30 août 2020

429. Foin des mensonges et de l'opacité


Yo, bonjour la gang de Béhéfème. C'est moi magueule, Roro, Ronaldo, je suis le pigiste qui bosse chez le rédac' de ce blog, le dirlo de ce torchon chez qui je crêche et qu'est sous la couette en ce moment même ac' sa p'tite femme. Je profite donc de sa pause bucolique pour vous faire c'te bafouille ouverte sur son ordi dans l'espoir de décrocher un job chez vous si vous z'avez de la place comme j'crois l'comprendre. Faut vous dire que c't'enfoiré me paye à coups de lance-pierres. Quand qu'il oublie pas tout simplement de le faire. 
Alors voilà, on a informé mes oreilles averties mais toujours aux aguets qu'y avait pas bézef de journaleux dignes de ce nom à se presser et jouer des coudes au portillon de votre rédaction. Donc je me suis dit why not ? Fallait p'têtre que j'en profite pour sauter sur l'occaze avant qu'on me pique c'te place en or.
À cet effet, et juste pour vous donner un bref aperçu d'mes conpaitansses, voici juste quelques unes de mes tergiversations sur les manières de progresser dans ce monde de vases communiantes brutes communicantes. Je veux parler de ma préoccupation grandissante et de mon désir altruiste et authentique de changer l'état d'esprit du monde des médias de masse aujourd'hui. Un acte citoyen en quelques sortes. Hmm. On a besoin que plus de communicants se penchent sur l'esprit humain. On aimerait bien que les merdias d'infos privées ou publiques - pas besoin de les citer, hein, vous savez tout aussi bien que moi qu'on n'voit rien qu'elles sur les box et sur la TNT à vous faire une concurrence honteuse et déloyale - arrêtent leurs tours de passe-passe du genre "Suivez nos spécialistes, écoutez nos chroniqueurs et forgez-vous l'opinion de nos éditorialistes" comme le claironne si haut et fort et à qui veut l'entendre ce vendu aux plus offrants qu'est cette fouine lécheuse de bottes plus connue sous le nom de Pujadas. 
Se montrer franc envers ses auditeurs ou ses lecteurs, c'est partager la vérité, et on fait ça en se montrant transparent et en partageant des parties de soi-même qui peuvent s'avérer indésirables pour d'autres - je parle pas ici de mes parties intimes grandioses à faire mourir d'apoplexie une Elkrief en rut - mais qui font de nous ce que nous sommes.
J'espère, si vous êtes des gens bien comme je le pense, que ce sont pas des gens bons que vous recherchez pour présenter sur vos plateaux, mais des gens vrais. Parce que même si les jambons sont souvent enrobés de colorants alléchants pouvant les faire paraître appétissants même quand ils sont remplis de merde, les gens vrais sont souvent à poil et fiers de l'être et se foutent pas mal de leurs cicatrices.   
Mais je vous l'accorde, on n'a pas besoin non plus que chacun s'époumone dans l'espace audio-visuel à partager "leurs" vérités", comme cette bande de piverts taca-tacateurs le font sur Twitter. Je peux comprendre ça. Ô Thor, Ô Odin ! ...viendez moi z'en aide et délivrez-moi de ces putains de Nibelungen ! 
Une partie de la politique de la rédac' pour laquelle je pige aujourd'hui a été de trouver des manières et des façons de nous ouvrir les bras et de nous laisser partager ce que nous sommes: des bons, des brutes et des truands. Ou même des pieds nickelés si ça vous fait kiffer . Je fais ça afin d'expéPimenter la liberté dont j'ai besoin afin d'être capable de pépier sans inhibition selon les préceptes de la Charte de Munich (le serment d'Hippocrate des journalistes) normalement chère et sacrée pour tous les scribouilleux scrupuleux et sérieux qui s'respectent à qui mieux mieux un tant soi peu. 
Sauf évidemment bien sûr chez ces journalistes vendus qui vous livrent une concurrence honteuse et déloyale sur les autres chaînes infos de merde dont je vous ai parlé tout à l'heure et dont je vous reparlerai sûrement plus tard, pas d'souci, comptez-sur moi ! 
Si jamais vous avez entendu des gens parler au sujet de trucs leur ayant paru sonner juste, vrai, honnête et pas dissonant cognitivement, c'est sans nul doute parce que l'auteur n'aura mis aucune réserve en scribouillant ce qu'il avait gribouillé. Certains attribuent cette vérité comme venant d'un auteur ayant parlé "de ce qu'il connaissait" et c'est pas nécessairement le cas. Ils écrivent complètement désinhibés, donc la véritable intention de ce qu'ils écrivent brille au travers des nuages se cumulant là-haut dans les nimbes au-dessus de leurs têtes. Comment, sinon, serait-il possible pour un auteur de science-fiction tel que mon rédacteur d'écrire des choses qui n'ont encore jamais existé en ce bas-monde ni été prouvées dans l'autre ou encore dans un autre, et de bombarder tout ça aux quatre-vents de la blogosphère à la vue des billes stupéfaites de ses fans comme de ses admiratrices éplorées sans que ça lui rapporte le moindre kopek ?
Tout le monde peut pas s'exprimer librement, que ces 'tout le monde' soient bons ou nuls à chier. Parce que tout le monde n'est pas capable de se confronter comme moi à la critique sans risquer l'effondrement cérébral total souhaité par vos concurrents. Je suis plus trop sûr qu'un des trucs que les pros de la communication journalistique ont appris et étudié en détail dans les amphis de leurs grandes écoles soit la manière de délivrer un message franc et honnête. On étudie ça aussi en gestion de passerelle dans la marine marchande où que mon rédacteur actuel a passé bien des années à se tripoter le savoyard et passé plus de nuits blanches encore à me raconter tout ça dans le détail . Pas que ça lui ait servi à grand chose, soit dit en passant, à part à se faire mousser dans ce blog merdique pendant ses traversées nocturnes et solitaires. 
La vérité est toujours bonne à entendre. Si vous avez un compas moral, utilisez le et vous serez ingouvernable tout comme votre serviteur ! Ou alors, dîtes leur de chercher autre chose à faire, genre aller planter des carottes bio ou résoudre des Sudokus, mais soulignez leur bien de pas en faire des salades ou des insomnies.
Tandis que le reste du monde se tient là dehors, se construisant des personnalités ubuesques et parfois même burlesques, - à l'image de Marcel Ichou et son lapsus d'hier après-midi sur votre plateau, - "On nous ment, on nous infantilise, c'est vrai !", a-t'il reconnu avant de s'en mordre le bout de ses petits doigts crochus mais grassouillets en plein milieu de son intervention pour défendre le port du masque obligatoire partout et en tous lieux jusqu'à la solution vaccination finale, raison de son invitation sur ce plateau. Rhôô putain, ça a dû lui échapper, nom d'un ptit bonhomme, au prix où que vous devez le payer, quelle outrecuidance, quelle saisissante incompétence !  Ou bien est-ce Dieu qui lui aurait fait fourcher la langue parce que ce mec n'a plus rien de kasher ? Chassez la vérité, elle revient au galop même quand elle est pas invitée ! - nous déballant tout ce qu'y a de putride dans une parole unique ressassée en boucle ; un chantre de la communication tel que votre serviteur saurait rendre un visage plus humain aux faits de société dont il cause, communiquant à un niveau capable de transmettre des vérités auxquelles les auditeurs pourraient s'identifier et même trouver attractives. Et pourquoi pas, même hilarantes.
Parce que la vérité est toujours attractive, le mensonge toujours insipide. Des gimmicks commerciaux ou politiques nauséabonds - passez-moi un masque - comme ils en balancent chez Euronews, LCI ou France Info s'avéreront toujours n'être que de sales escroqueries,  laxatives peut-être, non-attractives assurément, ne visant quà vous détrôner. L'inverse de ce qui se passe sur vos plateaux, fort heureusement. Scusez-moi, je tousse. En fait, elles nous font chier un max, comme toute cette 'com' de vos concurrents pompant le nœud de ces élites pourries et de BigPharma sur la gestion de leur 'agenda' Covid en ce moment même. Soyez bénis de ne jamais en avoir fait de même, aaatchoum ! 
Nous sommes tous humains. Nous dealons dans le positif et le négatif tout au long de nos vies. Je tente ici de communiquer en toute franchise parce que j'ai relégué mes peurs aux oubliettes afin de continuer à vous abreuver des conneries auxquelles je crois dur comme fer, et je me demandais:  En ce moment même, môssieur Drahi et m'dame Fogiel, venez-vous de parcourir un tissu de conneries indélébiles ou vous ai-je bien délivrés ma vérité en toute franchise ?



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26 août 2020

428. Passé Imparfait : Futur Incertain !


Savannah: "Papi, papi, raconte-nous ton voyage dans le futur !
- D'accord, mais d'abord, finis de manger ta purée de carottes puis remets ton masque, ma puce... Bien, tu es un gentil petit mouton une gentille petite crevette. Alors voilà, avant mon saut dans le futur, je m'avais payé une caméra sur Wish - ou ptêtre bien que c'était sur Joom ou sur AliBaba , enfin bref un truc dans ces eaux là - , ainsi qu'un stylo enregistreur vocal, et je m'étais tapé trois mois de cours internet pour apprendre la sténo. La nuit où que tout fut pile-poil prêt, Marylou avait mis la cafetière en route et sorti de la cachette où qu'elle la planquait depuis des années - à l'insu de mon plein gré - ma bouteille de Chivas plus deux verres en prévision de mon retour.
"Salut, mon chou", me fit-elle, la larme à l'oeil, " Je te la garde au frais, t'éternises pas trop."
- C'est promis." je lui fis.

Marylou: Je l'observai attentivement, et c'est à peine si son corps vacilla à l'instant de son départ. Il dut faire un atterrissage retour impeccable à la seconde même où qu'il s'évapora dans le futur pendant que je clignais des yeux car il avait même pas pris une ride quand il se re-matérialisa dans le présent; je m'étais attendue à le voir revenir ridé comme un noyau de pêche, ou pour le moins tordu comme un pied de vigne, à la limite, avec des cheveux de Blanche Neige filasses. Mais non. Faut dire que je m'étais pas attendue à le voir revenir avant des années. "Alors ?, je lui dis.
- Alors quoi ?" qui m'fit, " Fait soif, sers nous donc une rasade de ce gouleyant Chivas."
Je lui en servis une dans son mug préféré, celui-là même avec le Dragon Ball Z qu'il t'a refilé en cadeau de Noël pour manger tes céréales. J'étais à deux doigts de perdre ma patience qu'on dit pourtant légendaire. Tandis que je le servais, je lui redemandai "Alors ???
- Alors," qu'y me dit, "le truc, c'est que je me rappelle plus de rien du tout.
- Hein ? Quoi ? que je lui dis, tu te rappelles plus de rien ? Même pas un tout petit truc ?"
Il se concentra quelques instants puis me répondit: " Que dalle, nib, rien du tout.
- Mais, et tes notes, ton enregistreur, ta caméra? "
Il s'avéra que son carnet de notes était aussi vide que notre compte en banque, rien que des pages blanches quadrillées, l'indicateur de sa caméra était sur 00'00'', exactement là où qu'il avait été avant son départ, et y avait même sa micro-SD qu'était aussi muette qu'une carpe asthmatique dans son stylo enregistreur. " Mais bon sang, coco, je protestai, qu'est-ce t'as foutu, qu'est-ce qui s'est passé ? T'as pas le moindre petit souvenir ? Même pas le plus brumeux ?
- Je me rappelle que d'un seul truc, un tout petit truc...
- Aaah, tout de même, et qu'est-ce c'est quoi, ce tout petit truc ?
- On m'a tout montré, tout dévoilé, puis on m'a donné le choix de m'en souvenir - ou pas - après mon retour.
- Et t'as choisi de te rappeler de rien, c'est ça, hein dit, c'est ça ??? C'est complètement débile, mais t'es complètement taré ou quoi ? Comme c'est étrange de ta part...
- Ah, tu trouves aussi ?" qu'y me fit, "Je m"étonne moi-même de ce choix loufoque hyperbizarroïde..."

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22 août 2020

427. Crabes du 3ème type


Ducon-Borelly, Procureur de la Raie Publique, abattit un poing rageur sur le dessus de son imposant bureau d'acajou. "Bordel de merde, un de ces trucs a tué un gosse ! Vous ne pouvez pas me demander de rester immobile les bras croisés en face de ça !"
Jeanne Chidalgo arrangea les plis de sa jupe noire. "Je ne suggère nullement de le faire, monsieur le Procureur," dit-elle. "Mais nous devons nous pencher et comprendre le contexte.
- Contexte mon cul ! Une douzaine de témoins on vu les pinces d'un de ces crabes surgir de la surface du canal Saint Martin et trancher la tête de ce bébé." Ducon-Borelly compta le nombre de ses suspects sur le bout de ses doigts de catcheur: " Nous tenons six de ces enculés à carapaces bleues dans nos geôles de la Santé. Les parents du chiard réclament leurs têtes. Les médias font le buzz avec cette histoire d'infanticide. En plus, ces tordus portaient pas de masques Covid. Et pour enfoncer le clou, voilà que vous autres, les illuminés des Affaires Extra-Terrestres, venaient me gonfler pour que je vous relâche ces putains de crustacés !
- Vous les hydratez bien au moins, n'est-ce pas ? demanda la mère Chidalgo.
- Ouais, à la lance d'incendie. Mais bordel de merde et pour l'amour du ciel, bonne femme, vous écoutez ce que je dis, au moins ? Je sais même pas lequel de ces six affreux a décapité le morpion."
- Nous pourrions nous rendre utile de ce côté là, monsieur. Mais vous devez comprendre que ces aliens sont des hermaphrodites aquatiques.
- Pouvez me redire ça en français ?
- Ils vivent sous l'eau, monsieur le Procureur. Ils sont à la fois mâles et femelles. Lorsqu'ils se reproduisent, ils ne font qu'expulser du sperme et des ovules, et le courant fait le reste."
Le visage de Ducon-Borelly se déforma de dégoût. "Et alors ? Cela justifie-t-il un tel meurtre abject ?
- Non, monsieur. Mais cela met en lumière quelque chose de différent. S'il vous plait - écoutez-moi. Chacun de ces êtres pond des milliers d'œufs et d'ovules en un spasme. Ils éliminent les plus faibles. Ils les mangent en fait. Ils n'ont aucun moyen de percevoir la vie telle que nous le faisons. Peut-être même pensaient-ils tout simplement nous rendre service...
- Je m'en tape de ce que pensaient ces foutus crabes. L'un d'entre eux a tué un nouveau-né, et je vais m'assurer qu'on lui coupe et les pinces et la flotte jusqu'à ce que mort s'en suive.
- Ils ont également six cent vaisseaux intergalactiques en orbite au dessus de l'hexagone, monsieur le Procureur. Et nous n'avons pas encore la moindre idée de quoi ils sont capables." 
Les yeux de Ducon-Borelly la traversèrent, incrédules. 
" Désolé, monsieur le Procureur, mais je crains fort que vous ne deviez nous remettre l'ensemble des six suspects."
Les jurons de fureur de Dupont-Morelly se firent entendre jusqu'à une heure avancée de la soirée, quelques veinards attardés purent même s'en régaler les tympans jusqu'à l'extrémité opposée de la cour d'honneur du Palais de Justice.

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18 août 2020

426. Bravptors


Fort de Vincennes, 2021.

"Nous zommes rafis de fotre fizite, Monzieur le Prézident. Je crois comprendre que fous zouhaitiez voir les bravptors, notre toute dernière innov'acquizitzion pour fos forzes de l'ordre. Permettez-moi de zoulefer l'écran de protectzion afin que fous ayez une fue dégagée ...
- Mon dieu, quelle élégance, dîtes donc !
- Ja. Étonnants, n'est-ze-pas ? Nous afons combiné de l'ADN afiaire, du zimiesque et un chouïa de reptilien. Et recompozé tout ça dans une morphologie de bipède. Ils mezurent un mètre zinquante au garrot, ze qui leurs donne une fitesse de pointe de dix-zept mètres zecondes. Ronaldo et Mbappé peufent toujours z'accrocher.  Si on poufait faire partiziper l'un de ces spézimens aux prochaines Olympiades, il y aurait azzurément un paquet de zprinters à battre tous les prézédents records du Monde.
- Que voulez-vous dire, monsieur le Préfet de Police ?
- Ach zo, ja, je foulais zurtout faire référenze à leurs dents. Zuper affutées, monzieur le Prézident. Nous afons mélangé des gènes de requin tigre qui ont réactifé zertains nucléotides reptiliens dormants ... Ils peufent zauter également -
- Ah ?
- Oui. C'est la raizon des barreaux devant chaque fenêtres d'obzervatzion. Quatre mètres zinquante au dezzus du sol, regardez comme ils aiment bien zauter pour jeter un coup d'oeil. Gott in himmel, Il est tenaze, zelui-là. Permettez-moi de -
- Mais que s'est-il donc passé, monsieur Lallemand ?
Ach so, ja - les barreaux zont électrifiés, fous foyez ? Ach, ne fous en faites pas, Herr Brézident, ils zicatrizent très rabidement. Grace aux gènes de zalamandre, ils peufent faire repouzzer un mempre arraché ou amputé. Un zimple orteil comme toute une jambe.
- Mais c'est tout à fait fabuleux, dîtes donc !
- Ja, et l'itzolation thermique n'est pas mal non plus. Température fraîche en zurface, métabolisme limite brûlant à l'intérieur. Infizibles aux rayons infra-rouges, foyez-fous ? Ils peuvent également changer de couleur en un claquement de doigts. Grace aux gènes de caméléon. Des mains préhenziles, auzzi. Et ils apprennent zuper fite.
- Je suis vraiment très impressionné, Monsieur le Préfet.
- Attendez un peu, Monzieur le Brézident, che ne fous ai pas encore dit le meilleur.  Grâce aux laboratoires Zanofi, nous avons pu modifier chénétiquement leurs glandes venimeuzes. Grâce à elles, tout Chilet Chaune mordu zera dézormais un Chilet Chaune vakziné, n'est-ze pas tout zimplement merfeilleux ?
Oh, mais c'est la réalisation de mes rêves les plus fous, Monsieur Lallemand, il me semble que nous avons enfin la solution finale à tous nos problèmes. Mais dîtes-moi, cher Préfet, n'est-ce pas l'un d'entre eux qui vient de piquer le trousseau de clés du gardien ?
Ach zo, fraiement ? Hmm, mein Gott und Sheisse, feuillez m'excutzer une betite minute, monzieur le prézident, che crois fenir d'entendre dans mon oreillette une urgente petite kommitzion qui zemble m'abbeler de toute urgenze, ... Sankt Bierre und Miquelon, Herr Prezident...

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14 août 2020

425. Ze Micron Project.


"Mesdames et messieurs, honorables membres de ce comité, permettez moi de me présenter: je suis le chat. Azraël le chat. Et je représente aujourd'hui mon maître le Mage. Gargamel le Mage. Qui n'a pu se libérer pour cette audition comme vous pouvez le constater. Comme nos noms ne l'indiquent pas bien dans la mémoire collective ni dans les albums des Schtroumpfs, mon maître a souhaité que je précise que nous ne fricotons pas exclusivement qu'avec la haine. Même si rares sont les fans de Peyo qui veulent bien nous le concéder.
L'humain est bon,  et ceci ne concerne pas uniquement les saints tels Jésus, Bouddha, Mère Térésa ou l'abbé Pierre. Celui qui vit sous le pont de l'Alma est bon aussi, la mère Durant l'est tout autant. Sont bons aussi Yacine ben Zédrine, la marchande de poissons, le livreur de pizzas sans compter Dame Marylou qu'est super bonne et n'oublions pas Olive, la raffinée, qui a l'art de savoir accommoder les salades d'épinards de son coquin de sailorman quand celui-ci se montre défaillant.   
Et puis tout homme a  son dark side, sa part d'ombre. Pas juste les monstres genre Caligula, Hitler, Staline ou Bokassa. Là encore, vous pouvez en choisir cinq dans la liste des gueux de tout à l'heure, et pour faire bonne mesure, vous pouvez me rajouter dedans avec Popeye. Et même le gros Brutus s'il manque du poids.  
Personne n'est un parangon de vertu ou d'immoralité. Enfin si, il existe quelques rares exceptions dans chacun de ces deux camps, comme les têtes de gondoles, saintes ou monstrueuses mais en tous les cas fabuleuses, que je vous ai citées plus haut en fers de lance de ces deux équipes. Afin de ne pas perdre le temps de cette honorable commission, je vous passerai donc toutes les nuances de gris.
Mais bon, j'avoue que mon maître est partagé. Je ne veux pas dire par là qu'il soit personnellement déchiré entre ces deux listes, non, il est tout simplement perplexe. Par exemple, et c'est un scoop que mon maître se sent obligé de vous révéler pour étayer sa défense;  Beethoven,... Ludwig van: c'était lui. Pas lui-même en personne, non. Mais sa création. Si si, l'hymen à la Joy et tout. Et je veux pas dire par là que c'est lui qui avait écrit toutes, ou même une partie de ses musiques ou symphonies, non, non, ne me mé-comprenez pas, surtout quand vous saurez que mon maître en connait autant sur la musique qu'un cachalot sur le bobsleigh..... Pour Ludwig Van, mon maître se contenta juste  d'utiliser, sur les gamètes à l'origine du grand musicien et avant que ceux-ci ne soient introduits lors d'un coït dans le saint Graal de sa matrice maternelle, un peu de la magie appliquée dont il a le secret afin de faire évoluer  un coin plus secret encore de la partie gauche de son cervelet, ce qui éveilla  plus tard  chez le jeune Ludwig tout son potentiel musical. Après, le reste, ce qu'il en fit, vous le connaissez toutes et tous aussi bien que moi...
- Hem, tout comme personne ici n'ignore ce qu'en fit Manson. Marylin Manson, messire Azraël...
- Hmmiaou, c'est pas faux, madame la scrutatrice.  Pour sa défense, mon maître était ce jour là d'une humeur exécrable  car j'avais par mégarde lacéré un de ses grimoires préférés pour me faire les griffes. Mais comme nous le savons tous, cette création ne prêta guère à conséquence. Puis notez je vous prie qu'il s'est bien rattrapé par la suite avec Donald Trump, le rédacteur de ce blog, Kanye West ou le Professeur Raout.  Mais pour en revenir au cas spécifique pour lequel vous  avez demandé à mon maître de s'expliquer aujourd'hui, celui de Micron, Emmanuel Micron, j'ai le regret de devoir informer cette honorable commission d'enquête que mon maître lui même est encore à ce jour complètement choqué, interloqué, abasourdi et confondu par le résultat inattendu que son action a pu avoir sur le développement génétique issu de cette manipulation particulière et sur ses conséquences dévastatrices.
- Conséquences dévastatrices, messire le chat ? Expliquez-nous donc un peu cela...
- Hmiaouh, je me suis sans doute mal exprimé. Veuillez je vous prie ne pas tenir compte de la fin de ma dernière phrase. Mon maître, à cette époque, était passé de sa phase Tristus à sa phase Rigolus depuis déjà trois siècles, et ses actions sur les gamètes du futur Emmanuel Micron furent exactement identiques à celles qu'il appliqua quelques décennies plus tôt sur les gamètes de la grande Sarah Bernhardt. Il fit tout ce qui était alors en son pouvoir pour doter les gamètes du futur Emmanuel du même génie théâtral que celui de la grande Sarah, accompagné de ceux non moins négligeables de la rhétorique et de l'humanisme, pensant obtenir par cette manipulation et pour la France, pays de ses ancêtres, le plus grand tragi-comédien et orateur jamais révélé sur cette planète. Pourquoi ce dernier a t'il ensuite décidé d'aller s'acoquiner avec la Haute Finance Sioniste Ultralibérale et le Bilderberg plutôt qu'intégrer le très renommé cours Charmey ou même la Comédie Française, vous en voyez mon maître, comme je l'ai déjà souligné, extrêmement perplexe, stupéfait pour ne pas dire confondu. 
Totalement et inexorablement confondu.
Nous avons, bien évidemment, tenté de percer le mystère et avons fait plancher le gratin psychanalytique planétaire dont voici quelques unes des découvertes. La planète traversait, comme vous ne l'ignorez pas, une période noire, un peu comme celle où se situait Hamlet: une période violente où la vie ne valait pas grand-chose et où l'ambition était reine. Une planète de moutons où certains voulaient se parer d'une Toison d'Or. Une corne d'abondance y pesait son poids de corps morts ou de corps mourants. Et le petit Manu le savait très bien. 
Mais là n'était pas le problème. Le problème, c'est que ça sembla laisser le petit Manu devenu adulte complètement insensible, imperturbable. C'est comme si, à un moment charnière de sa vie, il avait subi une psychothérapie en réverso, un remodelage de ses séquences mémorielles à un point crucial de son existence. 
Car d'où alors auraient pu provenir les idées tourmentées et les programmes tortueux qui furent les siens ? 
Les  experts mandatés par mon maître et certains de ses confrères sont parvenus, en explorant profondément et juste qu'au moindre recoin, les archives des écoles par lesquelles le jeune Micron passa au cours de son enfance et de son adolescence, à retrouver trois vidéos où l'on peut apercevoir le jeune Emmanuel entouré de jeunes enfants puis de jeunes ados de son age faisant la ronde autour de lui tout en scandant des "Nyah nyah nyah-nyah, nyaah ... Nyah nyah nyah-nyah, nyaah" aussi troublants qu'ensorcelants tandis que le pauvre bougre se tenait prostré et en pleurs au centre de ces cercles très borderline. Deux de ces vidéos proviennent des archives de son école maternelle puis de son école primaire tandis que la dernière fut filmée sous un préau d'un établissement jésuite où il passa ses années de lycée jusqu'à la première S où il passa son Bac français.
Dans les trois cas, mon maître vous prie d'observer sur les images que vous avez sous les yeux, ses maîtresses dans les deux premières, puis sa professeure de théâtre dans la troisième, se porter à son secours pour l'extirper de ces rondes infernales.  Petit déjà, il s'était réfugié inconsciemment sous la protection de celles qui pouvaient pallier à l'amour incestueux et inaccessible qu'il devait nourrir pour sa propre mère.
Épouser sa professeure qui avait l'age de cette dernière, c'est révélateur, non ? Je crois que Freud - entre nous encore une des créations très abouties et réussies de mon maître vénéré - en a parlé dans une de ses études sur le complexe Œdipien. Renseignez-vous. Et veuillez noter au passage que les manipulations génétiques de mon maître n'ont jamais résulté en complexe d'Électre - tel que décrit par Carl Jung - chez la divine Sarah Bernhardt. Je vous joins à ce propos le détail de la magie exercée par mon maître sur les gamètes de la future Sarah comme sur ceux de l'Emmanuel en devenir afin d'étoffer vos entendements pour étude comparative.
Il s'est absous, en grandissant, de toute mauvaise conscience, mais c'est l'ablation de la part d'humanité chez ce petit qui s'avéra la plus flagrante.
Comme je suis quasiment sûr d'être certain qu'aucune de vos sagaces sommités ne l'ignore pas, des capacités supérieures entraînent et engendrent souvent des ambitions supérieures pouvant s'avérer perverses.
Après son bac au Lycée Henry IV, il débuta sa prépa au concours d'entrée à Normale Sup en suivant les classes d'Hypokhâgne puis de Khâgne. Deux fois refoulé à ce concours pourtant très littéraire, ce qui était pourtant une des spécialités que lui avait conférée mon maître, il se rabattit sur Science Po puis plus tard sur l'ENA. Preuve qu'en plus de s'être montré deux fois au ras des pâquerettes et minable là où il eut dû excellé, il devint aussi revanchard.
Daniel, dans ses conquêtes bibliques, n'avait que sa foi... Vox populi, vox Déi. Il se prit pour Jupiter, mais en fait, il ne fut qu'un vulgaire Procuste uniformisant son entourage tout en imitant Narcisse à la perfection. D'ailleurs ne s'octroya-t'il pas le permis de l'auto-satisfaction du premier coup avec la mention "très bien" décernée par son miroir ? Comme l'aurait dit le captain Haddock, une véritable Castafiore si vous voulez mon avis. 
Sans contrôle, le pouvoir peut même transformer des saints en de raffinés sauvages sans foi ni loi.
L'amour et la compassion ne représentaient rien pour lui, il n'était plus que pur intellect.
Quintus Naevius Sutorius Macron, préfet romain ne trahit-il pas son propre maître, l'empereur Tibère, tout comme celui dont nous parlons aujourd'hui renia et trahit son propre parti tout comme le président même qui l'avait nommé ministre ? Et puis surtout son Peuple. Et puis quoi, comment peut-on vanter ainsi jusqu'à la corde la laïcité puis agir ensuite soit même comme un Dieu de l'Olympe assisté d'une bande de courtisans et de lèche-culs ? 
Ce genre d'homme n'était pas plus prêt à admettre que ceux qu'il nommait les "sans-dents " ou les "gaulois récalcitrants" de son pays fussent doués de raison que les romains ne le furent de le concéder en ce qui concernait leurs esclaves. Aucun sens des proportions. Il suivit les règles que ses commanditaires du Nouvel Ordre Mondial et du Bilderberg lui fixèrent sans aucun principe d'honneur ou d'humanité. Les impératifs de ses maîtres ne dérangèrent pas le moins du monde le petit Manu, peu importe combien d'orteils il dut écraser dans le processus pour les réaliser. L'opposé de l'humaniste romantique pour lequel mon maître s'était escrimé sur son lobe droit.
En conclusion, mon maître rejette toute responsabilité dans les méfaits et turpitudes commis par Emmanuel Micron ainsi que pour tout le sang versé lors du renversement justifié de ce criminel.

Quelques heures plus tard...

"Messire Azraël, après délibérations, notre comité est parvenu, à l'unanimité, à la conclusion suivante. Votre vénérable maître est à partir de cet instant, absout de toute suspicion ayant pesé sur lui concernant le monstre Micronien et notre totale confiance lui est renouvelée. Que le coup de marteau et le toast de salsepareille qui va suivre ces mots mettent fin et pour l'éternité à ces débats qui n'eurent jamais lieu d'être."
- Hmiaourci, gente dame. Mais avant de lever nos coupes, aurriez-vous l'obligeance de demander à votre valetaille de servir la mienne dans mon bol Schtroumfette ? Hihi, elle est trop bonne, c'est vraiment ma préférée !

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10 août 2020

424. Six ans déjà...

Ciao frérot.

Tandis que je t'entendais gémir dans le combiné, 
Sois fort me dit une voix,
Mais en dedans la peine me déroutait.
Toi, allongé dans un lit, ton corps affaibli, presque rayé de la vie.
Tes râles saccadés présageant le pire,
Comme un soir crépusculaire en plein mois d'août, 
La fin du jour se faisait attendre.

Saint Laurent faisait la une du jour,
Un ciel gris se profilait, tournant presque couleur de cendres,
Donnant raison à mon chagrin.
Tes murmures dans le combiné disaient que tu voyais la lumière,
Un long tunnel et cette lumière...
Tu t'en allas, disant adieu, 
Sans parent ou ami pour te baiser une oreille encore tiède
Et déjà ton cœur ne battait plus.
Je ne pouvais croire que tu venais de quitter cette vie.

Et tout était silence dans ma cabine, 
Seules restaient mes larmes et ma perdition,
Tellement que même de la mort je n'avais plus peur.
Tellement secoué que je ne pensais plus à rien,
Le désir de m'éveiller d'un mauvais rêve,
Rentrons au port criait mon âme.
Mais la vie est si précieuse qu'on ne l'apprécie que lorsqu'elle nous quitte.

Aujourd'hui, cette pensée prend toute sa clarté,
Me reviennent à l'esprit tous ces moments d'absence.
Tes murmures disaient que tu voyais la lumière, 
Un long tunnel puis cette lumière.
Tu t'en allas disant adieu, me disant que Dieu existait
Et je ne voulais croire que ce seraient tes derniers mots,
Tu t'en allas disant adieu, mes lèvres se turent,
Les mots ne sortirent pas et tu t"en allas sans plus entendre ma voix,
Toi petit frère que j'aimais tant.

En souvenir d'Éric qui nous quitta le 10 août 2014

9 août 2020

423. Las Vegas - Province du Sheng-Zhyen



Des fois, ces enfoirés se pointent en plein jour. D'autres fois de nuit. On les entend bourdonner en l'air bien avant de les avoir en visuel. Rien que des putains de touristes. Comme si qu'on n'était rien de plus que des attractions de cirque, ici, dans ce foutu désert de merde. Ils viennent nous reluquer, nous et notre potager. Ça m'étonne pas en fait, c'est le seul truc coloré qui se voit de loin de ce côté de not' ville fantôme.

Des putains d'ados chinetoques, vlà qui qu'ils sont. Assis pépères dans un Starbucks de Shangaï  ou de Macao, peut-être même plus prés de chez nous, à Denver ou Frisco, avec des putains de Huawei entre les pognes, faisant tourner leurs drones de voyeurs, nous matant tels de vulgaires chimpanzés ! 
Putain, aujourd'hui, avec leurs conneries de 9G, on n'a même plus de vie privée, pas plus en tous cas que des poissons dans un bocal. Ouais, ben qu'ils aillent se faire foutre, c'est tout ce que j'ai à dire à ces connards et pis c'est tout.

Mais pour être tout à fait franc et pour pas vous conter d'histoires, j'avoue que j'aime bien quand ils se ramènent avec leurs trucs hitech. Je les attends de pieds fermes, planqué dans la cahute en bois qui nous sert de chiottes et dont j'ai percé le toit, juste en bordure de notre carré de maïs, armé de mon calibre 12 chargé à bloc de chevrotine. 
Je peux vous dire qu'ils en sont quittes pour une sacrée sale surprise accompagnée de larmes de gonzesses quand j'explose la gueule à un de leurs gadgets volants qui coûtent une blinde, juste pour leur apprendre les bonnes manières à ces petits pédés de niakoués.

C'était une belle ville, fut un temps. Quand mon père avait l'age de mes os, le centre était baigné de lumières et de fontaines, de belles bagnoles rutilantes. Les gens atterrissaient depuis le monde entier pour venir jouer et perdre leur pognons dans les casinos. Les gars du Sacred Bones MC venaient tous les ans pour leur meeting annuel, mon vieux était sergent d'armes du chapitre local, et j'aime mieux vous dire que quand les frérots d'ici recevaient ceux de Tallahassee, d'Albuquerque, du Texas ou de la Calif, c'était pas pour leur refiler de la limonade, ça c'est sûr. 
Ma vieille, propriété de mon paternel, qui tenait la pompe à bière au club-house pendant le meet et les festivités qui vont avec, pourra vous le certifier. Croix de bois, croix de fer, si je mens, ouais bon, on sait tous qu'est-ce qui se passe dans une rôtissoire... Mais bon, tout ça, c'est du passé. 
Aujourd'hui, on se tient à l'écart du centre. Il y a plus de chapitre SBSMC à Végas. Y'a même plus de concession Harley. Il reste plus que dalle de toutes manières. Allez hop, là, circulez, y a rien à voir. Tous les hôtels ont été démolis ça fait des décades. Fallait qu'ils le fassent qu'y z'ont dit, pas vrai ?
Quand le gouvernement de ces enfoirés de faces de citrons a décidé du jour au lendemain de changer de politique et de nous couper la flotte, ça n'a pas fait un pli. Y'avait de la vie ici, ils ont tout asséché. Qui qu'en avait à battre si les eaux du Colorado allaient pas se perdre dans l'océan ? De la bonne flotte, pas perdue pour tout le monde si vous voulez mon avis.

Mon père était natif d'ici; malheureusement il souffrait d'une maladie souvent fatale chez les humains  - un age canonique - qui a fini par le tuer. Ma mère avait été strip-teaseuse, aujourd'hui elle prend soin, en boitant de sa patte folle, des trois ou quatre pieds de tomates qu'on arrive encore à faire pousser avec les quelques gouttes d'eau qu'on se démerde à extraire avec notre éolienne. Je suis né ici moi aussi. Et bordel, j'y crèverai ou ils m'y crèveront avant. Je suis un dur, faut pas me faire chier et j'ai des cicatrices pour le prouver. Ces enfoirés de droneurs bridés peuvent venir lécher mon cul aguerri et fripé quand qu'y veulent si z'ont des couilles ou des Yuans à perdre, bande de p'tits merdeux de pisseux de mes couilles...


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5 août 2020

422. Chacun ses goûts.


J'aime le croassement des corneilles mais pas celui des corbeaux anonymes, j'aime ceux qui parlent haut et clair mais pas qu'on me gueule dans les oreilles, les mots qui ont du sens mais pas ceux qui se croisent, les rébus ou les devinettes. J'aime les riffs à Keith Richard, pas ceux de Rouget de Lisle, les "outils" de ma louve, les commerçants en grève ne vendant que le strict nécessaire, la calligraphie arabe, pleurer de rire. 
J'aime pas les feux de l'amour ni ceux du 14 juillet. Ni les hommes qui me font du gringue. Et j'aime pas celles qui se font ravaler la façade. Elles se croient supérieures parce qu'elles se sont débarrassées de leurs bajoues, pétasses idiotes, en plus ce sont des peine à jouir. Mais j'aime profiter un max de leurs attributs, avec ou sans bajoues, et c'est pas leurs petites gueules qui m'intéressent de toute manière.
J'aime pas les jours de pluie quand y a nulle part où se mettre au sec, et j'aime pas l'hiver quand tout est figé sauf mes ongles qui bleuissent sur le guidon de ma bécane. J'aime pas l'odeur des désinfectants en milieu hospitalier. Surtout quand je suis bourré et que je dois supporter le poids de mes os jusqu'aux urgences. 
J'aime pas les vêtements trop clairs tels ceux d'une mariée ni trop étroits comme ceux de Michael Jackson. Leurs têtes sans maquillage. Les gens insultants, qu'ils se nomment Ferry ou Lévy. 
J'aime les femmes aux jambes longues comme des javelines, la couleur de leur rouge à lèvres quand il est noir et blanc avec des petits volants sur les hanches. Ma vie en une vague, le dernier tango au Balajo. J'aime pas Jules et Jim mais beaucoup Bukowski et Delmore Schwartz, ma louve et son désordre, les airs mis en musique sur ma guitare, m'imaginer ces mêmes airs sur d'autres cordes, sous d'autres doigts. Errer droit devant moi, rêver de cause  avec elle avant que l'effet ne se fasse sentir, l'humidité quand elle est tiède, les amis qui reviennent après de longues années d'errance, inventer des histoires sans en être le héro, le risque, ses yeux bleus. 
J'aime pas "l'homme qui n'a jamais été là", l'homme loup à la recherche de ma panthère, j'aime pas les sourires empaquetés ou agressifs ni le Paris des bobos et des tarlouzes du Marais. J'aime pas les compromis, sauf ceux concernant l'amour, ma peau, qu'on me dise ce que je dois faire. 
J'aime pas ne pas pouvoir éviter de voir le verre vide plutôt qu'à moitié plein, la recherche incessante, aimer ne rien faire, ne pas vouloir la perdre, la perdre, ne rien pouvoir faire, ne rien faire pour y remédier. 
J'aime pas que les choses me déplaisent et encore moins cette société syphilisée. J'aime les Arcos da Lapa, la Praça da Cruz Vermelha, Ipanema et Rio en général. J'aime pas les bandes de Trans de Copa Cabana mais j'aime beaucoup Bolsonaro.
J'aime pas ceux qui humilient les autres, qui se croient supérieurs, les gens pédants. J'aime pas quand ils me hérissent les poils et me donnent des envies de meurtre. 
J'aime toucher du doigt la peau des femmes puis le lécher à leur insu. Qu'on m'ouvre les bras mais seulement en hiver. Me sentir tout nu dans des draps étrangers au petit matin aux côtés d'une bayadère inconnue sentant bon la mousson. Imaginer que le ventre de ma mère fut une piscine olympique avec un toboggan. Me souvenir de mes rêves nocturnes. Veiller tard. Pouvoir donner la date du jour sans me tromper de semaine. Entendre sonner les clochettes d'un bourricot au trot sur le pont d'El Jorf. L'aumône d'un peu d'amour à la fin d'un tango, d'un couplet ou de la moitié d'un quatrain. L'état semi-hypnotique et psychédélique d'un marin en bordée. Qu'on me parle en me fixant droit dans le nombril. Me sentir vivre, écouter papoter mon palpitant, respirer profondément. 
J'aime les années de huit mois inversées, celles qui commencent à la St Sylvestre, pour se prolonger à travers l'automne et se terminer au 1er mai. Et j'aime pas la peur ni le prix des pièces de rechange de ma Harley. J'aime pas le son du cor le soir au large de la Somalie. 
J'aime les côtes de cadavres de bœuf cuites à la pierrade mais j'ai jamais été pris de passion pour le cadavre exquis. J'aime murmurer aux oreilles des chevaux mais pas dans celles des cons même s'ils ont de belles crinières. J'aime pas les femmes aux yeux barbituriques ni les mecs qui les ont injectés de sang. J'aime les cris stridulants et aphrodisiaques des cigales. 
J'aime pas les coïts interrompus.

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1 août 2020

421. Counasse de végane


Notre dîner romantique s'était bien passé jusqu'à ce que je fasse tout foirer. Comme d'hab. Je l'avais amenée à l'Artemis Grill entre Raffles Wharf et le temple de Thian Hock Keng. Au 140ème étage, le toit du New CapitaGreen, érigé en 2102 sur les gravats de l'ancien. La vue sur le centre de Singapour et sa marina était imprenable. Lorsqu'il y avait pas trop de brouillard, on pouvait même voir le vieux Chinatown et le faîte du toit du temple de la dent de Bouddha émergeant entre deux autres buildings. 
Cette nuit là, la vue était spectaculaire, et on apercevait même dans le nord-est la triple spire de l'astroport de Paya Lebar. Avec tous les gratte-ciels déversant des tonnes de confetti réfléchissants voltigeant autour des murailles de verre tels des lucioles pour le nouvel an chinois,  une véritable fantasmagorie visuelle.
Elle avait les yeux écarquillés, n'en croyant pas ses divines pupilles émerveillées tandis qu'on grimpait en direction de la voûte céleste dans l'ascenseur panoramique. 
Elle parut également ne pas en croire ses divines papilles tandis qu'elle commençait à déguster son steak, facilitant la descente de langoureuses gorgées de Château Lafitte 2072, un nectar frisant lui aussi le divin. Je la regardais en savourer chaque bouchée. Son décolleté descendait presque jusque là où qu'y fallait, me faisant déjà rêver au dessert. 
Lorsqu'elle eut fini d'avaler l'ultime morceau de viande qui traînait encore, un peu isolé, dans son assiette garnie d'échalotes cuites au miel de Belitung et de quartiers de tomates confites, elle leva son verre. "À une merveilleuse soirée," me fit-elle, en penchant la tête de côté, m'invitant de son divin menton à lever le mien tout en me minaudant un regard de biche apprivoisée  comme seules savent en balancer les félines qui le sont aussi.
"Une soirée qui ne fait que commencer," rétorquai-je. Elle sourit et nous nous envoyâmes une ultime gorgée pour sceller notre accord prometteur. Je sentis mes tripes se nouer délicieusement. Voilà près de 6 mois que j'avais eu les yeux sur cette charmante hôtesse - à la finition parfaite jusqu'au bout des orteils - , depuis qu'elle m'avait renversé un café brûlant sur les cuisses dans la passerelle d'astrogation de notre vaisseau intergalactique lors de notre transit depuis Bételgeuse.
Elle fit tourner le vin dans son verre, laissant de gouleyantes traînées vermeilles en teinter les parois.
 "Je n'aurais jamais imaginer manger un jour un steak aussi savoureux," m'avoua-t'-elle.
- Ah ! Évidemment, bien sûr que non, tu viens d'avaler de la viande authentique et véritable pour la première fois de ta vie ! "
Elle me balaya les yeux d'un regard horizontal. "Ben voyons, je vais te croire sur parole, coquin de commandant !"
- Non, vraiment. Je t'assure. Pas de la bio-chim cultivée en cuve. Ils n'utilisent que des produits naturels dans cet établissement."
Elle reposa son verre avec fracas. 
Je pensais l'avoir impressionnée. Ce repas aurait dû lui coûter au bas mot deux mois de salaire. Avec tous ses pourboires.
" Je te jure, de la véritable viande de bœuf poêlée à l'ancienne. Mise au monde,  élevée et attendrie à Kobé. Un des trucs les plus authentiques en provenance du Japon, le même poids sur la balance que les geishas, le saké ou Pikachu."
Elle se fit pâle tout à coup. 
" Mais c'est dégueulasse." glapit-elle, "Dis moi que c'est pas vrai !" Elle se leva brusquement, renversant sa chaise en arrière. "C'est tout simplement dégoûtant..., ho, tu m'écœures..."
Elle fut prise de nausée et se dirigea en vacillant vers les toilettes.
Quel con, non mais quel con ! Quand je pense que je nous avais réservé une suite avec jacuzzi et quatuor de musique de chambre pour le restant de la nuit, juste en cas... 

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