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13 févr. 2026

1153. Epstein: L’île n’était que le décor, l’information valait plus que les gosses


 EPSTEIN : L'ÎLE N'ÉTAIT QUE LE DÉCOR.
L’information valait plus que les gosses

Lorsque le président Trump a signé la loi sur la transparence des dossiers Epstein le 19 novembre 2025 – parce que rien ne dit « retour à la normale » comme un ancien ami de la jet-set qui pousse pour tout déballer –, et que le ministère de la Justice a finalement craché environ 3,5 millions de pages, 180 000 images et 2 000 vidéos (en plusieurs livraisons élégamment espacées, histoire de faire durer le suspense), le public a enfin pu admirer les preuves brutes.  Listes de passagers du Lolita Express. Relevés bancaires qui feraient rougir un trader en burn-out. Résumés de surveillance FBI. Et, cerise sur le gâteau moisi : des milliers de courriels. Des échanges privés reliant le serveur d’un pédophile condamné à la naissance de l’intelligence artificielle commerciale, à la construction de plateformes de surveillance mondiale, à la monétisation des pandémies, à la manipulation des crises de dette souveraine… et à un plan de domination privée centenaire. Pas concocté dans un garage de la Silicon Valley ni autour d’un café à Davos, non : sur une île barrière - Jekyll Island - enveloppée de brouillard au large de la Géorgie en 1910. Parce que les grandes idées, ça se mijote toujours dans le secret et le confort, visiblement.

Tout le monde veut parler de l’île d'Epstein. Évidemment, c’est le décor parfait pour un film Netflix que personne n’osera produire. Jet privé aux sièges en cuir qui sentent encore le champagne millésimé, carnet d’adresses macabre, jeunes filles mineures transportées comme du fret entre villas et rivages caribéens, caméras cachées, système de chantage huilé, rituels d’humiliation derrière des portes en acajou signées par des hommes dont les noms ornent des bibliothèques universitaires et des ailes d’hôpitaux. C’est normal d’en parler : Little Saint James était un théâtre de prédation si méthodique, si superbement protégé par l’opulence, que son existence constitue une accusation non seulement contre les participants, mais contre toutes les institutions qui ont préféré regarder ailleurs pendant des décennies. Bravo pour la vigilance collective.

Mais voici le piège délicieusement pervers : plus on fixe intensément la dépravation avec des jumelles grossissantes, moins on discerne l’architecture qui l’a rendue non seulement possible, mais rentable. Epstein n’était pas, au premier abord, un simple prédateur chanceux avec un bon réseau. Il était un appareil – un intermédiaire financier et de renseignement occupant le point de convergence précis de la politique, de la science, de la banque et de la philanthropie (ah oui, la fameuse philanthropie). Il transformait son accès privilégié en profits faramineux avec la régularité mécanique d’une machine bien huilée. Le trafic n’était pas son activité principale.  Le trafic servait de garantie. L’île n’était pas le produit, mais la police d’assurance un peu glauque. La véritable marchandise – ce qui générait les profits, ce qui faisait tourner les rouages sur des continents durant des décennies – c’était l’information. Une information brute, non traitée, d’une précision chirurgicale. Qui était sur le point de signer quel traité ? Quel plan de sauvetage se négociait à huis clos ? Quelles technologies émergentes pouvaient être monétisées avant que le grand public n’en prenne conscience ? Et surtout : comment agir dessus pendant que le reste du monde lisait encore le journal de la veille. Charmant business model.

Mais même cette analyse, aussi « chirurgicale » soit-elle, ne capture pas toute la saveur. La véritable architecture de l’opération Epstein – la strate qui reste encore un peu trop pudiquement voilée au grand public – ne commence ni avec des fonds spéculatifs ni avec des pièges à miel bas de gamme. Elle débute en 2002, sur une autre île (tiens, le thème des îles est récurrent), lors d’une réunion d’informaticiens dont les travaux allaient gentiment remodeler l’infrastructure cognitive de la civilisation. Et elle implique certains des technologues les plus célèbres de notre époque : Peter Thiel, Elon Musk, Mark Zuckerberg, Larry Page. La naissance de l’IA en tant qu’entreprise commerciale. Et un système de surveillance si sophistiqué que des milliards d’êtres humains l’alimentent volontairement, avec enthousiasme, compulsivement, à chaque instant de leur vie… sans la moindre conscience de ce à quoi ils participent, ni surtout pour qui. Parce que rien ne vaut la liberté de cliquer « accepter les cookies » pour se sentir connecté.

Lorsque Trump a promulgué la loi le 19 novembre 2025, et que le DOJ a ensuite rendu publics ces trésors répartis en douze ensembles de données (parce que pourquoi faire simple quand on peut faire administratif ?), le grand public a eu accès – pour la première fois – aux éléments bruts nécessaires pour appréhender ce système dans toute son ampleur. Listes de passagers. Relevés bancaires. Résumés FBI. Et, plus grave encore, les courriels. Des milliers de correspondances privées entre Epstein et un réseau complexe de politiciens, financiers, chercheurs et intermédiaires – des personnes qui considéraient chaque crise majeure du XXIe siècle non pas comme une catastrophe à éviter, mais comme une stratégie à adopter. Visionnaires, quoi.

Ce qui suit est une tentative d’analyser le contenu réel de ces documents. Pas les détails scabreux – déjà exploités jusqu’à plus soif par les tabloïds et les influenceurs en mal de vues. Mais le business. La stratégie. L’architecture d’extraction qui relie le serveur d’un délinquant sexuel condamné à la naissance de l’IA, aux plateformes de surveillance mondiale, à la monétisation des pandémies, à la manipulation des crises de dette souveraine… et à ce modèle centenaire de domination privée, perfectionné sur l’île brumeuse de Jekyll en 1910. Parce que l’histoire, c’est cyclique, et les cycles sont visiblement très lucratifs.

Les dossiers Epstein sont une ouverture – une fenêtre étroite sur un système qui tournait déjà bien avant la circoncision de Jeffrey Epstein ou qu'il ne pousse son premier cri, et qui continuera de tourner, avec ou sans lui, tant que son architecture restera intacte et que le public restera… disons, distrait par des notifications.

Si vous avez suivi l’affaire des « RKI Files » (les protocoles internes allemands sur la pandémie, d’abord expurgés avec amour par l’ancien ministre de la Santé, puis lâchés par un lanceur d’alerte qui a révélé les coupes les plus compromettantes), vous reconnaissez déjà le scénario. Une masse de documents surgit. Des analystes indépendants se mettent au boulot. La presse institutionnelle, elle, ignore les conclusions ou descend en flammes ceux qui les font. Chorégraphie métronomique.

La même danse s’est répétée avec une précision presque touchante pour les dossiers Epstein. En moins de 72 heures : carrière d’un haut responsable britannique en cendres, le pédophile Jack Lang et sa fille dans le caca, empire philanthropique d’une duchesse qui s’effondre comme un château de cartes mal collé, enquêtes norvégiennes sur un ex-chef de gouvernement. Et le Süddeutsche Zeitung – ce journal qui avait déjà déclaré les RKI Files « sans scandale » – qualifie les documents Epstein de « tas d’ordures ». Difficile de trancher entre incompétence magistrale et démarche plus… sélective.

De l’autre côté, les pros de la désinformation (ou simplement les crédules en roue libre) ont pollué le débat avec des montages grossiers. Une photo truquée montrant Trump dans une situation compromettante avec Epstein ? Les jambes d’Epstein simplement omises – erreur si basique que les indignés l’ont partagée des millions de fois  sans vérifier. La désinformation, volontaire ou par bêtise pure, sert toujours les puissants : elle donne au centre modéré la parfaite excuse pour tout rejeter en bloc. Pratique.

Un mythe édulcoré sur les origines de l’IA moderne commencerait sans doute dans un labo universitaire éclairé au néon : tableau blanc, équations, doctorant aux nouilles instantanées. On n’associerait pas spontanément la généalogie de la cognition machine à une propriété caribéenne appartenant à un délinquant sexuel fiché. Pourtant, au printemps 2002, un groupe d’éminents informaticiens s’est réuni sur la propriété d’Epstein dans les îles Vierges pour un « symposium sur le bon sens ».  Les débats ont été relatés dans AI Magazine en 2003, avec un remerciement officiel au « généreux soutien » d’Epstein. Parmi les stars : Marvin Minsky (MIT AI Lab, légende vivante) et Ken Ford (liens NASA/DARPA). Thème : doter les machines du raisonnement intuitif que les humains font sans réfléchir. Pourquoi ne pas mettre du lait au micro-ondes ? Pourquoi un chien ne se conduit-il pas comme une bagnole ? Reconnaissance de formes vs. compréhension du monde réel. Le fossé a paralysé l’IA pendant quarante ans. Le combler demandait du talent… et des capitaux énormes. Domaine d’expertise d’Epstein, apparemment.

On dit de lui qu’il collectionnait les scientifiques comme d’autres collectionnent les toiles de maître : non pour l’esthétique, mais pour le rendement. Il finançait, offrait l’île et le réseau, recevait en retour des briefings privés sur les techs émergentes – des infos transformables en stratégies d’investissement des mois, voire des années, avant que le marché ne capte. Après 2002 : papiers publiés, générosité notée, bases de Facebook/LinkedIn semées… et le Media Lab du MIT le rebaptise en interne « Voldemort ». Ils savaient. Ils prenaient l’argent quand même. La logique est d’une élégance sinistre : si on cache l’identité du bienfaiteur, la dissimulation est un aveu.

Selon l’enquête interne du MIT, Epstein a versé environ 850 000 $ entre 2002 et 2017 – dont 750 000 après sa condamnation de 2008. Harvard ? 6,5 millions, dont une bonne partie à Martin Nowak et son Programme pour la dynamique évolutive. Epstein y avait un bureau privé, une carte d’accès illimitée, il y est passé plus de quarante fois – post-condamnation comprise. Pas un philanthrope. Un agent intégré.

Avec Epstein logé au PEED (Institut pour l'Ingénierie des ressources électriques) et au MIT, il gagnait une crédibilité dans les deux écosystèmes (énergie et data) les plus chauds pour l’IA et… l’eugénisme appliqué. Nowak, mathématicien, étudiait la coopération évolutive – ou, dit autrement, l’eugénisme en langage respectable. Epstein et lui obsédés par le « darwinisme inversé » : la civilisation fait dégénérer le substrat biologique, les plus faibles se reproduisent plus et plus vite). Pas une idée abstraite : un problème à régler.  
Lors d’un petit-déjeuner dans sa résidence new-yorkaise de 4 645 m², avec ex-chefs d’État, patrons Google et l'ex-Premier ministre israélien Ehud Barack, Epstein exposait les travaux de Nowak. Il comparait l’élimination d’acteurs malveillants (via coupure de liens) à… l’élimination de cellules cancéreuses. Sauf que quand il parlait de « cancer » ou d’organismes « superflus », il ne parlait pas d’oncologie ni de tumeurs malignes. Il parlait d’humains. Subtil.

Un mail de Ghislaine : « Attends, elle est essentielle. Elle détient toutes les données de recherche sur l’ADN. » Epstein obsédé par la cryoconservation de son propre matériel reproductif. L’eugénisme n’était pas un sous-texte. C’était la philosophie affichée d’un homme qui finançait des labos, cultivait les scientifiques et fréquentait des décideurs convaincus que la démocratie était un échec, que l’humanité fonçait vers l’obsolescence, et qu’une super-IA rendrait la plupart d’entre nous… redondants. Et que le « durable » ne nous concernait pas tous. Idées neuves ? Non. Idées recyclées depuis le début du XXe siècle, chaque fois qu’une élite assez riche se persuade que la masse est un problème à gérer plutôt qu’à servir.

Mais l’IA et l’eugénisme chez Epstein n’étaient pas des hobbies parallèles. Des facettes convergentes d’un même projet. Pour connecter ça à l’appareil que vous tenez (celui qui vous lit en ce moment), il faut plonger dans LifeLog (DARPA, 2003) : dossier longitudinal complet sur chaque Américain, agrégé pour couvrir la planète. Scandale public → programme arrêté le 4 février 2004. Le jour même où que  Zuckerberg lance Facebook depuis sa chambre Harvard. Coïncidence exquise.

Thiel injecte 500 000 $ dans un site qui patinait. Pas un investisseur lambda : un recruteur idéologique. Palantir avait besoin de données massives. LifeLog mort ? Les gens donnent leurs données gratos via réseaux sociaux. Poindexter (Total Information Awareness) rencontre Thiel et Karp en 2004. La boucle est bouclée avec élégance.

Cambridge Analytica ? Juste la partie visible : profils psy ultra-fins, activation du Système 1 (émotionnel, rapide), atomisation en silos irréconciliables. Pas pour persuader. Pour fracturer. Pour que votre dîner de famille vire au pugilat algorithmique. Merci les algortymes.

Et dans les mails Epstein ? Mandelson qui balance des infos sur le sauvetage de l’euro 2010 avant l’annonce (enquête, perquisitions, démission en 2026 – oups). Epstein qui voit l’annexion de la Crimée comme « vraiment beaucoup d’opportunités ». Discussions sur les transitions de genre comme abonnement hormonal à vie (dès 3 ans – business model premium). Échanges sur une « préparation pandémique » dès 2009 avec des proches de Gates, zéro médecin à table, juste des financiers et des décideurs.  Pattern limpide : crise = opportunité d’investissement. Philanthropie = levier pour capter les fonds publics (Gates donne 1 $, l’État met 10 $ dans le pot, le tout retombe dans les poches de l'affreux Bill). La recette de Jekyll Island 1910 (Réserve Fédérale née en mode « on protège le peuple, juré ») tourne toujours à plein régime.

Les dossiers Epstein ne sont pas un scandale sexuel avec guests-stars. C’est une fenêtre (étroite, mais réelle) sur une machine centenaire qui transforme guerres, maladies, dettes, data, enfance, génétique… en profit.  Et le plus exquisément absurde ? On continue d’alimenter la bête chaque fois qu’on ouvre ChatGPT, qu’on scrolle LinkedIn ou qu’on partage son brunch géolocalisé.  

Libre à vous de décider si regarder par cette fenêtre change quelque chose… ou si la machine, comme prévu, absorbe la révélation et poursuit son petit bonhomme de chemin, avec un sourire discret.

9 févr. 2026

1152. Le Sang des Innocents – Mille Ans de Témoignages Visuels Ignorés


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LE SANG DES INNOCENTS
Mille Ans de Témoignages Visuels Ignorés

La date d’aujourd’hui est le 9 février 2026, mais soyons honnêtes : on pourrait être en 1244, en 1475 ou en 1989, ça ne changerait strictement rien au script. Il existe une pratique si ancienne, si profondément ancrée, qu’elle pourrait même précéder l’invention des mots « oui » ou « non ». Une tradition si bien camouflée sous le plâtre de la civilisation qu’elle fait presque partie du décor. Le sacrifice rituel d’enfants. Et non, il n’a jamais cessé. Pas une seconde. Il a juste changé de costume, de justification et surtout de service de communication.

Ce qui suit sera-t-il une lecture pénible ? Non, voyons, ça sera juste un petit rappel poli que l’histoire de l’art occidental est truffée de scènes de snuff movies pour enfants, peintes avec amour par les plus grands ateliers de l’époque. Mais chut, je dis rien, je suis pas un spoiliateur.

La question toute bête que personne ne pose jamais (parce que c’est mal élevé) : pourquoi le grand canon de l’art européen regorge-t-il, siècle après siècle, de représentations hyper-détaillées, anatomiquement précises, presque pédagogiques, de l’assassinat rituel, de la saignée méthodique, de l’écorchement et de la crucifixion d’enfants chrétiens ? Pas des allégories mignonnes avec des petits angelots et des nuages pastel. Non. Des bébés vidés comme des poulets de batterie, du sang soigneusement recueilli dans des bols ou des calices, des groupes d’adultes encapuchonnés très organisés qui ont l’air de suivre une check-list ou un scénar liturgique. 

Et ces œuvres ne sont pas cachées dans une cave de musée poussiéreuse. Elles étaient commandées par des évêques, financées par des princes, accrochées dans des cathédrales, gravées par milliers, vendues comme des images de piété. Charmant "business model".

Imaginez un peu le temps qu’il fallait, au moyen-âge, pour peindre ou graver une scène pareille : des mois, des années parfois, courbé sur une planche de bois ou un panneau, à réfléchir à l’angle parfait pour montrer la lame entrant dans la peau d’un nourrisson. Ce n’est pas un « oups, j’ai raté mon esquisse de paysage ». C’est un choix. Un choix répété. Par des générations entières d’artistes très compétents. Donc non, ce n’est pas « une mode ». C’est un message. Un message qu’on jugeait assez important pour y consacrer le meilleur talent disponible pendant mille ans.

Guillaume de Norwich, 1144. Premier épisode officiel, avec enquête, moine enquêteur et pogrom en bonus. Déjà la crucifixion parodique, déjà le sang, déjà le « c’est eux ».
Puis Gloucester 1168. Hugues de Lincoln 1255. Simon de Trente 1475 devient la star incontestée du genre : gravures couleurs, huiles sur toile, vitraux, fresques murales dans des cathédrales en activité. On parle de programmes décoratifs entiers dans des églises encore debout aujourd’hui, où les fidèles purent, pendant des siècles, admirer en levant les yeux comment qu'on saignait rituellement des petits garçons. Ambiance spirituelle garantie.

Et toujours les mêmes éléments visuels : l’enfant, le groupe organisé, les outils, la collecte méthodique du sang. Toujours le sang des très jeunes. Toujours destiné à… quelque chose d’important, visiblement. On ne précise jamais quoi, mais le soin apporté à la représentation dit tout.

Bref, pendant un millénaire, les plus grands artistes d’Europe ont hurlé la même chose sur les murs des églises et dans les livres d’heures :
« Ça existe. Ça se passe sous vos fenêtres. Ils le font ensemble, avec des livres de comptes et des lieux discrets.  Et ils aiment ça. »

Et puis, en 1989, un monsieur passe chez Oprah Winfrey à la télé US (ABC/CBS) et dit tranquillement : « Oui, on tuait des bébés pendant des rituels. Pour le pouvoir. ». Le public applaudit poliment, les gens rentrent chez eux, et l’enregistrement dort dans les archives. Circulez, y’a rien à voir.

Ensuite arrive l’affaire Franklin, Nebraska, fin 80. Un type qui gagne 16 000 $ par an et qui claque des millions en jets privés, costumes sur mesure et appartements de luxe. Rien de suspect, voyons.
On découvre 40 millions volatilisés. On cherche des malversations financières. On tombe sur un réseau de trafic et d’abus rituels d’enfants impliquant des notables locaux, des politiciens, des flics, des prête-noms à Washington.
Témoignages d’enfants. Noms. Lieux. Dates. Vols. Photos. Tout y est.

Un enquêteur privé sérieux, Gary Caradori, rassemble tout. Il dit au téléphone : « J’ai les preuves. »
Le lendemain, son avion explose en vol. Son fils de 8 ans avec lui. La mallette de preuves ? Volatilisée.
Coïncidence cosmique.

Ensuite : rétractations sous pression, grand jury qui conclut à un « canular satanique », une victime condamnée à 15 ans de prison pour avoir refusé de mentir, et une impressionnante série de morts subites parmi les témoins et les personnes trop proches du dossier. Balles dans la tête, pendaisons, overdoses miraculeuses, chutes de fenêtres, noyades en canoë solo… le grand classique. Et tout le monde a continué sa vie. Parfaitement normal.

1998. Dans un fameux discours resté dans les annales prononcé cette année là, Roger Holeindre, homme politique, a déclaré (selon les retranscriptions et vidéos relayées depuis) :« Monsieur Jack Lang, qui prétendait être candidat à la présidence de la République – qu’on m’arrête à la sortie si ce que je dis n’est pas vrai – a été compromis dans un lieu de vie tenu par des socialistes qui s’appelait “Le Coral”. Là, des enfants étaient prostitués à des gens comme Jack Lang. Un gosse a été retrouvé mort, sodomisé, la tête dans un seau de merde. Que l’on m’arrête à la sortie si ce n’est pas vrai. »

Le 27 mars 2000 (et non 1998, comme certaines rumeurs ou posts sur les réseaux sociaux le prétendent à tort), lors d'un débat diffusé sur France 3 à la suite du documentaire Viols d'enfants : la fin du silence (présenté par Élise Lucet). L'émission s'intitulait approximativement « Paroles d'enfants » ou faisait suite au reportage sur la pédocriminalité. Sur le plateau, face à des témoignages d'enfants victimes et à des questions sur des rumeurs de réseaux pédophiles, elle déclara (selon les retranscriptions des articles de l'époque, comme dans Le Monde, Le Parisien et La Croix) des phrases du type :« En région parisienne, j’ai effectivement eu connaissance de charnier(s) d’enfants. [...] Il existe un charnier d'enfants en région parisienne et d'ailleurs une instruction est en cours. Je n'en dirai pas plus. »
Elle a précisé peser ses mots et refusé d'en dire davantage en invoquant une enquête en cours. Face au tollé et à l'émotion provoqués par cette déclaration, elle se verra forcée par sa hiérarchie au ministère de la justice de revenir sur sa déclaration, invoquant un état émotionnel intense lié au sujet de la pédocriminalité durant l'émission...

Puis Epstein arrive, 2019.
Soudain, miracle : tout le monde découvre qu’il existe des îles, des listes de vols, des caméras, des puissants qui aiment les très jeunes.
Choc national.
Mais Epstein n’était que le gérant d’une seule franchise.
Il y en a d’autres. Il y en a toujours eu d’autres.
Et le système n’a pas « dysfonctionné ». Il a choisi de sacrifier une vitrine pour garder l’arrière-boutique intacte. Et maintenant, en 2026, on continue de pas voir disparaître plus de mille enfants par jour dans les seules bases de données officielles des pays riches.
Mais chut, surtout ne reliez pas les points. Ce serait complotiste.

02 Février 2026: Nicki Minaj, rappeuse, parolière, compositrice, mannequin et actrice aux dizaines de millions de followers a fait cette déclaration choc le 2 février 2026, sur son compte X (anciennement Twitter), pendant ou juste après la cérémonie des Grammy Awards 2026 (qui s'est tenue le 1er ou 2 février selon les fuseaux horaires). Le post principal (le plus viral et cité partout) date du 2 février 2026 à environ 02h21 GMT  :
« Your favorite artist has been practicing rituals in a satanic cult where they take babies from other countries & mutilate & kill them as a form of a blood sacrifice to their God. You see, when your master is Satan, you must constantly shed blood. However, the JIG IS UP. »
(Traduction : « Votre artiste préférée a pratiqué des rituels dans une secte satanique où ils enlèvent des bébés d'autres pays, les mutilent et les tuent en sacrifice de sang à leur dieu. Quand votre maître est Satan, vous devez constamment faire couler le sang. Mais le MANÈGE EST TERMINÉ. »)

Pendant ce temps, les algorithmes censurent les discussions, les lois anti-désinformation se multiplient, la surveillance de masse s’étend, LCI et BFM parlent d'autres chose mais jamais de ça, et toute personne qui pose des questions un peu trop précises se retrouve étiquetée « extrémiste et complotiste » plus vite que l'ombre à Lucky Luke. 

Bref. Les artistes du Moyen Âge et de la Renaissance n’étaient pas en train de décorer joyeusement des cathédrales.
Ils criaient. Sans la technologie d'Eyes Wide Shut et avec les seuls outils qu’ils avaient à l'époque : pigments, burins, prières muettes.
Ils criaient : « Regardez ! C’est réel ! Ça continue ! »

Et nous, en 2026, on fait quoi ?
On scrolle, on zappe, on se dit que c’est triste mais que c’est compliqué, on attend que les gentils chevaliers blancs en toges noires ou rouges ou en costard ministériels  viennent régler le problème. Sauf qu’ils ne viendront pas. Parce qu’ils sont au banquet. Alors oui, protégez vos gosses.
Vérifiez où qu'ils vont. Avec qui. Qui finance quoi.
Arrêtez de croire que l’incrédulité est une vertu.
Elle ne l’est pas.
C’est juste de la lâcheté habillée en maturité. Le sang des enfants est le loyer que nous payons tous pour pouvoir continuer à faire semblant que tout va bien. Et le bail arrive bientôt à échéance. 
Que Dieu nous pardonne.
Ou pas.
À ce stade, c’est presque secondaire.

6 févr. 2026

1151. DÉSOBÉISSEZ !

 

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DÉSOBÉISSEZ !
C’est en réclamant la liberté que l’on devient esclave 
(ou comment se prendre pour un rebelle en beuglant des "No pasarán" tout en suppliant qu’on vous rende ce que vous avez déjà)

Au fil des siècles, des tas de gens se sont entretués avec des drapeaux, des slogans et des prières pour « instaurer la liberté ».

Et bien sûr, à chaque fois, on a sorti la carte « Dieu est avec nous » pour faire avaler la pilule.
Classique. Intemporel. Pathétique.
Invoquer la providence pour avoir la liberté, c’est déjà signer son contrat d’esclavage en trois exemplaires.

La liberté est là dès le départ, dans chaque cellule, dans chaque respiration.
Mais la plupart des gens préfèrent regarder ailleurs et attendre qu’un sauveur vienne leur ouvrir la cage qu’ils ont eux-mêmes verrouillée.
On est tous des lâches professionnels au quotidien, avouons-le sans tortiller du cul.
Alors arrêtez de faire semblant d’être choqués quand on vous le dit.

Un peu de honte ferait même du bien, histoire de changer de disque.
On naît déjà esclaves, on est élevés pour le rester, et là, miracle, certains commencent tout juste à se demander pourquoi qu'ils ont toujours mal aux genoux.
Chapeau pour la vitesse de réaction, vraiment.

Allez, petit exercice de salon, si vous avez deux minutes entre deux stories Instagram :
Asseyez-vous. Fermez les yeux.
Et comparez honnêtement :
– ce que vous devez faire chaque putain de jour
– et ce que vous voudriez vraiment faire.  
La distance entre les deux ? C’est exactement la taille de la chaîne que vous vous êtes passée vous-même autour du cou depuis que vous êtes sorti du ventre de votre mère. Félicitations, c’est du sur-mesure.

« Le devoir de désobéissance »
« Si l’injustice fait partie des frictions inévitables du fonctionnement de l’État, laissez-la faire, laissez-la faire : elle finira peut-être par s’user – la machine finira certainement par s’user… mais si elle est de nature à vous contraindre à être l’instrument de l’injustice envers autrui, enfreignez la loi. Que votre vie soit une résistance pour arrêter la machine. Ce qu'on doit faire, c’est veiller, en tout cas, à ne pas se prêter au mal que l'on condamne. »
Henry David Thoreau


Pendant que vous, vous likez des posts genre « élevez vos vibrations » en attendant que l’État vous rende votre dignité sur un plateau, l’obéissance, c’est la colle qui tient tout le château de cartes de l’oppression debout.

Sans moutons dociles, pas de berger qui tienne.
Même le dictateur le plus mégalo peut pas tuer 70 millions de personnes tout seul avec une petite cuillère.
Il a besoin d’une armée de gens « qui suivent les ordres », « qui font leur travail », « qui ont une famille à nourrir ».
Vous savez, les excuses préférées depuis 5000 ans.

Le désir de pouvoir, c’est un virus assez con : il ne se transmet que par la soumission volontaire des autres.
Et comme il y a toujours plus de gens terrifiés que de gens lucides, eh ben… bingo, jackpot oppression.

Et venez pas me chanter que ça concerne « seulement les grands méchants systèmes ».
Non, non, ça marche aussi très bien dans nos couples toxiques, dans vos bureaux open space, dans vos groupes d’amis qui vous jugent en silence, dans votre famille qui vous fait culpabiliser, dans cette petite voix qui vous dit « faut pas faire de vagues ».
Partout. Tout le temps. Même dosage.

Les lois ? Du papier cul signé par des gens qui ont aussi peur que vous.
Elles n’existent que parce qu’assez de personnes acceptent de jouer le jeu.
Si demain 30 % des flics, des juges, des huissiers, des profs, des employés de banque disaient « non, celle-là j'y obéirai pas », le château s’effondrerait en moins de 72 heures.
Mais bon… Netflix est plus confortable.

« La liberté ne se donne pas. Elle se conquiert. »
Max Stirner
(essayez de demander poliment à votre patron de vous rendre votre dignité, pour voir ce que ça donne)
Demander la liberté = admettre qu’on ne l’a pas.
Et si on ne l’a pas, c’est qu’on l’a déjà donnée.
Logique implacable. Déprimante. Vraie.

La seule chose à faire : décider que nos corps et nos esprits ne sont plus à louer. Point.
C’est ridiculement simple sur le papier, et monstrueusement difficile dans les faits.
Parce qu’on préfère mille fois accuser le système, le gouvernement, le patron, le voisin, le climat, les reptiliens… plutôt que de regarder dans le miroir et de se dire :
« Ah merde, c’est moi qu'a dit  oui à toute cette merde depuis 35 ans. »

On nous a programmés dès la maternelle à :
– montrer patte blanche
– lever la main pour parler
– faire plaisir à la maîtresse
– se méfier de nos propres désirs
– croire qu’on est cassés et qu’il faut un diplôme / un médecin / un gourou / un politique pour nous réparer  Recette officielle du totalitarisme soft.
Fonctionne à merveille depuis des générations.
5 étoiles sur Trustpilot.


Programmation basée sur la peur
« Les pionniers d’un monde sans guerre sont les jeunes qui refusent le service militaire. »
Albert Einstein
(pendant que 99 % des autres font la queue pour aller se faire trouer la peau « par devoir »)

La peur, carburant n°1 de tout système qui veut durer.
Amygdale* en PLS, néocortex en veille prolongée = population idéale pour se faire manipuler en boucle.
Les médias ne font même plus semblant : chaque saison a son nouvel épouvantail.
Virus, guerre, climat, migrants, IA, pédocriminalité de masse, pénurie, astéroïde…
Peu importe le nom, pourvu que ça fasse monter l’adrénaline et baisser le QI collectif.
Irak 2003 : « Armes de destruction massive ? » Zéro. Nada.
Mais la peur post-11/09 était tellement forte que des millions de gens ont hoché la tête devant le mensonge le plus éhonté du siècle.
Et on en est encore à payer les pots cassés.

L’Holocauste, s'il a bien eu lieu je veux dire ? Pas besoin d’une nation de monstres.
Juste une nation de gens qui ont eu très peur de perdre leur place, leur salaire, leur respectabilité.
« J’obéis, c’est tout. »
La phrase la plus assassine de l’histoire. La peur est une drogue puissante, discrète, et gratuite.
Elle nous fait prendre le mal pour la sécurité, la soumission pour la vertu, la lâcheté pour de la prudence. Et pourtant…

Quand on arrête de trembler, la peur se transforme en autre chose.
En force.
En amour qui ne négocie pas. L’amour plutôt que la peur
Il n’y a que deux boutons : peur ou amour.
Peur → contraction, repli, mensonge, violence passive-agressive.
Amour → expansion, vérité, créativité, vulnérabilité assumée. John Lennon l’avait compris.

La plupart des gens préfèrent scroller.


Choisir l’amour à chaque fois où la peur hurle « mais faut pas faire de vagues » est la chose la plus subversive qui existe aujourd’hui.
Et la plus rare. 
Le changement que tout le monde attend désespérément ?
Il viendra pas d’un vote, d’une manif, d’un gourou et encore plus moins d’une appli de méditation à 14,99 €/mois.
Il viendra quand assez de gens arrêteront de se mentir à eux-mêmes.

Tout commence dans nos têtes.
Puis dans nos choix de tous les jours.
Puis dans un "non catégorique" au prochain ordre imbécile.

La liberté n’est pas un cadeau.
C’est une décision répétée.
Souvent douloureuse.
Presque toujours solitaire au début.

« Le courage est un mot du cœur. »
Brené Brown
(la majorité préfère avoir raison que d’avoir du cœur, c’est plus confortable)
Se soumettre à la connerie ambiante, à la violence légale, à la haine banalisée, à la destruction lente de tout ce qui vit…, c’est de la lâcheté certifiée.  Désobéir, aimer malgré tout, dire non quand tout le monde dit oui…, ça c’est du courage.

Et au fond, vous le savez tous très bien. Alors choisissez. Peur ou amour.
Esclave poli ou être libre qui dérange. Y’a pas de version tiède.
Y’a pas de « un peu les deux ».  Soyez le changement.
Ou continuez de liker les posts qui parlent de changement.  À vous de voir.
Mais venez pas pleurer après.

30 janv. 2026

1150. Comité de Planification Future

 

COMITÉ DE PLANIFICATION FUTURE

De retour dans la voiture, Gavin Newsom, le président fraîchduleusement élu, poussa un soupir de soulagement. Pas un cheveu ne dépassait, malgré l'alerte météo extrême. Son discours d'investiture s'était déroulé à merveille, comme il le savait. Il s'y était entraîné depuis l'âge de dix ans devant la psyché de ses deux papas. Tout en contemplant le paysage avec satisfaction par la vitre, il perçut vaguement une voix à côté de lui.
   
" Discours fantastique comme toujours, Monsieur le Président ", ces mots résonnèrent comme une extase. " Vous avez évidemment reçu le programme de votre première journée, mais l'équipe de préparation souhaiterait savoir s'il y a un point particulier sur lequel vous aimeriez vous concentrer ?
- Le peuple américain ?" Il adressa à son assistante un sourire charmeur. Elle lui rendit son sourire, un peu forcé toutefois.

" Tout à fait, Monsieur le Président." Elle marqua une pause. " Bien que j'ai dans l'idée qu’ils pensaient à des domaines plus politiques.
- Je vois." Gavin jeta un coup d'œil au discours posé sur ses genoux. " Dans ce cas, je suppose que mes priorités seront l'espoir, le progrès woke, un futur inclusif, une Amérique pour tous les genres, tous les pronoms, tous les smoothies végans, et du Fentanyl pour toutes les bourses" Sa mâchoire se crispa tandis qu'il fixait pensivement le vague.
" Formidable, je vais le noter", murmura Dana sans trop s'y attarder. " Comme vous pouvez le constater sur l'itinéraire, votre premier rendez-vous est avec le Comité de Planification Future. Nous y avons consacré trois heures." 

Gavin cligna des yeux.
- Le qui de quoi ?
- Aucune idée, Monsieur.
- Vous pouvez pas demander à l’équipe de transition ?
- Eux non plus n'en savent rien. Mais ils ont dit que c’était super hyper important.
- Comment ils savent que c’est important s’ils savent même pas ce que c’est ?
- Parce que le nom est chiant à mourir", expliqua Dana avec la sagesse des gens qui ont survécu à trop de PowerPoints. " Monsieur le Président, vous êtes resté trop longtemps en Californie. À Washington, plus le nom d’un comité est soporifique, plus il est dangereux. C’est comme les médicaments : si ça s’appelle « Joyeuse Pilule du Bonheur », c’est du sucre. Si ça s’appelle « Comité inter-agences de supervision des flux entropiques multidimensionnels », c’est qu’ils préparent l’apocalypse en silence."  

Gavin renifla avec l’élégance d’un roi qui vient de sentir une chaussette oubliée depuis trois jours.
" Donc ma réunion de cet après-midi avec le « Comité de gestion des risques existentiels top secrets ultra-confidentiels »… c’est du pipi de chat ?
- Exactement, Monsieur. Une banale formalité protocolaire. Café, baise-mains, lèche-culs et gaufrettes." 

La Maison-Blanche était désormais en vue. Le moment dont Gavin avait toujours rêvé était sur le point d'arriver, et pourtant il semblait ailleurs. Dana observa le dirigeant du monde libre répéter sans cesse « Comité de planification future » jusqu'à ce que le cortège s'arrête.
Dès son entrée, le président fut assailli de félicitations et de poignées de main de la part de ses collaborateurs de campagne et de ses alliés politiques. Il saluait chaque caméra d'un sourire familier et d'une salutation expéditive, se frayant un chemin à travers la foule en liesse.
Mais bientôt, il se retrouva avec son équipe rassemblée dans un long couloir. Ses aides s'écartèrent tandis qu'un fonctionnaire anonyme, doté d'une habilitation de sécurité que Gavin n'avait jamais vue auparavant, le conduisait dans une petite pièce qui était en fait un ascenseur.
Aucun bouton ne fut actionné. Il n'y avait aucun bouton. Pourtant, l'ascenseur descendit. Après avoir devalé ce qui lui sembla représenter quelques trente étages, la porte s'ouvrit, l'employé s'écarta et fit signe à Gavin qu'il pouvait sortir.
Alors que les portes se refermaient, un froid inhabituel le saisit. Qu'était-ce ? De la peur ? De l'angoisse ? De la solitude ? C'était la première fois que Gavin se retrouvait seul depuis son accession au poste de gouverneur de Californie, plus de onze ans auparavant. Il s'avança prudemment dans le couloir vers une porte en bois sans prétention portant l'inscription « Comité de planification future ». Après avoir pris son élan, il frappa trois fois, et la porte s'ouvrit.
 
" Bonjour Monsieur le Président ! Je suis le général Glücksman. Veuillez entrer, je vous en prie !"

Le général Glücksman était un homme imposant, au visage en forme de pelle et au nez crochu. Il serra chaleureusement la main de Gavin et l'accompagna jusqu'à une petite table  où deux autres personnes, un homme et un monsieur-madame, étaient déjà installées.
 
" Voici le général Myers et l'amirale Levine", dit-il en hochant la tête. Aucun des deux ne se leva. " Ensemble, nous formons le Comité de planification future." Le général prit place en face du président et le regarda avec un sourire confiant.
" Très bien, vous devez me dire ce que -
- Oh là là, quelle impolitesse de ma part ! " Le général se leva d’un bond avec l’aisance d’un homme bien plus léger. " Désirez-vous boire quelque chose ? De l’eau, un café, ou quelque chose d’un peu plus kitsch comme du lait d'amande ?"
- Non. Je voudrais juste savoir-
- Excusez-moi pour le manque de snacks, vous devez mourir de faim ! Je crains que nous ne recevions pas beaucoup et, eh bien, il est difficile d'obtenir des financements du Trésor quand on ne peut pas leur dire exactement ce qu'on fait", gloussa-t-il.

Après trois tentatives ratées pour tenter de placer un mot, Gavin finit par aboyer : " Général Glücksman, asseyez-vous et dites-moi ce que vous foutez ici à cent mètres sous terre !"  

Silence. Regards entendus entre les trois militaires. Glücksman soupira, retourna à la table et s'affala sur la chaise qui avait déjà bien souffert. " Que fait le Comité de planification future ?" Un silence gêné s'installa tandis que le trio échangeait des regards entendus.

L’amirale Levine prit la parole d’une voix de robot sexuellement frustré :  " Nous surveillons de prés la plus grande menace jamais rencontrée par les États-Unis."  
Gavin bomba le torse. " La Chine ? Pas de souci, j’ai la carotte et le bâton. La carotte c’est le marché, le bâton c’est la Navy. On va les caresser dans le sens du poil jusqu’à ce qu’ils nous échangent des Tesla contre du Fentanyl en gros."  

Silence de mort. Le deuxième général, le moins étoilé des deux, toussota.
" Non Monsieur… pas la Chine.
- Ne me dites pas… la Russie alors ! Vous avez raison, Levine, le Kremlin représente une menace plus immédiate", proclama Gavin, retrouvant son assurance sans effort. " Encore une fois, il faudra employer la carotte et le bâton. Mais cette fois, on va leur enfoncer la carotte dans le cul, pas comme ce molasson de Zelenski, une carotte encore plus grosse, plus longue, plus dure… et plus rapeuse et ensuite on leur enfoncera aussi le baton pour bien bourrer tout ça."  

La « monsieur-madame » le regarda avec incrédulité ; son regard sombre laissait transparaître une perplexité à peine dissimulée – une émotion qui semblait étrangère à ses yeux bruns comme de la mélasse. Les paroles fleuries s'éteignirent comme par magie, tandis que le sourire charmeur de Gavin disparaissait presque aussi vite qu'il était apparu.
Nouveau silence encore plus gêné. Glücksman finit par lâcher, avec la tête de quelqu’un qui annonce à sa grand-mère que son chat est mort :  " Monsieur le Président !" Le sourire jovial du général Glücksman demeurait, mais son regard était fatigué. " Je vous en prie, monsieur le président, n'abordons pas le sujet de cette conversation par élimination. 
- En fait, Monsieur le Président," intervint le général Myers, " l'amirale Levine ne faisait référence ni à la Chine ni à la Russie. Elle faisait référence à… 
- Allez-y, dites-moi tout." Gavin n'avait quasiment jamais été interrompu de sa vie, mais, une fois de plus, la curiosité l'emporta. " Quelle est donc cette grande menace pour la sécurité ?
- Eh bien… ce sont les envahisseurs étrangers."  

Gavin serra les mâchoires et fixa le lointain. " Écoutez, Glücksman, je sais que l'administration précédente avait des positions intransigeantes, mais je ne qualifierai jamais les migrants en situation irrégulière d'« envahisseurs étrangers ». Ce sont des êtres humains en quête d'une vie meilleure et de très bons électeurs, même si nous devons maintenir des frontières fortes, notre grande nation a été fondée sur -
- Excusez-moi, Monsieur le Président, vous avez mal compris. Nous ne parlons pas d'étrangers venus de la frontière sud. Nous parlons d'extraterrestres… d'étrangers venus… de l'espace !" Glücksman eut au moins la décence d'afficher une mine gênée en prononçant le dernier mot. 

Gavin explosa de rire pendant huit secondes pleines, puis s’arrêta net quand il vit que personne ne se marrait avec lui.  " Attendez… vous êtes sérieux ?
- Tout ce qu'il y a de plus sérieux, monsieur le président". 

S'ensuivit un échange prévisible et répétitif, Glücksman tentant d'expliquer la situation tandis que Gavin rejetait systématiquement ses explications, les qualifiant de plaisanterie, peut-être d'initiation ou de pari de bureau. L'impasse fut débloquée lorsque Glücksman fit remarquer que l'ascenseur ne serait pas remis en service avant plus de deux heures. Le Président ferait donc bien de l'écouter.
  
" Très bien, disons que je morde à l'hameçon. Pourquoi représentent-ils une telle menace ?
- Eh bien, c'est très compliqué, Monsieur le Président, mais je dirais que ça se résume à deux choses. Premièrement, c'est une race intergalactique expansionniste et sanguinaire, un peu comme celle de mes ancêtres soit-dit en passant, uniquement obsédée par le dépouillement, l'asservissement et la mise en esclavage des autres espèces." Gavin frissonna. C'était une drôle de plaisanterie. " Deuxièmement… nous avons fait une très mauvaise première impression.
- Une mauvaise première impression ?
- Il y a près d'un siècle, l'un de leurs explorateurs s'est écrasé à Roswell, au Nouveau-Mexique", poursuivit Glücksman en se penchant en avant. Cela lui semblait familier. " À cette époque, le Comité avait déjà été créé. Nous avions une stratégie", soupira-t-il. " Mais la CIA a retrouvé l'explorateur avant nous…
- Et qu’ont-ils fait ?
- Ils l’ont capturé, euthanasié et ont pratiqué une autopsie secrète sans raison apparente. Les relations sont très tendues depuis." 

Gavin croisa le regard de Glücksman. Un bleu électrique rencontra un brun impassible tandis qu’ils s’observaient de part et d’autre de la table. Gavin cligna des yeux. " Très bien, je vais supposer que ce que vous me dites est vrai. Quelle est notre relation avec ces… étrangers ? " Il jouait le jeu, mais il refusait d'utiliser le mot « extraterrestres ».
" Comme je le disais, la situation est instable. Ils ont menacé d'envahir le pays à plusieurs reprises, mais -
- Attendez. Que voulez-vous dire par « ils ont menacé d'envahir » ? Comment le savez-vous ?" 
Glücksman fronça les sourcils. " Eh bien, ils nous l’ont dit.
- Comment ? Ils vous ont contactés ?
- Pardonnez-moi, Monsieur le Président, j'aurais dû le préciser. Ils communiquent par des signaux lumineux envoyés vers notre planète. Vous les connaissez peut-être sous le nom d'aurores boréales. Bref… 
- Bien essayé. Il existe une explication scientifique aux aurores boréales." 
Bauer soupira. " Et de quoi s’agit-il, Monsieur le Président ?
- Eh bien, le soleil émet de l'énergie qui frappe l'atmosphère et se transforme en électricité, enfin… pas de l'électricité à proprement parler, mais une sorte d'électricité spatiale ionisée… une ionisation verte qui se réfracte sur… vous savez… la haute atmosphère pour donner au ciel sa couleur… verte.
- C’est ce qu’on raconte aux écolos et aux influenceurs Instagram, Monsieur. En réalité c’est une espèce de Morse cosmique".  

Gavin commence à transpirer sous son brushing indestructible.  " Et… ils veulent quoi ?
- Nous envahir, monsieur.
- Bon, Glücksman, les extraterrestres vous ont fait part de leurs intentions grâce aux aurores boréales", soupira Gavin, partagé entre une angoisse existentielle et une irritation extrême, selon que tout cela soit vrai ou non. " Qu'est-ce qu'on fait ? On les atomise ? " 

Glücksman esquissa un sourire ironique. " Pardonnez-moi, Monsieur le Président, mais menacer les extraterrestres avec des armes nucléaires, c'est comme une fourmi-
- D’accord, je comprends.
- Laissez-moi terminer. C’est comme une fourmi qui menacerait un éléphant avec une feuille de pissenlit particulièrement pointue. Nous disposons de peu d’informations sur leurs capacités militaires, mais s’ils envahissaient notre territoire, nous ne survivrions pas trente secondes.
- Trente secondes ?
- Oui, le temps approximatif qu'il leur faudrait pour garer leurs vaisseaux." 

Gavin se laissa retomber sur sa chaise, abasourdi. Muet pour la première fois de sa vie. L'amirale et l'autre général, qui attendaient leur tour en silence, levèrent les yeux, perplexes, jusqu'à ce que Glücksman intervienne. " Heureusement, nous avons une arme secrète. Une arme dont ils ne peuvent même pas imaginer l'existence"

Gavin se pencha en avant, captivé par les paroles du général. En réalité, il soupçonnait Glücksman de savourer le suspense. " Et quelle est-elle, Glücksman, nos F35, nos THAAD ?
- Des histoires, Monsieur le Président", répondit-il doucement. " Nous pouvons raconter des histoires.
- Putain Glücksman ! Je m’attendais à une Étoile de la Mort ou un truc dans ces eaux-là." Gavin passa ses mains dans ses cheveux. Étrangement, toujours impeccables. " Des histoires ? C’est quoi ce délire Disney ? " Le regard de Glücksman ne faiblit pas. Le type affable qui avait offert un verre à Gavin près d’une heure plus tôt avait disparu depuis longtemps.
 
" Monsieur le Président, comment savez-vous qu’il n’y a pas d’Étoile de la Mort dans l’espace ?
- Je suppose que c'est une question toute rhétorique ?
- Pas du tout, monsieur le président. Répondez à la question." 

Gavin fixa une fois de plus les yeux imperturbables. " Eh bien, je suppose que je sais que ça n'existe pas parce que c'est de la fiction de chez Lucas. Je l'ai vue dans un dans un des ses films.
- En effet !" Les yeux de Glücksman s’illuminèrent. " Les êtres humains peuvent concevoir des choses qui n’existent pas. Les extraterrestres, eux, en sont incapables." 
Gavin resta de marbre. " Glücksman, j'ai encore l'impression que vous me faites patienter jusqu'à une conclusion. Pourriez-vous, juste cette fois, aller droit au but ?
- Bien sûr, Monsieur le Président", répondit Glücksman avec un sourire radieux, imperturbable. " Nous savons, d'après leurs communications, qu'ils ont recueilli à distance une quantité considérable de données sur notre mode de vie, mais ils sont incapables de distinguer le vrai du faux. Ils ne comprennent même pas le concept de fiction ! Prenez votre exemple précédent. Ils ont analysé les films Star Wars comme s'ils se déroulaient dans la réalité. Nous pensons donc qu'ils nous craignent.
- Ils nous craignent parce qu’ils pensent que nous avons construit une Étoile de la Mort ?
- Essentiellement, oui. Et pour mille autres raisons également." Un éclair de folie brilla dans les yeux de Glücksman. " Monsieur le Président, toutes les œuvres de fiction que nous avons jamais créées sont considérées par eux comme des faits réels. 

Gavin prit une profonde inspiration tandis que les rouages ​​de sa pensée tournaient à plein régime.

" Donc, votre solution consiste à faire plus de films du genre Star Wars ? Donc… notre arme secrète… c’est Hollywood ?
- Eh bien, oui, en partie. À votre avis, pourquoi ces suites lamentables ont-elles été réalisées ? Nous avons aussi produit des franchises de super-héros à la chaîne pour ne rater aucune occasion. Ce que vous devez comprendre, c'est que ces extraterrestres ont été tenus à distance uniquement par notre imagination, par les histoires que nous créons ! Et TikTok. Et les mèmes. Et les fanfics wattpad de 800 pages sur des loups-garous polyamoureux. Ils sont persuadés qu’on a une armée de super-soldats volants, une Étoile de la Mort dans le garage de la Zone 51, et qu’on peut invoquer Godzilla en chantant l’hymne national à l’envers."  

Gavin se prit la tête dans les mains.  " Attendez… donc les suites pourries de Star Wars… c’était pour faire peur aux aliens ?    
Gavin avait du mal à s'enthousiasmer outre mesure à l'idée qu'une race extraterrestre sanguinaire (dont il ignorait l'existence) soit dissuadée d'une invasion par de simples films de science-fiction de qualité moyenne. Il tenta néanmoins le coup. " C’est une excellente nouvelle, Glücksman. Eh bien, il va me falloir du temps pour digérer tout ça… peut-être toute ma vie. En attendant, je voudrais que ce soit clair. Nous nous rencontrerons toutes les deux semaines jusqu’à la fin de mon mandat. Ça vous va ?
- Très bien, Monsieur le Président, je vois que vous serez bien plus impliqué que votre prédécesseur.
- Je parie que vous dites ça à tous les nouveaux présidents", sourit Gavin, son sourire gagnant faisant timidement son retour. " Et… qu'en est-il du mur dans l’espace que Trump voulait construire ?
- On l’a fait passer pour un délire. En réalité on l’a construit. En Lego. Mais ils ne savent pas que c’est du Lego. Ils pensent que c’est en adamantium vibranium pur."
- Bon, et bien si c'est tout ce que vous aviez pour moi, je devrais vraiment remonter en surface.
- Mais Monsieur le Président, il nous reste encore deux heures et il y a encore tellement de choses à discuter.
- Encore ?" Gavin eut l’impression que son esprit avait été découpé en morceaux, frit et servi avec une généreuse portion de mayonnaise.
" Oui ! Je passe maintenant la parole au général Myers pour le deuxième point à l'ordre du jour."

Le second homme leva les yeux de ses paluches qu'il malaxait depuis une bonne demi-heure et Gavin le remarqua enfin. Mais avant même qu'il ait pu dire un mot, ses lèvres charnues se mirent à cracher des syllabes courtes et saccadées comme une mitrailleuse. Et le ballet recommença.
 
" Monsieur le Président, il est grand temps que nous discutions également des sept menaces persistentielles que représentent le réchauffement climatique, le Covid, le Yeti, le Bigfoot, le Kraken, le Dahu et le monstre du Loch Ness…

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Merci pour votre inconditionnel soutien qui me va droit au cœur
... ainsi qu'au porte-monnaie
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et à très bientôt !