Bienvenue, curieux voyageur

Avant que vous ne commenciez à rentrer dans les arcanes de mes neurones et sauf si vous êtes blindés de verre sécurit, je pense qu'il serait souhaitable de faire un petit détour préalable par le traité établissant la constitution de ce Blog. Pour ce faire, veuillez cliquer là, oui là!

29 avr. 2009

341.L'homme en transes tranches.

L’homme collectionne constamment des morceaux de la ville comme un général de division tentant de recoller la carte d’un empire ennemi trouvée dans les restes d’un butin, organisant et réorganisant les pièces sur une table immense, cherchant quelque point faible dans la muraille défendant la ville.
L’homme va par les ruelles de la ville, par les boulevards, les librairies et les cafés perdus, ceux où l’on peut ressentir, en milieu de matinée, un soleil lointain et tiède vous réchauffer la peau. Parfois, il ressent la sensation de se trouver au fond d’une piscine, entouré de rêves sans formes et de reflets célestes - dans une dimension inconnue, au temps ralenti et à la lumière oblique – et il fouille la poche droite de son pantalon, à la recherche de la clef du tiroir en bas à droite de son bureau, celui où il conserve les étoiles d’un ciel nocturne, ramenées en fraude au passage des douanes poreuses du monde entier.
Dans une boite de bois ciselée, il conserve les antiques armes de son existence. Les balles d’argent, le marteau et les pieux. Mais la boîte est demeurée scellée et dans l’obscurité depuis des lustres et son image s’est effacée avec les ans. La vieille guerre continue quelque part dans le monde, mais par intermittence pour ce qu’il en sait, les batailles se confondent en son esprit et la peur qui lui irrite la peau sous un ciel en flammes lui parait un sentiment étrange : une nouvelle entendue au détour d’un étal ou peut-être lue sur une affiche collée sur un mur à travers la vitre d’un bus en transit.
En dépit de tout, l’homme traverse la vie en fumant des petits cônes, buvant des boissons réveillant l’esprit et lisant les pages d’une souriante irréalité. Rien de bien profond. Tandis qu’il range ses tasses et ses assiettes dans le lave-vaisselle et qu’il lave à la main le reste des ustensiles sous un filet d’eau chaude et de mousse savonneuse, il fredonne du Led Zeppelin avec son lecteur MP3 sur l’air de « Misty mountain dew », une brise marine assèche la sueur sur ses épaules et pendant quelques secondes, il ressent à nouveau la parfaite exactitude géographique et la vectorialité certaine qu’il croyait perdues.

4 commentaires:

Alina a dit…

J'aime la façon dont vous écrivez. Vous avez un blog intéressant.

Anonyme a dit…

Il ya dans ton texte un mélange de solitude et de désespoir, et en même temps, de désir de survivre à la bataille de la pauvreté du quotidien. Moindre mal que nous ayons tous une musique, une chanson à laquelle nous raccrocher en faisant la vaisselle.
Aline

noun1er a dit…

Dès qu'il eut rangé ses tasses, il retrouva la même contrariété au fond du regard.... Plus que de la contrariété, de la peur... Plus que de la peur, du rien ! Des boeufs quand ils ont le joug.
L'ultime quête, capitaine, ne serait-ce pas le secret de la joie...Sur nous, là près du ciel, nous qui n'entendons plus rien du bruit du monde.

Drancy Choque a dit…

Ton post a laissé dans mon palais une saveur aigre et rance et me rappelle cette odeur de solitude limite, cette irréalité rouillée, ces modèles méthodiques qui endorment les sens et relâchent la fonctionalité optimale du cœur des choses. Une bone image en définitive.