent tous nos pas, un gros réseau de contrôle déguisé en progrès. La plupart vont se laisser bluffer par le côté brillant de la chose et trébucher là, leur cerveau piégé par ce truc trop facile, sans voir les chaînes qu’il se sont laissés mettre.

Passé le quatrième filtre : un sur dix de ces mecs va aller encore plus loin et découvrir un monde où tout – même les gens – est contrôlé par des familles ultra-riches et puissantes, qui mélangent leurs vieux trésors avec des plans tordus pour tout dominer. C’est eux qui tiennent l’économie mondiale, qui vacille sous leurs dettes.

Passé le cinquième filtre : parmi ceux qui grimpent jusque-là, une poignée va tomber sur un truc qui fout les jetons : et si tout ça, notre réalité, c’était du fake ? Une grosse simulation montée par une intelligence qu’on peut pas capter. Y’a des indices qui traînent : des trucs bizarres dans la physique, des lois de la nature trop bien réglées, l’idée flippante qu’on vit dans un jeu créé par un truc invisible – une machine ou un esprit venu d’ailleurs. Là, l’univers devient juste un tas de données, un film sur un écran géant. La plupart vont flipper et reculer, leur tête incapable de gérer un monde sans base solide.

Passé le sixième filtre : parmi ceux qui tiennent le coup, un seul va aller encore plus loin et plonger dans un truc énorme : la réalité, c’est un bordel de mondes infinis, où chaque choix fait naître un autre univers et où tout vibre avec des dimensions qu’on voit pas. Le temps tourne en boucle, l’espace devient du vent, et tout ce qu’on croyait solide s’effrite sous des forces bizarres et des énergies qu’on pige pas. Le cosmos est tellement grand et éclaté que même son sens finit par se barrer. La plupart vont craquer face à ce truc trop immense, leur tête accrochée à des certitudes qui s’écroulent.

Passé le septième filtre : arriver là, c’est se retrouver face à tout ce qui existe d’un coup : un mélange de puissance et de vérité où vous, l’univers et le début de tout se mélangent dans un bordel explosif. C’est quoi ? La volonté d’un vieux dieu, un calcul géant, ou juste un chaos sans fin ? Là, y’a un truc brut qui pulse – pas un dieu de paix, mais une énergie folle qui traverse tout, des atomes à nos pensées, et qui tient l’existence dans un truc trop grand pour nous. Très peu arrivent là, parce que c’est trop violent pour nos petites têtes qui veulent encore croire à des histoires simples.

Le truc marrant, c’est que ceux qui sont coincés derrière les trois premiers filtres trouvent forcément que ceux qui vont plus loin sont des tarés. Plus on avance plus loin, plus on réduit le groupe de mecs qui captent, et plus la masse vous traite de fou – ça devient pire à chaque étape.
Et ça va encore plus loin : plus un mec qui a passé le cinquième filtre ou plus essaie d’expliquer ce qu’il voit à ceux qui sont encore dans le brouillard, plus il passe pour un dingue à leurs yeux. La vérité, on dirait un truc trop louche pour ceux qui pigent pas.

Sous les deux premiers filtres, y'a la masse des gens – des robots mous qui galèrent dans le système sans s’en rendre compte. Ceux au deuxième filtre, c’est une armée de suiveurs qui savent pas qu’ils aident les chefs à envoyer les autres se faire défoncer le cul dans des guerres loin d’ici, comme des pions qu’on jette.

Ensemble, ces couches pensent que les magouilles de leurs boss sont des trucs nobles – des sacrifices bien classes qui valent leur sang. Leur job, c’est d’être des pièces qui font tourner la machine du pouvoir sans poser de questions.
Mais ceux qui vont plus loin deviennent des dangers pour ce système, parce qu’ils servent plus à rien sinon à gêner les oligomecs qui ramassent tout. À chaque filtre qu’ils passent – les trésors des gros, les plans tordus, la surveillance partout, l’idée qu’on vit dans un fake – ils perdent des trucs en route : la famille, le boulot, la liberté, tout cramé pour voir la vérité. Leur résistance, c’est un petit « non » au bordel, un refus de se laisser bouffer par la machine.

Un vieux malin, Albert Jay Nock, a écrit un truc en 1935, « Notre ennemi, l’État », (Texte intégral en bas de ce post) où il explique que ceux qui vont trop loin finissent mal en général. Il disait : « Qu’est-ce que l’État peut faire face à un mec comme Socrate ou Jésus, qui lâchent rien ? Les empoisonner ou les clouer sur une croix, juste parce qu’ils brillent trop fort pour être supportés. »

C’est une vieille guerre, comme l’histoire de Prométhée, le mec qui a piqué le feu aux dieux pour le refiler aux humains. Les dieux ont pété un câble, pas juste pour le vol, mais parce que ce feu donnait du pouvoir aux gens, une lumière pour niquer leur contrôle. Pareil aujourd’hui : l’État, ce gros tas de chefs mesquins, flippe dès qu’un mec nous tend une étincelle de vérité.
Comme Prométhée attaché à son rocher, à se faire bouffer le foie tous les jours par un volatile qu'adore ce genre de barbaque, ceux qui éclairent les autres prennent cher – punis pas pour un crime, mais pour nous avoir montré qu’on peut péter les chaînes.
L’État, ce gardien jaloux de son bordel, supporte pas qu’on le concurrence – que ce soit un philosophe qui démonte ses mensonges ou une meuf au hasard sur le net qui capte le multivers. Dans un monde qui pourrait être un fake, ces gens menacent pas juste l’ordre, mais le programme lui-même.

Du coup, on pige que nos potes sont pas juste trop occupés pour capter ce qui les enchaîne et qui les dépouille. Non, ils voient rien – comme moi dans une pièce sans lumière, les rideaux fermés. C’est pas leur cerveau qui bloque, c’est leurs yeux qui sont pas ouverts.
Si on vit dans un fake, un bout de code, leur aveuglement fait partie du plan : c’est voulu par le mec qui a tapé « Enter » sur le clavier. Si c’est un multivers, ils sont juste un fil parmi des milliards.
Ce texte, il sert à trois trucs. D’abord, il aide les rares qui ont passé les derniers filtres – ceux qui voient la surveillance, le fake de la réalité ou le bordel du multivers – à capter pourquoi les autres les prennent pour des fous, à cause d’un brouillard fabriqué.

Ensuite, il rappelle à ceux qui sont coincés au début un truc simple : vivre, respirer, penser, c’est juste le début, pas la fin. Ça les pousse à se demander si leur monde est réel ou une ombre, et qui qu'ils veulent comme patron.
Enfin, il gueule qu’on a une mission énorme : à chaque filtre qu’on passe, on se rapproche du vrai truc brut derrière tout ça – un multivers qui gronde, un fake qu’on peut pas voir, ou une force énorme qui pulse dans le grand tout. Cette force, plus grande que l’État, nous appelle à ouvrir les yeux face au bordel immense qui brille derrière les étoiles.

C’est pas juste un délire ou une connerie. C’est une histoire qui démonte tout.
Elle transforme ces filtres, ces voiles, ces illusions farfelues en un monde plein de couches, de systèmes qui contrôlent, et de vérités qui s’effritent.
Un monde qu’on connaît, mais qui est totalement barré.
Là où réfléchir devient agir, et où capter demande un prix,
C’est là que ça commence vraiment.
On pourrait en dire plus encore.
Mais pas aujourd’hui.
Aujourd’hui, sachez juste que ça s'en vient.

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Notre Ennemi, l'État.
Texte Intégral
Par Albert Jay Nock

I
Si nous regardons au-delà de la surface de nos affaires publiques, nous pouvons discerner un fait fondamental : une importante redistribution du pouvoir entre la société et l’État. C’est ce fait qui intéresse l’étudiant en civilisation. Il ne s’intéresse qu’à des questions secondaires ou dérivées comme la fixation des prix, la fixation des salaires, l’inflation, les politiques bancaires, l’« ajustement agricole » et autres sujets similaires de politique publique qui remplissent les pages des journaux et la bouche des publicistes et des politiciens. Tous ces éléments peuvent être regroupés sous un même titre. Ils ont une importance immédiate et temporaire, et pour cette raison, ils monopolisent l’attention du public, mais ils aboutissent tous au même résultat : un accroissement du pouvoir de l’État et une diminution correspondante du pouvoir social.

Malheureusement, on ne comprend pas bien que, de même que l'État ne possède pas d'argent, il n'a pas non plus de pouvoir propre. Tout son pouvoir est celui que la société lui donne, plus ce qu'elle confisque de temps à autre sous un prétexte ou un autre ; il n'existe aucune autre source de pouvoir étatique. Par conséquent, toute prise de pouvoir étatique, que ce soit par don ou par saisie, prive la société d'autant plus de pouvoir. Il n'y a jamais, et il ne peut y avoir, de renforcement du pouvoir étatique sans un appauvrissement correspondant et à peu près équivalent du pouvoir social.

De plus, il s'ensuit qu'avec tout exercice du pouvoir étatique, non seulement l'exercice du pouvoir social dans la même direction, mais aussi la disposition à l'exercer dans cette direction, tendent à diminuer. Le maire Gaynor a étonné tout New York lorsqu'il a fait remarquer à un correspondant qui se plaignait de l'inefficacité de la police que tout citoyen a le droit d'arrêter un malfaiteur et de le traduire devant un magistrat. « La loi anglaise et celle de ce pays », écrivait-il, « a pris grand soin de ne pas conférer plus de droits à cet égard aux policiers et aux agents de police qu'à chaque citoyen. » L'exercice de ce droit par l'État, par le biais des forces de police, s'était poursuivi avec une telle constance que non seulement les citoyens étaient réticents à l'exercer, mais probablement pas un sur dix mille ne savait qu'il en avait.

Jusqu'à présent, dans ce pays, les crises soudaines de malheur ont été répondues par une mobilisation du pouvoir social. En réalité, à l'exception de certaines institutions comme les maisons de retraite, les asiles d'aliénés, les hôpitaux municipaux et les hospices de comté, la misère, le chômage, la dépression et autres maux similaires n'ont pas été l'affaire de l'État, mais ont été soulagés par l'application du pouvoir social. Sous M. Roosevelt, cependant, l'État a assumé cette fonction, proclamant publiquement la doctrine, inédite dans notre histoire, selon laquelle l'État doit subvenir aux besoins de ses citoyens.

Les étudiants en sciences politiques n'y voyaient bien sûr qu'une proposition astucieuse visant à accroître prodigieusement le pouvoir de l'État ; simplement ce que James Madison appelait, dès 1794, « la vieille astuce consistant à transformer chaque imprévu en une ressource pour accumuler de la force au sein du gouvernement » ; et le temps a prouvé qu'ils avaient raison. L'effet de cette situation sur l'équilibre entre pouvoir de l'État et pouvoir social est évident, tout comme son effet d'endoctrinement généralisé, qui s'explique par l'idée que l'exercice du pouvoir social sur de telles questions n'est plus nécessaire.

C'est en grande partie de cette manière que la conversion progressive du pouvoir social en pouvoir d'État devient acceptable et se fait accepter.    Lors de l'inondation de Johnstown, le pouvoir social fut immédiatement mobilisé et appliqué avec intelligence et vigueur. Son abondance, mesurée uniquement par l'argent, était si grande que lorsque tout fut enfin remis en ordre, il restait environ un million de dollars.

Si une telle catastrophe se produisait aujourd'hui, non seulement le pouvoir social serait peut-être trop affaibli pour un tel exercice, mais l'instinct général voudrait que l'État s'en charge. Non seulement le pouvoir social s'est atrophié à ce point, mais la disposition à l'exercer dans cette direction s'est atrophiée avec lui. Si l'État a fait de ces questions sa spécialité et a confisqué le pouvoir social nécessaire pour les gérer, qu'il s'en charge.

Nous pouvons mesurer approximativement cette atrophie générale par notre propre réaction face à un mendiant. Il y a deux ans, nous aurions pu être amenés à lui donner quelque chose ; aujourd'hui, nous sommes amenés à le diriger vers l'organisme de secours de l'État. L'État a déclaré à la société : « Soit vous n'exercez pas suffisamment de pouvoir pour faire face à la situation d'urgence, soit vous l'exercez de manière que je considère comme incompétente, alors je vais confisquer votre pouvoir et l'exercer à ma guise. » Ainsi, lorsqu'un mendiant nous demande un quart de dollar, notre instinct nous pousse à dire que l'État a déjà confisqué notre quart à son profit et qu'il devrait s'adresser à lui pour en discuter.

Toute intervention positive de l'État dans l'industrie et le commerce produit un effet similaire. Lorsqu'il intervient pour fixer les salaires ou les prix, ou pour prescrire les conditions de concurrence, il signifie pratiquement à l'entrepreneur qu'il n'exerce pas correctement son pouvoir social et propose donc de confisquer son pouvoir et de l'exercer selon son propre jugement. L'instinct de l'entrepreneur le pousse donc à laisser l'État en assumer les conséquences.

Pour illustrer simplement ce point, un fabricant d’un type de textile hautement spécialisé me disait l’autre jour qu’il avait maintenu son usine en activité à perte pendant cinq ans parce qu’il ne voulait pas laisser ses ouvriers à la rue dans des temps aussi difficiles, mais maintenant que l’État était intervenu pour lui dire comment il devait gérer son entreprise, il pourrait bien en assumer la responsabilité.

Le processus de conversion du pouvoir social en pouvoir étatique peut peut-être être perçu à son plus simple dans les cas où l'intervention de l'État est directement concurrentielle. L'accumulation du pouvoir étatique dans divers pays s'est tellement accélérée et diversifiée au cours des vingt dernières années que nous voyons aujourd'hui l'État fonctionner comme télégraphiste, téléphoniste, vendeur d'allumettes, opérateur radio, fondeur de canons, constructeur et propriétaire de chemins de fer, exploitant ferroviaire, buraliste en gros et au détail, constructeur et propriétaire de navires, chimiste en chef, constructeur de ports et de docks, constructeur de maisons, éducateur en chef, propriétaire de journaux, fournisseur de produits alimentaires, courtier en assurances, et ainsi de suite .

Il est évident que les formes privées de ces entreprises doivent tendre à diminuer à mesure que l'État s'y ingère, car la concurrence du pouvoir social avec le pouvoir étatique est toujours désavantagée, puisque l'État peut aménager les conditions de concurrence à sa guise, allant même jusqu'à interdire tout exercice du pouvoir social dans les locaux ; autrement dit, s'octroyer un monopole. Les exemples de ce procédé sont fréquents ; celui que nous connaissons probablement le mieux est le monopole de l'État sur le transport du courrier. Le pouvoir social est empêché, par pure décision, d'appliquer ce type d'entreprise, alors même qu'il pourrait l'exploiter à bien meilleur marché et – du moins dans ce pays – bien mieux.

Les avantages de ce monopole pour la promotion des intérêts de l'État sont particuliers. Aucun autre, probablement, ne pourrait s'assurer un soutien aussi important et bien réparti, sous couvert d'un service public utilisé en permanence par un si grand nombre de personnes ; il place un lieutenant de l'État à chaque carrefour. Ce n'est en aucun cas une pure coïncidence si l'aumônier en chef et le whip en chef d'une administration sont si régulièrement nommés directeur général des Postes.

Ainsi, l'État « transforme chaque imprévu en ressource » pour accumuler du pouvoir, toujours aux dépens du pouvoir social ; ce faisant, il développe chez le peuple une habitude d'acquiescement. De nouvelles générations apparaissent, chacune étant adaptée par son tempérament – ​​ou, comme le dit maintenant notre glossaire américain, je crois, « conditionnée » – à de nouveaux accroissements du pouvoir de l'État, et elles tendent à considérer ce processus d'accumulation continue comme parfaitement normal. Toutes les voix institutionnelles de l'État s'unissent pour confirmer cette tendance ; elles s'unissent pour présenter la conversion progressive du pouvoir social en pouvoir de l'État comme quelque chose non seulement parfaitement normal, mais même salutaire et nécessaire au bien public.

« Chaque prise de pouvoir de l’État, que ce soit par don ou par confiscation, laisse la société avec beaucoup moins de pouvoir. »

II
Aux États-Unis, à l’heure actuelle, les principaux indices de l’augmentation du pouvoir de l’État sont au nombre de trois.

Premièrement, le degré de centralisation de l'autorité de l'État. Pratiquement tous les droits et pouvoirs souverains des unités politiques plus petites – tous ceux qui sont suffisamment importants pour mériter d'être absorbés – ont été absorbés par l'unité fédérale ; et ce n'est pas tout. Le pouvoir de l'État a non seulement été concentré à Washington, mais il l'a été à tel point entre les mains de l'exécutif que le régime actuel est un régime de gouvernement personnel. Nommément républicain, il est en réalité monocratique ; une curieuse anomalie, mais hautement caractéristique d'un peuple peu doué d'intégrité intellectuelle.

Le gouvernement personnel ne s'exerce pas ici de la même manière qu'en Italie, en Russie ou en Allemagne, car il n'y a pas encore d'intérêt d'État à le faire, bien au contraire ; alors que dans ces pays, c'est le cas. Mais un gouvernement personnel est toujours un gouvernement personnel ; son mode d'exercice relève de l'opportunité politique immédiate et est entièrement déterminé par les circonstances.

Ce régime a été instauré par un coup d'État d'un genre nouveau et inhabituel, réalisable uniquement dans un pays riche. Il a été mis en œuvre, non par la violence, comme celui de Louis-Napoléon, ni par le terrorisme, comme celui de Mussolini , mais par l'achat. Il constitue donc ce que l'on pourrait appeler une variante américaine du coup d'État .

Notre législature nationale n'a pas été supprimée par la force des armes, comme l'Assemblée française en 1851, mais a été rachetée de ses fonctions avec de l'argent public ; et comme cela est apparu de manière très évidente lors des élections de novembre 1934, la consolidation du coup d'État a été effectuée par les mêmes moyens ; les fonctions correspondantes dans les unités plus petites ont été réduites sous le contrôle personnel de l'exécutif .

Il s’agit d’un phénomène des plus remarquables ; il est possible que rien de comparable ne se soit jamais produit ; et son caractère et ses implications méritent la plus grande attention.

Un deuxième indice est fourni par l'extension prodigieuse du principe bureaucratique désormais observable. Le nombre de nouveaux conseils, bureaux et commissions créés à Washington ces deux dernières années en est une preuve flagrante . Ils représenteraient environ 90 000 nouveaux employés recrutés hors de la fonction publique, et la masse salariale fédérale à Washington dépasserait les trois millions de dollars par mois .

Il s'agit cependant d'une affaire relativement mineure. La pression de la centralisation a eu pour effet de transformer chaque fonctionnaire et chaque aspirant politique des petites unités en un agent vénal et complaisant de la bureaucratie fédérale. Cela présente un parallèle intéressant avec la situation qui prévalait dans l'Empire romain aux derniers jours de la dynastie flavienne et après. Les droits et pratiques d'autonomie locale, autrefois très importants dans les provinces et encore plus dans les municipalités, ont été perdus par capitulation plutôt que par suppression. La bureaucratie impériale, qui jusqu'au IIe siècle était relativement modeste, a rapidement pris une ampleur considérable, et les politiciens locaux ont vite compris l'intérêt de s'y associer. Ils sont venus à Rome avec leur chapeau à la main – comme les gouverneurs, les aspirants au Congrès et autres vont aujourd'hui à Washington. Leurs yeux et leurs pensées étaient constamment fixés sur Rome, car la reconnaissance et l'avancement y passaient ; et dans leur flagornerie incorrigible, ils devinrent, comme le dit Plutarque, comme des hypocondriaques qui n'osent ni manger ni prendre un bain sans consulter leur médecin.

Un troisième indice se manifeste dans l'érection de la pauvreté et de la mendicité comme atout politique permanent. Il y a deux ans, nombre de nos concitoyens étaient dans une situation difficile ; dans une certaine mesure, sans doute, sans qu'ils en soient responsables, même s'il est désormais clair que, dans l'opinion publique comme dans la sphère politique, la frontière entre les pauvres méritants et les pauvres indignes n'était pas clairement tracée. L'émotion populaire était alors vive, et la misère ambiante était perçue avec une émotion inconditionnelle, comme la preuve d'un tort général causé à ses victimes par la société dans son ensemble, plutôt que comme la conséquence naturelle de la cupidité, de la folie ou de méfaits réels ; ce qu'elle était en grande partie.

L'État, toujours instinctivement « faisant de chaque imprévu une ressource » pour accélérer la conversion du pouvoir social en pouvoir d'État, n'a pas tardé à exploiter cet état d'esprit. Il suffisait d'énoncer la doctrine selon laquelle l'État doit la subsistance à tous ses citoyens pour organiser ces malheureux et en faire un bien politique inestimable ; ce qui fut fait. Il en résulta immédiatement une masse considérable de voix subventionnées, une ressource considérable pour renforcer l'État aux dépens de la société .

« Ainsi, l’État « transforme chaque contingence en ressource » pour accumuler du pouvoir en lui-même, toujours au détriment du pouvoir social… »

III
On a l'impression que le renforcement du pouvoir de l'État depuis 1932 est provisoire et temporaire, que l'appauvrissement correspondant du pouvoir social constitue une sorte d'emprunt d'urgence et ne doit donc pas être examiné de trop près. Il est fort probable que cette croyance soit dénuée de fondement.

Il ne fait aucun doute que notre régime actuel sera modifié d'une manière ou d'une autre ; il le sera certainement, car le processus de consolidation lui-même l'exige. Mais tout changement essentiel serait totalement antihistorique, sans précédent, et donc très improbable ; et par changement essentiel, j'entends un changement qui tendrait à redistribuer le pouvoir réel entre l'État et la société .

Dans la nature des choses, il n'y a aucune raison pour qu'un tel changement ait lieu, et tout le monde s'y oppose. Nous assisterons à diverses récessions apparentes, à des compromis apparents, mais une chose est sûre : rien de tout cela ne tendra à diminuer le pouvoir réel de l'État.

Par exemple, nous verrons sans doute bientôt le grand groupe de pression de la pauvreté et de la mendicité politiquement organisées subventionné indirectement plutôt que directement, car l'intérêt de l'État ne pourra pas longtemps suivre le rythme de la propension des masses à piller leur propre Trésor. La méthode de subvention directe, ou d'achat au comptant, cédera donc probablement bientôt la place à la méthode indirecte de ce qu'on appelle la « législation sociale », c'est-à-dire un système multiplex de pensions, d'assurances et d'indemnités diverses gérées par l'État.

Il s'agit d'une récession apparente, et lorsqu'elle se produira, elle sera sans doute proclamée comme telle, et sans doute acceptée comme telle ; mais l'est-elle vraiment ? Tend-t-elle réellement à diminuer le pouvoir de l'État et à accroître le pouvoir social ? Évidemment non, bien au contraire. Elle tend à consolider fermement cette fraction particulière du pouvoir de l'État et ouvre la voie à un accroissement indéfini de celui-ci par la simple invention continue de nouvelles voies et de nouveaux développements de la législation sociale administrée par l'État, ce qui est une opération extrêmement simple. On peut ajouter, quelle que soit sa valeur probante, que si l'effet d'une législation sociale progressiste sur l'ensemble du pouvoir de l'État était défavorable, voire nul, nous n'aurions guère vu le prince de Bismarck et les politiciens libéraux britanniques d'il y a quarante ans s'engager dans quoi que ce soit qui y ressemble de près ou de loin.

Ainsi, lorsque l'étudiant en civilisation a l'occasion d'observer ce recul apparent, ou tout autre, sur un point quelconque de notre régime actuel, il peut se contenter de poser la question suivante : quel effet cela a-t-il sur l'ensemble du pouvoir de l'État ? La réponse qu'il donnera démontrera de manière concluante si le recul est réel ou apparent, et c'est tout ce qui l'intéresse.

On a également l'impression que si les récessions ne se produisent pas spontanément, elles pourraient être provoquées par le choix de faire disparaître un parti politique et d'en élire un autre. Cette idée repose sur certaines hypothèses dont l'expérience a démontré l'inexactitude ; la première étant que le pouvoir du scrutin est ce que la théorie politique républicaine en dépeint, et que, par conséquent, l'électorat dispose d'un choix effectif en la matière. Il est de notoriété publique que rien de tel n'est vrai. Notre système prétendument républicain est en réalité bâti sur un modèle impérial, avec nos politiciens professionnels remplaçant les gardes prétoriennes ; ils se réunissent périodiquement, décident de ce qui peut être « improvisé », comment, et qui doit le faire ; et l'électorat vote selon leurs directives. Dans ces conditions, il est facile de donner l'apparence d'une concession souhaitée du pouvoir de l'État, sans la réalité ; notre histoire offre d'innombrables exemples de solutions très faciles à des problèmes de politique pratique bien plus complexes.

On peut également relever à ce propos l'hypothèse notoirement infondée selon laquelle les désignations partisanes impliquent des principes et les engagements partisans des performances. De plus, ces hypothèses, et toutes celles que la foi en « l'action politique » suppose, sous-tendent l'hypothèse selon laquelle les intérêts de l'État et ceux de la société sont, au moins théoriquement, identiques ; alors qu'en théorie, ils sont directement opposés, et cette opposition se manifeste invariablement dans la pratique, dans la mesure précise où les circonstances le permettent.

Cependant, sans approfondir ces questions pour le moment, il suffit probablement de constater ici que, par nature, l'exercice d'un gouvernement personnel, le contrôle d'une bureaucratie colossale et croissante, et la gestion d'une masse considérable de votes subventionnés, sont aussi agréables à un certain type de politicien qu'à un autre. On peut supposer qu'ils intéressent autant un républicain ou un progressiste qu'un démocrate, un communiste, un paysan-travailliste, un socialiste, ou tout autre nom qu'un politicien peut, à des fins électorales, choisir de se donner.

Cela fut démontré lors des campagnes locales de 1934 par l'attitude pragmatique des politiciens qui représentaient les partis d'opposition de nom. La hâte dérisoire avec laquelle les dirigeants de l'opposition officielle s'engagent dans ce qu'ils appellent la « réorganisation » de leur parti le démontre encore davantage aujourd'hui. On peut être inattentif à leurs paroles ; leurs actes, cependant, signifient simplement que les récents accroissements du pouvoir de l'État sont là pour durer, qu'ils en sont conscients ; et que, ce faisant, ils se préparent à se positionner de la manière la plus avantageuse dans une lutte pour son contrôle et sa direction. Voilà tout ce que signifie la « réorganisation » du Parti républicain, et tout ce qu'elle est censée signifier ; et cela suffit à démontrer que toute attente d'un changement essentiel de régime par un changement d'administration du parti est illusoire.

Au contraire, il est clair que toute compétition entre partis à l'avenir se déroulera dans les mêmes conditions qu'auparavant. Il s'agira d'une compétition pour le contrôle et la gestion, et elle se traduira naturellement par une centralisation encore plus étroite, une extension encore plus grande du principe bureaucratique et des concessions toujours plus importantes au pouvoir électoral subventionné. Cette évolution serait strictement historique et, de plus, il faut s'attendre à ce qu'elle soit dans la nature des choses, comme c'est si évident.

C'est en effet par ce moyen que le but des collectivistes semble le plus susceptible d'être atteint dans ce pays : l'extinction complète du pouvoir social par absorption par l'État. Leur doctrine fondamentale a été formulée et investie d'une sanction quasi religieuse par les philosophes idéalistes du siècle dernier ; et chez les peuples qui l'ont acceptée, dans les termes comme dans les faits, elle s'exprime dans des formules presque identiques aux leurs.

Ainsi, par exemple, lorsque Hitler affirme que « l'État domine la nation parce que lui seul la représente », il ne fait que transposer en langage populaire la formule de Hegel selon laquelle « l'État est la substance générale, dont les individus ne sont que des accidents ». Ou encore, lorsque Mussolini affirme : « Tout pour l'État ; rien en dehors de l'État ; rien contre l'État », il ne fait que vulgariser la doctrine de Fichte selon laquelle « l'État est le pouvoir supérieur, ultime et sans appel, absolument indépendant ».

Il convient peut-être de souligner ici l'identité essentielle des diverses formes existantes de collectivisme. Les distinctions superficielles entre fascisme, bolchevisme et hitlérisme préoccupent les journalistes et les publicistes ; l'étudiant sérieux n'y voit qu'une idée fondamentale : une conversion complète du pouvoir social en pouvoir d'État. Lorsque Hitler et Mussolini invoquent une sorte de mysticisme dégradant et trompeur pour accélérer ce processus, l'étudiant reconnaît aussitôt sa vieille amie, la formule de Hegel : « l'État incarne l'Idée divine sur terre », et il ne se laisse pas tromper. Le journaliste et le voyageur impressionnable peuvent interpréter ce qu'ils veulent de « la nouvelle religion du bolchevisme » ; l'étudiant se contente de souligner clairement la nature exacte du processus que cette inculcation vise à sanctionner.

En effet, l’objectif des collectivistes est l’extinction complète du pouvoir social par absorption par l’État.

IV
Ce processus — la conversion du pouvoir social en pouvoir d'État — n'a pas été poussé aussi loin ici qu'ailleurs, comme en Russie, en Italie ou en Allemagne, par exemple. Deux choses sont toutefois à noter.

Premièrement, le progrès a été considérable, à un rythme qui s'est récemment considérablement accéléré. Ce qui distingue principalement ses progrès ici de ceux d'autres pays est son caractère peu spectaculaire. M. Jefferson écrivait en 1823 qu'aucun danger ne le redoutait autant que « la consolidation [c'est-à-dire la centralisation] de notre gouvernement par l'instrument silencieux et donc peu alarmant de la Cour suprême ». Ces mots caractérisent tous les progrès que nous avons réalisés dans l'agrandissement de l'État. Chacun d'eux a été silencieux et donc peu alarmant, surtout pour un peuple notoirement préoccupé, inattentif et peu curieux.

Même le coup d'État de 1932 fut silencieux et sans inquiétude. En Russie, en Italie, en Allemagne, le coup d'État fut violent et spectaculaire ; il devait l'être ; mais ici, il ne le fut ni l'un ni l'autre. Sous couvert d'une mobilisation nationale, orchestrée par l'État, faite de bouffonneries insensées et de commotions sans but, il se déroula de manière si peu spectaculaire que sa véritable nature passa inaperçue et, même aujourd'hui, reste généralement méconnue. La méthode de consolidation du régime qui suivit, d'ailleurs, fut tout aussi silencieuse et sans inquiétude ; ce n'était que le prosaïque et banal « marchandage du marché », auquel une longue et uniforme expérience politique nous avait habitués.

Un visiteur venu d'un pays plus pauvre et plus économe aurait pu trouver les activités de M. Farley lors des campagnes locales de 1934 frappantes, voire spectaculaires, mais elles ne nous ont pas fait une telle impression. Elles semblaient si familières, si courantes, qu'on n'en parlait guère. De plus, nos habitudes politiques nous amenaient à attribuer les commentaires défavorables que nous entendions à l'intérêt, qu'il s'agisse d'intérêts partisans ou financiers, ou des deux. Nous y voyions le jugement cynique de personnes ayant des intérêts personnels à régler ; et, naturellement, le régime faisait tout son possible pour encourager cette opinion.

Le deuxième point à observer est que certaines formules, certains agencements de mots, nous empêchent de percevoir l'ampleur réelle de la conversion du pouvoir social en pouvoir d'État. La force des mots et des noms fausse l'identification de nos propres acceptations et acquiescements réels. Nous sommes habitués à la répétition de certaines litanies poétiques, et pourvu que leur cadence soit intégrale, nous sommes indifférents à leur correspondance avec la vérité et les faits.

Lorsque la doctrine de l'État de Hegel, par exemple, est reformulée par Hitler et Mussolini, elle nous offense profondément, et nous nous félicitons de notre libération du « joug de la tyrannie d'un dictateur ». Aucun homme politique américain n'envisagerait de rompre avec nos litanies habituelles par une telle démarche. Imaginons, par exemple, le choc que provoquerait pour l'opinion publique la déclaration publique de M. Roosevelt : « L'État englobe tout, et rien n'a de valeur en dehors de lui. L'État crée le droit. » Pourtant, un homme politique américain, tant qu'il ne formule pas cette doctrine en termes fixes, peut aller plus loin concrètement que Mussolini, sans difficulté ni question. Imaginons que M. Roosevelt défende son régime en réaffirmant publiquement la maxime de Hegel : « Seul l'État possède des droits, car il est le plus fort. » Difficile d'imaginer que notre public puisse l'accepter sans vomir. Mais dans quelle mesure cette doctrine est-elle réellement étrangère à l'assentiment réel de notre public ? Certainement pas.

Le fait est qu'en ce qui concerne la relation entre la théorie et la pratique concrète des affaires publiques, l'Américain est l'être le plus antiphilosophique qui soit. La rationalisation de la conduite en général lui répugne au plus haut point ; il préfère l'émotionnaliser. Il est indifférent à la théorie des choses, tant qu'il peut répéter ses formules ; et tant qu'il peut écouter le récit de ses litanies, aucune incohérence pratique ne le perturbe ; en fait, il ne donne même pas l'impression de la reconnaître comme telle.

L'observateur le plus habile et le plus perspicace parmi les nombreux venus d'Europe pour nous observer au début du siècle dernier était celui qui, pour une raison ou une autre, est le plus négligé, bien que, dans les circonstances actuelles, il ait plus de valeur à nos yeux que tous les Tocqueville, Bryce, Trollope et Chateaubriand réunis. Il s'agissait du célèbre économiste et politologue Michel Chevalier.

Le professeur Chinard, dans son admirable étude biographique de John Adams, a attiré l'attention sur l'observation de Chevalier selon laquelle le peuple américain a « le moral d'une armée en marche ». Plus on y réfléchit, plus on voit clairement combien il y a peu de choses dans ce que nos publicistes aiment appeler « la psychologie américaine » qui ne soient pas précisément expliquées ; et pourtant, elles expliquent précisément le trait que nous examinons.

Une armée en marche n'a pas de philosophie ; elle se considère comme une créature de l'instant. Elle ne rationalise sa conduite qu'en fonction d'une fin immédiate. Comme l'observait Tennyson, il existe une interprétation officielle assez stricte interdisant une telle pratique : « Il ne leur appartient pas de raisonner. » Émotionnaliser une conduite est une autre affaire, et plus on en fait, mieux c'est ; elle est encouragée par tout un attirail élaboré d'étiquette ostentatoire, de drapeaux, de musique, d'uniformes, de décorations et par le développement minutieux d'une camaraderie très particulière. Cependant, dans tout ce qui touche à la « raison des choses » – dans la capacité et l'empressement, comme le dit Platon, à « voir les choses telles qu'elles sont » – la mentalité d'une armée en marche n'est qu'une adolescence retardée ; elle demeure obstinément, incorrigiblement et notoirement infantile.

Les générations passées d'Américains, comme l'a laissé entendre Martin Chuzzlewit, ont érigé cet infantilisme en vertu distinctive, et en étaient très fiers, car ils en étaient la marque d'un peuple élu, destiné à vivre éternellement au milieu de la gloire de ses propres réalisations sans précédent, comme Dieu en France . M. Jefferson Brick, le général Choke et l'honorable Elijah Pogram ont excellé à endoctriner leurs compatriotes en leur faisant croire qu'une philosophie est totalement inutile et que s'intéresser à la théorie des choses est efféminé et inconvenant.

Un Français envieux et sans doute dissolu peut dire ce qu'il veut du moral d'une armée en marche, mais il n'en demeure pas moins que c'est elle qui nous a menés là où nous sommes et qui nous a donné ce que nous avons. Voyez un continent soumis, voyez l'essor de notre industrie et de notre commerce, de nos chemins de fer, de nos journaux, de nos sociétés financières, de nos écoles, de nos universités, et tout ce que vous voudrez ! Eh bien, si tout cela s'est fait sans philosophie, si nous avons atteint cette grandeur inégalée sans prêter attention à la théorie des choses, cela ne prouve-t-il pas que philosophie et théorie des choses ne sont que des illusions, et qu'elles ne méritent pas l'attention d'un homme pragmatique ? Le moral d'une armée en marche nous suffit, et nous en sommes fiers.

La génération actuelle ne s'exprime pas sur ce ton de certitude inébranlable. Elle semble, au contraire, moins ouvertement méprisante envers la philosophie ; on perçoit même des signes de suspicion quant à l'intérêt que présente la théorie des choses, et c'est surtout vers la théorie de la souveraineté et du gouvernement que cette nouvelle attitude d'hospitalité semble se développer. L'état des affaires publiques dans tous les pays, notamment dans le nôtre, a fait plus que remettre en question la simple pratique politique courante, le caractère et la qualité des représentants politiques, et les mérites relatifs de telle ou telle forme ou mode de gouvernement. Il a servi à attirer l'attention sur l'institution unique dont toutes ces formes ou modes ne sont que des manifestations diverses et, d'un point de vue théorique, indifférentes. Il suggère que la finalité ne réside pas dans la considération de l'espèce, mais du genre ; elle ne réside pas dans la considération des caractéristiques qui différencient l'État républicain, l'État monocratique, l'État constitutionnel, collectiviste, totalitaire, hitlérien, bolchevique, etc. Elle réside dans la considération de l'État lui-même.

Le citoyen doit se demander s’il a une théorie de l’État et, si oui, s’il peut s’assurer que l’histoire la soutient.

V
Il semble y avoir une curieuse difficulté à exercer une réflexion sur la nature même d'une institution dans laquelle on est né et où sont nés ses ancêtres. On l'accepte comme on accepte l'atmosphère ; les ajustements pratiques qu'on y apporte se font par une sorte de réflexe. On pense rarement à l'air jusqu'à ce qu'on remarque un changement, favorable ou défavorable, et alors notre pensée à son sujet devient particulière ; on pense à un air plus pur, plus léger, plus lourd, et non à l'air.

Il en va de même pour certaines institutions humaines. Nous savons qu'elles existent, qu'elles nous affectent de diverses manières, mais nous ne nous demandons pas comment elles sont apparues, ni quelle était leur intention originelle, ni quelle est leur fonction première ; et lorsqu'elles nous affectent si défavorablement que nous nous rebellons contre elles, nous n'envisageons rien d'autre que de leur substituer une modification ou une variante de la même institution. Ainsi, l'Amérique coloniale, opprimée par l'État monarchique, introduit l'État républicain ; l'Allemagne abandonne l'État républicain pour l'État hitlérien ; la Russie échange l'État monocratique contre l'État collectiviste ; l'Italie échange l'État constitutionnaliste contre l'État totalitaire.

Il est intéressant de constater qu'en 1935, l'attitude indifférente de l'individu moyen à l'égard du phénomène de l'État est exactement la même qu'à l'égard du phénomène de l'Église, disons, en 1500. L'État était alors une institution très faible ; l'Église était très forte. L'individu naissait dans l'Église, comme ses ancêtres l'avaient été pendant des générations, de la même manière formelle et documentée qu'aujourd'hui. Il était imposé pour le soutien de l'Église, comme il l'est aujourd'hui pour le soutien de l'État. Il était censé accepter la théorie et la doctrine officielles de l'Église, se conformer à sa discipline et, d'une manière générale, obéir à ses ordres ; là encore, précisément les sanctions que l'État lui impose aujourd'hui. S'il était réticent ou récalcitrant, l'Église lui causait des ennuis satisfaisants, comme le fait aujourd'hui l'État.

Malgré tout cela, il ne semble pas être venu à l'esprit du citoyen d'Église de l'époque, pas plus que du citoyen d'État d'aujourd'hui, de se demander à quelle sorte d'institution il se réclamait. Elle était là ; il l'acceptait telle qu'elle était, à sa propre valeur. Même lorsqu'il se révolta, cinquante ans plus tard, il se contenta de troquer une forme ou un mode d'Église contre un autre, l'Église romaine contre l'Église calviniste, luthérienne, zwinglienne, ou que sais-je encore ; tout comme le citoyen d'État moderne troque un mode d'État contre un autre. Il n'examinait pas l'institution elle-même, pas plus que le citoyen d'État d'aujourd'hui.

Mon but en écrivant est de soulever la question de savoir si l’énorme épuisement du pouvoir social auquel nous assistons partout ne suggère pas l’importance d’en savoir plus que nous ne le faisons sur la nature essentielle de l’institution qui absorbe si rapidement ce volume de pouvoir .

Un de mes amis m'a dit récemment que si les entreprises de services publics ne s'amélioraient pas, l'État prendrait le contrôle de leurs affaires et les gérerait. Il parlait avec un air de finalité curieusement respectueux. De même, pensais-je, un citoyen d'Église, à la fin du XVe siècle, aurait pu évoquer une intervention imminente de l'Église ; et je me demandais alors s'il avait une théorie de l'État plus éclairée et plus raisonnée que son prototype n'en avait. Franchement, je suis sûr qu'il n'en avait pas. Sa pseudo-conception n'était qu'une acceptation irraisonnée de l'État selon ses propres termes et sa propre appréciation ; et dans cette acceptation, il ne se montrait ni plus intelligent, ni moins intelligent, que l'ensemble des citoyens de l'État.

Il me semble qu'avec l'affaiblissement rapide du pouvoir social, le citoyen devrait examiner attentivement la nature essentielle de l'institution qui en est la cause. Il devrait se demander s'il possède une théorie de l'État et, si oui, s'il peut s'assurer que l'histoire la confirme. Il ne trouvera pas cette question facile à trancher ; elle nécessite une enquête approfondie et un exercice rigoureux de réflexion.

Il devrait se demander, en premier lieu, comment l'État est né et pourquoi ; il a dû naître d'une manière ou d'une autre, et dans un but précis. Cette question paraît extrêmement facile à répondre, mais il ne la trouvera pas ainsi. Il devrait ensuite se demander quelle est la fonction première de l'État que l'histoire montre constamment. Ensuite, il devrait se demander s'il considère que « l'État » et « gouvernement » sont des termes strictement synonymes ; il les utilise comme tels, mais le sont-ils vraiment ? Existe-t-il des caractéristiques invariables qui différencient l'institution gouvernementale de l'institution étatique ? Enfin, il devrait décider si, au vu de l'histoire, l'État doit être considéré, par essence, comme une institution sociale ou antisociale.

Il est désormais assez clair que si le citoyen de l’Église de 1500 s’était penché sur des questions aussi fondamentales que celles-ci, sa civilisation aurait pu suivre un cours beaucoup plus facile et plus agréable ; et le citoyen de l’État d’aujourd’hui peut profiter de son expérience.

Albert Jay Nock, 1870-1945


20 mars 2025

1030. Techno-Tyrannie : Le Rêve bleu des Maîtres du Contrôle

 

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TECHNO-TYRANNIE: LE RÊVE BLEU DES MAÎTRES DU CONTRÔLE

Yo amigos, écoutez ça : le totalitarisme, c’est ce délire prétentieux qui croit que l’intellect humain – fragile comme du verre, toujours en galère et qui se la raconte souvent trop – peut jouer les boss suprêmes de la vie et de la société. Sérieux, ils kiffent leur utopie de merde, un truc stérile et fake, genre un décor en carton tenu par des technocrates, ces mecs qui se prennent pour des sorciers de l’expertise, persuadés qu’ils vont faire tourner la machine sociale sans un couac. Ouais, bien sûr, vendez-moi du rêve, j’suis pas client.

Dans leur monde étouffant, on est plus des humains, mecs. Notre dignité ? Aux chiottes. On est juste des vis, des pions sans gueule dans leur collectif qui grince comme une vieille charrette. Bertrand Russell, avec sa prose de robot dans « L’Impact de la science sur la société », il bave presque sur ce fantasme glauque où on est plus rien qu’un numéro. Ça sent le progressisme bien pourri, si vous voulez mon avis.

Ce cauchemar techno, il a des racines qui puent les Lumières, avec ses petits-enfants positivistes complètement barrés. Des gars comme Henri de Saint-Simon et Auguste Comte, ces fanatiques aux yeux qui brillent, ils ont semé leur religion merdique : un ordre humaniste-technocratique. Des escrocs en cravate qui voyaient des scientifiques et des geeks squatter le trône des papes et des curés, lâchant les mystères divins pour un autel bien clean dédié à la Raison – avec un grand R, hein, parce que rien ne décrit mieux « l'humilité » que de se prendre pour le Tout-Puissant. Ils nous vendaient un Royaume de Liberté tout pimpant, un monde sans guerre ni embrouilles, nettoyé par la main douce du contrôle rationnel. Épargnez-moi la messe, c’est pas une utopie, c’est une taule construite sur l’ego de mecs qui pensent qu’ils peuvent niquer la réalité elle-même.

Les trips les plus hardcore dans ce délire totalitaire – nazisme et stalinisme – ont pas juste testé l’idée, ils ont plongé direct dans le gouffre. Le paradis, c’était leur slogan, et ils ont tout lâché pour le faire : exclusion, bad buzz, et des tueries industrielles bien huilées pour chaque mouvement qui osait salir leur plan de bargeots. Logique froide, calculs de psychopathes, chaque atrocité étant un pas vers leur terre promise. Les millions de macchabées dans leur sillage ? Pas des drames pour ces tarés, juste des offrandes au dieu Progrès. Dire que c’était un bug, c’est fermer les yeux : leur sauvagerie, c’est pas un défaut, c’est le moteur même d’un système qu'aime le contrôle par-dessus tout.

Mais vous faites pas d’illusions, le totalitarisme, c’est pas juste un vieux truc d’histoire avec des bottes et des goulags. Nan, c’est une vibe vicieuse qui traîne encore dans nos tuyaux, une envie débile de tout microgérer sous prétexte de science. La technocratie, elle nous la joue amante et sale flic en même temps. Elle nous tend une carotte : un Eden artificiel, fini la galère, la misère, les doutes. Mais elle nous colle aussi un flingue sur la tempe : « Nos solutions ou le chaos, faites vos jeux, vite. » Terrorisme, climat, pandémies, on a l’embarras du choix, chaque crise dope leur sale plan

Le Terrorisme ? Dites bye-bye à votre vie privée, les caméras nous matent H24, nos nouveaux compagnons pour l'éternité. Le Climat ? Lâchez vos biftecks pour des trucs bizarres à six pattes et antennes sortis d’un labo, sales égoïstes Néandertaliens. Le COVID ? Troquez votre immunité de base pour une piquouse ARNm toute neuve, parce que la nature, elle est trop conne pour nous tenir en vie. Le schéma est limpide : chaque flip, c’est une prise de pouvoir, et si suivez pas le mouvement, vous êtes des attardés qui captent rien.

On est déjà à fond dans la quatrième révolution industrielle, où les transhumanistes se branlent sur l’idée de coller des puces dans l’humain – un cauchemar dystopique qu’ils nous vendent comme le salut ultime. Imaginez un « internet des corps », où chaque souffle, chaque battement, chaque pensée est pisté et maté par un tyran technologique sans visage. C’est ça, qu’ils nous disent, le seul moyen de gérer demain. Pas d’issue, pas de débat, pliez-vous à l’algorithme sinon vous êtes des hérétiques.

Économiquement, c’est du foutage de gueule : un système tellement accro à l’efficacité qu’il zappe qu’on n’est pas des gadgets à moduler. Politiquement, c’est le manuel du tyran : tout centraliser, niquer l’autonomie, et appeler ça du progrès. Vous refusez de jouer ? Vous êtes pas seulement des candides, vous êtes une menace pour la machine, et la machine, elle déteste les menaces.

Le totalitarisme et son acolyte la technocratie, ils se pavanent comme les kings de la rationalité et de la science – trop brillants, les gars ! Ils nous balancent des promesses de paradis technologique où tout le monde sera peinard et en forme, grâce à leurs seigneurs super cools. Genre, des capteurs sous la peau qui bipent dès qu'on a un rhume, et vlan, nous voilà embarqués pour un « traitement » avant qu'on ait eu le temps de mettre en avant notre « liberté perso ». Pour que ça roule, faut que chaque bout de nos vies soit sous les spots crus de la surveillance et du contrôle. L’efficacité, vous voyez. Tant pis si les humains, comme des plantes sous un néon, crèvent sans un peu d’ombre. Pour le technocrate, c’est un détail, une bricole face à son grand délire.

La technocratie nous la joue séduction hardcore et pression de malade. Elle nous promet un monde sans douleur ni galère, mais nous fout la trouille si on suit pas. Terrorisme ? Caméras partout, vous êtes cuit. Climat ? Bouffez des trucs dégueu et branchez-vous au réseau, gros porc. COVID ? Laissez tomber vos corps, prenez la mise à jour vaccinale, la nature c’est pour les losers. Chaque crise, c’est un levier pour nous serrer la vis, et si vous contestez, vous êtes un débile qui mérite rien.

On est déjà dans le futur, amigos, les CBDC/MNBC (Monnais Numéiques de Banque Centrale avec Revenus universel si vous êtes bien sages) c'est prévu pour octobre 2025 en UE, avec des tarés qui rêvent de nous fusionner à des machines – un plan flippant qu’ils nous annoncent comme le top du top. Un monde où tout ce qu'on est – notre souffle, notre cœur, nos idées – est scanné et dompté par un boss technocratique anonyme. C’est leur seul chemin, pas de débat, obéissez ou dégagez.

Le délire économique, c’est hilarant : une obsession de l’optimisation qui oublie qu’on n’est pas des iPhones. Politiquement, c’est du classique : tout pour le centre, zéro liberté, et ils appellent ça l’avenir. Vous dites non ? Vous êtes pas juste des rêveurs, vous êtes des dangers publics.

Le totalitarisme et la technocratie se la racontent en mode « on est la science, on est la raison », genre des dieux vivants. Ils nous font miroiter un monde parfait où on sera heureux et en bonne santé grâce à eux. Des capteurs qui nous traquent, un système qui nous chope au moindre éternuement pour nous « soigner » rapido. Tout doit être sous contrôle, éclairé comme un stade, parce que l’efficacité, c’est leur dieu. 
Ouais, super, sauf qu’on n’est pas des robots, et qu’un peu d’intimité, c’est pas du luxe, mais pour eux, c’est un bug à corriger.