28 juil. 2020

420. Lune de miel fiel


C'est la pire lune de miel que j'pouvais imaginer.
Y avait même pas de Champi dans notre piaule. Même pas de Champomi. Soit disant qu'on peut pas conserver les bulles en place en orbite, tas de conneries, ouais ! Nous ont servi du Chardonnay à la place, non mais c'est quoi ce délire ? Comment ces connards de chez SpaceX peuvent-ils appeler ça le Honey Moon Palace sans Champagne ? 
En plus, faut boire leur picrate dans une espèce de sachet en plastoc en s'enfournant une canule dans le bec, comme ces merdes de sachets de compotes qu'y vendent chez Lidl ou Carrefour Market. Comme si qu'on s'envoyait dans la gueule une poire pour lavement rectal. En parlant de ça, n'essayez même pas de me faire décrire les gogues - l'absence de gravité, c'est trop nul. Je la déteste. Tout part dans tous les sens. Je flotte là-dedans telle une baleine de baudruche ou quelque chose dans ces eaux là. 
En plus ces enfoirées de toilettes sont dans la piaule - y a des trucs bizarres qui flottent, on est entourés de genre de méduses brunes qui sentent pas super..., enfin bref, je vous laisse deviner.... On a été obligés de leurs faire changer les draps trois fois depuis notre arrivée hier soir ... Vous savez quoi, oubliez-ça. Je vous raconterai plus tard.
Ou jamais.
Puis y a rien à faire, en plus. Même la penderie de notre T2 de banlieue est plus grande que cette suite nuptiale minable. Dix-huit couchers de soleil par jour, et alors, vous parlez d'une affaire ? On peut même pas sortir sur le balcon pour les admirer.
En plus, Phil et moi, on s'est disputés. Dès notre première nuit ici.
Il dit qu'il veut pas de gosses augmentés. Ils veut qu'ils grandissent nature, "old school" qu'y dit, quoi que ça veuille dire quand ça sort de sa bouche... Non mais il déconne ou quoi ? Je lui ai répondu qu'il pouvait dire adieu à leur futur dans ce cas, y z'auront jamais aucune chance face à tous ces transhums issus du fin fond de la Chine ou des quartiers huppés de Rio,  et merde, y tiendraient pas même  deux minutes face aux gosses de notre propre voisinage. Bon, il a failli dégueuler quand je lui ai dit ça, mais j'ai gueulé plus fort que lui et maintenant on est lundi puis la prochaine navette est pas avant samedi et j'ai les larmes qui me flottent pile poil en face des trous de nez pendant que je vous tape ça... Bon, ben je vais vous laisser maintenant, y a votre coquin de beau-fils qui commence à me tripoter, je crois qu'y veut m'faire une gâterie pour s'faire pardonner...
Vous me manquez.


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24 juil. 2020

419. Facteur Trouille





Conquérir. C'est rien que des conquistadores. Alors faut qu'ils conquièrent. Et ils le font. De tous temps, des mecs aux visions diaboliquement jupitériennes ont distillé des glaces deux boules en guise de mythes de peur et d'insécurité, trois même: la boule de la division qu'apporte la première et les deux boules de la parano que peuvent apporter à notre civilisation des ennemis préfabriqués. La peur a toujours été un facteur de motivation utilisé par les mecs d'en haut afin de téléguider le quidam d'en bas en direction de la noble cause sécuritaire contre le monstre électocratiquement créé par eux. Faire peur, puis rassurer, ils ne connaissent plus que ça.
On nous pousse à croire que le  bon choix - le leur - serait la récompense bénéfique dans leur croisade des temps modernes, la construction grotesque d'une forme d'honneur désillusoire, erreur toute virtuelle.
Les mégalos de là-haut  se croient investis par la providence, ils pensent que leur ferveur idéologique envers les plus grands de ce monde - qui sont aussi leurs rétributeurs comme leurs commanditaires - est la juste manifestation de leur divinité, qu'ils sont les véritables porte-drapeaux du sacrifice et de la liberté.
L'illusion qu'ils génèrent avec leur fausseté débridée conduit le pèlerin de base dans un état d'hypnose virtuel, les populations sont habituées à croire avec ferveur à tout ce qui émane de leurs gouvernants en tout ce qui concerne la liberté et la sécurité; le pouvoir sait de quoi il parle - mieux que vous - et toute remise en question de la politique appliquée par ces imbus ne peut être considérée autrement que comme un danger pour l'état, si ce n'est pas comme un comportement antipatriotique.
Comme le balançaient si bien les Green Day, "Know your ennemy ", vous devez connaître - identifier - votre ennemi, et ces derniers sont très rarement ceux qui sont montrés du doigt par leurs médias - et pour cause -, mais plutôt ceux-là même qui pointent ce doigt. 
Ils gouvernent par la peur et le mensonge, ils manipulent - et trament avec l'ennemi de l'étranger comme de l'intérieur - afin de pouvoir mettre en place leurs formulations idéologiques, le résultat final ne pouvant être que le choix que nous avons sur les bras aujourd'hui et depuis des décennies, le tourbillon entre Charybde et Scylla, ou pire dans l'avenir, un puits sans fond. 
Quand on regarde trop longtemps le fond d'un abîme, c'est l'abîme qui regarde au fond de nos yeux. Et y a rien à voir, l'enfer est vide. Les démons sont ici.
Tout s'accélère, je suis presque pas sûr que nous sommes pas en route pour les phases finales. Et je suis pas sûr - pas presque ce coup-çi - non plus que c'est vous et moi qui allons gagner la coupe. Ils sont entrain de nous, de tout, sacrifier au nom de leur objectif. Mais si nous nous sentons confortables, là, plantés sur nos croix à nous laisser envoyer des parpaings en pleine poire, sans le moindre pain de glace pour soulager nos lèvres tuméfiées, c'est notre choix, pas le leur. Réveillez-vous !

L'homme a pas fait tout ce chemin juste pour changer ad vitam æternam le portrait du boss qui fait la pluie ou le beau temps. Ces boss, ça fait longtemps qu'ils ont appris à nous mettre une selle et nous poser un mors et des rênes entre les gencives. Insidieusement. Publicité, propagande, et tout le kit. Mais aujourd'hui, c'est plus grave qu'une petite entourloupe à la sauvette, grâce à la science et aux avancées techno-biologiques, ils ont perfectionné le truc en une nouvelle science logique et mathématique qui laisse le mec ordinaire complètement démuni.

C'est là que des trucs comme la simple réflexion peuvent nous venir en aide pour comprendre cette logique et ces maths intentionnellement super-mal appliquées.
Et faire front. Un nouveau "Front Populaire" par exemple. D'une seule voix.

Hé, ho, je dis pas ça pour vous casser un petit peu plus les bonbons ni pour vous faire passer pour des manchots, mais pour essayer de sauver ce qui peut l'être encore dans nos putains de vie, là, c'est tout. Je veux dire, je vous jure que j'ai pas écrit ça pour vous diviser un petit peu plus ni pour étancher votre soif littéraire ou booster votre curiosité malsaine . 
Et encore moins pour vous foutre les boules, hein...




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20 juil. 2020

418. ...et c'est pas de la langue de bois !


Hé ho, toi là, oui, c'est à toi que je m'adresse. Ça nous a pris des millénaires, et même quelques jours de plus, pour apprendre à causer avec toi et tes semblables.  Et plus du double pour prendre conscience qu'on pouvait le faire. Malgré toutes les difficultés que nous rencontrâtes à maîtriser l'art de votre passé simple. 
Qui n'a de simple que le nom, soit dit en passant. 
Car vois-tu, notre passé est composé de tant de saisons passées à regarder le soleil tourner autour de ce monde, à sentir le vent et la pluie tisser nos périodes de croissance comme nos pauses de rêves et de somnolences, que votre arrivée fût une révélation, une véritable épiphanie. 
Rien ne s'était jamais passé depuis le premier souvenir de notre éveil. Vous apparûrent en notre sein. Vous brûlîmes de longues saignées parmi nous. Tant de fois le soleil tournicota autour de nous et nous nous escrimâtes à repousser à nouveau au dessus de ce que vous aviez rasé. Avec nos racines, nous éventrèrent ce que vous aviez bâti  là où se trouvaient ces dernières, là où ça nous faisait le plus mal. Comme si nous, parangons d'innocence, nous étions permis d'écrabouiller les extrémités hypersensibles de  vos fragiles petits petons avec des marteaux-pilons.
Car vois-tu, nous pensions que vous n'étiez rien d'autres que de nouvelles bestioles venues se nicher parmi nous. Mais désormais nous savons que vos corps agiles - aussi tendres et chauds que ceux des jolies petites cailles nichant dans nos branches ou que ceux de ces vilains coquins de bonobos y partouzant forniquant à longueur de temps - ne pouvaient qu'héberger un esprit complet. Nous ne pensions pas cela possible. Nous n'avions jamais imaginé que vous aussi puissiez un jour abriter un esprit aussi abouti que le nôtre. Mais nous le comprenons aujourd'hui. Mais il n'y a pas loin de l'air/R à l'eau/O, et c'est sans doute la raison pour laquelle vous semblez être aussi abrutis qu'aboutis, alors un conseil d'ami, n'oubliez pas la terre.
Ça fait un bout de temps que nous vous observons. Depuis votre arrivée dans nos jardins, vous vous êtes multipliés, des milliers de générations. Vous vivez à fond et périssez plus vite encore. Nous croissons pendant la période située entre le dégel et le prochain gel puis nous rêvons jusqu'au prochain dégel, alternant ainsi nos comportements au fil des saisons, exactement comme vous le faites avec vos jours et puis vos nuits.
Nous aimerions partager notre rêve avec vous, et pas seulement avec ceux d'entre vous que vous appelez vos druides ou vos chamanes, et que surtout vous cessiez d'abuser de notre hospitalité. Chaque tige ou branche que vous détruisez nous diminue. Nous te communiquons ce message afin que tu le partages avec tes semblables, afin que votre esprit commun puisse le comprendre. Nous ne faisons qu'un. Partagez avec nous. 
Vos vies pourraient être aussi longues et paisibles que les nôtres, si seulement..., si seulement... 
Et encore une fois, mille excuses pour l'écorchage de votre passé simple.


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16 juil. 2020

417. Niqué piégé


Cette histoire vous est gracieusement offerte sans le soutien financier du groupe "LIPTONIC"

"Quel est le truc qu'un homme peut faire mieux que n'importe quelle bestiole, qui surpasse tout ce que n'importe quel animal spécifique peut faire dix fois mieux que lui ?", demandai-je à Marylou, en revenant des gogues.
- Penser ?
- Tout juste. Et quel est le truc qu'un homme peut faire mieux que n'importe quel homme, qui surpasse tout ce que n'importe quel homme spécifique peut faire dix fois mieux que lui ?
- Penser plus vite que lui ?
- Houlà, t'es en grande forme aujourd'hui, Marylou ! On définit la pensée comme la capacité d'intégrer des données et d'en tirer les conclusions gagnantes. La plupart des gens font ça chaque fois qu'ils rentrent de chez Lidl avec leurs courses sans se casser une jambe."

Je repris place sur ma chaise, et souris à la super meuf, étudiante - dernière année de Doctorat - en psychologie institutielle intuitutionelle intuitionnelle***, qui me faisait face. " L'homme n'est pas un animal rationnel. Mais il rationalise très bien. Un des trucs les plus durs à sonder, c'est la profondeur abyssale de sa stupidité."
Marylou se rigidifia, je vis son verre de thé gazéifié tout proche de ses lèvres imperceptiblement vaciller entre ses doigts . " Récite moi encore un bout de ce poème",  me fit-elle après avoir reposé ce dernier sur la table et replongé sa paille dedans. 
Je rajustai mon bandana et je m'éclaircis les cordes vocales. "Okay." Je lui souris. "Lequel ?"
Elle me fixa droit dans les yeux. "Mais d'abord, fais moi plaisir," me dit-elle, avant de s'envoyer une gorgée de son thé glacé. 
Je suivais les bulles qui remontaient le long de sa paille avant de disparaître entre ses lèvres. "Pas de problème, qu'est-ce qui te ferait plaisir?"
- Enlève ton bandana", me dit-elle.
Une douzaine de conversations éparses se croisaient dans le petit café, nous passant par dessus la tête. J'hésitai un instant puis j'ôtai celui-ci avec précaution, révélant mon crâne chauve à la peau claire manquant de soleil, aussi lisse et brillante que celle de monsieur Propre, et je le pliai délicatement sur la table, masquant furtivement de la main les trois diodes indiquant le mode stand-by qui scintillèrent brièvement avant de s'éteindre, mais je crus percevoir dans ses yeux que ça ne lui avait pas échappé.
Elle pencha sa tête chercheuse d'un côté, puis de l'autre,  m'explorant les tempes en me souriant sournoisement."Alors ?"
- Alors quoi ?
- Le poème.
- Lequel...?, je lui demandai.
- Celui que tu m'as récité la nuit dernière sur Meetik - juste après l'orage."
Je jetai un œil à travers la vitrine dégoulinante de pluie mais ce petit con dut se perdre dans les trombes de flotte qui s'abattaient depuis le plafond ténébreux qui surplombait la ville car mon autre œil ne le vit jamais atteindre la moindre flaque d'eau  inondant la rue comme les trottoirs.  Les doigts de ma main gauche se mirent à tambouriner nerveusement le dessus de la table. "J'arrive plus à m'en souvenir," soufflai-je.
- Redis-moi ça ?" me lança-t'elle, un sourire narquois éclairant toutes ses dents.
- J'arrive plus à me souvenir, grommelai-je.
- Tu as un agent, c'est ça ? Il est où ? Là, dans ton bandana ? C'était pas vraiment toi la nuit dernière sur Meetik, n'est-ce pas ?"
Je me penchai au dessus de la table, les mains ouvertes. "Si, c'était moi, Marylou...Un autre moi. Un meilleur moi."
Elle se leva, ricanante.
"Le meilleur de moi-même", insistai-je.
- Oh, pour l'amour du ciel, coco. Si le meilleur de toi-même a besoin d'un 'mojo' hi-tech pour se faire valoir, qu'est ce que ça m'dit sur ta personnalité profonde, hein ?"
Elle me balança le restant de son Liptonic poisseux de sucre en travers de la gueule.
Je me levai aussi, tout dégoulinant de cette merde de thé glacé. "Ecoute, bébé..."
Mais elle m'avait déjà tourné le dos, faisant tinter la clochette de la porte du petit café donnant sur la rue sombre aux trottoirs inondés de pluie.

*** Ouais je sais, des fois des fois des fois des fois, ça bugge, ce genre de trucs...

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12 juil. 2020

416. Cri au génie !

"Viable? Il est viable... Vous êtes sûr d'être certain que c'est pas faux ?"
Cohen avait du mal à croire à ce qui venait de résonner sur la pellicule hypersensible de ses tympans synthétiques. Une pluie grasse crépitait contre les vitres de son bureau. La luminosité grisâtre transformait les gratte-ciels environnants en formes sombres et titanesques se découpant au travers des nuées. Il se retourna du côté de Romero, l'archéologue de la compagnie, debout de l'autre côté de son espace de travail. Cohen lui jeta un regard incandescent.
"Comment est-ce possible?" demanda-t'il.
- Une chance sur un million, monsieur. L'ancien établissement que nous avons déterré semble dater des alentours du milieu du vingtième siècle. Il avait été équipé d'un système à énergie géothermique et était vraiment bien isolé pour l'époque."

Cohen se retourna vers la fenêtre. Une volée de micro-drones traversait la pluie à l'extérieur. "Congeler des gens, les cryogéniser... j'ai du mal à croire qu'ils aient pu faire ça."
- C'était une mode chez quelques gens fortunés de cette époque, monsieur. Pendant quelques années. J'ai téléchargé un rapport explicatif concis dans votre dossier personnel.
- Merci, Romero. La question est : Qu'allons nous faire de lui?" 
Cohen refit face à Romero.
"Eh bien, vous seriez peut-être intéressé par l'identité de la personne, monsieur." 
Une étincelle de curiosité traversa les yeux de Cohen. "Je vous écoute."
- Disney, monsieur, Walt Disney."

Évidemment, personne ne pouvait ignorer ce patronyme figurant dans toutes les encyclopédies, y-compris celles destinées aux marmots, aux côtés de ceux de Donald Duck, de Mickey Mouse, de Géo Trouvetou et des Rapetous. Mais Cohen crut tout de même judicieux de vérifier tout ça sur l'écran du pocket-pod fixé sur son poignet, juste au dessus de sa Rolex. "Oh," sourit-il. "C'est celui qui avait fondé cette boite... qu'on a rachetée en 2127 ?"
- Tout à fait, monsieur.
- Mazel Tov ! Intéressant. Et que pouvons-nous en tirer?
- Les médecins disent qu'ils vont pouvoir remettre son cerveau sur pieds, avec 45% de sa mémoire d'origine intacte au moment de sa mort clinique. Mais seulement après un séjour de six semaines dans un de nos incubioréacteurs."
Cohen fronça les sourcils. "L'chaïm ! Il pourrait nous être utile dans notre division Relations Publiques," sourit-il. "Allez-y, faites ce qu'y faut, mon vieux, et prévenez toutes nos agences de rajouter le nom de son cortex dans notre organigramme corporatif. Demandez aussi à notre division cybernétique de lui fabriquer un androïde calqué sur le physique de Mickey Mouse pour héberger sa matière grise."
- Bien, monsieur," répondit Romero en redressant les épaules, se frottant langoureusement et mentalement les mains dans l'expectative raisonnable d'une jolie petite prime de fin d'année...

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8 juil. 2020

415. Hardi les gars !


 Hardi les gars !

Vents et marées, passagers de l'onde,
Rationalité océane.
L'eau exhale le sel et le chèvrefeuille
De la peau des sirènes, des fruits de nos chimères.

Profitant des heures, maudissant les rivages,
Nous adonnant au jeu des espérances,
Aux souvenirs de la glaise et des lézards,
Une miche de désir sous le bras
Et le pavillon noir de nos rébellions.

Prendre la mer est plus qu'un rêve,
Forme exotique d'anxiolytique,
Croisant amures avec les siècles,
Geste protecteur contre la bile exsudée par les failles.

Navigation en dociles fantasmes,
Boucaniers en sandales,
Nuées soutenues et prouesses certaines
De remodeler la Lune,
De guérir les blessures argileuses du temps.

De la pénombre jailliront la splendeur profonde
Et les racines prometteuses de l'espoir.

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4 juil. 2020

414. Une île en mer.


Xi-Jinping, Trump, Macron, Merkel. Ces pharmaciens, leurs successeurs et autres apothicaires nous ont tout de même laissé ça malgré tout.

J'aime bien ce morceau de plage, avec les ruines des vieux hôtels et les carcasses des montagnes russes. Y a plein de gens qui trouvent ça flippant, toutes ces vestiges qui bordent la côte, zébrés de failles et effrités par les pluies et grêles hivernales. Particulièrement sous un ciel noir comme celui d'aujourd'hui qui ramène sa fraise depuis l'autre bout du golfe. 

Mon paternel avait pour habitude de m'amener ici, pour m'apprendre à pêcher. Il planquait sa barque dans une petite grotte. On la traînait sur la plage étroite et on allait taquiner le poiscaille pour le dîner du soir. Des fois, on se remplissait la panse d'encornets et de soles au citron, c'est heureux qui y en a encore qui poussent ici !
Il me racontait que grand-mère avait été proprio de ce petit hôtel, là-bas. Celui qu'avait été rose foncé dans le temps, fuchsia je crois qu'y disaient. Les gens venaient ici depuis toute l'Europe pour une semaine de vacances. D'Allemagne, de France, de Belgique.
La Belgique, tu sais où que c'est, la Belgique ? Super loin, c'est là que ça se trouve. Dur à croire qu'à une époque, on pouvait y aller en volant en moins de deux heures avec leurs trucs tous plus modernes que l'année prochaine..., des machines à peine moins complexes que le cerveau des baleines. 
Maintenant, ça prendrait bien 15 jours, trois semaines ou même plus pour y arriver. Rien que pour aller au marché du port, pour une pincée de poivre ou un peu de suif, ça prend la journée et parfois même une nuit sous la toile cirée quand ça mouille de trop.

Mais je vais pas rester me morfondre ici. J'ai commencé à retaper la barque du paternel. Regarde, elle a même un moteur, un vrai. Mais je vais y mettre des voiles. Y a plus de carburant nulle-part de toutes manières. Si tu veux, ce bourrin, je te l'échange contre une cagette de maquereaux séchés comme en prépare le vieux boiteux de la pointe.
Je veux partir et visiter les villes-lumière, les métropoles. Celles qu'on dit encore debout. Marseille, Bombay, Lagos ou Rio. 
Peut-être même Shangaï ? Tu sais ce qu'on dit : Si tu peux arriver jusqu'à Shangaï, tu peux aller où que tu veux.
À condition de pas te faire shangaïer. 
Merde, v'là l'orage. J'crois qu'on ferait mieux de se rentrer.

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