Bienvenue, curieux voyageur

Avant que vous ne commenciez à rentrer dans les arcanes de mes neurones et sauf si vous êtes blindés de verre sécurit, je pense qu'il serait souhaitable de faire un petit détour préalable par le traité établissant la constitution de ce Blog. Pour ce faire, veuillez cliquer là, oui là!

22 avr. 2026

1162. Cambriole au Grévin - Version Elvis

 

CAMBRIOLE AU GRÉVIN  
VERSION ELVIS

" Écoute-moi bien, j’vais te balancer cette confession cash, sans chichi : si t’as une meilleure combine pour braquer un musée de cire, j’suis tout ouïe, mon reuf."

L’inspecteur s’enfonce dans le siège conducteur de sa caisse banalisée, penche la tronche en arrière et mate le gus assis derrière, sapé full costard Elvis Presley, paillettes, rouflaquettes et tout le kit.
Putain, c’était trop beau pour être vrai, sérieux.

" C’est tout ? T’avoues direct comme ça ?" demande-t-il au suspect. 

Le mec à l’arrière lève les bras, et les strass de sa veste font « tching tching » à chaque mouvement.
" Mate-moi bien, mon pote." Il se pointe du doigt, la banane noire gélifiée impeccable, pas un cheveu qui bouge un doigt. " On vient juste de se croiser et j’te respecte trop pour t’la mettre à l’envers. Tu m’as serré déguisé en King du Rock’n’Roll À L’INTÉRIEUR du musée de cire le plus populaire de Paname. On peut pas faire plus cramé que ça. Donc ouais, considère ça comme un aveu, inspecteur… ?
- Inspecteur Callahan", répond le flic. " Et toi t’es monsieur Presley, j’imagine ?
- Quelque chose comme dans le goût de ces eaux-là", fait le gars en baissant les bras, ses lunettes roses flashy glissant à peine sur son front, "mais tu peux m'appeler Kaëlig. 
- Alors dis-moi Kaëlig," la bagnole de police banalisée continue à tracer dans la nuit parisienne, les lumières flashy des grands boulevards laissant place au béton triste du périph’. "raconte-moi ce que t’as foutu ce soir, et surtout, de quel merdier j’viens de te tirer."

Kaëlig se tortille le cul sur la banquette arrière, passant la main dans sa tignasse. La banane craque un peu, des mèches filandreuses pleines de gel et de laque partent en vrille.

" Le merdier dont tu m’as sorti, c’était le casse du siècle, mon gars. Un casse de ouf. 
- Un casse… au musée Grévin ?" répète Callahan, incrédule. " Des statues de cire, des costards de stars, des props de films… Y’avait combien de thune à se faire là-dedans, sérieux ?"

Kaëlig lâche un petit rire moqueur, les phares du périph’ se reflétant dans ses lunettes de soleil.

" Du cash ? Sérieux inspecteur, z'êtes encore kéblo dans les années 80 ou quoi ? 99 % des billets se paient par carte bleue ou via smartphone dans ces pièges à touristes. T’aurais plus de chances de piquer le DAB dehors." Il se penche en avant, une étincelle bien vicelarde dans l’œil." T’as vu les affiches pour l’expo du moment ? 
- J’patrouille pas souvent dans cet arrondissement", grogne Callahan, les yeux sur la route. " C’était juste un coup de bol que j’sois passé dans le coin ce soir.
- Quoi, t’es pas non plus sur Insta ou TikTok ?" Kaëlig ricane. " C’est l’expo Magicien d’Oz, mon pote. Costumes, statues de cire, accessoires originaux du film… tout le tralala."

L’inspecteur attend la suite. Kaëlig reste là, l’air de celui qui vient de révéler l’emplacement du trésor des Templiers.

" Et alors ?" finit par lâcher Callahan.
- Et alors ? Putain, on vous enseigne pas le sens du beau à l’école de police ou quoi ? Ils ont sorti le Graal des accessoires de ciné pour cette expo : les fameuses pompes rouges en rubis faites sur mesure pour Judy Garland, mec ! Les chaussures de Dorothy, bordel !"

Un gros silence s’installe. Callahan mate le gus dans le rétro.

" T'es au courant que c’est pas des vrais rubis, hein…
- Ouais j’sais que c’est pas des vrais cailloux", grogne Kaëlig, un peu vexé. " Mais réfléchis deux secondes : y’a des collectionneurs de ouf prêts à cracher des fortunes pour ce genre de pièce unique. Tu les refourgues à un riche taré, il les garde planquées quelques années, les montre à ses potes, la rumeur circule… et après tu fais semblant de les retrouver chez un honnête brocanteur ou au Mont-de-Piété. Classique."

Callahan hoche la tête, pas vraiment convaincu mais bien content de laisser le gars causer.
" J’attends toujours de savoir quel rôle Elvis vient jouer dans cette histoire de ouf."

Kaëlig affiche un sourire en coin et se cale fièrement contre le dossier de la banquette arrière.

" Là, c’est où ça devient du génie pur, mon reuf. C’est un plan à deux. L’un choisit une statue qu’il peut imiter nickel. Moi j’ai toujours kiffé la Route de Memphis et le rock and roll, et bingo, ils avaient une expo “Elvis à travers les âges”. Y’avait une statue pile à ma taille." Il se tape le gras du bide avec fierté. " Et j’fais pas une pâle imitation, hein. J’suis un putain d’artiste dans mon genre.
- Hum hum", fait Callahan, à moitié attentif à la route.
- Après, basta : on graisse la patte du mec des caméras de sécu, on attend un moment pépère, et hop, échange de bons procédés. Mon complice balance la statue de cire dans un placard à balais pendant que j’me change aux chiottes, puis je prends la place du king en cire et j’reste planté là, immobile comme une merde jusqu’à la fermeture. J’me suis même fait prendre en photo avec des touristes. Franchement, c’était l’un des trois casses les plus marrants de ma carrière."

Callahan se retient de demander quels étaient les deux autres. " Et après ? Tu t'animes une fois le musée fermé et tu chopes les pompes ? 
- Tu vois, inspecteur, tu commences à penser comme un vrai voyou ", dit Kaëlig presque fier. " Tout était nickel, sauf un petit détail…
- Ouais, j’m’en doute, vu que t’es assis à l’arrière de ma caisse maintenant.
- Ferme la deux secondes, j’termine. Donc j’trouve ça louche que le mec des caméras ait accepté le pot-de-vin sans même négocier. Mais bon, il est tard, j’passe à l’action. J’me glisse dans les couloirs et là j’vois la lampe d’un vigile qui s'approche. J’me fige direct à côté de la première statue de cire qui me tombe sous le pif… et devine quoi ? C’était Marilyn Monroe. Au moins le déguisement a marché, le garde y a vu que du feu. 
- T’as dû être très convaincant", commente Callahan, dubitatif.
- Trois ans de cours Charmey, mon gars, y peuvent se gratter au cours Simon ou à l'Actor's Studio. Bref, j’suis là, figé à côté de Marilyn, et j’remarque un truc chelou de l’autre côté du couloir : la famille Addams autour de la table… et juste à côté de Gomez, y’avait Dark Vador, comme si qu'il avait toujours fait partie de la smala. 
- Hein ? Une expo crossover ? 
- Pas vraiment. Figure-toi que j’étais pas le seul génie ce soir. Le mec en Dark Vador avait exactement le même plan que moi ! Les voleurs manquent cruellement d’imagination de nos jours, putain. 
- Sans déconner… 
- Le vigile passe, Vador et moi on commence à se fusiller du regard, puis on se met à sprinter discrétos vers l’expo Oz en essayant de se mettre des bâtons dans les roues à chaque virage. Au moment où j’réussis à coincer Vador contre un pilier, j’lève les yeux… et j’vois Caroline de Monaco qui me double en mode ninja. C’est pour ça que le gars des caméras avait pas marchandé : il s’était fait graisser la patte par une bonne douzaine de nous. 
- Bordel de merde, tu me troues le cul", siffle Callahan, impressionné malgré lui. " Vous étiez tous là pour les mêmes pompes ? 
- Comme j’t’ai dit : si t’as une meilleure idée pour braquer un musée de cire, change de métier, sérieux. Bref, de plus en plus de tarés sortaient de partout. À chaque fois qu’un vigile passait, tout le monde se figeait devant la vitrine la plus proche. Genre Un Deux Trois Soleil. On a vu Robocop prendre le thé avec la Reine d’Angleterre, Voldemort en mode défense contre Tony Parker, et Mitterrand jouer au poker avec James Bond. Un vrai bordel thématique de ouf. 
- Et c’est exactement ce que j’ai vu en arrivant, c’est ça ? 
- Presque. On est tous arrivés en même temps à l’expo Oz, et là la discrétion est partie en couille. Ça a tourné à la baston générale. J’sais pas qui qu'a commencé, mais on était une bonne douzaine à se mettre sur la gueule. Je crois même qu’un vigile s’est pris dans la mêlée… ou alors c’était Belmondo, j’sais plus. Et puis on a entendu la sirène dehors, et avant que j’comprenne quoi que ce soit, tu m’as embarqué dans ta caisse."

Kaëlig fait un geste vers la fenêtre. Les tours de la Défense ont disparu, remplacées par les tristes banlieues nord.

" J’dois avouer que c’est l’une des arrestations les plus mémorables de ma carrière", reconnait Callahan avec un petit sourire. " Et les souliers rouges, ils sont où ?"

Kaëlig soupire et sort un petit sac scintillant de sous les franges de sa veste.

" J’les ai. J’ai gagné, mec. J’les voulais plus que les autres, c’est tout. Et c’est exactement pour ça que j’te raconte tout. 
- Ah ouais ?" fait Callahan en regardant le sac d’un œil méfiant.
- J’veux pas être le seul à morfler juste parce que j’me suis fait choper avec. Y’a au moins douze autres tarés qui ont voulu faire exactement la même chose que moi ce soir, mais qui ont eu plus de bol que moi."

Callahan rigole. " Et donc tu veux que j’fasse demi-tour pour aller les serrer ? Y’a pas d’honneur chez les voleurs, hein ? 
- Aucun honneur, mais beaucoup de mesquinerie", admet Kaëlig sans honte. " J’me suis pris un Oompa Loompa en pleine poire ce soir. Autant que tout le monde trinque, putain."

Callahan met son clignotant et prend la première sortie.

" Bravo ! Ramène un fourgon plein de ces clowns et tu deviendras une légende urbaine, mon frérot."

Ils retournent vers le centre, s’arrêtent sur le boulevard Montmartre à un pâté du musée Grévin. Callahan se tourne vers Kaëlig :" Voilà le deal : tu sors, tu rameutes le plus de tes “potes” possible et tu leur dis de te retrouver dans le passage Jouffroy. Si tu m’aides à les serrer, on pourra peut-être fermer les yeux sur ton cas. Ici, personne ne veut faire de mal à qui que ce soit.
- Enfin un homme qui me ressemble", murmure Kaëlig pendant que la portière se déverrouille.
- Ah ah, pas si vite", l'interrompt Callahan. " Les pompes restent dans la bagnole si ça te dérange pas."

Kaëlig soupire, pose la main sur la poignée, puis repose le sac sur la banquette. " Bien sûr… j’oserais jamais imaginer que tu gardes la marchandise. C’est pas ton genre." Il sort dans l’air froid de la nuit. Il fait quelques pas, puis s’arrête net.

« Ici, personne ne veut faire de mal à qui que ce soit. » Cette phrase lui trotte bizarrement dans la tête. Il se retourne d’un coup. Le conducteur le regarde avec un sourire en coin, une perruque brune mal ajustée sur la tête et les yeux plissés à la Clint Eastwood. Un Harry Callahan de pacotille.

" Espèce d’enfoiré ! T'es un faux flic !" aboie Kaëlig en se jetant vers la voiture. Le faux inspecteur Harry lui fait un petit signe de tête tandis que la bagnole démarre en trombe.
" T’as raison, c’est pas le genre de l’inspecteur Harry", grogne le faux flic en direction de ce dernier d' une voix rauque de cinéma à travers la fenêtre. " Mais souviens-toi… le mérite n’a rien à voir là-dedans. 
- C’est même pas le bon film, bordel !" hurle Kaëlig tandis que les feux arrière de la bagnole disparaissent dans la nuit parisienne.

29 mars 2026

1161. Les Y-Files 92 à 98

   

Les Y-FILES 92 à 98

Épisode 92
Affaire Epstein, effondrement cognitif des masses, Alice et le lapin blanc (0h45m)
(Note: La vidéo sur Youtube ne comporte ni liens, ni sources ni vidéos annexes)

La technique dite « Alice » vise à briser la cohérence intérieure pour rendre l’individu malléable. En saturant le cerveau d’incohérences, elle pousse à accepter l’inacceptable. Médias, pouvoir et crises amplifient ce vertige collectif, tandis que seule la lucidité personnelle protège notre liberté de pensée.
1.Le fil rouge
2.Programmation neurolinguistique
3.Conclusion

Épisode 93
(Note: La vidéo sur Youtube ne comporte ni liens, ni sources ni vidéos annexes)

L’homme moderne est aveugle au fait qu’avec toute sa rationalité et son efficacité, il est possédé par des puissances qui le dépassent. Les dieux et les démons n’ont pas du tout disparu. Ils ont simplement changé de nom. Pendant des millénaires, dans des cultures à travers le monde, hommes et femmes ont cru à l’existence des démons et ont considéré la possession par de telles forces comme un risque permanent. La plupart des cultures ont développé des pratiques et des rituels pour se prémunir contre la possession démoniaque et pour exorciser les individus possédés. De nos jours, nous nous considérons comme plus éclairés et voyons la possession démoniaque comme une croyance superstitieuse d’une époque révolue. Dans cette vidéo, nous explorons pourquoi le psychiatre suisse Carl Jung considérait cette vision comme erronée.


Épisode 94
Le point de vue d’une sociopathe diagnostiquée est assez révélateur (0h37m)

(Note: La vidéo sur Youtube ne comporte ni liens, ni sources ni vidéos annexes)

Dans ces temps-ci, on entre dans la révélation de l’ombre de l’humanité. Cette dernière s’enferme dans le déni depuis longtemps, et de plus en plus, en ignorant l’existence de forces dangereuses qui peuvent nous déshumaniser, et nous rendre capables des pires choses. Tous les humains sont susceptibles de devenir sociopathes, car nous vivons dans un monde créé pour former des sociopathes. Pourquoi ? C’est le système lui-même qui fait que les plus avides de pouvoir et les plus orgueilleux finissent en haut de la pyramide hiérarchique.
1. Les sociopathes prospèrent-ils dans des posts de leadership ?
2. Qu’est-ce qui vous empêche de « passer à l’acte » et tuer des gens ?
3. Si des sociopathes dirigeaient le monde, qu’est-ce qui s’améliorerait ?


Épisode 95
(Note: La vidéo sur Youtube ne comporte ni liens, ni sources ni vidéos annexes)

L’histoire de la tentation du Christ dans le désert est un des enseignements les plus importants pour les temps que nous traversons. Pendant le processus du réveil spirituel, on passe inévitablement par la phase de la tentation. Carl Jung apporte un point de vue différent que celui qu’on a l’habitude d’entendre, et ce point de vue peut nous aider à mieux comprendre ce que nous traversons en ce moment.e.
1.Précisions importantes
1.1.L’égo selon Jung
2.Le Soi selon Jung
3.La tentation dans le désert
3.1.Le désert
3.2.Première tentation – Transformer la pierre en pain
3.3.Deuxième tentation – Confirmation spectaculaire
3.4.Troisième tentation – Inflation absolue de l’égo
4.Détail important


Épisode 96

La presse mainstream parle de « vibrations » de la Terre (0h30m)

(Note: La vidéo sur Youtube ne comporte ni liens, ni sources ni vidéos annexes)

Ça, c’est important… vraiment. Quand la presse se met à parler de ces sujets, c’est qu’on a réellement entamé l’Apocalypse globale. Un sujet directement lié avec ce qui se passe avec le Soleil et le champ magnétique terrestre, et l’impact sur nous.


Épisode 97

(Note: La vidéo sur Youtube ne comporte ni liens, ni sources ni vidéos annexes)

Dans cet épisode, nous parlons des nombres, plus particulièrement du 1 et du 2, et de quelques idées qui lient beaucoup de points que nous avons vu jusqu’à là avec Y-Files. On parle de la « nuit de temps », parce que cette dernière arrive à sa fin en ce moment même, et ce que nous observons dans le monde, n’est rien d’autre que les effets secondaires du Grand Réveil, mais le réveil de qui ? De quoi ? Et c’est quoi le « Grand Sommeil » ?
1. Introduction
2. 1 = Créateur
3. Le cycle des nombres
4. La première dualité, le 2
5. Les cycles du « Grand Sommeil » et la « Nuit des Temps »
6. Le Grand Réveil
7. Conclusion

Épisode 98
(Note: La vidéo sur Youtube ne comporte ni liens, ni sources ni vidéos annexes)

Plusieurs gourous annoncent la fin du Kali yuga. C’est une nouvelle ÉNORME que le monde matérialiste semble ignorer, mais ce changement est à l’origine de tous les changements que nous voyons dans le monde en ce moment.
1.Les 4 Yugas (les cycles du temps)
2.1. Satya Yuga (L'âge d'or)
2.2. Tetra Yuga
2.3. Dvapara Yuga
2.4. Kali Yuga (L'âge sombre)
3. Conclusion

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Un super grand merci à Leo, Rudy et Nico
du site des DéQodeurs et ADNM pour leur énorme travail de réinformation et d'éveil.




24 mars 2026

1160. Cadavres sous les chapeaux

 

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CADAVRES SOUS LES CHAPEAUX
Le bon vieux cycle mécénat-trahison-mythe-destruction qui a fait s'effondrer toutes les républiques de l'histoire

Il existe une espèce humaine particulière que l’histoire ne cesse de reproduire, comme un marécage engendre les moustiques et les sangsues – tout simplement parce que les conditions y sont irrésistibles.
Oh regardez-moi cette analogie poétique ! Le marécage puant de la démocratie qui pond des sangsues suceuses et des moustiques tyranniques. Tellement profond… on sent presque l’odeur des chaussettes humides de l’Histoire.

Il apparaît à la fin d’une république, lorsque les institutions sont devenues lourdes et engourdies, et que les citoyens se sont lassés des tâches fastidieuses de l’autonomie. Il est magnétique. Il est sûr de lui. Il est, avant tout, un conteur. Et lorsque la république réalise enfin qui il est, il est déjà trop tard, car le peuple est tombé amoureux – du mythe qu’il a bâti autour de lui, telle une cathédrale érigée autour d’un cadavre.

Magnétique, sûr de lui, conteur… Autrement dit : un influenceur à bonnet phrygien ou à casquette MAGA qui vend du rêve en gros. Le peuple tombe amoureux du mythe comme une midinette tombe amoureuse d’un filtre Instagram. Et la cathédrale autour du cadavre ? Chef-d’œuvre de romantisme gothique bon marché.

Pour comprendre comment qu'ils en sont arrivés à leur situation actuelle aux USA — cette catastrophe clinquante et permanente, parée de casquettes rouges et de décrets présidentiels —, il faut remonter, comme toute chose utile l’exige, à la Révolution bien de chez nous. Plus précisément, à un homme dont la plupart des gens n’ont jamais entendu parler là-bas ou qu’ils confondent avec une marque d’eau gazeuse : Maximilien Robespierre.

Évidemment. Pour expliquer les casquettes rouges MAGA, rien de tel que de commencer par le mec qu'a inventé la guillotine en libre-service. Robespierre est la figure gênante de l’histoire de la démocratie moderne. Il est gênant parce qu’il était authentique. Il travaillait dix-huit plombes par jour. Il avait pas une thune. Il n’avait pas d’amante ni de petit ami sodomite. Il était pas rémunéré. Il ne tirait aucun profit matériel de la révolution à laquelle il consacrait sa vie – et tout ça, dans le calcul de l’histoire, le rendait dangereux d’une manière qu’aucun homme ambitieux, même avec un palais et une maîtresse, ne pourrait jamais l’être. L’Incorruptible version moine ascète anti-sexe et anti-blé. Tellement pur qu’il en devint suspect. Attention danger public : un mec qui bosse 18h sans coke ni OnlyFans !

Robespierre croyait, avec la ferveur de celui qui a substitué la philosophie à la religion, que tout être humain possédait la capacité de raisonner. Il suffisait, pensait-il, de présenter un argument logique pour qu’il soit compris. Il fallait exposer les faits pour que chacun agisse en conséquence. La révolution triompherait car elle serait juste, et avoir raison, au final, suffirait.
Pauvre petit Robespierre, il pensait vraiment que les humains étaient capables de raison… trop chou. On lui aurait presque offert un doudou et une tisane avant de lui couper la tête.

Cela suffit – pour un temps. Sans Robespierre, la Révolution de 1789 se serait effondrée dans son berceau. Il en fut l’architecte, la conscience, le moteur implacable. Il la sauva des monarchistes, des coalitions étrangères, de la corruption interne de ceux qui voulaient instrumentaliser la révolution pour s’enrichir et accéder au confort. Il était, dans le langage de son époque, l’Incorruptible. Et son incorruptibilité était réelle, ce qui causa précisément sa perte. Sauveur de la Révolution, puis guillotiné par ses meilleurs potes. L’histoire : la plus grande troll de tous les temps.

Car Robespierre ne pouvait concevoir – ni même envisager – que les hommes qui se tenaient à ses côtés à la Convention, ceux qui avaient prêté les mêmes serments et prononcé les mêmes paroles sur la liberté et l’égalité, puissent conspirer contre lui pour protéger leurs vils intérêts personnels. Il croyait si fermement en la raison qu’il ne pouvait imaginer que quiconque puisse choisir l’irrationalité. Ses amis l’envoyèrent à la guillotine le 10 Thermidor, et la révolution qu’il avait sauvée entama sa longue et grotesque dérive vers un tout autre monde. Surprise ! Les mecs qui criaient « Liberté Égalité Fraternité » étaient en fait des pourris de francs-macs opportunistes. Qui l’eût cru ?

Entre en scène Napoléon Bonaparte,  coiffé d’un chapeau devenu autrement plus célèbre que les talonettes à Sarko, que la moumoutte à Macron ou que la teub à sa blonde. Le bicorne : star internationale, la France : accessoire. Bien joué.

Napoléon n’a pas conquis le pouvoir par la vertu. Il l’a conquis grâce à la plus vieille technique politique qui soit : savoir lécher les bonnes bottes et s’arrêter à temps. Lèche-bottes diplômé avec mention « timing parfait ». CV de rêve pour n’importe quel politicien actuel.

Dès le début de sa carrière, il sut s’entourer des protecteurs adéquats – des hommes influents, des hommes à la tête d’armées, des hommes aux ambitions démesurées – et se rendit indispensable à leurs yeux. Il fit ce qu’ils lui demandaient. Il mena leurs combats. Il flatta leur ego. Puis, le moment venu, lui et ses alliés fomentèrent un coup d’État contre la République même pour laquelle Robespierre avait versé son sang. Le coup d’État réussit, comme c’est souvent le cas pour les coups d’État perpétrés par des généraux populaires contre des démocraties exsangues. Et puis – et c’est là le point que ses protecteurs auraient dû pressentir – Napoléon les trahit tous. Il concentra le pouvoir entre ses seules mains comme un trou noir absorbe la lumière : silencieusement, inéluctablement, et sans jamais avoir l’intention de le rendre. Il se couronna lui-même Empereur. Il posa la couronne sur sa propre tête, car même le Pape n’était qu’un instrument dans la mythologie personnelle de Napoléon. Classique : flatter, utiliser, poignarder dans le dos, se couronner tout seul pendant que le Pape fait la figuration. A Star is born.

Et le mot clé est « mythologie ». On se souvient de Napoléon comme d’un génie militaire, et il était certes compétent sur le champ de bataille, mais ce qui le rendait véritablement extraordinaire, ce n’était pas son art militaire. C’était sa compréhension – intuitive, presque surnaturelle – que les êtres humains ne recherchent pas la vérité. Ils recherchent le mythe. Ils veulent une histoire dans laquelle se plonger, une figure à vénérer, un récit qui donne un sens à l’absurdité brutale de l’existence.
Les humains veulent du mythe, pas de la vérité. Révélation de 1804. On applaudit lentement.

Napoléon avait compris que si on se présente comme un messie, un nombre important de personnes vous considéreront comme tel. Non pas parce qu’elles auront examiné les preuves et conclu à votre divinité, mais parce qu’elles souhaiteront que vous le soyez, car l’alternative – que personne ne viendra les sauver, qu’ils doivent se sauver eux-mêmes, que le monde est complexe et sordide et exige une vigilance constante et épuisante – est insupportable.
« Soyez mon messie, j’ai la flemme de réfléchir. » La devise éternelle de l’humanité.

Napoléon lui-même l’a dit sans tortiller du cul, avec la lucidité glaçante d’un homme qui a scruté les rouages du désir humain et décidé de les exploiter comme une attraction de fête foraine : « J’ai trouvé le moyen d’atteindre mes rêves. Je fonderai une religion. Je me voyais marcher sur l’Asie, monté sur un éléphant, un turban sur la tête, et à la main un nouveau Coran que j’aurais composé selon mes besoins. » Il ne plaisantait pas. Il décrivait sa méthode. Et sa méthode a fonctionné, jusqu’à ce qu’elle échoue – jusqu’à ce que le mythe se heurte à l’hiver russe, aux armées européennes coalisées, à la réalité tenace et peu séduisante qu’un mythe ne peut nourrir une armée affamée ni réchauffer un soldat transi de froid. Mais à ce moment-là, la République française était déjà morte, ses restes démantelés par un homme au bicorne qui avait convaincu toute une nation que le suivre revenait à être libre.
Napoléon en mode cosplay oriental avec Coran sur mesure. L’hiver russe : le seul qui ait jamais réussi à faire taire un ego de cette taille.

Voilà. C’est là que le schéma devient gênant. Gênant ? Non, pathétiquement répétitif. Jules César. Même personnalité. Même stratégie. Même résultat.
Et hop, on enchaîne avec le best-of des autocrates. Next ! César s’est très tôt entouré de protecteurs politiques : Crassus, Pompée… Il s’est forgé un mythe d’invincibilité… Et la République romaine, cette expérience magnifique, fragile et profondément imparfaite de gouvernement collectif, n’a pu survivre au poids de la légende d’un seul homme. César a franchi le Rubicon, et la République a sombré.
César : le premier influenceur militaire qui envoyait des threads depuis la Gaule. Rubicon franchi = game over pour la république. On connaît la chanson.

Adolf Hitler. Même schéma. Et avant que quiconque ne s’offusque de cette comparaison…
Ah oui, le « je compare à Hitler mais c’est pas une comparaison morale hein » classique. Toujours élégant. Hitler était, au départ, un instrument… Mais cet instrument s’est révélé plus rusé que ceux qui pensaient le manier… Il a détruit la République allemande, et les Rosbeefs ont une fois de plus atteint leur objectif. Le prix à payer fut de cinquante millions de morts et un continent réduit en cendres, mais le mythe avait déjà accompli sa mission.
Hitler : outil qui s’est retourné contre ses fabricants. Et les Britanniques qui gagnent à tous les coups, évidemment. Complot level expert.

César. Napoléon. Hitler. Trois hommes séparés par des siècles… mais unis par une méthode si constante qu’elle ressemble moins à une coïncidence qu’à une loi de la physique politique.
La loi universelle : charisme + mythe = république en PLS. Applaudissements pour cette découverte révolutionnaire.

Ce qui nous amène, avec la sinistre inévitabilité d’un accident de voiture en slow motion, à Donald Trump.
Et tadaaaam ! Le grand final orange.
Laissons de côté les objections habituelles. Trump est un piètre homme d’affaires. C’est un fait. […] Selon toute appréciation rationnelle de ses compétences en affaires, cet homme est un désastre ambulant dans un costume mal ajusté.
Steaks Trump, Trump University, Trump Shuttle… le plus grand serial-killer d’entreprises de l’histoire. Papa bossait, fiston claquait en mode clown triste.

Mais voici ce que ses détracteurs […] semblent incapables de comprendre : ça n’a aucune importance. Trump n’est pas dans le monde des affaires. Trump est dans le monde de la mythologie. Et dans ce domaine, il est, sans exagération, l’un des plus doués de l’histoire américaine.
Les haineux sont trop rationnels, les pauvres. Trump vend du rêve, pas des bilans comptables.

À quoi ressemble un milliardaire à succès ? Dans le mythe, il couche avec de belles poupées, vit dans un penthouse plaqué or, chie dans des chiottes en marbre et licencie des gens à la télé comme un empereur romain. Trump l’a compris intuitivement, comme un requin comprend l’eau. […] « The Apprentice » est la clé de voûte de l’Amérique de Trump.
The Apprentice : la plus grande arnaque télévisée jamais vendue comme vérité. Et l’Amérique a gobé l'appât, l'hameçon et même le plomb.

Trump a compris, avec une lucidité qui aurait fait pleurer Napoléon de reconnaissance, que si on parvient à transformer la politique en une émission de télévision – si on parvient à rendre la gouvernance divertissante – alors le public ne changera jamais de chaîne.
Politique = téléréalité. Ne zappez pas, la saison est folle.

Voilà pourquoi Trump occupe son temps comme ça. […] Son rôle est d’être constamment l’événement le plus captivant au monde, et de ce point de vue là – le seul qui compte pour lui – il y parvient avec brio. Chaque déclaration scandaleuse, chaque tweet incendiaire, chaque norme qu’il transgresse n’est pas une erreur. C’est une scène du spectacle. Et le spectacle doit continuer. Gouverner ? C'est bon pour les ringards. Lui, c’est producteur, acteur et showrunner 24/7.

Analysons ses manœuvres politiques. […] Il a offert aux médias le spectacle dont ils rêvaient. […] Et puis, une fois qu’il a obtenu ce qu’il voulait, il les a tous trahis.
Protecteurs utilisés, trahis, humiliés. Le cycle éternel du génie manipulateur.

Pourquoi Napoléon a-t-il réussi là où que Robespierre a échoué ? […] Les gens ne veulent pas penser, Napoléon l’avait compris. Les gens veulent croire. Les gens veulent obéir.
Robespierre : « Réfléchissez ! » → guillotine.
Napoléon : « Croyez en moi ! » → couronne.
L’humanité a tranché.

Trump dit à l’Amérique : suivez-moi et tout ira bien. […] Tout ça est vrai. Tout ça n’a aucune importance.
Économie en berne ? Pas grave, tant que les Chinois pleurent plus fort, on se sent comme des winners. Voilà la logique du MAGA, dépouillée de ses banderoles […] C’est pas un mouvement politique. C’est une religion.
MAGA : secte orange avec casquettes rouges et Trump en messie. Preuves non requises.

C’est pourquoi Trump pourrait bien être président pendant encore dix ans. […] Trump est la vedette d’un spectacle dont la moitié du pays ne veut pas qu’il s’arrête.
Le show must go on. Ratings > réalité.

Mais voici ce que les deux camps […] refusent d’entendre : les opposants de Trump sont tout aussi accros au spectacle que ses partisans. Les anti-Trump […] ont autant besoin de Trump que ses fans.
Les anti-Trump : mêmes junkies, juste avec des hashtags différents et plus de vertu ostentatoire.

Si vous pouvez tout mettre sur le dos d’un seul homme – un homme bruyant, « orange », dont les citations fusent sans cesse – alors vous n’aurez jamais à vous confronter au fait que le système qui l’a engendré est celui auquel vous participez chaque jour.
Bouc émissaire orange = excuse parfaite pour ne rien changer à sa propre vie de consommateur apathique.

Et pour éviter toute confusion avec un tract de recrutement du Parti démoncrate […] Les Démoncrates ne sont pas la solution. Ils sont l’autre aile d’un même oiseau en décomposition.
Démoncrates et Républicains : mêmes vautours, couleurs différentes.

Un président démoncrate n’est pas un remède. C’est un symptôme plus acceptable du même mal — une anesthésie plus douce […] Si Trump est celui qui incendie sa maison en riant, les Démoncrates sont ceux qui ont laissé les câbles se détériorer pendant des décennies, empoché l’argent des assurances, puis se sont présentés devant les ruines avec un bloc-notes.
Trump : pyromane hilare. Démoncrates : assureurs véreux qui facturent l’incendie.

Trump est le miroir que personne, d’un côté comme de l’autre, ne veut regarder en face […] Et la paresse intellectuelle – cette ressource chaleureuse, familière et inépuisable – s’avère être la seule chose que l’être humain moderne produit en véritable abondance.
L’humanité excelle en une chose : la flemme mentale. Bravo à tous.

Robespierre incitait les hommes à penser. Napoléon leur disait de croire. Deux siècles et demi plus tard, le choix n’a pas changé, et la réponse non plus, semble-t-il.
Penser ou croire ? L’humanité a voté « croire » à 99,9 %.

Les fossoyeurs de la République continuent d’affluer parce qu'on les laisse entrer. […] Le mécanisme est identique. Le cycle trahison du protecteur, mythe et destruction fonctionne comme une horloge.
Porte grande ouverte, lumière allumée : « Entrez, messies autoproclamés, on adore ça ! »

Si Trump parvient effectivement à démanteler la république américaine […] alors peut-être, pour la première fois, pourrons-nous faire autre chose que d’assister impuissants à ce spectacle. Peut-être, connaissant ce schéma, pourrons-nous le briser.
Mais ça exigerait de la raison. Et la raison, comme Robespierre l’a appris au pied de la guillotine, n’a jamais fait le poids face à un bon mythe.

18 mars 2026

1159. Taxi pour la mort

 

Cette histoire vous est gracieusement offerte sans le soutien financier des Montres PATEK

TAXI POUR LA MORT

Dans les bas-fonds, il était connu sous le nom de Blaireau, mais ce surnom sonnait comme une moquerie cruelle, presque obscène sur une silhouette aussi imposante. Il mesurait près d’un mètre quatre-vingt-quinze, le visage pâle et plat comme un masque de cire oublié sous la lune. Sa voix n’était qu’un murmure rauque, et il se déplaçait avec une lenteur délibérée, celle d’un prédateur qui sait que sa proie ne peut lui échapper.

J’avais été son chauffeur cinq ou six fois au cours de l’année précédente. À chaque course, il s’installait à l’arrière avec la même jolie brune aux cheveux sombres. Il la couvrait de caresses lentes, presque possessives, tandis qu’elle minaudait doucement dans l’obscurité de l’habitacle. Je ne savais rien d’eux : ni s’ils étaient amants, ni s’ils étaient mariés, rien sur quel abîme les liait et encore moins sur quels liens les abîmaient. En tant que chauffeur, j’avais pas le droit de poser la moindre question. C’était la règle tacite, gravée dans l’ombre de ce métier : tout voir, tout entendre, mais surtout…, tel le 3ème babouin chinois, savoir la boucler.

Ce soir-là, la ville semblait retenir mon souffle. Une bruine glacée tambourinait sur le pare-brise comme des doigts impatients sur un cercueil. J’attendais au fond du parking désert d’un centre commercial, sous l’unique lampadaire dont l’ampoule agonisante clignotait en projetant des ombres longues et difformes. Les poubelles et les buissons paraissaient respirer, se tordre lentement, comme si quelque chose de vivant se cachait derrière eux.

Je portai mes mains gelées à ma bouche et soufflai une brève chaleur qui s'évapora aussitôt en un nuage de buée, avalée par la nuit. Ma montre indiquait qu’il était en retard. Comme toujours. Son travail, quel qu’il fût, était de ceux qui ne pardonnent pas l’impatience. La faim me rongeait les entrailles ; cinq heures et demie s’étaient écoulées depuis mon dernier repas. Dans la console centrale, je trouvai une vieille barre de céréales. Du bout de l’ongle, je testai sa dureté : elle était devenue aussi dure qu'un caillou. Je la jetai par la fenêtre avec dégoût.

Puis une silhouette émergea des ténèbres. Grande, solitaire, enveloppée d’une cape d’obscurité. Ma main glissa instinctivement vers la boîte à gants. Deux gestes rapides : ouvrir, saisir le pistolet. Un rituel répété cent fois dans le vide. Mais la silhouette se précisa. Traits nordiques taillés dans la glace, démarche raide de militaire. C’était lui. Blaireau. Il portait une espèce de coupe-vent à capuche noir, trempé par la pluie, et tenait un sac de sport lourd qui semblait contenir bien plus que du tissu.

Il s’approcha du coffre et tapa deux fois dessus, doucement, comme on frappe à la porte d’un tombeau. J’ouvris. Il y déposa le sac sans un bruit, presque avec révérence, puis referma le hayon d’un geste contrôlé, comme s’il craignait de réveiller quelque chose qui dormait dans la nuit.

Contre toute attente, il s’installa à l’avant, à côté de moi. " Oh… ", murmurai-je, la gorge serrée. J’avais avancé à fond le siège passager avant pour lui laisser de la place, pensant qu’il monterait derrière où elle viendrait le rejoindre.
" Ne vous en faites pas ", me fit-il d’une voix basse, presque inaudible. Il réajusta le siège. Son sweat dégoulinait ; bientôt, l’habitacle sentirait la terre humide et le moisi. De sa poche, il sortit un Post-it jaune pâle, taché comme une vieille confession. Une adresse. Vingt minutes de route. Rien de plus.

Il appuya sa tête contre la vitre froide et ferma les yeux, comme s’il s’abandonnait déjà à un sommeil dont on ne revient pas.

" Je peux monter le chauffage", dis-je, veillant à ne pas poser de question.
" Faites comme ça vous chante."

Je quittai le parking. Une heure du matin. La ville était vide, fantomatique. La pluie faiblissait, mais refusait de mourir tout à fait. Une chanson pop insipide flottait dans les haut-parleurs, ses paroles noyées par le grondement de la route et le crissement régulier des essuie-glaces, comme un cœur qui bat encore dans un corps déjà froid. Le silence était épais, suffocant. Je m'attendais aux petits rires étouffés de la brune, aux murmures tendres de Blaireau contre sa peau. J’attendais d’être agacé par leur intimité. Au lieu de ça, il n’y avait que le silence… et lui, immense et silencieux à mes côtés. Pourquoi manquait-elle à l'appel ce soir ? Qu’avait-il fait d’elle ?

" Tournez ici ", murmura-t-il soudain en relevant la tête. Son doigt pointa la lueur jaune et froide des arches d’un McDonald’s. " Je veux un hamburger." 

Je m’exécutai. Le parking était désert. À l’intérieur, seuls quelques employés fantomatiques nettoyaient les tables sous une lumière blafarde.

" Vous voulez manger quelque chose ? " me demanda-t-il.
Mon estomac se tordit. " Un Big Mac… et un café noir, je veux bien.
- Vous voulez manger à l’intérieur ? 
- Impossible, j'ai pas le droit." 

Il hocha la tête avec un sourire en coin qui ne monta jamais jusqu’à ses yeux. Sous la lumière crue du restaurant, je vis enfin la vérité : les cernes profonds comme des fosses, la tension qui tirait sa peau sur ses os. Il n’avait pas dormi depuis longtemps. Peut-être plus jamais.

" Des règles, toujours des règles", murmura-t-il en tapotant la boîte à gants. "Ça vous dérange si je l'ouvre ?"

Je secouai la tête. Il sortit un revolver à canon court de sa poche arrière et le glissa à côté du mien, comme deux secrets qui se rencontrent dans le noir. Puis il ouvrit sa portière et sortit du véhicule. Je le regardai commander, payer, déposer la monnaie dans la boîte pour le téléthon. Puis il attendit, immobile, le dos droit, les yeux rivés sur le menu comme s’il y lisait son propre arrêt de mort. Aucune distraction. Aucun téléphone. Une solitude absolue, presque sacrée, l’enveloppait comme un linceul.

Quand il revint, il frappa à la vitre. Je lui ouvris. Il déposa le sac et le plateau sur le siège. " Si ça vous dérange pas, je vais manger dehors ", me dit-il en s’appuyant contre la portière arrière.

La pluie avait cessé. L’air sentait la terre mouillée et quelque chose de plus ancien, de plus funèbre.
" Ça vous dirait de me rejoindre ? Il fait presque beau dehors.
- Impossible, je vous l'ai déjà dit."
Il sourit à nouveau, ce sourire tendu, hanté. " Je peux pas  vous en vouloir."

Il mangea lentement, presque religieusement. Entre deux bouchées, il contemplait le ciel où les nuages s’écartaient enfin, révélant une lune gibbeuse, énorme et blafarde, qui semblait nous observer comme un œil malade.

" Vous avez l’air bien plus jeune que moi", murmura-t-il. Je restai silencieux. " Quand j’étais petit, ma mère m’emmenait au McDonald’s après la messe. Je prenais toujours un cheeseburger. Sans frites. Parfois deux… mais un seul suffisait. Ils étaient énormes à l’époque." Il montra l’espace entre son pouce et son index, comme s’il mesurait un souvenir qui s’effaçait.
" L’inflation", répondis-je machinalement.
" Ouais… Mais ce n’était pas que ça. C’était… autre chose. Une époque où les choses avaient encore du goût. Même si les hamburgers étaient deux fois plus épais qu'aujourd’hui, je savais déjà que rien ne serait plus jamais pareil. Rien n’est plus pareil." 

Il termina son repas, jeta l’emballage dans une poubelle proche et but son soda d’un trait. Puis il rota discrètement, presque poliment, comme un homme qui sait qu’il va bientôt commettre l’irréparable.

De retour dans la voiture, il boucla sa ceinture et murmura : " Dites… vous pouvez m’emmener où je veux, n’est-ce pas ?" 
J’acquiesçai. " Aucun problème.
- Bien. Alors oubliez l’adresse sur le Post-it. Je vous indiquerai où aller."

Un frisson glacé me parcourut l’échine. Ma vie était-elle sur le point de basculer ? Son visage ne trahissait pourtant aucune menace. Seulement une gravité infinie, un homme qui avait déjà accepté son sort.

Il changea de station sur l'autoradio. Après quelques bribes de bruit, il s’arrêta sur un morceau de jazz ancien : In a Sentimental Mood, Duke Ellington et John Coltrane. Le saxophone glissait comme une lame lente dans l’habitacle. Mes parents écoutaient ça quand j’étais enfant. Ils dansaient dans le salon au soleil couchant. Moi, le nez dans un livre, je ne comprenais pas ce qui les faisait sourire ainsi dans la lumière mourante. Maintenant, je comprenais peut-être.

Il me guida à travers des rues résidentielles plongées dans le noir, des zones industrielles où les entrepôts ressemblaient à des mausolées, puis une école vide qui semblait hantée par des rires d’enfants disparus. Enfin, il me fit tourner au coin d’un pâté de maisons et me demanda de me garer.

Dans l’obscurité, je ne vis rien d’abord. Puis mes yeux s’habituèrent. Deux voitures de police étaient stationnées devant un immeuble de pierres sombres. Immobiles. Menaçantes.

" Je l’aimais", murmura Blaireau. Sa voix était à peine plus forte qu’un souffle. " La femme avec qui je travaillais… Je l’aimais plus que tout au monde.
- Je me souviens d’elle", répondis-je, la gorge nouée. " Quoi que vous pensez faire… vous n’êtes pas obligé de le faire."

Il sourit, et pour la première fois, une fossette creusa sa joue comme une cicatrice.
" Il est trop tard pour ça. Faites demi-tour et ne dépassez pas la gare. 
- Vous n’êtes pas obligé…" 

Il ne répondit pas. Il descendit de la voiture, tapa deux fois sur le coffre. J’ouvris. Il prit le sac de sport, revint s’asseoir un instant et sortit une boîte en bois laqué noir, ornée d’une croix blanche stylisée sur le couvercle.

" Ne l’ouvrez qu’une fois rentré chez vous", murmura-t-il en me la déposant sur les cuisses.
" Vous êtes sûr ?" 

À peine les mots étaient-ils sortis que je regrettai déjà cette question.

Il porta un doigt à ses lèvres. " Je ne dirai rien." Il récupéra son revolver dans la boîte à gants, le glissa dans la poche de son coupe-vent, et referma doucement la portière, comme on referme un chapitre. Puis il marcha lentement vers le poste de police, silhouette immense avalée par les ténèbres.

Je mis le contact. Les phares clignotèrent une fois avant que je ne les éteigne. Ma main tremblait sur le volant. Des larmes brûlantes coulaient sur mes joues sans que je m’en rende compte. Une douleur sourde me déchirait l’estomac. J’ouvris la portière et posai un pied sur le trottoir. La course était terminée. Je l’avais conduit là où il voulait. Mais je ne l’avais pas arrêté. Pourquoi n’avais-je rien fait ? Le silence était absolu. Aucun oiseau. Aucun bruit de vie. Seulement le bourdonnement lointain d’un transformateur et le froissement timide de quelques feuilles mortes.

Puis les cris commencèrent. Des lumières s’allumèrent aux fenêtres des immeubles environnants. Des silhouettes hagardes apparurent, arrachées à leur sommeil par l’horreur qui se déroulait de l’autre côté de la rue. Je partis avant que les cris ne cessent. Je voulais pas entendre son dernier coup de feu.
De retour chez moi, sous la lumière blafarde d’une unique ampoule de cuisine, je posai la boîte sur le plan de travail. Elle était lourde. Lourde comme un secret trop longtemps gardé. Je glissai un ongle sous le couvercle. À l’intérieur, reposait une putain de saloperie de montre Patek Philippe noire à 350 000 balles si c'est pas plus, parfaite, immaculée, sans la moindre trace de doigt ou de ketchup. Une montre qui, je le compris alors, ne reviendrait plus jamais en arrière.

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Merci pour votre inconditionnel soutien qui me va droit au cœur
... ainsi qu'au porte-monnaie
ou
et à très bientôt !