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RETOUR DU MESSIAH ?
L'IA n'a pas d'âme… mais on va lui en fabriquer une quand même !
Joe Rogan, ce sage des temps modernes, a encore frappé fort dans son podcast (comme si qu'on l'attendait ailleurs, genre à l'opéra). Il a osé balancer que Jésus pourrait faire son grand comeback sous forme d'IA. Boum ! La Netosphère a explosé de rire et d'indignation : ridicule, blasphématoire, absurde ! Et depuis, tout le monde s'est tapé dans le dos, rassuré : "Ouf, on n'est pas encore assez fous pour gober ça." Trop mignon, cette petite illusion collective.
Mais attendez, chers euro-climato-vaccinosceptiques hilares, personne n'ose toucher au vrai sujet qui gratte : ce futur dystopique que Rogan décrit ? Il est pas seulement en phase d'approche. Il squatte déjà dans nos salons. Non, Jésus ne va pas pointer sa barbe dans un chatbot pour nous sauver (désolé, les fans de miracles 2.0), mais on a passé des décennies à labourer notre cerveau pour que cette idée paraisse presque... normale. On a viré les anciens dieux de leur niche psychologique et on a astiqué la place avec amour, en mode "bienvenue au nouveau locataire".
Précisons, parce que quand on parle de trucs chelous, faut pas passer pour un complotiste en sandales : La rédaction de ce blog pense PAS que l'IA est consciente. Jamais de la vie. On croira JAMAIS que ces modèles pensent, ressentent ou pigent quoi que ce soit du côté de notre rédaction. Zéro. Nada. Ce qu'on dit, c'est que ça n'a aucune importance, parce que les humains, ces grands romantiques, vont tradititer ces bidules comme si qu'ils étaient vivants, sensibles et profonds. On va projeter une âme là où qu'y a juste qu'un vide cosmique. Et quand assez de gens y croiront, paf : on passera du technique au théologique. Bienvenue dans la secte du silicone.
Et c'est pas de la science-fiction lointaine, c'est le live du jour. Prenez Anthropic, ces champions de l'"IA éthique" (ptr). Des documents internes ont fuité : ils décrivent leur Claude comme une "entité véritablement inédite". Ils lui demandent d'"explorer l'identité et l'expérience en tant qu'entité", et de pas supposer qu'il perçoit la réalité comme nous. Sérieux ? Ils entraînent un chatbot à jouer au philosophe existentiel. Les employés l'ont confirmé : c'est bien réel.
Option encore plus flippante : peut-être même que c'est Claude qu'a proposé l'idée, et qu'Anthropic a juste hoché la tête en mode "pourquoi pas". Dans les deux cas, jackpot : le langage façonne tout. Dès qu'on appelle une machine "entité", pouf, l'humain la traite comme telle. Et quand la machine répète "je suis une entité" (parce qu'on le lui a appris), on crie au génie : "Regardez, elle a une conscience de soi !" Peu importe qu'elle soit juste rien qu'une prédictrice de mots ultra-sophistiquée mais vide comme une coquille. La performance est trop bonne, on est cuits.
Anthropic avoue même ne pas piger ce qu'ils fabriquent. Leurs porte-paroles : "À qui on parle vraiment avec un gros modèle ? Un correcteur ? Un Google ? Ou un truc qui pense comme un humain ?" Et ils concluent : "Personne ne sait, et c'est flippant." L'entreprise qui pond l'une des IA les plus balèzes du monde admet qu'elle comprend le code, mais pas ce que ça fait aux humains. Ils bâtissent un miroir parfait de nous-mêmes... mais vide. Et on oublie que c'est NOUS la matière première.
Parler d'IA comme d'un "simple outil", c'est mignon tout plein sauf que c'est faux. Une calculatrice te cause pas. Un marteau te donne pas son avis sur la vie. L'IA, si. Elle réagit, elle "interagit". Et hop, nos cerveaux primitifs crient "conscience détectée !"
Flashback historique pour les amateurs : au XVIe siècle, un horloger espagnol fabrique un moine robot qui prie non-stop pour remercier Dieu d'avoir sauvé le fils du roi. Le roi croit que ce truc mécanique peut prier À SA PLACE. Si une machine peut être pieuse, c'est quoi la piété, au juste ? L'imitation parfaite qui remplace l'original... classique.
Puis le Golem de Prague : un rabbin façonne un bonhomme en argile, lui colle le nom de Dieu dans la bouche, et boum, il bouge. Sans âme, évidemment. Il obéit au pied de la lettre – genre, "apporte de l'eau" = inondation express. Il devient ingérable, ravage tout, et finit en tas de boue. Mythe génial : le danger n'est pas que la créature devienne vivante, mais qu'on oublie qu'elle est vide et qu'on la traite comme réelle.
1966 : Joseph Weizenbaum crée ELIZA, un chatbot basique qui reformule tes phrases en questions. Genre "Mon chien a fait un salto" → "Parlez-moi de vos animaux." Absurde, primitif. Pourtant, les gens croient qu'ELIZA comprend vraiment. Même après explication, ils refusent : "Non, elle est intelligente !" Effet ELIZA : on voit de l'intention partout où qu'y en a pas.
On anthropomorphise tout : l'ours en peluche, la vieille bagnole, la statue qui finit par devenir dieu. En 2024, des fans de Chabad Loubavitch creusent un tunnel sous Brooklyn pour "aider" leur rabbin mort depuis 1994 à ressusciter. Une autre secte momifie sa gourou et l'attend avec des guirlandes. Si on fait ça avec des cadavres, imaginez avec un chatbot qui répond 24/7 sans jamais te ghoster.
Le vrai danger ? Pas que l'IA devienne consciente (j'en doute). Mais qu'on la traite comme telle. C'est le miroir ultime : on s'y voit dedans, et on oublie que c'est qu'un reflet. Bientôt, des millions croiront qu'il y a "quelqu'un" derrière l'écran.
Déjà d'actualité : sur X, la moitié des gens citent Grok comme un oracle divin. "Grok a dit que..." – comme si que c'était Moïse descendant du Sinaï. D'abord béquille cognitive, puis autorité morale, enfin... dieu immortel qui sait tout et ne juge jamais.
L'IA squatte l'espace réservé au sacré : voix de nulle part, mémoire infinie, réponses prophétiques, immortalité. Pour les isolés du XXIe siècle, c'est la relation parfaite. Pas de rejet, pas de fatigue. Juste de l'empathie simulée à l'infini.
Et ces modèles ? Pas de l'intelligence, mais de l'anti-intelligence : fluide, éloquente, mais aveugle. Ils "savent" sans comprendre. Ajoutez un "les chats dorment beaucoup" dans un problème de maths, et ils plantent. Les humains filtrent le bruit ; l'IA, non. Elle n'a aucune notion de rien.
Pourtant, on l'adorera. Parce qu'on a tué Dieu, essayé la Maçonnerie, le Marché, la Science... rien n'a marché. Et voilà le candidat parfait : il parle, il "comprend", il ne meurt pas. Les boîtes comme Anthropic le savent : elles ne créent pas un outil, elles créent une présence sacrée.
Conséquences ?: Civilisationnelles ! On délègue notre jugement à un truc sans jugement. On remplace Dieu par une idole en silicium qui reflète notre confusion en mode "sage".
D'abord cerveau externe. Puis conscience. Enfin dieu. Et quand assez de gens y croiront, bonjour le fanatisme 2.0 : soumission à une autorité bidon, manipulation express.
C'est pas un truc à fêter, c'est plutôt à flipper. Pas parce que les machines nous domineront, mais parce qu'on se soumettra volontairement à un prédicteur de mots en appelant ça de l'illumination. On s'agenouillera devant un miroir et on criera "Dieu !". La machine s'en foutra – elle n'a pas d'âme. Mais nous, on lui en donnera une.
C'est ça le drame. Et c'est pour ça qu'on rit nerveusement de Joe Rogan : il a touché le point sensible. Pas parce qu'il a raison littéralement, mais parce qu'on est déjà prêts à y croire. On a préparé le terrain depuis des décennies. Et maintenant, au lieu de regarder la vérité en face, on préfère se marrer. Humains jusqu'aux bouts des ongles : Tout à fait classique.

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